LE DEJEUNER DU TERRASSIER I
L'aspect de ce paisible repas me charme. Je les regarderais ainsi, sans jamais me lasser. D'autres aussi les regardent: des bourgeois qui passent; combien sont-ils qui font tous les jours un repas si cordial? Et puis, les compagnons, assis çà et là dans le chantier, seuls, avec un morceau de pain et de fromage ou de charcuterie. Ils mangeraient chaud aussi, ceux-là, si quelqu'un le leur offrait. Mais ils n'ont personne pour leur soigner un repas. Leur femme est morte, malade, ou demeure trop loin.
Hélas, souvent aussi elle est trop paresseuse, et les enfants peu complaisants, que le déjeuner du père n'intéresse pas. Comme on souhaiterait à chacun d'eux un repas chaud et affectueux! Cela coupe agréablement le labeur du jour et encourage à le continuer. Le pain du solitaire est amer. A le manger longtemps, celui-ci risque d'aller s'en consoler avec du vin bleu. Ne lui jetons pas la pierre! Plaignons-le plutôt. Mais comme son sort, où l'ombre tient trop de place,