Ô0 CHEVAUX DE RENFORT
Aujourd'hui, l'institution a disparu de son cadre primitif. La grand'route ne connaît plus le cheval de renfort. C'est à peine si de loin en loin il s'en rencontre quelquesuns dans les pays trop raboteux, comme, par exemple, dans cette partie de la Lorraine adossée aux Vosges, où les routes capricieuses donnent pour mesure, en leurs cascades extravagantes,
A la hauteur des bonds, la profondeur des chutes.
Le cheval de renfort a pris le chemin des grandes villes, comme certains paysans. A Paris, on le rencontre par la rue de Clichy, la rue des Martyrs, le boulevard Saint-Michel, toutes les voies qui grimpent vers la butte Montmartre, la colline Sainte- Geneviève et n'importe quel sommet parisien. Partout où un vieux pont s'arrondit en dos de chat, partout où un raidillon se dresse à l'improviste, un cheval de renfort se tient prêt. C'est le dens ex machina qui
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doit tirer d'affaire l'omnibus « complet » ou le tramway bondé de monde, en ce siècle pressé où il ne faut pas qu'on s'éternise aux côtes, et que les voyageurs descendent pour pousser aux roues, selon le précédent signalé par La Fontaine.
Le cheval de renfort n'est jamais seul, il est suivi d'un homme appelé côtier qui n'est ni cocher ni palefrenier, et auquel, en ses moments de répit, il sert de banc, de table, de lit, à moins qu'il n'offre son dos patient à une partie de cartes improvisée. — Quand la lourde voiture surchargée de passagers arrive au point voulu, le cocher prépare son fouet et le côtier aussi.
Les deux fonettards croisent leurs feux pour stimuler l'auxiliaire. Quant aux chevaux titulaires, ils exploitent le compagnon de rencontre, afin de se ménager quelque peu. Le sort du cheval de renfort est dur. S'il a double ration de coups, peut-être bien ' n'a-t-il que demi-ration de nourriture et de soins. Tout l'équipage compte sur lui ;