Ô2 CHEVAUX DE RENFORT
mais lui-même ne compte guère. En général, il est vieux, maigre, fourbu, mal étrillé. Par les trous saignants de sa peau, sa chair vive apparaît. C'est une rosse qui ne vaut pas cher. L'équarrisseur l'attend, le boucher n'en voudrait pas. Sous le vent, la pluie, la neige, il va, raidissant ses jambes usées, pour en tirer un reste de vigueur. Ou bien il stationne au froid, moitié gelé, moitié endormi, baissant la tête en attendant qu'un horion le réveille. Triste fin d'une carrière de labeur. Si le cheval de renfort pensait, s'il pouvait mettre en formules intelligibles ce qu'il éprouve obscurément, quels sombres tableaux monteraient de son âme de brute !...
Bien des hommes lui ressemblent, dont il est le symbole. Ceux qui sont toujours à la corvée, jamais au repos ni à l'honneur. Bouche-trous appelés partout où il y