CHEVAUX DE RENFORT
terait. Lorsqu'ils se seront exécutés, nous n'aurons pas à leur dire merci. Envers certains, on est dispensé de tout, même de la gratitude. Se dévouer est leur fonction ; payer pour les autres, leur raison d'être.
Mon âme est fascinée par ces patients sur qui retombent tous les fardeaux. Plus je fixe l'ombre où ils végètent, plus j'y distingue une lueur surhumaine. Si ceux-là ne sont rien, que sommes-nous, qu'est la vie, qu'est l'univers?
Vous me faites penser à eux, pauvres chevaux de renfort. Voilà pourquoi, de tous les coursiers de la cité, vous m'intéressez le plus. Combien de fois m'avez- vous fait rêver! Malgré moi, en vous regardant, je songe à l'invisible regard qui connaît les douleurs muettes et les écrasements auxquels nul ne