‹ L'âme des saisonsChapitre 16 sur 68 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

La Terre est noire avec des arbres de velours,

Sous un ciel bas, chargé de nuages d'orage,

Et les gnomes de nuit hantent le paysage.

Il fait un temps voilé, voluptueux et sourd.

Dans la ténèbre tiède on éprouve un malaise

Et telle est la chaleur qu'un drap de lit nous pèse

Et qu'à la fin, trempé de sueur, on se lève

Et qu'on marche à travers la chambre, comme en rêve.

On ouvre doucement la fenêtre. O minuit !

On dirait que le vent craint de faire du bruit,

Telle est la sainteté profonde du mystère

Qui s'accomplit dans les entrailles de la Terre.

On s'arrête, étonné, grave, écoutant son cœur Battre comme une horloge aux pulsations sourdes. Puis, plus calme, on s'assied ; on s'accoude, rêveur, Regardant les nuées immobiles et lourdes Et les jardins d'où monte en puissantes odeurs La transpiration des arbres et des fleurs.

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