LE LIVRE ALLEMAND
A Nuremberg, les enfants sages Lisent un beau livre d'images Où, pignons blancs et sapins verts, C'est adorablement hiver.
Le gui, le houx au noir feuillage, Les claires roses de Noël Et le lierre poudré de gel Grimpent le long de chaque page.
Le texte en losanges légers S'ouvre à la pointe des clochers Et se rengorge en courbes molles Autour des cigognes qui volent.
Tantôt il abrite en un creux Un moulin à barbe de glace, Et tantôt un bois blanc où passe Une vieille courbée en deux.
Parfois il cerne un étang bleu
Où des demoiselles patinent
Qui haussent leurs manchons d'hermine
Des deux mains contre leurs narines.
Mais il fait ses plus beaux circuits Autour des messes de minuit Qui sur la neige pure luisent Aux vitraux roses des églises.
Ensuite il montre en s'évasant La chasse au loup rouge de sang Qui, roulant sur la neige, grince Aux lévriers à museaux minces.
D'autrefois c'est; dans les Carpathes, Un ours rougissant le poignard D'un robuste et roux montagnard Qui gît terrassé sous sa patte.
Souvent il neige à gros flocons Sur les saules, et les garçons, En mitaines épaisses, roulent Une énorme et bleuâtre boule.
Souvent, frôlant d'un col câlin La barrière aux coussins de glace.
Un chevreuil mange dans la main De la fille du garde-chasse.
Souvent aussi Petit Poucet, Chaussé des bottes de sept lieues, Traverse à grands pas la forêt, Suivi d'un vol de hochequeues.
Mais le soir rougeoie à travers La dentelle des sapins verts.
Et seul, sur la plaine sans borne, Un chasseur souffle dans sa corne.
Deux gnomes barbus, dans un coin, Mangent les crêpes qu'avec soin Une vieille en bonnet de toile Fait virevolter sur la poêle.
Tout en blanc, le bonhomme Hiver Sous la pleine lune chemine, En seiTant contre sa poitrine Une branche de sapin vert.
Des étoiles d'un blond de miel Piquent le velours bleu du ciel, Et un lièvre aux oreilles brunes Tourne sa tête vers la lune.
Sous l'auvent dentelé de gel, Au-dessus de la neige, plane Un ange svelte et diaphane Avec un arbre de Noël .
Mais lors c'est fête en Allemagne, Devant le joli sapin vert Qui berce en rêve tout l'hiver De la plaine et de la montagne !
Mais lors c'est fête et pleurs aux yeux Devant le doux arbre des deux Qui de ses mille cierges brille Si bellement sur la famille !
Levant leurs verres smaragdins, On voit les gardes-chasse boire, Gais et barbus, le vin du Rhin Et le kirsch de la Forêt noire.
Les ménagères, l'œil brillant, Ouvrent des bahuts et des coffres, Et Gretchen en tablier blanc Apporte une pile de gaufres.
Rouge devant le sapin vert.
Rêve une fluette fillette, Pendant que, bouche de travers.
Un gosse croque une noisette.
Mais les petits aux bras tendus Roulent sous l'arbre et font risette, Comme des angelots joufflus, A Marie et petit Jésus.