LA RESURRECTION DES REVES
Il fait une tiédeur comme au temps des lilas, Lorsque les magnoliers fleurissent dans l'air gras, Lorsqu'on entend craquer en terre les semences Et lorsque, de minute en minute, il commence A pleuvoir lourdement, poiir cesser aussitôt... Je transpire et je vais ôter mon paletot. Des nuages d'ardoise et de rouille se tassent Voluptueusement sur les campagnes grasses. Dont les champs de blé vert et les bruns labourés Ondulent doucement vers les bois empourprés Où, dorant et bronzant les nuages qu'il perce, Un faisceau de rayons tombe comme une averse.
Je gravis lentement la pente, en m'épongeant.
Un ruisseau dégringole en long ruban d'argent.
Il flotte un frais parfum d'herbe humide et de mousse.
Un coq bruyant poursuit une poule qui glousse.
Un moineau file, ayant au bec un brin de foin.
Puis le silence est tel que l'on entend au loin,
Du côté du village aux toitures vermeilles,
Le sourd bourdonnement continu des abeilles...
(Serait-ce que déjà les saules sont en fleur ?)
Voici le bois. — On est tout pâle de stupeur, A cause du silence ardent et de la force Mystérieuse qui soulève les écorces Et çà et là déjà pointillé les buissons De chatons duveteux et de gluants bourgeons. Partout, sous le réseau violacé des aulnes. Le bois est enneigé de fraîches anémones ; Le taillis baigne dans un fauve clair-obscur; La fuite d'un lézard crépite dans l'air pur; Là-bas, d'un coudrier qui tressaille, s'élève Dans un rai de soleil étendu comme un glaive, Un nuage tremblant de pollen mordoré. . .
Et voici que soudain dans mon cœur, enivré D'une mystérieuse et divine allégresse,
Je sens des mots d'amour et des cris de tendresse,
Comme si le printemps, tel qu'il était jadis,
Vert tendre, blanc de neige et bleu de paradis.
Tout le printemps, vêtu de rosée et de feuilles.
Avec ses rossignols, avec ses chèvrefeuilles.
Avec ses hannetons qui pendent lourdement
Aux lilas bleus, mouillés de roses diamants,
Avec le frais cristal, avec les folles perles
Qui s'égouttent du bec des cailles et des merles.
Tout le divin printemps que j'avais oublié
Se dressait devant moi au détour du sentier!...
J'aime ! Mon cœur est plein d'ailes et de corolles !
Je vais dire à présent de divines paroles 1
Oh ! j'aime ! — Qui ? — Qu'en sais-je et qu'importe après tout
J'aime de tout mon sang frénétique qui bout
Et de tous les sanglots de ma poitrine, Celle
Qui va venir en souriant sous son ombrelle...