Le plaisir est momentané, et la peine éternelle
2. Notre cœur est fait pour Dieu, et en Dieu seul il peut trouver du repos.
3. Qui ne désire rien en dehors de Dieu, a tout ce qu'il veut.
VINGT-DEUXIÈME CONSIDÉRATION. Le sacrifice de la Messe rend à Dieu un hommage infini.
C'est une loi naturelle que tout inférieur doit rendre à son supérieur un respect proportionnel à sa grandeur. Or, la majesté de Dieu étant infinie, il s'ensuit que nous, ses sujets, lui devons un honneur infini, comme étant notre Muître infini. Mais où trouveronsnous une offrande d'un si grand prix? Tournez vos regards de tous côtés ; cherchez où il vous plaira ; pénétrez dans les cieux ; fixez vos yeux sur les chœurs des
anges et au milieu des esprits qui entourent le trôno de l'Agneau; nulle part vous ne trouverez une offrande digne de Dieu. Et cependant, ce qui nous parait toutà-fait impossible, notre bien-aimé Rédempteur l'accomplit chaque jour dans la sainte Messe, puisque lui, vrai Dieu et vrai homme en même temps, rend par ce sacrifice un honneur infini à la très-sainte Trinité. Oh! qu'il est donc immense l'amour de Jésus-Christ pour nous, puisqu'il nous donne un moyen si facile de nous acquitter d'une dette si énorme!
Rappelez-vous, âme pieuse, ce serviteur infidèle de l'Evangile, qui, n'ayant pas de quoi se libérer auprès de son maître de la somme énorme de dix mille talents, fut condamné avec sa femme et ses enfants à une affreuse prison, où il dut rester jusqu'à l'entier paiement de cette dette immense, livré aux horreurs de la faim, de la nudité, de l'infection et des misères de tout genre. Elle était sans doute bien triste la condition de ce malheureux, pour ne pas dire désespérée. Pour satisfaire à sa dette, il lui aurait fallu les trésors d'un prince; où trouver une telle somme? Où la ramasser, puisque, resserré dans les fers, accablé de chaînes, il gémissait enfermé au fond d'une tour? Pouvait-il peutêtre se confier à quelqu'un de ses amis? Mais quelle assurance en pouvait-il avoir, puisque dans nos infortunes, ils nous abandonnent? Et y en eût-il eu de fidèles, où auraient-ils trouvé de quoi acquitter une si grande dette? Hélas ! pour cet infortuné, il n'y avait point de remède au monde, si le maître ne lui eût accordé une bienveillante rémission.
Voilà, âme pieuse, une vive image de notre état. Nous avons aussi contracté envers Dieu une étroite obligation de l'honorer. Pour y satisfaire, il nous faut une offrande d'une valeur infinie. Mais où trouver une offrande d'un tel mérite? Ah! louanges infinies à l'amour extrême de Jésus-Christ, qui, ému de pitié pour nos misères, nous a fourni de quoi nous acquitter d'une si énorme dette par le moyen de la sainte Messe.
II. Il y a près de six mille ans qu'il y a dans le monde de pieuses et saintes âmes. Qui peut dire l'honneur que, pendant un si long espace de temps, elles ont rendu à Dieu par leurs adorations? Eh bien! plus auguste encore est l'honneur qu'il perçoit d'une seule Messe. Il y a plus de dix-huit siècles que Jésus-Christ ouvrit les portes du paradis et qu'il y fit entrer les âmes des justes primitifs, et chaque jour il continue d'accueillir les bons qui passent de cette vie dans l'autre. Que de louanges n'ont pas rendues à Dieu ces esprits bienheureux qui n'ont jamais cessé de louer et de glorifier le Seigneur! Et cependant une seule Messe lui en rend encore davantage, car les saints ne sont, après tout, que des créatures, et par conséquent leur hommage est limité et fini ; tandis que c'est dans la Messe que s'humilie Jésus-Christ, dont l'humiliation est d'un mérite et d'une valeur infinis. 0 victime! 6 sacrifice du Saint des saints, où trouverai-je quelque chose qui t'égale?
Ah! disparaissez, ô figures antiques, et vous ombres anciennes de l'antique alliance, dissipez-vous; ce n'est plus le sang des taureaux et des agneaux qui
coule sur nos autels, mais c'est le sang d'un Dieu fait homme. Ce n'est plus le fils unique d'Abraham qui s'incline sous le couteau paternel, mais c'est le Fils unique du Très-Haut qui s'humilie infiniment devant la majesté de son Père, et qui pour cela lui rend un honneur, une gloire, un hommage d'un prix infini. Méditez bien cette vérité, âme pieuse, et étonnez-vous de ce que le monde soit aveugle au point de n'en faire presque aucun cas.
III. Qu'elle est grande la sagesse de Jésus de nous avoir donné un moyen si puissant pour nous faire accomplir l'obligation que nous avons de rendre à Dieu nos hommages et nos adorations! Mais, hélas ! qu'est-ce que cet incompréhensible aveuglement et cette ingratitude des hommes qui abusent, pour insulter leur Seigneur, de ce grand moyen que Dieu a établi pour rendre hommage à sa majesté infinie? Combien n'en est-il pas qui osent assister à une œuvre si auguste, comme si c'était une action commune et vulgaire! Combien qui ont l'effronterie de regarder la Messe comme une chose à dédaigner, indifférente, et, ce qui est pire encore, comme une obligation fatigante, pénible et ennuyeuse! 0 Dieu! le prêtre élève sa voix, et par des paroles graves, invite les assistants, au nom du Seigneur, d'élever leurs pensées et leur cœur vers le ciel ; et quelques-uns laissent errer leur esprit sur des objets profanes, leurs yeux se distraire, et se tiennent dans une attitude immodeste et irrévérente. Hélas! quelle détestable et horrible profanation! Si, en entrant dans une église, il nous était donné de voir là
toute réunie l'innombrable cour céleste, adorant, prosternée dans la plus humble et la plus pieuse attitude, la majesté du Seigneur; si nous voyions d'abord la vierge Marie, puis les Chérubins, les Séraphins, les Vertus, les Principautés, les Puissances, les Trônes, les Dominations, les Archanges, les Anges, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Vierges, puis enfin la troupe innombrable des Elus du paradis, ne mériterait-il pas d'être frappé par mille foudres, celui qui oserait troubler une cérémonie si auguste et si religieuse? Que ne méritent donc pas ceux qui, pendant la Messe, sacrifice infiniment plus vénérable que ne le serait cette merveilleuse assemblée, se livrent à des conversations, à des rires, et troublent la piété et la dévotion des autres? De quel nom qualifierons-nous leur audace impie? Serait-ce une proposition trop hardie et trop téméraire d'affirmer que leur perfidie surpasse en quelque sorte celle des démons? Certes, les démons tremblent, s'humilient, restent muets devant Jésus-Christ, et cependant s'ils viennent devant lui, ce n'est certes pas pour l'honorer. Ceux donc qui assistent à la sainte Messe dans de mauvaises dispositions, peuvent être dits pires que les démons, puisqu'ils insultent Dieu en sa présence, et se servent, pour l'insulter, du moyen par lequel ils devraient l'honorer. Réfléchissez sur ce crime, âme pieuse, et si ce n'est pas là l'abomination de la désolation dans le lieu saint qui faisait frémir et sécher d'horreur le prophète Daniel, où la reconnaîtrez-vous?
Préparation à la Communion.
Et que suis-je donc, ô Jésus, pour que vous désiriez venir me visiter ce matin? Quel bien voyez-vous en moi, pour quitter le trône de votre gloire, afin de descendre dans mon cœur? Et ne suis-je pas la créature la plus souillée, et la laideur de mes péchés ne me méritait-elle pas de me faire à jamais rejeter de votre présence? Ne suis-je pas celte ingrate créature qui n'a reconnu vos immenses bienfaits que par des outrages, des mépris et des injures? Mon cœur n'a-t-il pas été le gîte des plus honteuses passions et la demeure de votre plus cruel ennemi? Comment donc voulez-vous fixer votre séjour?
Mais puisque vous m'invitez avec tant de bonté à vous recevoir, je ne veux pas me décourager à cause de mes misères. Toutefois, je vous demande une grâce, celle de triompher de moi-même par le moyen de votre saint amour, et de changer tellement mon cœur, qu'il soit tout embrasé de vos amoureuses flammes. Chassez loin de moi tout amour qui n'est pas pour vous, tout désir qui vous déplaît, toute pensée qui m'éloigne de vous. Mon Jésus, mon amour, mon trésor, je ne veux contenter que vous et ne plaire qu'à vous. Je veux seul vous aimer de tout mon cœur, car seul vous méritez tout mon amour.
Malheureux que je suis de n'avoir pas, par le passé, visé à aimer un Dieu si aimable; aussi n'ai-je vécu que contrairement à sa sainte volonté. Mais puisque vous me donnez maintenant la lumière, ô mon Dieu,
je ne veux plus être négligent. J'unis donc, ô Père éternel, mes prières à celles de Jésus-Christ, et par l'amour de votre divin Fils, que je vais recevoir ce matin, je vous prie, avant tout, de m'accorder le pardon de tous mes péchés, dont je me repens de tout mon cœur. Faites-moi connaître le mérite infini que vous avez d'être aimé, et l'obligation où je suis de vous aimer pour votre bonté et l'amour que vous avez pour moi. Donnez-moi la force de me détacher de toutes les affections de la terre, et d'employer mon cœur à n'aimer que vous, mon souverain bien, qui m'avez tant aimé. Je vous prie encore de faire briller votre lumière aux yeux de ceux qui ne la connaissent pas, ou qui vivent privés de votre grâce. Donnez à tous le don de votre saint amour, et faites-vous connaître à tous et aimer de tous.
Mon Jésus, vous êtes mon amour et mon espérance. Faites qu'en m'approchant pour vous recevoir au saint autel, je vous dise du fond du cœur ce que vous disait saint Philippe de Néri : Voici mon amour, voici tout mon amour. Faites que je parte de votre Table sacrée tout enflammé de votre amour, terrible à mes ennemis et formidable à tout l'enfer. Très-sainte Marie, priez pour moi votre divin Fils, demandez-lui pour moi la grâce de la fermeté et de la persévérance dans son
saint amour.
Action de grâces.
Ah! mon Dieu! comment est-il possible que votre infinie majesté ait daigné visiter la plus infime de vos créatures? Quel bien espérez-vous de moi pour vous
unir si étroitement à mon cœur et ne faire qu'un avec lui? Comment pourrai-je répondre à tant d'amour? Ah! pourquoi, ô mon cœur, ne t'embrases-tu pas d'amour pour Jésus, et ne t'écoules-tu pas tout en amoureuses flammes pour lui? Comment pourrais-tu rester dur et insensible envers un Dieu qui a porté la bonté jusqu'à se donner tout à toi? Que pouvait-il faire de plus pour Rengager à l'aimer?
Ah! mon Dieu! mon Dieu! quelle honte, quelle confusion j'éprouve au souvenir de vous avoir aimé si peu, et même de vous avoir tant offensé. Puissé-je au moins à l'avenir remédier à un si grand mal, et de l'inimitié passer au plus intime amour! Je l'espère, Seigneur, me confiant dans les mérites de votre Passion. En attendant, je vous adore et vous révère de l'abîme de ma misère, comme ferait un vermisseau de terre qui se traîne dans la poussière de son néant. D'un cœur ému je vous remercie du grand bienfait que vous m'avez accordé ce matin en venant visiter ma pauvre âme. Que pour moi votre très-sainte Mère, que tous les anges et les saints vous en rendent de sublimes actions de grâces! Je vous offre aussi à cette effet toutes les louanges et tous les remercîments qui vous ont été et vous seront faits par toutes les créatures.
Mon Jésus ! vous savez ce qui me manque ; vous sa-, vez que sans vous je ne puis rien ; vous connaissez ma faiblesse, ayez pitié de moi. Donnez-moi l'humilité, la pureté de cœur, l'amour, la conformité à votre sainte volonté, la rémission de mes péchés et la grâce de ne plus jamais en commettre : donnez-moi un mépris ah-
solu de toutes choses, afin que je n'aime que vous. Donnez-moi la patience de souffrir par votre amour tout ce qui m'arrivera d'amer et d'accablant*
Ah ! consumez, par les flammes de votre amour, et détruisez en moi toutes les affections de la terre. Faites que je vive désormais plein de reconnaissance pour tant de grâces que vous m'avez faites et tant d'amour que vous me portez. Si j'ai, dans le passé, dédaigné votre amitié, je l'estime maintenant plus que tous les royaumes du monde, et je préfère le bonheur de vous plaire à toutes les richesses et à tous les plaisirs du ciel et de la terre.
0 mon Père, par l'amour de Jésus-Christ, détachezmoi de tout; donnez-moi la patience et la résignation dans les peines et les revers. Donnez-moi l'esprit de mortification pour votre amour. Donnez-moi l'esprit d'une véritable humilité, pour que je parvienne à aimer à me voir réputé vil et plein de défauts : Doce me facere voluntatem tuam. Acceptez, ô mon Dieu, au partage de votre amour, un pécheur qui vous a jadis beaucoup offensé, mais qui maintenant veut tout de bon vous aimer et être tout à vous. O Dieu éternel, j'espère vous aimer éternellement!
Et parce que je vous aime, je voudrais vous voir connu et aimé de tous; c'est pourquoi, Seigneur, je ferai en sorte, par mon exemple et mes paroles, de vous faire connaître et aimer des autres. J'espère tout par vos mérites, ô Jésus-Christ, et par votre intercession, ô Marie, ma mère.
Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations.
1 . Que sont les richesses, les plaisirs, les honneurs? Je ne veux que vous seul, ô mon Dieu.
2. Etreignez-moi contre votre sein, Seigneur, afin que jamais je ne me sépare de vous.