‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 26 sur 53 · GI · texte numérisé non relu

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Dieu? Quelle sainte vie ne mènerait-il pas pour accomplir dignement un si auguste ministère? Car enfin, ne serait-ce pas une faveur aussi grande qu'admirable d'être choisi, seul au milieu des hommes, pour cet honneur divin?

Mais, de grâce, est-ce que le nombre des autres prêtres peut diminuer de quelque chose sa dignité et ses devoirs ?

Saint François d'Assise, pensant à l'excellence de la dignité du sacerdoce, en était si ébloui, qu'il recommande aux prêtres de se détacher de toutes les choses du monde, et de ne tendre qu'à aimer et à honorer leur Dieu, qui les a tant aimés et honorés. Il ajoute que c'est un malheur infini pour les prêtres qui sont à chaque instant si près de Jésus sur l'autel, de rester attachés au monde par quelque lien : Videte, sacerdotes (ce sont les paroles du saint), dignitatem vestram, et sicut super omnes propter hoc mysterium honoravit vos Dominus, ita et vos diligite e\m, et honorate. Magna infir mitas quando Jesum sic prœsentem habetis, et aliud in loto mundo curatis.

Une autre chose à considérer encore dans l'excellence du sacrifice de la Messe, c'est la grande dévotion avec laquelle on doit la célébrer et l'entendre. Saint Laurent Justinien disait que la Messe est certainement la fonction la plus excellente , la plus sainte , la plus agréable à Dieu et la plus utile à nous-mêmes qu'on puisse remplir. Aussi, pendant qu'on la célèbre, les anges y assistent en foule, les yeux attentifs , la tête inclinée, dans un profond silence, avec un saisissement

et un respect incroyables. Avec quelle pureté, avec quel recueillement , avec quelle révérence et quelle sainteté ne doit donc pas se comporter le prêtre qui la célèbre ? Il doit s'approcher des sacrés autels comme Jésus-Christ, y assister comme un ange, y officier comme un saint, y offrir les vœux du peuple comme un pontife, s'y interposer pour la paix entre Dieu et le monde comme un médiateur, et prier pour lui-même comme un simple fidèle.

Préparation à la Communion.

Je crois, ô mon Dieu, qu'en recevant le pain eucharistique, je vous recevrai vous-même en corps, en sang, en âme, en divinité ; vous, le Fils unique du Père ; vous, la splendeur de sa gloire, l'image et la figure de sa substance ; vous, le Sauveur du monde et l'Homme- Dieu. Oh! oui, j'aurai sur ma langue et je presserai sur mon cœur, en recevant ce matin l'hostie sainte, ce même Jésus qui, en montant au ciel, prit place à la droite de Dieu le Père, et qui un jour en descendra pour juger les vivants et les morts.

O bon Jésus ! quel mystère de bonté et de miséricorde cela n'est-il pas pour moi ! Est-il donc possible que vous vous complaisiez à venir visiter ma pauvre âme? Vous qui, pour remonter au ciel, abandonnâtes les apôtres, vous voulez ce matin descendre du ciel pour vous unir à moi! Ah! qui suis-je donc pour m'admettre non-seulement en votre présence, mais encore à cette Table où vous offrez en holocauste votre corps et votre sang? Si je n'étais du moins que cendre

et poussière... si je n'étais qu'un serviteur inutile... mais je suis quelque chose de pire. Je suis un serviteur infidèle qui vous a accablé de dégoûts. Oh! qu'elles sont graves et nombreuses, ô mon Dieu, les offenses que j'ai causées à votre divine majesté ! Vous seul en connaissez le nombre et l'affreuse malice ; et vous m'aimez encore au point de vous donner tout à moi dans le sacrement de l'Eucharistie ! Ah ! mon Dieu ! je pleure et je déteste mes péchés , parce qu'ils m'ont causé les pertes les plus sensibles ; mais ce qui me tourmente le plus et ce qui devrait faire mon supplice le reste de ma vie, c'est la pensée de vous avoir tant déplu. Hélas î je n'ai en moi qu'un trop faible repentir d'avoir offensé mon Dieu î Je voudrais expirer de douleur ; je voudrais que mes yeux versassent des torrents de larmes; je voudrais répandre une sainte tristesse sur tous les moments de ma vie. Ah ! je voudrais que mon cœur se desséchât de douleur d'avoir offensé un Dieu si bon.

Acceptez, ô Père éternel, l'offrande que Je vous fais ce matin de votre propre Fils. Que cette victime chérie vous apaise et vous incline à la pitié pour tous ces pauvres pécheurs qui, ou ne vous connaissent pas, ou, vous connaissant, ne veulent pas vous aimer et vivent privés de votre grâce. Donnez-leur la lumière et la force de sortir du malheureux état où ils vivent au gré de leurs passions. Si leurs péchés sont grands, plus grande est encore l'offrande et le don que je vous présente de votre propre Fils.

Je vous prie pour tous, mais spécialement pour moi, que vous avez favorisé plus que les autres, et qui me

suis montré plus ingrat que les autres envers votre saint amour. Par amour pour Jésus-Christ, pardonnezmoi tous mes péchés mortels et véniels, mes impatiences, mes mensonges, mes intempérances, mes distractions et mes négligences dans les œuvres de piété et de religion. Je m'en repens de tout mon cœur, car toutes ces choses vous ont offensé, bonté infinie que tous devraient aimer d'un amour infini.

0 Dieu devenu Sacrement! ô pain des anges! ô nourriture divine ! je vous aime par-dessus toute chose , et je vous promets de plutôt mourir que de vous redonner le moindre déplaisir. Faites, ô Jésus, que je connaisse la souveraine beauté et l'immense bonté que j'aime. Faites que mon cœur éloigne de lui toute affection terrestre, et ne donne place qu'à votre amour. Vous venez vous unir à moi pour m'enflammer et m'enivrer de votre amour ; il est donc juste que je ne pense qu'à vous aimer, qu'à vous adorer, qu'à vous plaire. Aussi je vous aime de toute mon âme et de toute ma tendresse. Augmentez dans mon cœur ces flammes ardentes qui me feront vous aimer toujours. O mon Jésus! votre mort et votre sang sont mon espérance. Par vos mérites, je vous demande la grâce de n'aimer que vous et de vous être fidèle jusqu'à la mort. O Marie, trois fois sainte, accompagnez-moi et soyez mon assistance, maintenant que je vais recevoir votre divin Fils dans la sainte Communion,

Action de grâces.

Mon Dieu vit en moi, et moi je vis en mon Dieu ! O

quelle félicité! quelle béatitude! Et qui peut dire le sublime degré auquel ma nature vient d'être élevée en ce moment? Que sont devant moi les grands de la terre avec leur domination et leurs pouvoirs? Qu'est-ce que la terre qu'ils possèdent devant le Roi du ciel et de la terre que je presse sur mon sein? Ah! Jésus, ivresse' de mon cœur! j'avoue que mon esprit reste confondu et que mon imagination se perd dans la pensée de la grandeur à laquelle vous m'avez élevé.

Le Dieu de majesté et de gloire dans mon sein! Ah! Seigneur, que puis-je vous rendre en échange de ce bienfait si ineffable? Votre majesté et votre munificence sont telles, que, quelque chose que vous me donniez d'ailleurs, je serai toujours incapable de vous remercier dignement. Or, que sera-ce de vous être donné tout entier pour l'aliment spirituel de mon âme? Ah! je me confonds, et je ne trouve point d'expression pour rendre l'excès de mon ingratitude. Je ne puis vous remercier que par le silence. Et le pourrais-je autrement? Quel hymne d'action de grâces pourrait égaler votre munificence pour moi! Ni un ange du ciel, ni même la vierge Marie ne pourraient égaler la reconnaissance au bienfait de mon Dieu.

Que ferai-je donc, dans l'impuissance où je me trouve de vous payer le tribut de ma reconnaissance ?

Ali! mon Dieu, si vous ne voyez rien en moi qui soit digne de votre bonté, tournez vos yeux vers votre divin Fils, qui vous offre les mérites de sa Passion : Ecce Agnus Dei. Voici l'Agneau que vous vîtes un jour sacrifié pour votre gloire et pour notre salut sur l'autel

de la croix. Que son très-précieux sang, versé pour mon bonheur, supplée à ma faiblesse et compense cette sublime faveur que vous m'avez accordée ce matin. Et que pouviez-vous faire de plus, ô Jésus, pour me mettre dans la nécessité de vous aimer! Oh! j'ai honte de vous avoir traité si mal dans le passé, d'avoir échangé votre grâce contre un caprice et un misérable désir, et de vous avoir odieusement abandonné. Et comment mon cœur ne s'écoule-t-il pas dans les pleurs en pensant que sa reconnaissance a été pour les créatures et son ingratitude pour vous seul, Dieu de bonté et d'amour? Hélas! pardonnez-moi mon infidélité; je m'en repens vivement, et j'en espère de vous le pardon, parce que vous êtes la bonté infinie. Je vous remercie, mon amour, de ne m'avoir pas précipité dans l'enfer, comme je le méritais, et de m'avoir supporté si longtemps! Oh! que la seule patience que vous avez eue avec moi devrait m'inspirer d'amour pour vous! Et qui aurait pu autant me supporter, sinon vous, qui êtes la miséricorde infinie? Je vois que c'est pour que je vous aime que vous vous tenez depuis si longtemps auprès de moi. Je ne veux plus résister à votre amour. Me voici donc tout à vous. C'est assez vous avoir offensé ; il est temps que je vous aime. Je vous aime, ô mon souverain bien ; je vous aime, bonté infinie; je vous aime, mon Dieu, digne d'un amour infini, et je veux toujours vous répéter, dans le temps et dans l'éternité : Je vous aime, je vous aime!

O Dieu! que d'années j'ai perdues, durant lesquelles je pouvais vous aimer et acquérir hautement votre

amour! Mais Jésus est mon espérance; j'espère que je ne cesserai plus de vous aimer. Je ne sais pas combien de temps il me reste encore de vie ; mais les années qui me restent, longues ou courtes, je vous les consacre toutes. Oui, mon bien-aimé Seigneur, je veux réellement vous satisfaire ; je veux sans cesse vous aimer et vous aimer avec les transports les plus brûlants de mon cœur. Que me font les plaisirs, les richesses, les honneurs! Vous seul êtes et serez mon amour et mon tout. Mais je ne puis rien, si vous ne m'aidez de votre grâce. Ah! blessez mon cœur, embrasez-le des feux de votre saint amour et attachez-vous-le ; mais attachezvous-le tellement qu'il ne puisse plus à jamais se séparer de vous. Vous avez promis d'aimer celui qui vous aime : Ego diligentes me diligo (Prov., 8). Or, maintenant je vous aime; pardonnez mon audace, aimezmoi aussi, et ne permettez pas que je fasse quelque chose qui vous contraigne de cesser de m'aimer : Qui non me diligit manet in morte. Ah! préservez-moi de cette mort. Je redoute la perte de votre amour plus que tout autre malheur. Faites que je vous aime toujours, afin que toujours vous puissiez m'aimer, et qu'ainsi notre amour devienne éternel et indissoluble. 0 Jésus, faites-le par vos mérites; oui, j'ai la consolante espérance que je vous aimerai et que vous m'aimerez toujours. Marie, Mère de Dieu et ma Mère, priez aussi vous-même Jésus pour moi.

Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.

Aspirations.

4< Faites, Seigneur, partager votre amour à Tun des plus ingrats serviteurs que vous eûtes sur la terre.

2. Aujourd'hui est le jour où je me donne tout à vous, ô mon amour et mon tout.

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