‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 29 sur 53 · VINGT-TROISIÈME CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME CONSIDÉRATION

La sainte Messe est un sacrifice de propitiation pour nos

péchés.

L Que serait le monde sans le soleil? Tout serait ténèbres, horreur, stérilité et misère profonde. Et que serait-ce de nous si , dans ce monde , il n'y avait pas la sainte Messe? Infortunés, nous serions privés de tous les biens, accablés de tous les maux; nous serions le but de toutes les foudres de la colère de Dieu. Il en est

qui s'étonnent que le Seigneur, à la vue des crimes qui inondent la terre, ne la replonge pas dans les abîmes du néant; car anciennement il se faisait appeler le Dieu des armées; il parlait au peuple, au milieu des nuées, avec la foudre à la main, et punissait les fautes avec une extrême rigueur. Pour un léger péché d'orgueil que commit David dans le recensement de son peuple, il envoya une peste si terrible, qu'en peu d'heures tombèrent mortes soixante -dix mille personnes. Pour un seul regard curieux et irrévérencieux des Bethsamites, il enveloppa dans un affreux carnage plus de cinquante mille des leurs. D'où vient donc cette conduite si différente, qu'aujourd'hui il supporte avec patience non-seulement la vanité, mais encore les adultères les plus hideux, les scandales les plus exécrables et les blasphèmes les plus horribles? Où est donc la cause de cette différence de gouvernement? Nos ingratitudes sont-elles plus excusables qu'alors? La véritable raison de cette clémence inouïe, c'est la sainte Messe, dans laquelle on offre au Père éternel son Fils unique, la grande victime du genre humain. C'est là qu'il est le vrai soleil de la sainte Eglise qui dissipe les nuages et rassérène le ciel, l'arche de paix qui apaise la colère de Dieu, la clef d'or qui nous ouvre les trésors des bénédictions célestes; le canal mystérieux qui dirige vers nous les eaux de la divine miséricorde; l'objet des divines complaisances, qui calme le courroux de Dieu et désarme sa terrible justice.

II. Oh! combien de fois, à l'image hideuse de nos péchés, le Seigneur aurait lancé ses foudres contre

nous et nous aurait exterminés sans miséricorde. Mais, à la vue de son Fils bien-aimé qui s'offre à lui comme une victime très-innocente immolée sur nos autels, il a compassion de nous, et laisse tomber de ses mains les foudres de sa juste vengeance. Jésus, présenté à son Père par les mains du prêtre qui sacrifie et les fidèles qui assistent à la Messe , lui montre les plaies de ses mains et de ses pieds, les déchirures de ses membres, les ignominies, les mépris et les mauvais traitements qu'ils a soufferts pendant sa vie. Mon Père, s'écrie-t-il , mon Père, oh! par amour pour moi que vous aimez tant, pardonnez-leur! Pater , dimitte Mis. À cette prière fervente, le cœur de Dieu s'attendrit, son œil redevient serein, et il nous prend en pitié. Hélas! nous croyons à peine ces choses, parce qu'elles ne sont pas visibles à nos yeux charnels; mais il viendra un jour où les secrets de la divine Providence seront expliqués à tous. Alors nous verrons que, si nous ne fûmes pas engloutis après nous être souillés par le péché, que si le Seigneur nous souffre si longtemps pécheurs et que s'il paraît ne pas s'apercevoir de notre ingratitude, nous le devons à l'excellence infinie de la sainte Messe.

III. Que pensez- vous, âme pieuse, de l'amour de Jésus-Christ pour nous? Oh! quelle charité de nous pourvoir d'un moyen si facile de satisfaire à la justice divine pour nos péchés. Qui serait donc assez insensé pour ne pas en profiter et ne pas en faire une estim* infinie? Où êtes-vous, ô infortunés qui voulez vous priver d'un si grand bien? Voulez- vous donc rester

sous le poids accablant de vos dettes envers Dieu? Voulez -vous rendre infructueuse la mort de votre Rédempteur? Voulez-vous vivre exposés à la colère du Seigneur? Ah! par amour pour vous-mêmes, par charité pour vos âmes, dans votre propre intérêt, prévalez-vous d'un moyen si facile pour vous délivrer de tant de misères qui vous accablent. Usez de ce trésor, âmes pécheresses, et vous obtiendrez la grâce de vous convertir. Usez-en, âmes justes, et vous acquerrez de nouvelles forces pour vous maintenir en état de grâce, et parcourir d'un pied sûr le chemin du ciel.

Et vous, âme pieuse, que ferez-vous après avoir réfléchi sur cette vérité? Prenez la résolution d'assister à la sainte Messe le plus souvent que vous pourrez et avec la meilleure dévotion possible. Souvenez-vous que, bien qu'elle soit d'un prix infini, Dieu l'accepte néanmoins d'une manière limitée et finie , selon les dispositions que nous y apportons. Il faut donc plus avoir égard à l'intensité de la dévotion qu'au nombre de Messes, et se rappeler cette grande maxime que Dieu, dans les œuvres satisfactoires, fait beaucoup plus attention au cœur de l'offrant qu'à l'offrande elle-même : In satisfactione magis attenditur affectus offerentis, quam quantitas oblationis (S. Th., 5, p. 79, art. S). Heureuse, si vous avez une grande confiance dans la miséricorde de Dieu , qui se montre si merveilleusement dans ce divin sacrifice. Heureuse, si vous y assistez, avec une foi vive et une dévotion profonde, le plus souvent qu'il vous sera possible! Je vous le dis, en vérité, ce sera pour vous un gage assuré du paradis.

Préparation à la Communion.

Je vous adore, ô mon Jésus, et j'unis mes adorations a celles que vous offrent continuellement les anges et les saints du ciel, qui, prosternés devant votre terrible majesté, exhalent leur amour en déposant à vos pieds leurs hommages et en faisant retentir les cieux de leurs cantiques de louanges, de gloire et d'honneur. Ah! ne refusez pas les hommages que vous présente cette pauvre créature, qui veut à l'avenir se dévouer entièrement à votre amour. N'ayez point égard à mes fautes, mais aux mérites de votre sainte Passion et de votre cruelle mort sur la croix. Si je suis souillé, vous pouvez me purifier. Si mon âme vous a été infidèle, vous pouvez me convertir de nouveau, au point que je vous aime d'un amour qui égale ma trahison. Grandes sont les fautes que j'ai commises, mais grandes aussi sont mes espérances, car vous n'en êtes pas moins mon très- affectionné Père, mon très-doux époux, mon trèsfidèle ami et mon souverain bien. Si j'ai abusé de la grâce que j'ai reçue à mon baptême, je n'ai cependant pas épuisé votre miséricorde , qui est maintenant infinie comme auparavant pour s'attendrir sur moi.

Venez donc, ô Jésus, dans une âme qui soupire après vous. Venez et réunissez l'abîme de ma misère à l'abîme de votre miséricorde; venez, et détachez-moi de toute affection coupable, afin que mon cœur ne soit occupé à n'aimer que vous seul, son vrai, son unique trésor. Venez et guérissez-moi de toutes mes infirmités, afin que je puisse travailler avec zèle à votre gloire.

et souffrir avec patience toutes les tribulations qu'il vous plaira de m'envoyer dans le cours de ma vie. Venez et découvrez-moi de plus en plus les grandeurs de votre infinie bonté, afin que je sois toujours plus brûlant d'amour pour vous et que je mette en vous toutes mes espérances.

Par cette Communion, j'ai l'intention, Seigneur, de vous remercier de tous les bienfaits que vous avez répandus sur le monde et spécialement sur moi, infortuné pécheur, qui mériterais , à cause de mes ingratitudes, d'être à jamais éloigné de votre divine présence. Je vous l'offre, en outre, dans l'intention d'être toujours plus enflammé de votre saint amour, et d'en devenir à jamais la victime. 0 Marie, ma Mère, qui avez porté dans votre sein le Dieu que je vais recevoir, %idez-moî à l'accueillir avec humilité et ferveur.

Action de grâces.

0 Seigneur! qui suis-je, sinon une de ces pauvres créatures qui ont eu le malheur de se souiller de mille fautes et d'entrer mille fois en révolte contre votre saint amour? Comment donc avez-vous eu l'insigne bonté de m'accorder la grâce de m'admettre à jouir de vos saints embrassements et de vous unir intimement à mon âme? Ah! Seigneur... j'admire souverainement votre bonté d'avoir institué le sacrement de l'Eucharistie pour vous communiquer à vos bien-aimés enfants; mais je l'admire bien plus de m'avoir accordé l'inexprimable laveur de vous recevoir dans mon cœur. Obi comment pourrai -je vivre sans m 'écouler tout en

amour pour vous, qui vous êtes sacrifié pour mon amour? Comment pourrai-je m'éloigner de vous et perdre votre grâce, maintenant que j'ai connu votre grande et ineffable amabilité? Pour qui brûlera mon cœur s'il ne brûle pour vous, qui êtes son centre, sa paix, son contentement? Oh! oui, je vous aime, mon Jésus , et je proteste de vouloir vous aimer toujours. Je ne vous ai que trop offensé dans le passé , je n'ai que trop longtemps vécu sans penser à vous, ô le bienaiiné de mon cœur! Puisque vous m'avez, par votre bonté, conservé la vie quand j'étais dans votre disgrâce ; puisque vous avez attendu l'heure de ma pénitence, maintenant que j'espère avoir retrouvé votre grâce , je veux vous aimer autant que je me sentirai de vie, et être tout à vous, en consacrant à votre gloire les pensées de mon esprit, les affections de mon cœur et toutes ses œuvres. Je vous aime, ô bonté infinie, je vous aime plus que moi-même, plus que ma vie, et en témoignage de mon amour, je vous donne mon corps, mon âme et toute ma volonté. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira, j'y consens trèsvolontiers. Pourvu que vous m'accordiez de vous aimer véritablement, je suis satisfait, et je vous en serai reconnaissant toute ma vie.

O mon aimable Sauveur, ouvrez sur moi votre main, versez dans mon sein les trésors de votre grâce ; regardez-moi avec des yeux d'amour; parlez à mon cœur, et faites-lui connaître clairement votre sainte volonté : Sonet vox tua in auribus meis. Puisque vous avez fait pour moi le plus que vous pouviez, en vous donnant

vous-même tout entier à mon cœur, maintenant faites le moins que vous puissiez, en me donnant vos grâces; établissez aussi avec moi un accord de paix, une alliance de foi et de charité qui ne se dissolve plus à jamais. Enseignez-moi, ô Jésus, par les entrailles de votre miséricorde, à faire toujours et en toutes choses votre très-juste et très-sainte volonté , et à cheminer directement dans la voie de vos divins préceptes. Inspirez-moi l'horreur du péché et l'amour de la vertu; faites que je chasse de mon cœur la tiédeur, et que j'augmente de jour en jour ma ferveur pour votre saint service. Apprenez-moi à me juger et moi-même et mes actes dans la vie présente, afin que je puisse connaître et détester mes défauts, et par là être délivré à la mort de l'irréparable malheur de vous entendre prononcer mon jugement et ma condamnation.

Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 25. Aspirations.

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