VINGT-QUATRIÈME CONSIDÉRATION
Sa sainte Messe est un sacrifice d'action de grâces égal aux bienfaits divins.
I. Considérez, âme chrétienne, l'énorme obligation où nous sommes de remercier le Seigneur pour tant de bienfaits qu'il nous accorde. Qui jamais pourra redire les innombrables faveurs et les grâces sans mesure que nous a prodiguées , dès les premiers instants de notre vie, et que nous prodigue encore ce Dieu d'amour? Tout ce que nous possédons de beau et de bon , tout ce que nous sommes, nous le tenons de sa généreuse bonté. Pour nous créer, nous conserver et nous faire arriver à l'état où nous sommes, il a répandu un abîme de bienfaits, et y a fait concourir toutes les créatures de l'univers. Parcourez de vos regards toute la surface de la terre; élevez-les vers les cieux, qu'ils pénètrent partout où ils peuvent s'étendre ; considérez tout ce qui se déroule devant vous, et vous verrez que tout a été admirablement disposé pour notre utilité et notre avantage. C'est pour nous que resplendit le soleil durant le jour, et que dans la nuit scintillent les étoiles pour en dissiper les ténèbres. Pour nous est la lumière qui rend laborieuses nos villes t et l'obscurité qui rend paisible notre sommeil. Pour nous les mers sont pleines de poissons, l'air rempli d'oiseaux et les
forêts de bêtes sauvages. Pour nous est l'herbe verdoyante qui fleurit dans les prés; pour nous sont les moissons qui mûrissent dans les champs et les eaux bienfaisantes et fécondes qui coulent des montagnes. Et en portant nos pensées vers un ordre de choses plus élevées, que ne fait pas ce Dieu si bon pour le salut de nos âmes et pour leur procurer les joies du paradis? Il nous a aimés dès l'éternité de l'amour le plus tendre et le plus actif; dès l'éternité aussi, il a décrété de nous donner cette vie terrestre comme un acheminement à celle des cieux. C'est pour cela qu'il nous a placés sous la garde de ses anges, et qu'il nous a envoyé de temps en temps ses prophètes pour nous annoncer sa loi. C'est pour cela que, par un mystère ineffable de charité , il a envoyé sur la terre son Fils unique , qui , après avoir employé sa vie à nous faire du bien, la sacrifia pour notre amour en mourant submergé dans un océan de douleurs, et cloué au bois infâme de la croix. Ah! il nous est impossible d'énumérer tout ce que nous devons à Dieu.
Que pouvons-nous lui rendre en reconnaissance de tant de bonté? 0 lamentable condition que la nôtre! D'une part nous avons contracté envers Dieu des obligations infinies; de l'autre notre pauvreté est si grande que nous ne saurions acquitter le moindre de ses innombrables bienfaits; parce que, venant d'une majesté infinie et se trouvant accompagnés d'une majesté infinie, ils acquièrent un prix infini et nous obligent à un retour infini. Que deviendrons -nous donc? Si nous ne pouvons porter le poids d'un seul bienfait,
comment le pourrons-nous des bienfaits sans nombre? Que rendrons-nous si nous n'avons rien qui soit digne de sa majesté ou de la grandeur de nos obligations? Quid dignum esse poluerit beneficiis ejus? L'adoreronsnous? le prierons-nous? lui offrirons-nous de l'encens? Mais qu'est-ce que tout cela, eu égard à ce que nous lui devons? Lui ferons -nous le sacrifice de ce que nous avons? des honneurs, de la vie? Mais ces choses ne sont-elles pas à lui? Et puis ne sont-elles pas d'une valeur finie, tandis que les bienfaits qu'il nous a accordés sont infinis?
II. Vous voyez ici, âme chrétienne, combien fut grand l'amour de Jésus-Christ pour nous, losqu'il nous donna un moyen très -efficace pour nous acquitter d'une si grande dette, en nous fournissant celui de la sainte Messe, par laquelle nous rendons pleinement et surabondamment toutes choses à Dieu, et plus encore que tous les bienfaits dont il nous a enrichis. En effet, quelque précieuses et quelque rares que soient ses faveurs, bien plus estimable encore est le don que nous lui présentons, qui est celui de son propre Fils égal en tout à lui-même. Quelques âmes saintes, en considérant la multitude et l'excellence des bienfaits divins , voudraient avoir mille langues pour toutes les employer en actions de grâces , mille cœurs pour les consacrer à de brûlantes expansions de gratitude; elles voudraient avoir en leur puissance toutes les créatures, pour toutes les exciter à bénir et à remercier sans relâche leur souverain bienfaiteur. Que ces âmes entendent dévotement la sainte Messe, qu'elles accom-
pagnent avec une brûlante ferveur l'oblation qu'offre, au nom de tous , le ministre de l'autel , et qu'elles se consolent , car Dieu est plus satisfait de cet hommage que si elles le remerciaient avec des millions de langues et de cœurs, et que si elles conduisaient à ses pieds tous les hommes pour l'adorer. Approchons-nous donc en toute confiance du trône de Dieu avec cette offrande à la main; nous ne pourrions rien lui présenter de mieux. Il nous montrera, lui, la vie qu'il nous a donnée et qu'il nous conserve; il nous montrera la santé , la fortune , le pardon des péchés , les flammes de l'enfer dont il nous a délivrés, et le paradis qu'il nous a ouvert. Pour nous, nous lui offrirons au pied de son trône l'hostie consacrée par le prêtre; nous lui présenterons le calice trois fois saint, et nous aurons égalé tous ses bienfaits; nous lui aurons rendu des actions de grâces que tous les anges et tous les saints ne pourront jamais égaler.
III. 0 sainte Messe, par qui le Fils de Dieu est placé non-seulement dans nos bras, mais même dans nos mains et dans nos cœurs! Parvulus datus est nobis (Is., 9, 6). Que pensez-vous, âme pieuse, de ces réflexions? Ne suffisent-elles pas pour imprimer en vous la plus haute vénération pour un si auguste et si merveilleux sacrifice, et vous inspirer en même temps le plus ferme désir d'y assister avec la plus grande modestie et le plus grand respect? Ne nous montrerionsnous pas indignes de la vie, si nous négligions un moyen si facile et si efficace pour rendre à Dieu tout ce que nous lui devons?
Ah! courbons nos fronts au pied de nos autels, par fumons-les d'encens et de thym, et honorons-les avec la plus fervente dévotion, puisqu'il en découle pour nous de si grands bienfaits. Remercions vivement l'Eternel, qui nous a mis dans la salutaire nécessité de lui offrir souvent cette victime du paradis; remercionsle surtout pour l'immense avantage que nous en pouvons retirer. Remercions Jésus, qui, non content de s'être dévoué pour nous à la mort ignominieuse de la croix, continue chaque jour le même sacrifice à son Père par amour pour nous. 0 Dieu puissant! ô Jésus! ô mon amour! que n'ai-je mille voix pour vous remercier mille fois du précieux trésor que vous nous avez donné dans la sainte Messe!
Préparation à la Communion.
O Dieu infiniment saint, qui, pour me faire participer à votre sainteté, êtes devenu mon exemple et voulez maintenant devenir ma nourriture, comment pourraije correspondre à tant de bonté? Hélas! je reste tout confus en pensant à l'immense amour que vous me témoignez. Vous n'êtes donc pas satisfait d'avoir donné tout votre sang sur la croix pour ma rédemption? Vous désirez donc encore que je vienne vous recevoir dans la sainte Communion, afin que je ne fasse plus qu'un avec vous. Ah ! venez donc, chéri de mon âme, venez; je vous invite par mes soupirs les plus brûlants, et je vous embrasse de mes plus ardents désirs. Venez sanctifier mon pauvre cœur par votre présence, votre grâce et votre vertu. Vous seul connaissez
l'obstacle qui entrave le plus le bonheur que j'ai de m'unir intimement à vous. Ah ! par pitié, enlevez-le, éloignez-le, repoussez-le de mon âme, afin que je vive toujours en vous et vous en moi. Souvenez-vous que je suis votre conquête, et que Je vous appartiens deux fois, pour m'avoir créé, pour m'avoir racheté. Vous devez donc me regarder comme vôtre, Je vous prie aussi de purifier de plus en plus mon âme de toutes taches, et de la rendre plus blanche que la neige, afin que je puisse recevoir dignement votre corps promis à ceux qui ont le cœur pur et l'âme exempte de péchés.
Je crois, ô Jésus, que vous êtes le Fils de Dieu, que vous êtes mort pour moi, et que vous avez voulu rester dans le saint Sacrement pour être ma nourriture. Par les mérites de votre Passion et de votre mort sur la croix, j'espère vous aimer à jamais et vous posséder éternellement. Je vous aime, ô Jésus, et j'ai une bien vive douleur de ne pas vous aimer assez. Je voudrais vous aimer autant qu'une âme le peut sur cette terre, autant qu'un Séraphin dans le ciel , autant que vous aime Marie votre Mère. Ah! faites toujours de plus en plus luire dans mon cœur la flamme de votre amour, et faites que je sois tout à vous.
Je soupire, ô mon Dieu ! après le iortuné moment où je vous recevrai dans mon âme et vous presserai sur mon cœur; je vous désire comme un malade son médecin, comme un fils son père, comme un esclave son libérateur. O esprit divin, descendez sur ma langue pour la purifier de votre feu, et dans mon âme pour
l'enflammer de vos ardeurs. Préparez et disposez en moi une demeure qui soit digne de l'hôte auguste qui est sur le point d'y entrer.
Père éternel, je vous offre cette communion en action de grâces pour tous les bienfaits que vous avez accordés n tous les hommes. Donnez-moi une sainte persévérance dans votre amour et toutes les grâces que vous demandent pour moi Jésus, Marie et les saints, mes intercesseurs.
Action de grâces.
Soyez le bien- venu, ô doux Jésus, dans la pauvre demeure de votre âme; je vous en remercie de tout mon cœur, et je voudrais vous en remercier autant que vous le méritez. Mais quelle digne expression de reconnaissance pourrait faire à son roi un pauvre villageois, s'il venait dans sa cabane, sinon de se jeter à ses pieds et de se tenir prosterné en silence pour admirer et louer cet excès de bonté? Je me jette donc à vos pieds, ô mon divin Roi, je vous adore profondément du sein de l'abîme de mes misères. Je vous ai d'abord adoré dans le ciel, glorieux à la droite de votre Père : je vous adore maintenant dans mon âme dont vous êtes devenu la nourriture et le breuvage. J'unis mon adoration à celle de la vierge Marie, quand elle vous reçut dans son chaste sein, et je voudrais vous aimer autant qu'elle vous aimait.
Mon doux Rédempteur! que votre bonté est grande envers une créature aussi ingrate que je suis! J'ai souvent contrarié vos volontés; je vous ai honteusement
dédaigné; j'ai renoncé à votre grâce, et néanmoins, répondant soudain à mes désirs, vous venez de passer du trône de votre gloire dans mon sein. Hélasî mon Jésus, si au moins je vous avais toujours aimé! Si je vous étais resté fidèle depuis le jour où je vous reçus pour la première fois dans mon cœur. Ahî quelle énorme ingratitude que de répondre si mal aux avances si tendres de votre amour? Que pouviez-vous faire de plus, pour vous affectionner mon cœur, que de me choisir entre tant de milliers de créatures, pour m'établir votre favori et me nourrir de votre sainte
substance? Et j'ai osé vous offenser vous charger
d'injures , vous rendre le mal pour le bien î
0 Jésus, je me repens d'une telle perfidie, et je vous promets de vivre désormais et de mourir pour votre amour, puisque vous avez vécu et que vous êtes mort pour moi. Non, jamais il ne m'arrivera de me révolter contre vous et de renoncer encore à votre grâce. Jamais je ne m'élèverai au-dessus des autres, ni ne seconderai les inclinations vicieuses de mon amourpropre; mais je me regarderai toujours pour un misérable comme je suis. Je ne m'irriterai plus contre mon prochain; mais quel que soit l'outrage que j'en reçoive, je l'accepterai en pénitence de mes péchés, et je le pardonnerai promptement. Je ne m'opposerai plus aux ordres de mes supérieurs, mais je les respecterai toujours comme des oracles du ciel. Et si l'esprit immonde cherche à me séduire en quelque manière, je saisirai aussitôt l'arme invincible de votre saint nom, et je ne la déposerai que lorsque je serai délivré des embûches
du tentateur. Recevez mon cœur, ô Jésus, déclarez-le votre propriété, et faites-le vôtre comme vous vous êtes
fait tout à moi par la sainte Communion Que sont
les richesses, les plaisirs, les honneurs? Deus meus et
omnia, Deus meus et omnia Vous êtes, Seigneur,
tout mon trésor et tout mon bien, et hors de vous il ne reste que le néant : Sibi habeant divitias suas divites, régna sua reges; mihi Christus gloria et regnum est (S. Paulin.). Que les riches se réjouissent dans leurs richesses, et les princes de la terre dans leurs trésors et leur puissance; pour moi, c'est vous seul qui êtes mon royaume et mes richesses.
Père éternel, par amour pour votre Fils, que je viens de recevoir dans mon cœur, donnez-moi le don de votre amour et la persévérance dans votre grâce. Donnez-moi une vraie humilité qui me détache de l'amour des vanités et me fasse aimer les mépris et ma propre abjection. Donnez-moi un esprit de mortification, afin que je renonce à toutes les satisfactions qui ne tendent pas à votre saint amour. Je vous recommande encore tous mes parents, mes amis et mes ennemis. Je vous recommande les âmes du purgatoire et tous les pauvres pécheurs.
Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations.
4. Seigneur, purifiez mon âme de tout péché. 4. Faites-moi connaître, Seigneur, la volonté des choses de la terre et le prix des biens célestes. 3. Vive Jésus, Marie et Joseph!
Maximes.
1 . Que celui qui veut être saint , soit humble ; que celui qui veut être très-saint soit très-humble.
2. Celui qui ne veille pas sur ses sens, et spécialement sur ses yeux, ne sera jamais chaste.