VINGT-SIXIÈME CONSIDERATION
Sur l'énormité du crime que commettent les profanateurs de la sainte Messe.
I. Considérez, âme pieuse, l'énorme excès que commettent les chrétiens qui assistent irrespectueusement à la sainte Messe. Pour bien le comprendre, ranimez de nouveau votre foi envers ce redoutable sacrifice. Que vous dit la foi à ce sujet? Elle vous dit que c'est le renouvellement de la Passion et de la mort de notre divin Sauveur; de manière qu'en y assistant, nous pouvons dire en toute vérité que nous assistons au grand sacrifice où mourut pour nous Notre-Seigneur. Or, à la mort d'un Dieu, à la mort de notre libérateur, à la mort de notre Père, quelle attitude, quelle contenance ne devons-nous pas avoir, nous qui sommes des serviteurs qu'il a rachetés par son sang, nous qui sommes ses enfants? Ne vous paraîtrait-il pas comme un objet de honte la plus odieuse le fils qui, au moment de la mort d'un père aussi bon et aussi tendre que Jésus, resterait indifférent, irait jusqu'à rire, jusqu'à insulter à ce pauvre mourant? Si je savais qu'il y en eût un qui tînt une conduite aussi infâme envers son père
arrivé au terme de ses jours, je ne le regarderais qu'avec horreur, et il ne serait à mes yeux qu'un monstre d'impiété. Et pourtant, c'est précisément ce que pratiquent ces chrétiens qui n'apportent aucune dévotion à la sainte Messe. Le plus aimant des pères meurt pour eux, et ils ne lui donnent pas une larme, pas un soupir, pas un seul sentiment de compassion ; ils se réjouissent de son mal, ils accroissent ses douleurs et rendent plus amère son agonie. Oh ! n'est-ce pas le comble de la malice, de l'ingratitude, de la cruauté? Hélas! qu'ils montrent combien faible est la foi qui les anime!
Les chrétiens qui ont le bonheur d'aller en pèlerinage à la Terre-Sainte, se prosternent aussitôt qu'ils l'aperçoivent au loin, la saluent de leurs acclamations et se sentent tout pénétrés d'un profond sentiment de respect pour un pays où se sont accomplis tant d'augustes mystères d'un Dieu fait homme. Lorsqu'ils y sont arrivés, et qu'ils se trouvent sur ces lieux vénérés, ils fondent en larmes dans un excès de tendresse et de componction ; ils baisent avec amour cette terre sanctifiée, et en réunissent religieusement les parcelles qui ont été, depuis tant de siècles, arrosées du sang divin. Dans ces rues, sur ces collines, dans ces églises de Jérusalem, partout il leur semble voir l'Homme-Dieu, et partout ils l'adorent avec toute l'effusion de leur cœur. La foi si pure qui les guide leur montre qu'ici Jésus apparut visiblement, que là il prêcha à la multitude, que plus loin il souffrit la Passion et termina sa vie mortelle. Que s'ils venaient à voir un chrétien
méprisant ces lieux sacrés par des actions indignes, ils seraient remplis de la plus sainte indignation, et ne pourraient supporter qu'un fidèle se montrât impie dans les lieux mêmes où Jésus-Christ naquit et mourut pour nous. Maintenant, dites-moi, âme pieuse, ce qu'on doit penser des profanateurs de la Messe, qui pèchent, non dans les lieux où Dieu fut présent il y a tant de siècles, mais où il est présent dans ce moment même; non où Dieu mourut, mais où il meurt en cet instant. Nos autels sont-ils donc moins dignes de vénération que la grotte de Bethléem? Nos tabernacles sont-ils moins sacrés que le sépulcre de Jérusalem?
Saint Jérôme ayant appris qu'un certain clerc avait oublié le respect dû au lieu où naquit le Rédempteur, en fut pénétré de la plus amère douleur. En conséquence, il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui représenta vivement l'indignité de sa faute. Malheureux! lui dit-il, tu as manqué de respect à cette sainte grotte où le Fils de Dieu naquit, où la vérité sortit de la terre, où cette terre a germé son fruit. Tu n'as pas craint de faire pleurer le divin Enfant dans la crèche. Tu n'as pas redouté la présence de la vierge Mère de Dieu. 0 sacrilège infâme! Est-il possible qu'il ne te soit pas revenu à la mémoire cette menace du Seigneur : Celui qui profanera le temple de Dieu sera exterminé par la main de Dieu? C'est en ces termes sévères que le zélé docteur s'adresse à ce malheureux. Toutefois, les invectives qu'il prononce s'appliquent à plus forte raison au profanateur de la sainte Messe. Malheureux ! pourrait-on lui dire, tu manques de respect au sacrifice
du Verbe éternel, de celui qui se voue à la mort pour toi. Ne frémis-tu pas d'insulter ainsi à un père qui t'aime? N'as-tu aucun égard à cette Mère affligée qui se tient là présente, plongée dans les gémissements et les pleurs? Ne crains-tu pas l'indignation de l'Eternel, qui ne pourra souffrir ta barbarie? Les anges n'osent, par respect, lever les yeux pendant une si auguste oblation ; les âmes pieuses demeurent anéanties dans la contemplation d'un si grand mystère, et toi, malheureux, tu restes indifférent et tu le méprises par tes manières impies! IL Considérez, âme pieuse, à qui ressemblent les profanateurs de la sainte Messe. De qui suivent-ils les traces, alors qu'ils oublient tout recueillement pendant un si redoutable sacrifice? Certes, ce n'est pas celles de Marie, ni du disciple bien-aimé, ni des pieuses femmes qui, pleurant et se lamentant au pied de la croix, prenaient part à l'agonie de Jésus et partageaient son martyre. De qui donc? Oh! opprobre d'un homme chrétien! des juifs pervers, des prêtres impies, des pharisiens scélérats qui, passant devant la croix de Jésus, le raillaient, le couvraient d'injures le blasphémaient en secouant la tête et en lui faisant ces horribles apostrophes : Va! imposteur, qui te vantais de renverser le temple et de le rebâtir en trois jours; sauve-toi maintenant toi-même, si tu le peux, et descends de cette croix. Les complices, les fidèles imitateurs de ces hommes de crime sont ceux qui insultent au saint Sacrifice; ils sont même plus coupables que tous les bourreaux , que tous les soldats , que tous les sbires qui se livraient aux plus horribles orgies pendant
que le Christ expirait; parce que ces malheureux insultèrent leur Seigneur, qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne croyaient pas, qu'ils ne déclaraient pas pour un Dieu ; tandis que les profanateurs de nos jours le reconnaissent pour tel. Et voilà pourquoi leur malice surpasse celle des bourreaux, qui n'auraient jamais crucifié Jésus s'ils avaient connu sa dignité : Si enim cognovissentj nunqaàm Dominum gloriœ crucifixissent. En effet, dès qu'ils eurent vu les signes merveilleux qui accompagnèrent la mort du Crucifié de Nazareth, dès qu'il ne leur resta plus aucun doute qu'il était le Fils de Dieu, ils parurent tous émus, et on les vit descendre de la montagne, la tête baissée, confus et consternés, en se frappant la poitrine. Oh! qu'elle est donc grande la perversité de ces chrétiens qui voient se renouveler tant de fois la scène attendrissante de la mort de leur Seigneur, et qui ne sortent jamais de l'église avec un cœur ému et dans des sentiments plaintifs de douleur et de contrition ! Ne sont-ils pas pires que les ministres déicides de la Judée?
Hélas! ô mon Jésus! pourquoi venez-vous mourir de nouveau pour ces ingrats qui ne font qu'accroître vos humiliations? Si vous pensez attendrir leur cœur en réitérant les exemples de votre tendre charité, hélas! détrompez- vous : plus vous renouvellerez vos immolations d'amour, moins ils s'y montreront sensibles ; car ils ressemblent à ceux qui n'ont aucune estime pour ce qu'ils voient tous les jours. Restez donc, Seigneur, dans le sein de votre Père, ou plutôt descendez au milieu de ces populations simples qui ont une si profonde
vénération pour la sainte Messe. Mais quelle prière viens-je de faire à Jésus? Ah! ne sais-je pas que sa bonté le porte sans cesse à venir, même parmi ses ennemis! 0 profanateurs, toutes vos irrévérences réunies ne sauraient le tenir éloigné, toutes vos ingratitudes ne sauraient suffire pour empêcher son amour. Au lieu de penser à lui pendant la Messe, portez votre ingratitude jusqu'à penser à la vanité ; il ne cessera pas pour cela de prier pour vous. Au lieu d'employer votre langue à le louer, prostituez-la à de vains entretiens; son cœur n'en intercédera pas moins pour vous. Montrez-vous à son égard comme ses vrais bourreaux; il ne cessera pas moins de crier pour vous : Mon Père, pardonnez-leur : Pater, dimitte illis, dimitte Mis.
III. Considérez, âme pieuse, que parmi tant de peuples qui ont habité la terre, il ne s'en est trouvé aucun, quelque barbare et sauvage qu'il fût, chez qui on ne retrouve en tout temps le plus profond respect pour les sacrifices religieux. Les hommes qui vivaient dans un état agreste, sans arts et sans sciences, n'ayant qu'un instinct naturel de sentiment et de raison, croyaient cependant que la divinité assistait d'une manière toute spéciale aux sacrifices qu'ils offraient, et c'eût été une impiété , un sacrilège horrible que d'y assister sans respect et sans vénération. Nous lisons en effet, dans les histoires des peuples, qu'ils avaient coutume de se préparer aux fêtes dans lesquelles ils offraient solennellement à leurs dieux des victimes par des jeûnes, des purifications et d'autres actes de dévotion ; qu'ils assistaient à. leurs cérémonies avec un pro-
fond respect, la tète couverte d'un voile épais, prosternés la face contre terre, ou dans d'autres postures non moins humbles et non moins respectueuses. Voilà ce que faisaient les idolâtres pour leurs dieux de bois, de métal et de terre, pour des dieux faux et mensongers. Quels reproches ne méritent donc pas les chrétiens lorsqu'ils profanent, par des actes d'irrévérence et d'immodestie, lorsqu'ils outragent et méprisent l'oblation unique et sans tache qui est offerte au vrai Dieu, Poblation sainte, dont le prix, l'excellence, sont infinis, l'oblation instituée pour la plus grande glorification de Dieu? Quelle honte que, parmi les chrétiens, l'irrévérence à la sainte Messe soit un crime si commun? Quelle indignité qu'un si grand péché soit regardé comme une faute légère! Levez-vous, peuples de Cétim, nations idolâtres et infidèles, levez- vous, et venez confondre ces chrétiens sans esprit et sans foi.
Mais ce n'est pas là que s'arrête la scélératesse des profanateurs de la sainte Messe ; car si c'est un si grand mai que d'assister sans dévotion au sacrifice, que sera-ce de l'offrir? Si on est si condamnable d'en être les témoins irrespectueux, que sera-ce d'en être les ministres? Pour éclaircir nettement ce point, pénétrezvous, âme pieuse, des réflexions suivantes. Il est vrai que les chrétiens qui assistent au divin Sacrifice ne sont i pas revêtus du caractère sacerdotal ; il est vrai qu'ils • n'immolent pas la victime sainte d'une manière aussi ; réelle que le prêtre; mais il est vrai aussi, qu'en vertu du saint baptême, ils participent au titre de prêtre, en tant que, unis comme membres à Jésus-Christ notre
chef, en lui et par lui ils offrent à Dieu Toblation immaculée. C'est pour cela que le prêtre, au milieu des saints mystères, se tourne vers les assistants et s'écrie que son sacrifice est aussi le leur : Orale fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiât apud Deum Patrem omnipotentem. Aussi, dans le cours de la célébration, il ne dit pas : J'offre, je supplie, je proteste ; mais : Nous protestons , nous offrons , nous supplions, parce qu'en réalité tout le peuple offre, prie et supplie avec lui. Donc, quiconque est présent à une Messe, l'entend et l'offre en même temps; on doit l'appeler non-seulement assistant , mais encore cosacrificateur ; non simple spectateur, mais coopérateur. Or, un prêtre qui monterait à l'autel avec un esprit dissipé, avec des pensées tournées vers les soins du monde ; un prêtre qui, à la divine Table, mêlerait aux oraisons des paroles profanes , la dévotion à la moquerie , les cérémonies sacrées au badinage, ne se rendrait-il pas coupable d'un sacrilège énorme? Ne deviendrait-il pas un objet de scandale pour ceux-là mêmes qui se montrent d'ailleurs si libres, si immodestes pendant toute la célébration du saint Sacrifice? Ne crieraient-ils pas à l'impiété, à la scélératesse? Qu'ils se frappent donc, eux d'abord, la poitrine, et qu'ils s'écrient en pleurant : Je suis coupable, car, étant associé au prêtre dans l'oblation du corps de Jésus-Christ, j'ai abusé de l'acte le plus auguste du christianisme ; et dans le moment même où s'accomplissait le plus sublime des mystères, je l'outrageais et le foulais aux pieds. Ah! mon Dieu, mon Dieu! comment souffrez -vous
tant d'impiété? Comment ne sort-il pas de votre sanctuaire un feu dévorant pour réduire en cendres une race si perfide ? Oui, un si terrible châtiment devrait anéantir tous les profanateurs de la sainte Messe. Mais si le cœur amoureux de Jésus se laissait conduire selon les rigueurs de sa justice, ne nous efforcerions-nous pas de porter au pied des saints autels toute la vénération , toute la modestie des anges qui, entourant le prêtre tandis qu'il célèbre, se tiennent non moins humble» et non moins respectueux que des courtisans devant un empereur ! Hélas ! chrétiens , puisque vous avez part à la grande oblation de l'holocauste, pourquoi n'imitez-vous pas la dévotion d'un Herbert, qui, en célébrant, ressemblait à un ange du paradis; d'un saint François de Sales, qui, sitôt qu'il fût prêtre, monta a l'autel avec une modestie, un respect et un recueillement extraordinaires, au point qu'en touchant la première marche de l'autel, il revêtait un air angélique et céleste. Ahî nous aussi nous devrions, pendant la Messe, nous montrer comme une image des anges; nous devrions être anges par la modestie, anges par les affections, anges par le feu de la charité, qui devrait nous embraser et nous identifier à Jésus-Christ, qui brûle et se consume pour nous. Montrons-nous donc ce que nous devons être ; honorons le sublime sacrifice qui est le soleil de la terre, le miracle de la sagesse, de la puissance et de la bonté infinie d'un Dieu.
Préparation à la Communion.
0 cœur très- aimant de mcn Jésus, digne de posséder
les cœurs de toutes les créatures ; cœur enflammé de l'amour le plus pur, faites que le mien soit consumé des ardeurs dont vous brûlez vous-même. 0 feu consommateur, consumez-moi tout entier et donnez-moi une nouvelle vie , une vie d'amour et de grâce. Unissez-moi tellement à vous, que jamais rien ne m'en sépare désormais. 0 cœur ouvert pour être le refuge des âmes, recevez-moi. 0 cœur brisé de douleur à cause des péchés du monde, donnez-moi une véritable douleur de mes péchés. Ah! pénétrez- moi, ô mon Jésus, d'un rayon de votre amour; liez-moi à vous; étreignez-moi, unissez-moi à votre cœur. Je prends aujourd'hui la résolution, avec votre grâce, de vous être le plus agréable possible, en foulant aux pieds tout respect humain, toute inclination perverse, tous mes goûts, mes plaisirs, qui m'empêchent de vous donner un contentement absolu. Faites, ô mon Jésus, que je l'accomplisse de manière que désormais toutes mes actions, tous mes sentiments et toutes mes affections soient en tout conformes à votre divin bon plaisir. O amour de Dieu, chassez de mon cœur tout autre amour.
Mon bien-aimé Rédempteur! vous êtes mort pour tous les hommes, afin qu'ils ne vivent plus pour euxmêmes, mais pour vous seul, qui avez donné votre vie pour eux : Pro nobis mortuus est Christus, ut qui vivunt, jàm non sibi vivant, sed ei, qui pro ipsis mortuus est (2 Cor., 5).
3e n'ai jusqu'ici vécu que pour moi , sans penser à vous; désormais je ne veux vivre qu'en vous seul, qui
êtes mort pour moi; je veux m'oublier entièrement pour ne songer qu'à vous aimer, vous qui m'avez tant aimé.
0 mon Jésus ! quels grands sacrifices n'avez-vous pas dû faire pour venir vous unir aux âmes par le plus doux des sacrements? Vous avez dû souffrir auparavant une mort horrible et honteuse. Ah! venez au plus tôt vous unir à mon âme. Elle fut jadis votre ennemie par le péché; mais maintenant elle est devenue votre épouse par votre grâce. Venez, ô Jésus mon époux, venez, je ne vous trahirai plus; mais telle qu'une épouse aimante, je ne penserai qu'à chercher l'objet de vos plaisirs. Venez donc, venez, ô Dieu de mon âme, et faites-moi tout à vous. Venez et chassez de mon cœur toutes les affections de la terre, afin que je n'aime que vous, que je ne pense qu'à vous , que je ne parle que de vous , que je ne désire que vous et ne cherche que vous. Et qui voudrais-je aimer, sinon vous, qui êtes une bonté infinie, et qui m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi. Ah ! Jésus , comment avez-vous pu m'élever à l'honneur sublime d'établir votre demeure dans mon sein? Comment avez-vous daigné venir dans mon cœur qui vous a oublié et repoussé tant de fois? Oh ! que je serais à plaindre si, après tant de grâces, je revenais à perdre votre amitié ! Seigneur, je vous aime maintenant dé toute mon âme, et j'ai le regret le plus amer de vous avoir méprisé. Désormais je ne veux plus vous offenser, mais vous aimer de toutes mes forces. Assistez-moi et ne m'abandonnez pas : Vulnera tua, mérita mea (S. Bern.). Vos plaies, votre
sang, votre mort sont mon espoir. Donnez-moi une sainte persévérance ; faites que je me réfugie en vous dans toutes mes tentations ; augmentez sans cesse en moi le feu de votre saint amour, et puis qu'il soit fait de moi ce qu'il plaira à votre divine volonté.
0 Marie, mon espoir, venez à mon secours. Vous qui pouvez tout auprès de votre Fils, obtenez-moi la grâce de le recevoir dignement dans la sainte Communion.
Action de grâces.
Hélas ! ô Jésus, qui suis-je pour que vous vous soyez donné tout à moi ? Vous êtes le Roi du ciel et de la terre, et je ne suis que votre misérable serviteur. Vous êtes le Dieu de toutes les perfections, et moi le plus vil des pécheurs. Ah ! pourquoi ne m'écoulé-je pas tout en amour pour vous? Pourquoi mon cœur ne s'exhalet-il pas en amoureuses flammes? Pourquoi le feu de mon affection ne correspond-il pas à votre sublime charité?
Malheureux! que d'années perdues où je pouvais vous aimer et devenir un saint ! Je les ai plutôt passées dans le mépris de votre grâce et la ruine de mon âme. Mais votre bonté, ô Jésus, me fait espérer de compenser à l'avenir ce temps perdu, en redoublant d'amour pour vous.
Que vous donnerai-je , ô Jésus , en échange de l'immense don que vous m'avez fait de vous-même dans le divin Sacrement? Je vous donne toutes mes satisfactions terrestres; je vous donne mon corps, mon âme, ma volonté, ma liberté. Si jamais vous voyez qu'il
m'arrive d'entrer de nouveau en révolte contre vous, faites-moi mourir maintenant que j'espère posséder votre grâce. 0 Dieu de mon âme, qui méritez d'être aimé au-dessus de toutes les créatures, je proteste que je vous regarde comme l'unique objet de ma tendresse, et que je vous préfère à tous les biens du monde et à moi-même. Je veux vous être fidèle jusqu'à mon dernier soupir, et n'être plus jamais séparé de vous. Je m'humilie et me soumets à tout ce que vous ordonnerez de moi, dans le temps et dans l'éternité. Lavez, ô Verbe incarné , lavez mon cœur par votre sang , et imprimez sur lui, comme signe de votre amour, votre saint nom de Jésus. Par cette bonté infinie qui vous a fait descendre sur la terre, je vous supplie de me faire sentir l'effet de votre saint amour, en consumant tellement mon âme, que, méprisant toutes les choses de cette terre, elle n'admire que vous et ne pense qu'à vous ; de même aussi que cet amour, qui vous a fait mourir sur la croix pour moi , me fasse aussi mourir en vous, pour vivre à jamais en vous.
Seigneur, ne m'abandonnez pas au gré de mes vices; souvenez-vous que je suis l'œuvre de vos mains; ne permettez pas que je devienne la proie des démons. J'ai péché, il est vrai, mais j'ai maintenant résolu de vous aimer avec passion. Faites que je vous voie avec le regard perçant de la foi, afin que je vous connaisse et vous aime; que je voie votre volonté pour l'accomplir ; que je me voie moi-même pour m'humilier ; que je voie enfin dans l'éternité votre face divine, pour ne plus vous quitter à jamais. Seigneur, j'ai dissipé mes
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richesses comme le prodigue; mais je n'ai point épuise vos miséricordes. Faites que votre volonté soit l'unique guide de ma vie. Ecrivez dans le sanctuaire de mon âme la loi de votre céleste amour, afin que jamais elle ne puisse s'en effacer. Regardez, 6 Père éternel, la Passion de votre Fils, dont les mérites demandent miséricorde pour moi. Je vous les offre; par eux, détachez-moi des affections du monde et remplissez-moi de votre divin amour. Donnez-moi la grâce de mourir avec résignation , avec confiance et dans les douceurs de l'amour. Unissez-moi intimement à votre Fils, ô Vierge bienheureuse, parlez-lui pour moi, et obtenezmoi la grâce de seconder ses saintes inspirations. Enseignez-moi à pratiquer les vertus que vous pratiquâtes sur la terre , et détachez-moi de tout ce qui n'est pas de Dieu, afin que je l'aime de toutes mes forces. Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations.
i. Mon Jésus, vous vous êtes donné tout à moi; je me donne tout à vous.
2. Je veux, A Jésus, compenser les peines que je vous ai causées, en faisant tout ce que je pourrai pour
vous plaire.