‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 31 sur 53 · VINGT-CINQUIÈME CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME CONSIDÉRATION

La sainte Messe est un sacrifice où nous obtenons toutes sortes de grâces.

I. Considérez, âme pieuse, le besoin où nous sommes d'obtenir de Dieu un grand nombre de grâces pour arriver au salut. Nos misères, soit du corps, soit de l'âme, sont si grandes qu'on ne saurait les exprimer. De nous-mêmes, non-seulement nous sommes incapables de faire la moindre œuvre dans l'ordre du salut éternel, mais nous ne pouvons pas même concevoir une bonne pensée. Dieu seul est l'auteur de tout bien; par sa grâce il rend forts les faibles, courageux les timides, pieux et mortifiés les tièdes et les délicats. Nous avons donc besoin de recourir souvent à lui, afin qu'à chaque instant il nous assiste et nous secoure. Mais comment oserons-nous le supplier pour de nouveaux bienfaits, nous qui avons payé d'une si noire

ingratitude les bienfaits passés? Comment pourronsnous espérer des grâces nouvelles, après avoir converti en offenses celles du passé? Ne nous décourageons pas cependant, car, si nous ne méritons pas de nouveaux bienfaits, dans sa bonté, Jésus les mérite pour nous; aussi c'est pour cela qu'il a voulu être dans la sainte Messe une bostie pacifique pour nous obtenir par elle tout ce dont nous avons besoin. Et en effet, dans la Messe , Jésus , ce Dieu si tendre et si aimable , en sa qualité de premier et de souverain pontife, recommande à son Père notre cause, prie pour nous et se fait notre avocat. Oh! quelle ne doit donc pas être notre confiance dans la sainte Messe, en sachant que le Fils de Dieu lui-même, l'objet de ses complaisances, y intercède pour nous!

II. Le docteur angélique , saint Thomas , dit que le divin Sauveur, par le moyen de la sainte Messe, nous applique tous les mérites de sa Passion, de sorte qu'il est impossible de dire à quel point ce grand Sacrifice est propre à obtenir du ciel toutes sortes de bénédictions. D'abord, il nous obtient tous les biens de l'âme, pourvu que nous n'y mettions pas obstacle; il nous procure le véritable repentir des fautes passées, si difficile aux cœurs endurcis , la victoire sur les tentations extérieures et intérieures des mauvaises compagnies, des exemples pervers et des démons infernaux, des appétits de la chair rebelle, des habitudes invétérées et de l'inconstance de notre volonté; il nous obtient les secours de la grâce , si nécessaires pour nous relever, nous soutenir et nous avancer vers nos lins dernières;

il nous obtient aussi les biens temporels, en tant qu'ils concourent au salut de l'âme, comme la santé, l'abondance, la paix, avec l'éloignement de tous les maux qui s'y opposent, tels que la peste, les tremblements de terre, la guerre, la famine, les persécutions, les calomnies, les inimitiés et tous les autres maux dont notre vie est continuellement assaillie. C'est pour cela qu'on lit, dans le canon de la Messe, que par elle nous sommes remplis de toutes sortes de bénédictions et de grâces célestes : Omni benedictione cœlesti et gratiâ repleamur per Christum Dominum nostrum. Et ceci ne doit pas nous étonner, car le Père éternel pourrait-il ne pas nous combler de ses grâces, quand il entend les supplications de son Fils, de ce Fils chéri qui, par amour pour nous, se chargea de nos misères et se soumit à la mort la plus cruelle? Qui proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illwn, quomodo non etiam cum Mo omnia nobis donavit (Rom., 8, 32)?

III. Considérez, âme pieuse, que, bien que Jésus- Christ prie incessamment pour nous dans la sainte Messe , nous devons néanmoins, si nous voulons nous rendre dignes des grâces divines, unir nos supplications aux siennes et le faire de la manière qu'il le fait. Comment offre-t-il ses prières à son Père pour notre amour? Avec recueillement, avec ferveur, avec dévotion. Vos prières sont-elles faites de cette sorte? Sont-elles accompagnées de pareilles dispositions? sont-elles douées de ces qualités? Hélas! peut-être sont-elles tièdes, distraites, froides et plutôt l'effet de l'habitude que d'un

esprit de piété et de religion. Est-il donc étonnant que vous ayez retiré si peu de fruit de ce sacrifice de grâce que vous avez offert si souvent avec le prêtre? Demandez donc avec Jésus-Christ et comme Jésus- Christ, car c'est le moyen d'obtenir tout ce que vous demanderez : Hoc sentite in vobis, quod et in Christo Jesu (Phil., % 5). 0 Jésus, je vous remercie de ce que vous voulez vous faire mon avocat auprès de votre Père. Je confie tous mes intérêts en vos mains; je m'unis à vos prières et je ne demande que ce que vous demandez pour moi et ce que vous m'avez appris à demander. Pardon, ô mon Jésus, pour tant d'offenses que je vous ai faites. Ayez pitié de moi, selon votre grande miséricorde, et effacez tous les péchés de ma vie par la vertu de votre très-précieux sang. Je les déteste de tout mon cœur, et je voudrais avoir souffert mille morts plutôt que de les avoir commis. Vous ne repousserez pas, selon votre promesse, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié : Cor contrihm et hurniliatum, Deus, non despicies (Ps. 50, 8).

Préparation à la Communion.

Dans un instant, je recevrai dans mon sein la manne du ciel, la nourriture des anges, les délices du paradis, Jésus, le Dieu de mon plus tendre amour. Ce même adorable Jésus qui pour moi a répandu des flots de sueur, a éprouvé de grandes fatigues, s'est soumis aux plus cruelles épreuves, a traversé une vie semée d'épines, a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang précieux, est mort submergé dans un océan de douleurs... Ce

même Jésus qui maintenant siège glorieux à la droite de l'Eternel, son Père, et qui ne cesse de lui demander pour moi pitié et miséricorde... Ce même Jésus qui doit un jour me juger et prononcer cette terrible sentence qui décidera de mon sort éternel, si je serai pour toujours destiné à jouir avec les élus du ciel, ou bien condamné aux frémissements, aux tortures de l'enfer avec les démons. Hélas! que penses-tu, ô mon âme? Que dis-tu à ton Dieu qui vient à toi? Ahï ranime ta foi, et, prosternée devant son infinie majesté, humilie-toi et adresse-lui de profondes adorations. Oh! oui, je vous adore, ô Roi de mon cœur, et je m'avance pour vous recevoir avec les plus vifs sentiments de respect à la vue de votre infinie grandeur. N'ayant à vous donner que mon pauvre cœur, je vous l'offre, afin qu'il soit consacré à votre amour, et qu'il dépende en tout de votre bon plaisir. Liez-le étroitement à votre volonté, afin que je puisse avoir désormais la consolation de dire avec votre Apôtre bien-aimé : Ego vinctus Christi (Eph., 3). Je suis lié par les chaînes de l'amour de Jésus-Christ. Unissez-moi tout entier à vous, Seigneur; faites-moi tout à vous, afin que je ne m'occupe que de vous et de votre saint amour. Rappelez-moi sans cesse le bien que vous m'avez voulu, l'amour que vous m'avez témoigné, et tout ce que vous avez fait pour être aimé de moi, Père éternel, par amour pour votre Fils, remplissez mon esprit de saintes pensées, afin que je puisse m'approcher pour le recevoir avec piété dans le divin Sacrement. Esprit divin, remplissez ma volonté de saintes affections, afin que je puisse recevoir avec amour ce

doux Jésus, que la tendresse conduit à moi. Très-sainte Marie, assistez-moi dans ce moment, et obtenez-moi la grâce d'accueillir dignement dans mon sein votre doux et bien-aimé Fils.

Action de grâces.

Que fais-tu, ô mon âme? Que penses-tu? Ne sais-tu pas que tu es maintenant un temple vivant où babite Ion Rédempteur et ton Dieu? Pourrais-tu demeurer oisive et distraite au milieu de tant de gloire et d'honneur ? Oh ! ce n'est point là un temps à passer dans l'inutilité ; mais c'est le temps le plus précieux pour demander des grâces à ce Dieu vivant qui habite en toi, et en obtenir toutes celles dont tu as besoin. C'est maintenant que sont ouverts les cieux et que la très- sainte Trinité te regarde avec des yeux d'amour en contemplant dans ton sein l'objet de ses complaisances. C'est maintenant que la vierge Marie, que les anges et les saints appellent les grâces de Dieu sur toi. Ne perds donc pas un seul de ces précieux instants; songe à traiter avec Dieu de l'affaire importante de ton salut éternel. Tu as en toi le plus puissant des seigneurs, le plus aimable des pères, le plus tendre des époux, le Dieu de toute bonté ; que crains-tu donc? Demande et aie confiance; ouvre-lui ton cœur, ranime ta foi, et demandée Dieu de grandes grâces, des grâces célestes, des grâces dignes d'un Dieu.

O mon Jésus! puisque vous êtes venu en moi pour me combler de grâces, donnez-moi un vif accroissement de foi, d'espérance, de charité et de contrition,

Donnez-moi l'humilité, la mansuétude, la pureté, la patience et toutes les vertus; changez mon cœur égoïste et mondain, et donnez-m'en un conforme à votre volonté, qui cherche toujours votre plus grande gloire, et qui n'élève que vers vous ses affections et son amour : Cor mundum créa in me, Deus, et spiritum rectum innova in visceribus mets (Ps. 50).

Très-sainte Trinité, Dieu tout-puissant, exaucezmoi. Il n'est plus temps maintenant de refuser vos grâces, même aux indignes, parce que ce n'est pas moi seul qui vous les demande, mais Jésus-Christ avec moi. Et si je ne mérite pas d'être exaucé, Jésus- Christ le mérite pour moi, car il prie avec moi et pour moi. Père suprême, je vous rappelle les promesses de Jésus-Christ, qui nous a dit que, quelles que soient les grâces que nous vous demanderons en son nom, vous nous exaucerez.

Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.

Aspirations.

1 . Jésus crucifié, mon doux bien, gravez vos peines dans mon cœur.

2. Loué et béni soit à jamais le très-saint et trèsdivin Sacrement.

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