SUR LA VISITE A JESUS DANS LE SACREMENT
Sainte Brigide ayant un jour demandé au Seigneur de quelle manière il entraitdans l'âme de ses fidèles lorsqu'ils communient, il lui répondit : Ingredior ut sponsus : J'entre comme un époux , c'est-à-dire plein de largesse et tout rempli de condescendance, de cordialité et de tendresse. C'est ainsi qu'il se tient constamment sur les autels, où il est assis comme sur autant de trônes d'amour, dispensant avec largesse ses grâces aux âmes qui viennent pieusement le visiter. Quels étaient les sentiments de Jésus lorsque, dans sa vie mortelle, il rendait la lumière aux aveugles, la santé aux malades, la vie aux morts, et les enrichissait tous de ses grâces? Or, tous ces sentiments de piété, de tendresse, de miséricorde, de libéralité, il les éprouve tous ensemble dans ce Sacrement d'amour. Avec quels sentiments s'exposa-t-il à tant d'agitations, de peines, de fatigues, de tourments? Or, toute cette charité et cet amour infini qui le portèrent à tout sacrifier pour notre bien, il les éprouve au même degré dans le divin Sacrement, où il renouvelle chaque jour l'œuvre de notre Rédemption. Une grande flamme, quand elle est comprimée dans une étroite fournaise, n'en a que plus de force et d'activité; ainsi en est-il de Jésus dans le Sacrement» Pensez, selon qu'on peut l'entendre, que son cœur, infiniment aimant, éprouve en quelque sorte un tourment inexplicable à cause de l'excessive plénitude de grâces qu'il renferme et
qu'il ne peut répandre, faute de gens qui les demandent. Un jour il disait à une âme privilégiée, en lui montrant, du haut de ce trône d'amour, son cœur semblable à un abîme de feu : Mon cœur, ô mon fils, ne peut plus résister au désir de se communiquer aux âmes. Aide-moi, mon fils, à me soulager un peu de ce fardeau qui m'oppresse. Publie et fais publier dans le monde que je ne mettrai plus de mesure à mes grâces envers les âmes qui viendront les chercher dans mon cœur. Comme une mère, dont le sein est surchargé de lait, s'en va cherchant des enfants pour le leur faire sucer, ainsi Jésus, l'époux de nos âmes , nous appelle tous au divin Sacrement pour nous y désaltérer du lait du paradis : Ad ubera mea potabimini. C'est ainsi que le vit, dans le Sacrement, le P. Alvarez, c'est-à-dire les mains pleines de grâces, cherchant des âmes à qui il pût les distribuer. Sainte Catherine de Sienne s'approchait du divin Sacrement avec autant d'avidité qu'un enfant du sein de sa mère.
O Dieu! quelle joie, quelles espérances, quelles affections ne devons-nous pas concevoir, en sachant que dans notre patrie , dans nos églises , près de nos demeures, habite Jésus dans le Sacrement de son amour, afin de nous enrichir de ses grâces! Que ne devrions-nous pas faire pour correspondre en quelque sorte à une si haute faveur! Ah! les saints ont trouvé la plus douce des jouissances de ce monde à s'entretenir avec Jésus dans le Sacrement. Saint Vincent de Paul le visitait le plus souvent possible; et Tunique soulagement qu'il éprouvait dans ses graves occupations
consistait à se tenir longtemps devant le sacré tabernacle. Il s'y entretenait avec Jésus-Christ, dans une contenance si humble, si modeste, si pieuse, qu'on eût dit qu'il le voyait en personne de ses propres yeux. Lorsqu'il lui survenait une affaire difficile, il accourait, comme un autre Moïse, au sacré tabernacle pour y consulter l'oracle de la vérité. Quand il sortait de sa demeure, il allait lui demander sa bénédiction, et au retour, il venait le remercier pour les bienfaits qu'il avait reçus, ou s'humilier pour les fautes qu'il pouvait avoir commises. Saint Louis était transporté de joie quand il pouvait tenir compagnie à son bien-aimé Jésus, et il ne savait partir d'auprès de lui qu'avec peine et douleur. Saint François-Xavier, au milieu de ses prodigieuses fatigues, trouvait son soulagement à passer une grande partie de la nuit devant Jésus retiré sous le voile du Sacrement. C'est ainsi qu'en agissait saint François Régis, qui , trouvant quelquefois l'église fermée , se tenait devant la porte, à genoux, au dehors, exposé à la pluie et au froid, pour rendre hommage, au moins de loin, à son Sauveur sur l'autel. Oh! quel vaste champ ne présente pas aux élans de la dévotion an autel où habite Jésus dans le Sacrement! Elle le savait bien cette âme sainte qui, interrogée sur la cause qui la retenait des heures entières devant Jésus, répondit : 0 Dieu! n'est-ce pas là l'essence de Dieu même qui est l'aliment des bienheureux, de ce Dieu qui ravit en extase d'amour tous les Séraphins? Que fait-on en présence de Jésus dans le Sacrement? On l'aime, on le bénit, on le remercie, on le prie. Et que
fait un pauvre devant un riche ; un malade devant son médecin ; un voyageur mourant de soif devant une source limpide; un affamé devant un table splendide? Ah! j'y resterais pendant toute l'éternité.