‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 41 sur 53 · SUR LA COMMUNION SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION SPIRITUELLE

Le concile de Trente dit que l'homme peut recevoir la Communion de trois manières : la première par le Sacrement seul; la seconde par l'esprit seulement; la troisième par le Sacrement et l'esprit. La première est celle des perfides qui communient en état de péché mortel, comme fit Judas; la troisième est celle de ceux

qui communient en état de grâce; la seconde est celle de ceux qui , ne pouvant recevoir sacramentellement le corps du Seigneur, le reçoivent spirituellement par les actes d'une foi vive, d'une fervente charité et d'un vif désir de s'unir à Jésus-Christ dans le Sacrement, d'où ils parviennent à participer aux fruits qu'il opère dans les cœurs.

On n'a pas besoin de dire quels immenses trésors de grâces sont renfermés dans cette Communion spirituelle que les chrétiens pratiquent si peu de nos jours. Elle est si utile qu'elle peut quelquefois produire les mêmes grâces que la Communion sacramentelle, et même de plus grandes encore ; car si elle est accompagnée d'un vif et ardent désir de s'unir à Jésus, elle devient bien plus fructueuse et plus agréable à Dieu qu'une foule de Communions réelles, faites avec tiédeur, non par la faute du Sacrement, mais de ceux qui le reçoivent avec froideur. Notre Sauveur Jésus- Christ chérit tellement cette manière spirituelle de communier, qu'il s'est plu souvent à exaucer, par des miracles visibles, les pieux désirs de ses serviteurs, les communiant, soit de ses propres mains, comme cela arriva à la bienheureuse Claire de Montfaucon, à sainte Catherine de Sienne et à sainte Liduine; soit de la main des anges, comme il arriva à saint Bonaventure et à saint Stanislas Kostka; soit des mains de sa tendre Mère, comme il fut accordé au bienheureux Sylvestre. Et vous ne devez pas vous étonner de ces amoureuses grâces ; car la Communion spirituelle enflamme de l'amour divin l'âme qu'elle unit ainsi à

— 5or> —

Dieu, et la dispose à recevoir de lui les faveurs les plus signalées.

Or, vous pouvez faire avec beaucoup de fruit ces Communions spirituelles plusieurs fois le jour, parce que vous pouvez, à votre gré, diriger souvent les amoureux élans de votre cœur vers Jésus dans le Sacrement, et désirer avec ardeur de le recevoir en vous, et de vous unir à son corps adorable.

Il vous est bon de faire, au moins une fois par jour, cette communion spirituelle, tranquillement, à votre loisir, et avec une préparation toute particulière, afin qu'elle soit faite avec toute la dévotion et le profit possible, et qu'ainsi elle compense en quelque sorte les effets de la Communion sacramentelle. Le temps le plus propice pour ce saint exercice, c'est celui de la sainte Messe ou de la visite au saint Sacrement. Commencez alors à faire un acte de contrition, afin de purifier de plus en plus la demeure de votre cœur, dans lequel vous désirez que vienne se reposer votre Seigneur; puis, ravivez votre foi en la présence de Jésus-Christ dans le divin Sacrement.

Considérez la grandeur et la majesté de ce Dieu qui se tient caché sous le voile des accidents eucharistiques; concevez ce grand amour et cette souveraine bonté qui lui font supporter sans peine, et même désirer ardemment de s'unir à vous ; répandez-vous en affections mêlées d'humilité et de désirs d'humiliation, à la vue de votre propre indignité et de l'amabilité infinie de votre Seigneur, Puis, voyant que vous ne pouvez vous unir réellement à lui par la Communion

eucharistique, abandonnez-vous à des sentiments d'affection intérieure, et unissez-vous à lui par les liens d'un amour mystique, calme et paisible. Imaginezvous que Marie, votre divine Mère, ou quelque saint protecteur vous donne la particule sacrée; figurezvous que vous la recevez de Jésus-Christ, et l'embrassant dans votre cœur, redites-lui plusieurs fois avec de brûlants transports d'amour, ces paroles : Venez, ô mon Jésus, venez dans mon pauvre cœur, venez, et apaisez mes brûlants désirs; venez et sanctifiez mon âme; venez dans mon sein. Cela dit, faites silence pour un moment et contemplez, des yeux de la foi, le Dieu de bonté qui vit en vous. Enfin, écoulez-vous en élans de reconnaissance, de louange et d'amour. Demandez-lui les grâces dont vous reconnaissez en vous le besoin, et faites les mêmes actes que vous avez coutume de faire après la sainte Communion. En agissant ainsi, cette Communion spirituelle vous procurera non-seulement une utilité présente, mais encore elle sera suivie d'un grand avantage, parce qu'elle vous disposera puissamment à la dévotion nécessaire pour vous nourrir réellement des saintes chairs du Rédempteur. Ainsi, de même qu'un bois qui se conserve toujours chaud est tout disposé à s'enflammer quand on l'approche du feu , de même aussi un cœur qui se maintient dans un état d'amoureuses ardeurs pour Jésus est tout disposé à s'enflammer de charité, quand il s'approche de cette fournaise d'amour qui brûle toujours dans le divin Sacrement.

Page 1