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manité où le fait de <luer autrnî ne fut pomt estimé cAiose anormale et dégradanle. Pour la bonne raison «qu'-elle n'existait pas encore, la société ne pouvait demander de comptes; -et, persoime ne sachant mieur faire, Thorome ne se reprochait rie». Tout a'était qtte brutalité. Le réflexe régnait en maître '^
'L*idée de crime ne se crtstailîsa que beaucoup plus tard, et <lentement^ à mesure que s'orguiisait la vie en cammun. Plus fort« que l'individu, la collectivité le -supprima quand il devint gênant et dangereux. Comme 'la fréquence était grande de ces
maturité pour que les hommes en arrivent à la suppression des batailles et des armées. Actuellement encore, plus d'un iiomme d'État envisage les guerres internationales comme une chose légitime et belle, comme une invocation au jugement de Dieu. Dieu était avec nous^ dit une inscription gravée dans la pief re, aux portes 4e lietz, par les «oins .de l'étaimajor général allemand. C'est le tournoi de Lohengrin ; c'est la conception du duel dans le moyen Age ; elle nous apparatt ^rbare, comme nos .gsuentes «pparaitront auK généra tions futures.
1. Dans une assez subtile étude, M. Henri Joly conçoit d'une tout autre eorte les ppemiers âges de l'humanité. Il estime que les peuplades sauvages actuelles doivent nou« en donner une image fidèle. Or, chez les plus misérables Ooéaoieiw, le vÀflfiZC'Be règne pottot en maitra, et il y a une justice pour punir les méchants. Et M. Joly en conclut que rhomme le plus primitif eut toujours dans le cœur le sentim^ent du jiwte «t de Piajtiste, «rt la croyance au droit de punir. Mais, en vérité, la comparaison n'est pas souteiiable entre l'homme préhistorique et l'habitant des îles les plus Aiiritées «de la civilisation européenne. I] saute aux yeirx, en effet, que les peuplades que nous nommons sauvages vivent pourtant en société, et que, depuis des siècles et des siècles, la vie coliLective j éoiouB«e les angles, y polit les caractères, y dompte les paroxysmes, et cela constitue une civilisation.
méfaits dont pâtissait rensemble, on chargea des gens vigoureux d*y mettre fin : c'est ainsi que se différencia le métier de bourreau, premier gardien de la tranquillité publique. Un peu plus tard, celui de juge. Gomme le motif des querelles était souvent difficile à connaître, comme il fallait quelque subtilité pour donner tort à Tune ou Tautre des parties, on désigna les patriarches, les vieillards apaisés, les sages, pour discerner le vrai coupable et pour régler son châtiment. C'est ainsi que naquit et grandit notre idée du crime. Elle est humaine, et ne procède que de nous.
Mais qui donc fait entendre en nous ces avertissements, ces cris de la conscience, si nettement impératifs, et qui nous disent : tu fais le mail D'où vient que nous sentons au profond de notre être un tribunal intérieur qui nous condamne plus sûrement que tous les juges de la terre? Qu'est-ce que le remords ?
Herbert Spencer, Alexandre Bain, M. Alfred Fouillée, pensent que ce tribunal intérieur n'est que le reflet, dans la conscience individuelle, de la justice sociale.
a L'autorité impérative qui appartient à la conscience n'est pas seulement une crainte de l'aulorité extérieure (explication par trop grossière), c'est encore une imitation de cette autorité. Nous ne nous conformons pas seulement au milieu social, nous le reproduisons en nous. Nous ne nous contentons pas
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de répondre au commandement du dehors par une sorte d*obéissance passive, nous finissons par nous commander à nous-mêmes. L'individu est un petit État où se retrouvent le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire. La nécessité extérieure et sociale prend ainsi la forme d'obligation morale, ou de commandement intérieur '. »
Voilà, certes, une manière ingénieuse et bien philosophique d'exprimer une idée profondément juste, que nos connaissances en physiologie cérébrale nous font envisager sous un jour à peine différent.
Tout ce que nous savons nous amène à croire, en effet, que la distinction du bien et du mal est une chose qui s'apprend, qu'elle n'est point innée, mais déposée en nous par l'éducation; que, sans doute, une longue suite d'aïeux qui furent probes nous prédispose à la sagesse, mais que nous n'héritons en naissant que de tendances vagues, et non d'idées ou d'images précises. Le tribunal de notre conscience, c'est simplement la lutte, perçue par nous, entre la sauvagerie de nos impulsions naturelles et les notions modératrices dont nos maîtres et nos parents tâchent de saturer notre âme. Ce n'est qu'une habitude acquise de l'esprit.
Quant au mot de remords, je crois encore qu'il en faut chercher le sens profond et la définition véri-
1. Alfred Fouillée, Critique de» systèmes de morale contem' poraine, F. Alcan, édit.
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table dans nos connAissances actuelles en pathologie cérébrale.
Les poètes tragiques et les lyriques d« i*àge du romantisme ont puissamment contribué à dramatiser, à magnifier et« du même coup, à déformer un peu et à dénaturer ce phénomène, après tout assez humble, du fonctionnement cérébral, en y voulant voir Tintervention directe d'une Providence préoccupée de ne pas laisser le mal impuni — et, comme on dit, le doigt de Dieu.
Mais constatons d'abord qu'un grand nombre àe malfaiteurs, et les pires précisément, n'extériorisent, en fait de remords., que le ^plus insultant cynisme. La conscience aiguë et torturante de la faute commise, l'obsédant besoin de revoir le lieu du crime, et de se livrer, pour en finir, à la justice humaine, sont bien plutôt le fait des Âmes molles, momentanément exaltées jusqu'à un paroxysme, accidentellement haussées à la fureur d'un meurtre, et sitôt retombées au morne épuisement. Cela se peut schématiser par un grapiiique de la plus élémentaire simplicité.
Parti des zones inférieures et d'un état de fatigue chronique, un cerveau, sous l'influence d'irritations quelconques, s'est exalté rapidement jusqu'au degré de l'excitation homicide. Sa débilité même a facilité l'amplitude de cette oscillation. Mais le crime à peine commis, il se produit une soudaine et formidable débâcle d'énergie. Du sommet de l'échelle la force
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retombe aa pliia bas, dans ces r caves cfe Pâme n on l'on retrouve invariable me ni avec te regret, avec la honte, avec la crainte, l'absolne taasitude, l'horreur de soi, tout ce dont est fait le remorda.
Coïncidant avec l'escitation cérébrale, une idée
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fixe était venua. Rétractai taut le ehansjK de la conscience ne comprenait qu'une image, qu'un but, qu'un déair brutal et aans frein. C'était l'oulili du. monde, et plu» rien n'existait. Mais brusqu«ment, le forfait accompli^ ioilà< qna, et nonveauv le cercle ^'élargit : la mémeire reivienii, tontea^^ Isa- nntiona acquises, tout le posée rentrent, en scène, Fétablissent la délibération, et le malheureux a compris. Ce qu'il vient de comuLettre lui apparaît non. plus isolé-
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ment, mais en comparaison avec tout ce qu'il sait de la vie; il pleure Tautrefois sans tache, il se voit répudié des hommes, haï, bientôt traqué comme une bête. C'est un immense accablement.
Donc, fatigue profonde et retour à la normale du champ de la conscience momentanément rétréci, voilà le double mécanisme du remords.
Au total, ce n'est rien qu'un symptôme habituel du grand épuisement nerveux, de la dépression profonde : de même que nous avons vu les vigoureux criminels, les fortes brutes ne pas connaître le repentir, nous allons rencontrer, dans presque toutes les âmes débiles, le scrupule, la crainte de mal faire, l'amer regret pour des fautes futiles ou des fautes illusoires.
Je tiens ce sentiment pour un signe fréquent de la neurasthénie. Récemment, un de mes malades, que les meilleurs s'accordent à tenir pour un écrivain de talent, ayant été fort rudement pris à partie par un critique médiocre, demeura pendant deux longues semaines dans un état si prononcé de prostration, d'humilité, de crainte, de doute de soi-même, que toute son œuvre ne lui apparaissait plus que répréhensible et littéralement coupable. Une médication tonique lui rendit confiance, et le retour de son énergie vitale le réhabilita à ses propres yeux. Beaucoup d'hommes, un peu féminins, ne sont-ils pas ainsi, assoiffés d'encouragements, tandis que la désapprobation du premier venu les déroute. Pour
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les cerveaux médiocrement fermes, à la conscience incertaine, à la personnalité mal cohérente, un compliment est un admirable tonique. C'est peut-être là le secret des coquetteries, en apparence déloyales et déconcertantes, des femmes : elles recherchent avec avidité dans les hommages, dans les assiduités des hommes, du plus grand nombre d'hommes qu'elles peuvent, ce qu'elles ne trouvent pas en elles : le sentiment intime de leur force, de leur importance. Il leur est doux d'attirer l'attention, parce que, mieux que tout, c'est cela qui les hausse à ce cran d'excitation légère, de tonicité vive, que les Grecs appelaient du mot euphoria^ et qiie nous nommons joie de vivre.
Atteint de neurasthénie grave, le D' X*** tomba bientôt à un degré très avancé de dépression mentale. Profondément ancré dans la mélancolie, — une mélancolie toute physique, et sans cause d'ordre moral, — il s'efforça, d'inslinct et par logique naturelle, de justifier cet état par des raisons appropriées, par des raisons très affligeantes, qu'à son insu son cerveau fabriqua. Plein de tristesse, d'humilité, de crainte, ne prévoyant que choses sombres, il se représenta bientôt qu'il allait devenir suspect à ses confrères, que l'avenir de sa famille était fort compromis, qu'on n'épouserait pas les enfants d'un homme déshonoré que, d'ailleurs, on ne tarderait pas à traîner en prison. Comme on lui demandait pourquoi ces châtiments sur un si parfait honnête
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homme, il ne sut d'abord que répondre; mais comme il fallait un motif, comme il faut à tout un motif, il' en vint vite à le trouver : avec hésitation d'abord,, puis avec une préciision croissante, il raconta qu'iî avait ordonné naguère de l'aconit à dés doses toxiques, qu'il en avait prescrit vingt grammes pour vingt gouttes, que mort d'homme devait s'ensuivre. Or, le fait était înexatît; par mes soins, les ordonnances qu'il signalait furent redemandées et contrôlées : aucune d'elles ne portait d'erreur. N'est-ce pas là un bon exemple de l'état affectif engendrant une idée, et du remords issu de toutes pièces de la dépression psychique F
Dans sa thèse excellente sur les États intellectuel& dans la mélancolie *\ le D*^ Georges Dumas publie l'observation vraiment typique de la mélancolique Agnès.
Voici comment il en résume les points essentiels : a Je l'interroge et n'obtiens d'abord que des réponses vagues indiquant un état général de tristesse et de souffrance : « elife est misérable, elle est à plaindre; mieux vaudrait mourir! » Si je n'insistais pas, elle s'en tiendrait à ces quelques phrases, qui sont pour elle l'expression succincte de tout un état douloureux. P'ressée de question^' nouvelles, elle s'explique et me confié une des causes dfe son chagrin : elle a trompé son mari' deux fois, il y a
1. Bibliothèque de philosophie contemporaine, F. Âlcan, édit., 1895.
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déjà quelques années; elle avait? oublié sa fkute, et ne l'avait même jamais sentie, et voiià cpi'elle y pense maintenant; huit jours avant, elle s'en est ouverte à son mari, et, bien qu'il ait pardonné, le remords la tient encore. J'essaie die chasser cettte idée par des raisonnements divers; Agnès reste immobile et pleure toujours; c'est qu'un- autre remords la torture aussi : d'à temps qu'elle était enceinte, elle a tenté de se faire avorter et aujourd'hui elle se reproche l'injection qu'un pha<i'ma?cien lui avait préparée sur sa demande. Remarquez qu« l'enfant né de cettte grossesse est un adolescent vigoureux, que sa' santé n'a jamais été compromise et que la mère n'a pas soufifert. A ces observations que je lui faisî, elle ne répond rien, mais parle aussitôt d'une autre cause de tcistes^^, la mort d'un parent qu'elle a perdu; puifl l'avenir se prête; comme le passé, à ses interprétations-; son fils a* mal aux yeux : il va devenir aveugle ; son mari dir avoir pardonné, mais il garde rancune; la> maison où elle travaille ne la reprendra pas.... » C'est bien là ce que Malebran^he appelait « la justification », le besoin d'expliquer par un motif d^ordre moral un état alfectif df origine toute physique.
Mais, va-t-on m'objecter, vous nous citez là des exemple» de gens aliénés, ce qui change singulier rement lés données' du problème.
Non, car il ne s'agit point ici d'aliénés atteints^ de lésions anatomiques da cerveau, mais bien de sim-
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pies déprimés, de neurasthéniques très avancés, de lypémaniaques, de qui Tesprit n*est que fonctionnellement amoindri. La plupart de ces malheureux n'ont que fort peu d'antécédents héréditaires, et ce qui les guérit, ce n'est pas la suggestion, la psychothérapie directe, le traitement de l'idée par l'idée : c'est le relèvement méthodique de leurs énergies vitales, de leurs forces, par stimulations mécaniques du système nerveux (cure d'air, suralimentation, douches, électricité statique, transfusions hypodermiques de solutions salines, etc.).
Voici, d'ailleurs, le tableau synoptique des énergies vitales d'un neurasthénique à remords, avant la cure et après le traitement.
J'ai vu des épileptiques, dans la période de véritable effondrement physique et moral qui d'ordinaire suit l'attaque, se repentir avec la plus profonde humilité de fautes insignifiantes, demander à s'en confesser, et, même après le sacrement, en témoigner une honte excessive, un immense regret. Mais, à mesure que renaissaient leurs énergies épuî* sées par les convulsions du paroxysme, leur remords s'envolait, leur état de regret et de honte pâlissait, s'effaçait par degrés, avec la fatigue. On dit que le travail donne la paix du cœur, avec le sentiment heureux du devoir accompli, et l'état dit de bonne conscience. Gela est vrai du travail modéré, proportionné à notre degré de vigueur, et qui, nous soustrayant le trop-plein de nos énergies, nous
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remet au cran d'équilibre. Mais l'excès de travail, Tabus de sa force, les grands surmenages, font au