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d'énergie, elles y provoquent de violentes décharges nerveuses, des paroxysmes. Si ces paroxysmes sont tout à fait inconscients, ce seront des crises de nerfs, des attaques de convulsions ; si leur intensité, un peu moindre, laisse subsister la conscience, ce seront des crises de fureur, des accès de méchanceté *.
Voici un autre meurtrier dont la santé morale a été faussée par une intoxication acquise : il s'alcoolise, abuse de la morphine ou de Téther *.
Ce quatrième a, naturellement, si peu de volonté, que son cerveau n'agit que par automatisme, par asservissement à une habitude une fois prise et désormais irrésistible. Or, nous prenons nos habitudes selon les milieux où nous sommes et les exemples que nos yeux rencontrent.
Que dire de ces hystériques chez qui sont k Tétat chronique Tidée fixe et le rétrécissement du champ de la conscience*? Or, Tidée fixe, n'est-ce pas la négation même du libre choix, du franc arbitre,
1. Je pense qu'on peut considérer comme une chose acquise que la colère est une attaque de nerfs à demi consciente; les paroxysmes de fureur sont parfaitement comparables aux accès convulsifs des grandes névroses (voir Médecine de F Esprit, chap. ix).
2. Il parait bien certain que la forte consommation d'éther qui se fait en Irlande n*est pas pour peu de chose dans la fréquence des meurtres en Erin. En France, chacun sait que la courbe des progrès de l'alcoolisme est parallèle à la courbe des progrès de l'aliénation mentale et de la criminalité.
3. Voir Y État mental des hystériques (Rueff, édit.) et Névrosée et Idées fixes, par le D' Pierre Janet, F« Alcan» édit., 1898.
comme disaient nos pères ? Considérez encore tous ces neurasthéniques, dont le cerreau ne fonctionne que par grandes oscillations, et qui passent sans cesse de la faiblesse à rirritabilitë, de l'indolence à la colère, de rabattement à Texaltation* Soutien-^ drez-vous qu'il faut les tenir pour équilibrés, et ne compter pour rien leur façon si étrange de réagir à toutes choses ?
Et que penser, enfin, de tous ces malheureux dont le mécanisme mental n'est pas proprement altéré, mais dont la conscience, simplement, est vide de bonne éducation et pleine de mauvais exemples? Par tempérament naturel, par eux-mêmes, ils ne sont rien, ni sympathiques ai méchants. Leur personnalité, malingre, presque nulle, n'a pour ressources que d'imiter autrui. Ils font ce qu'ils voient faire. S'ils ne voient faire que le mal..«.
Il n'y a pas un quart de siècle, que nous autres, gens de métier, avons appris à connaître avec un peu de précision le mode de fonctionnement de nos centres nerveux. Je crois bien être un des premiers à vulgariser et à mettre au point, comme on dit, ces notions vraiment indispensables à l'intelligence de la psychologie du crime. C'est parce qu'elles lui ont manqué que M. Gabriel Tarde a pu s'en tenir avec tant de rigueur à sa conception d'une responsabilité morale indépendante du libre arbitre, et basée sur l'identité de la personne. Il n'a pas vu grandir sans cesse le champ de la pathologie cérébrale, des mala-
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dies du sens moral. II n'a pas été tenu en éveil par ces travaux de M. Henri Monod et du D' Pactet, montrant quel nombre invraisemblable d'aliénés nos juges font mettre en prison, par les recherches de M. Pierre Janet sur Tétat mental des hystériques et le rétrécissement du champ de la conscience, par nos études sur les oscilUtions du cerveau des neurasthéniques, par tout ce qui venait bouleversef* de fond en comble la vieille conception de la personne humaine. Le crime est maintenant du domaine de la pathologie mentale, représentée ici par des lésions anatomiques formelles, et là par des tix>ubles fonctionnels incontestablement morbides.
Une fois encore, et pour en finir, ayons recours à un exemple, étudions un fait de date récente et présent encore à toutes les mémoires.
Gaillard, qui, à vingt -sept ans, dans la matinée du 27 mars 1898, assassina froidement et comme à plaisir une famille entière, la mère, la grand'mère et les trois enfants, apparaît bien comme le véritable type du mauvais homme identique à lui-même, que M. Tarde tient pour pleinement responsable.
Au cours de l'interrogatoire, le président de la cour d'assises nous résume en ces termes son histoire psychologique : « Vous avez commencé à vous signaler dès Tenfance par des actes de gaminerie perverse: vous coupiez de jeunes arbres, vous jetiez des pierres sur la voie du chemin de fer pour faire dérailler les trains, vous passiez vos nuits à
marauder et vos journées à voler aux étalages; vous étiez sournois, hypocrite; on vous jugeait capable de tout. Pendant des années, vous avez vagabondé d'usine en usine, laissant partout les plus mauvais souvenirs.... Dès Tâge de dix-huit ans, vous vous faisiez condamner pour vol ; cinq autres condamnations, toujours pour vol, ont été, depuis, prononcées contre vous. ...»
Certes, on n'est pas plus fidèle au mal, ni plus identique à soi-même. C'est bien ici le malfaiteur par tempérament. Mais, sur la genèse de ce tempérament, le même interrogatoire va maintenant nous éclairer : « Vous êtes le fils d'un maçon alcoolique mort à l'hospice de Lisieux; votre mère ne jouissait pas d'une bonne réputation au point de vue des mœurs : il est certain que vous avez eu une triste éducation.... »
En une phrase, on ne peut mieux résumer la for« matîon d'une âme malfaisante. Et cela équivaut à dire : la personnalité morale de Caillard se compose de tendances héréditaires faites de l'alcoolisme paternel, et des notions déposées au jour le jour dans sa jeune âme par les tristes éducateurs que le ciel lui donna. Enfant, il n'eut devant les yeux qucL l'ivresse du père, la prostitution de la mère, les plus basses querelles, des rixes quelquefois sanglantes, et c'est cela qui l'a formé. Il est né impulsif, et pour dompter ses impulsions ce sont là les images qui furent déposées dans ses cellules cérébrales.
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Cependant, M. Tarde le tient pour responsable et nullement malade. Cet homme-là se porte à merveille et ce n*est pas un fou, puisqu'il a pu simuler la folie, et qu'il a renoncé, depuis, à ce procédé de défense. Pour moi, je répugne invinciblement à rendre ce misérable responsable de sa constitution morale, à lui imputer Talcoolisme de son père (dont son cerveau porte certainement quelques traces anatomiques) et les abominables exemples qui lui servirent d'éducation. Je le tiens pour très dangereux et aussi pour très antipathique, pour révoltant, pour odieux. C'est par ce double sentiment de crainte sociale et de répulsion personnelle, et non par esprit de sagesse, de philosophie, et, pour tout dire, par esprit de justice, que je comprends qu'on le condamne à être supprimé : ce sera la destruction d'un danger et d'une laideur, d'une source d'irritation pour mon système nerveux encore très réflexe, très instinctif, très peu soumis à la raison. La plupart des actes humains n'ont pas d'autre mobile.
Dans un livre plein de trésors S M. Anatole France a dit à ce propos des choses excellentes :
« Une argumentation suivie sur un sujet complexe "ïie prouvera jamais que l'habileté de l'esprit qui Ta conduite. Il faut bien que les hommes aient quelque soupçon de cette grande vérité, puisqu'ils ne se gouvernent jamais par le raisonnement. L'instinct et