Le Jardin à^Épîeure (Calmann Léyj, édit
le sentiment les mènent. Ils obéissent à leurs passions, à ramour, à la haine et surtout à la peur salutaire. Ils préfèrent les religions aux philosophies, et ne raisonnent que pour se justifier de leurs mauvais penchants et de leurs méchantes actions, ce qui est risible, mais pardonnable.... Les systèaies philosophiques ont réussi en raison du génie de leurs auteurs, sans qu'on ait jamais pu reeonnaitre en Tim d'eux des caractères de vérité qui le fis^nt prévaloir. En morale, toutes les opinions ont été soutenues, et si plusieurs semblent s'accorder, c'est que les moralistes eurent souci, pour la plupart, de ne pas se brouiller avec le sentiment vulgaire et Tinstinct commun. La raison pure, s'Us n'avaient écouté qu'elle, les eût conduits par divers chemins aux conclusions les plus monstrueuses, commeil se voit en certaines sectes religieuses, en certaines hérésies dont les auteurs, exaltés par la solitude, ont méprisé le consentement irréfléchi des hommes... Cette vérité sainte et salutaire se trouve au fond de toutes les religions, qu'il est pour l'homme on guide plus sûr que le raisonnement, et qu'il faut écouter le cœur. > Si Lombroso et son école, si M. Paulhan, si M. Tarde se sont trompés, c'est sans doute pour* avoir méconnu cette sagesse, et avoir prétendu résoudre les problèmes de la criminalité et de la responsabilité morale par le moyen de la seule logique. Aussi en viennent-ils, les uns et les autres, à des conclusions que Ton ne peut mettre en pratique.
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Ne cherchons point dans le domaine des idées des raisons suffisantes pour nous autoriser à châtier les malfaiteurs qui troublent notre paix et qui menacent notre sécurité, car tous nos efforts échoueront pour maintenir le principe de la responsabilité morale, dont nos connaissances modernes en psychologie ne laissent plus rien subsister.
La justice, telle que nous la concevons encore à rheure actuelle, est une sorte de religion destinée à périr un jour, mais forte de tout son passé, de toute sa routine, de toutes les habitudes les plus invétérées de notre esprit. Son domaine n'est pas celui de la réQe:xion, mais bien plutôt celui du senti- Bsent, qui mène ici-bas tant de choses. L'homme qui 8*est montré haineux pour la société excite à son tour notre haine, et nous parait la mériter. Malade ou pas, libre ou déterminé, il nous est odieux et nous le détestons, surtout s*il a lésé quelqu'un de iM>s proches ou touché à nos propres biens. Sachons comprendre combien lointaine est Theure de la sérénité suprême qui conviendrait à la Justice, Theure oà, le cceur détaché de l'égoïsme étroit et de la crainte, notre esprit ne conservera pour les plus affîreux assassins qu'une pitié douce et attristée I A l'heure présente, si les tribunaux et les cours d'assises s'avisaient de se montrer débonnaires, de Mettre un criminel à Thôpital comm« un malade, et s'ils se refusaient à lui administrer une vengeance sociale, une punition^ le peuple se comprendrait
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pas, et, loin d*avoîr recours à eux, se ferait justice lui-même. De collective et de relativement calme qu'elle est aujourd'hui, la vindicte redeviendrait individuelle, sauvage, primitive, au rebours du progrès.
Ce sera l'honneur de ce temps d'avoir deviné l'avenir, d'avoir compris qu'il n'y a pas de libre arbitre, qu'il n'y a pas non plus de responsabilité morale, que le criminel appartient k la pathologie nerveuse, qu'il est le résultat d'une hérédité maladive et d'une éducation mauvaise. Et ce sera aussi l'erreur de notre époque d'avoir voulu, dès maintenant, supprimer de nos âmes tout réflexe vengeur, substituer un raisonnement aux impulsions naturelles, comme si nous étions vraiment civilisés !
Certes, j'estime bien caduques, bien irrationnelles et véritablement fâcheuses pour l'honneur de l'hu*manité les façons actuelles de juger les actes d'un inculpé : la hiérarchie des peines aujourd'hui admise est passible de bien des critiques. Mais ni la méthode préconisée par C. Lombroso et le baron Garofalo, ni les idées de M. Paulhan, ni même celles de M. Tarde, ne semblent pouvoir leur être préférées dans l'application pratique. Des recherches considérables, des livres importants, des discussions magnifiques, de hautes polémiques qui durent depuis plus de vingt ans, ne nous ont vraiment pas appris à modifier d'une manière beaucoup plus heureuse la procédure criminelle et le code pénal. Une des
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rares réformes qui aient quelque chance d'aboutir actuellement, c'est la création — selon le vœu de M. Magnan et de ses élèves — de maisons mixtes, mi-partie hôpital et mi-partie prison, pour les criminels de qui Tesprit, sans être complètement alicné, est atteint cependant d'une maladie assez formelle, assez classée pour que le jury puisse admettre ce qu'on est convenu de nommer la responsabilité atténuée *. Cette demi-mesure — que plus d'un réformateur pressé jugera bien insuffisante — serait pourtant un sérieux acheminement vers une ère nouvelle, précisément parce que les progrès de la neurologie nous permettent de démontrer chaque jour un peu mieux l'existence d'une maladie de l'esprit, là où naguère on ne voyait que libre choix du mal.
Nous pourrons obtenir encore que les magistrats criminels soient des spécialistes, distincts des magistrats civils, car leur besogne est toute différente, les uns connaissant d'un fait et les autres d'un homme. Ne pourrait-on recruter les présidents d'assises parmi
1. Si l'on s'en tient à ce que je disais tout à l'heure, aucun criminel ne me paraissant tout à fait indemne de tare intellectuelle, il faudrait placer tous les condamnés dans des sortes d'hôpitaux-prisons. En pratique, on se contenterait d'y placer ceux dont on dit présentement que leur responsabilité est mitigée, ceux de qui nous pouvons démontrer qu'ils sont atteints d'une névrose grave, ou d'un abaissement des facultés intellectuelles. Il ne faut point, d'ailleurs, se dissimuler que la création de ces maisons mixtes de détention coûtera cher, et que d'ici longtemps le budget obéré ne s'y prêtera guère.
MAURICE DE FLBURY. — L'àmo du Criminel. 7
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les juges d'instruction ? Uniquement occupés, toute leur vie, à comprendre le crime et tous les problèmes qui 8*y rattju^hent, on les verrait s'instruire et traiter à fond de toutes les questions, aujourd'hui si fournies I d'anthropologie, de psychologie , de sociologie criminelles. On soumettrait à leur juridiction et le meurtre et le crime ; une grande partie des cas actuellement expédiés — chacun sait avec quelle effroyable célérité ! — par la corectionnelle, devrait être déférée au jury d'assises, comme M. Cruppi en a émis le vœu dans un ouvrage plein d'idées nettes et de saisissantes raisons ^
Pour s'éclairer sur la psychologie d'un inculpé, pour tenter de descendre dans les ténèbres de son 4me, le magistrat nouveau, dont l'avènement n'est pas loin ', s'appuiera sur le médecin neurologiste et psychologue; il exigera que l'expertisa médicolégale, qui n'est aujourd'hui qu'une mesure exceptionnelle, soit de règle, ne serait-ce que pour établir de bonnes statistiques, nous éclairant une fois pour toutes sur la genèse du mal, sur la part de i'hirédité et celle de l'éducation.
Ce président d'assises, rompu à son noble métier.