L'âme du criminel
Je veux tenter de dire ici, avec la simplicité et la clarté cpii me sont chères, l’essentiel de nos connaissances les plus récentes et les plus fermes sur la structure et le fonctionnement du cerveau de l’homme, et tâcher d entrevoir dans quelle mesure ces notions nouvelles — j’entends celles que nous pouvons considérer comme classées et désormais hors de conteste — sont susceptibles de modifier les idées reçues, les idées courantes sur le crime, le criminel et la législation pénale.
1 lus encore que les jurisconsultes et que les philosophes de profession, ce sont les physiologistes et les médecins qui, depuis une trentaine d’années, s’acharnent à labourer à neuf ce
INTRODUCTION
vieux champ de la connaissance humaine, à en retourner la terre poudreuse et desséchée, pour mettre à jour l’humus profond, plus fécond et plus frais. On ne s’étonnera donc pas qu’un médecin se mêle encore d’en parler.
C’est là, d’ailleurs, je ne veux pas me le dissimuler, besogne assez ingrate.
Les idées scientifiques modernes sur le cerveau criminel sont déplaisantes à l’immense majorité des magistrats et des juristes. Cepx-là surtout, qui n’ont eu le loisir de les étudier que bien superficiellement, les répudient avec vigueur. Élevés dans la croyance la plus assise au libre arbitre, accoutumés, dès les bancs de l’école, à envisager cette foi comme fondamentale et tout à fait indispensable au non fonctionnement d’une société policée, /il<p se refusent — rien n’est moins surprenant — à adopter des théories nouvelles, dont la divulgation pourrait bien être un encouragement au mal. Notez encore que ces doctrines paraissent r iÇ »' wy,,- tendre à restreindre ^euT^rùlc, et à diminuer la majesté de leur état, en les envisageant non plus comme des juges discernant les intentions, appelés à punir ceux qui ont volontairement
INTRODUCTION
pris la mauvaise voie, mais comme de simples défenseurs de l’ordre public et de la paix des citoyens.
Répugnances tout à fait naturelles et respectables, fortifiées encore par l’opinion du plus grand nombre, par le sentiment général.
Quand les journaux racontent, avec cent détails saisissants, un crime monstrueux, cela devient, pour une foule d’hommes et pour presque toutes les femmes, comme un dommage personnel dont chacun veut tirer vengeance, se représentant que lui-même ou ses proches auraient pu servir de victimes. C’est ainsi que nous voyons à tous moments, dans notre société qui se croit très civilisée, resurgir ^ •
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le primitif, le sauvage besoin ^d’imiter l’acte, de restituer' coup pour coup, de « lyncher
selon le mot américain. En France même, a chaque nouveau crime, combien de^^-mmes^
n’^tendoiis-nous^^^^^^impérieu^désTc
d écorcher vil le meurtrier ou de le faire cuire à petit feu... ^a^poHc^>qui, dans la rue, prend sur le fait un criminel politique ou de droit commun,
n a pas trop de toutes se^^brces)pour empêcher qu’on ne l’écharpe. '