VU II
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Plus sage, la ^législation diffère cette vengeance et — ^du) fait temps^, écoulé entre l'heure (O^i crime et l’heure jugement — refroidit un peu les esprits. En cour ('cÿ;Tssises,
cependant, l’idée (de> vindicte subsiste encore sous l’idée (d^ justice h Cet être bestial, sanguinaire, hideux, qui nous répugne tant, et que voici désarmé dans nos chaînes, d’instinct nous nous refusons à l’envisager comme irresponsable et malade. Son aspect n’est pas d’nn malade : il n’inspire pas la pitié. Pour dérober de l’or, pour assouvir son appétit de basses jouissances, il a tué, avec préméditation et dans d’affreuses circonstances; le cynisme de son attitude actuelle exaspère. Et voilà que les médecins nous parlent, sans qu’on les en prie, de déterminisme et de fatalité, de maladie de l’âme héritée ou acquise!... Ce savant^ qui'entrave d’un raisonnements l’énergie de nos sentiments naturels,/ qui prétend faire trébucher dans une discussion philosophique Lélüp I1 de nos justes vengeances, et qui veut ravir une
1. C’est bien le lieu (le rappeler qu’on a dû supprimer le « résumé » du président de la Cour d’assises, comme faisant ordinairement double emploi avec le réquisitoire du ministère public.
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proie à notre légitime appétit de punir, c’est un fâcheux, un imprudent, presque un complice. Tous les bons chroniqueurs de la rubrique Tribunaux dans les journaux quotidiens savent très bien qu’ils ne tiendraient plus leur public, et qu’ils provoqueraient des désabonnements s’ils adoptaient ces idées subversives !
C est à ce solide état djuaie__q u^ j’ose jnjittafluei7 Je m ^Hasarde avec bon espoir cependant, en évitant dg^apporter cette rudesse et cette impatience qui gatéîft<lant de bonnes causes, persuadé, d ailleurs, qu il y a ^h>) comme dans tant d autres débatsf^malentendu fâcheux et prolongé comme à plaisir, beaucoup plutôt quhneompatibilité définitive.
Les gens de robe, en France plus que partout ailleurs, ne cessent de donner des preuves de haute conscience et de parfaite loyautë^M f) î Qu’on vienne leur montrer avec simplicité, clarté et bonne foi quelques réalités probantes H**^*r*
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qu on conviction et ce sentiment
de sécurité que seule procure aux esprits droits L« sage et vraie science, qu’on ne tombe pas dans l’absurde où conduit fréquemment l’amour
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immodéré des théories, et cet isolement, ce manque de contact avec hyvie rédlle^nï^ pensent trop de philosophes, au point de paraître donner sa sympathie aux pires malfaiteurs au détriment des braves gens — et vous verrez en très grand nombre les magistrats les plus conservateurs se rallier, sans enthousiasme peut-être, mais en toute sincérité.
Peut-être le dissentiment actuel entre juristes et savants ne provient-il que d'une insuffisance d’explications. Comme il arrive aux novateurs, anthropologistes et médecins neurologistes ont trop voulu tout de suite prouver, et du premier coup sont allés jusqu’aux extrêmes conséquences. Infaillible moyen d’amener un retour en arrière. C’est le propre des innovations vraiment scientifiques de ne pas être radicales mais progressives, et de ne pas procéder par secousses, mais par transitions à peine perceptibles, a la façon de la nature. Je ne pense pas qu’il soit sage de proposer de violentes révolutions de mœurs, car rien de ce qui doit durer ne s’accomplit très vite, et le radicalisme est un bon père pour la réaction. Les brillants anthropologistes de l’école italienne, quelques savants français
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aussi, se sont trop longtemps départis de la méthode, condition de tout progrès.
D’ailleurs, je ne suis pas ici pour soutenir et pour défendre en bloc toutes les théories modernes des médecins criminalistes. Je commence par dire que quelques-uns d’entre eux se sont assez grossièrement trompés, et que non seulement ils sont tombés dans le travers des généralisations hâtives, mais qu’ils ont commis le péché plus grave de mal observer. Le type anatomique du criminel-né de Lombroso n’est aujourd'hui qu’un rêve de ce cerveau génial, mais singulièrement désordonné, chaotique et brouillon. Toute la logique d’un Garofalo, toute la subtilité, toute la vigueur et tout le délié d’un Enrico Ferri ne pouvaient aboutir, partant de cette base, qu’à de caduques systématisations. Après si peu d’années, voici que, cà et là, leurs constructions se ruinent. On ne me verra donc pas aveuglément enthousiaste des théories nouvelles, et j’entends n’exposer ici que celles qui, loin de s elïritcr à mesure que le temps passe, recrutent chaque année des adeptes nouveaux dans tous les pays où l’on pense.
Mais, d autre part, accordcz-moi que les
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magistrats de ce temps, en trop grand nombre, peuvent s’accuser de tiédeur, d’indolent amour du statu fjuo, et, pour tout dire, de paresse d’esprit. Beaucoup d’entre eux, forts de leur excellence en droit civil, ne se sont pas donné le mal de lire tout ce qui s’est écrit de si intéressant depuis la publication de VUomo delinquente de Cesare Lombroso. Ce livre illustre, encore qu’il ne vaille peut-être pas tout le bruit qu’il a fait, a eu pourtant le grand mérite de jeter un levain, de faire bouillonner et pulluler les idées neuves, d’amener l’éclosion de toute une génération de philosophes du crime et de la peine. De tout ce noble mouvement, de cette belle agitation des esprits, nos magistrats ont entendu parler, plutôt qu’ils n’en ont pris personnellement connaissance, et ils ne se sont que trop vite accordés pour rejeter des théories mal entrevues, sous ce prétexte que leurs conséquences pratiques nous réservent peut-être des catastrophes sociales. Et pourquoi changer, je vous prie, ce qui va depuis si longtemps et d un train si régulier! Trop commode indillercncc, mol oreiller, où l’on ne peut sommeiller bien longtemps par ce temps de vérité rude.
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Il faut le dire pour leur excuse : les magistrats conservateurs — j’entends imbus des doctrines classicpies sur le libre arbitre et le droit de punir — se sont violemment heurtés, pour commencer, à la conception exclusive, simpliste et fausse, révoltante pour le bon sens, du criminel-né de Lombroso. Le premier article de foi qu’on leur a demandé d’admettre, c’est la croyance aveugle au type anatomique du criminel, h une structure de l’homme qui implique la fatalité, la nécessité de voler ou de tuer un jour ou l’autre. C’était trop pour des néophytes, ils refusèrent d’aller plus loin. En vain les disciples de l’école de Turin, Enrico Ferri, Garofalo, Scrgi, Morselli, Ottolenghi, Virgilio multiplièrent-ils les publications les plus subtiles; en vain quelques savants français, ceux notamment de l’école lyonnaise, Lacassagne et ses élèves, surent-ils ramener la question sur son vrai terrain, et faire la part de l’élément social dans la genèse du crime ; en vain des philosophes de l’envergure d’Alfred Fouillée, et des physiologistes tels que M. Binet consacrèrent-ils aux idées nouvelles des pages importantes; eu vain M. Gabriel larde apporta-
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t-il à ce débat les inépuisables ressources d’un esprit profond, lucide, ingénieux, vraiment philosophique, et les séductions du style le plus abondant, le plus imagé, le plus disert. Une légende avait pris cours et faisait loi : beaucoup de bons esprits, abusés par elle, estiment encore aujourd’hui que les idées scientifiques modernes sur le crime et le criminel sont, dans le domaine juridique, l’équivalent des idées anarchistes, ou tout au moins collectivistes, dans le domaine politique.
La petite étude que voici voudrait contribuer à dissiper cette légende.
On y verra bien vite à quelles modestes revendications, à quelles modifications partielles, à quelle paisible, à quelle imperceptible révolution nous aboutissons en fin de compte et comme il serait simple de se mettre prudemment d’accord, sans rien perdre de son prestige, a\ec la science et la philosophie, qui finissent toujours par avoir le dessus.
Un peu moins de colère vengeresse* un peu plus de sérénité, un moindre souci de punir, au sens étroit de ce vieux mot, un plus a il désir d’empêcher, de prévenir, d organiser la pioph) laxie du mal, est-ce donc beaucoup demander?
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On ne trouvera, dans cette courte série d’articles, qu’un exposé très succinct, très déblayé, et, j’espère, très net, du côté médical, physiologique et psychologique de ce vaste sujet de méditations. Je n’y ferai point étalage de belle érudition : ceux d’entre mes lecteurs qui puiseraient ici le goût de ce genre d’études trouveront, grâce au simple petit index bibliographique que voici, de quoi satisfaire amplement leur curiosité et leur souci d’approfondir.