‹ L'âme du criminelChapitre 11 sur 53 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le règne primitif du réflexe brutal. L’idée de crime, l’idée de châtiment sont des conceptions de l’état de société. — Le remords : opinion d’Herbert Spencer, d’Alexandre Bain, d’Alfred Fouillée. Le remords et nos connaissances actuelles en psycho-physiologie. — Le crime sans remords et le remords sans crime : exemples de neurasthéniques à scrupules, de mélancoliques et d’épileptiques à remords. - — La vérité, en ces matières, est-elle bonne à dire? — L’idée de justice; hypothèse de ses origines divines; hypothèse de ses origines humaines.

Elevés parmi toutes sortes de notions artificielles, accoutumés dès notre enfance à considérer comme vérités éternelles les opinions philosophiques et la cosmogénie d’une école dont les conceptions principales sont encore aujourd’hui officiellement enseignées, imposées aux jeunes esprits, notre intelli-

gence trop disciplinée ne sait plus penser d’ellemême. C’est ainsi que nous avons peine à nous représenter combien l’idée de crime, et tout le cortège de mots servant à en parler, sont de date récente sur celte terre qui s’évade à grand’peine de l'état de sauvagerie. Crime, châtiment, ce sont là des conceptions de l’état de société.

Sachons comprendre qu’avant l’organisation de la vie sociale, l’individu humain ne se sentait de devoirs qu’envers lui. Quand un autre animal ou l’un de ses pareils s’opposait à l'immédiate réalisation de quelque appétit ou de quelque désir, l’homme n’avait en tête que de supprimer cet obstacle, et, l’exaspérant adversaire, il le mettait hors de combat d’un geste violent et prompt que rien ne venait modérer, sinon le souvenir d’une défaite antérieure, unique conseillère de douceur ou de ruse.

Quand il était victorieux, quand la possession d’une proie magnifique l’avait récompensé de son effort, nous pouvons dire qu’il ne connaissait point de tristesse ni de remords, mais seulement la joie de l’assouvissement et l’orgueil de sa force, avec ce même sentiment de légitimité, de bonne conscience, qu’ont, de nos jours, les chefs d’Etat, après l’écrasement de l’ennemi dans une guerre. Assurément, un jour viendra où les massacres de peuple à peuple seront tenus pour criminels comme les meurtres individuels 1 ; mais nous concevons un âge de l’hu-

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