Il paraît bien certain que la forte consommation d'éther
qui se fait en Irlande n’est pas pour peu de chose dans la
requence r es meurtres en Erin. En France, chacun sait que la
courbe des progrès de l’alcoolisme est parallèle à la courbe
des progrès de 1 aliénation mentale et de la criminalité.
. ; , 011; hlaL mental des hystériques (Rueff, édit.) et Névroses
et Idees fixes, par le Dr Pierre Janet, F. Alcan, édit., 1893.
comme disaient nos pères? Considérez encore tous ces neurasthéniques, dont le cerveau ne fonctionne que par grandes oscillations, et qui passent sans cesse de la faiblesse à l’irritabilité, de l’indolence à la colère, de l’abattement à l’exaltation. Soutiendrez-vous qu’il faut les tenir pour équilibrés, et ne compter pour rien leur façon si étrange de réagir à toutes choses ?
Et que penser, enfin, de tous ces malheureux dont le mécanisme mental n’est pas proprement altéré, mais dont la conscience, simplement, est vide de bonne éducation et pleine de mauvais exemples? Par tempérament naturel, par eux-mêmes, ils ne sont rien, ni sympathiques ni méchants. Leur personnalité, malingre, presque nulle, n’a pour ressources que d’imiter autrui. Ils font ce qu’ils voient faire. S’ils ne voient faire que le mal....
Il n’y a pas un quart de siècle que nous autres, gens de métier, avons appris à connaître avec un peu de précision le mode de fonctionnement de nos centres nerveux. Je crois bien être un des premiers à vulgariser et à mettre au point, comme on dit, ces notions vraiment indispensables à l’intelligence de la psychologie du crime. C’est parce qu’elles lui ont manqué que M. Gabriel Tarde a pu s’en tenir avec tant de rigueur à sa conception d’une responsabilité morale indépendante du libre arbitre, et basée sur l'identité de la personne. 11 n’a pas vu grandir sans cesse le champ de la pathologie cérébrale, des mala-
l'idée de responsabilité
dies du sens moral. Il n’a pas été tenu en éveil par ces travaux de M. Henri Monod et du Dr Pactet, montrant quel nombre invraisemblable d’aliénés nos juges font mettre en prison, par les recherches de M. Pierre Janet sur l’état mental des hystériques et le rétrécissement du champ de la conscience, par nos études sur les oscillations du cerveau des neurasthéniques, par tout ce qui venait bouleverser de fond en comble la vieille conception de la personne humaine. Le crime est maintenant du domaine de la pathologie mentale, représentée ici par des lésions anatomiques formelles, et là par des troubles fonctionnels incontestablement morbides.
Une fois encore, et pour en unir, ayons recours à un exemple, étudions un fait de date récente et présent encore a toutes les mémoires.
Caillard, qui, à vingl-sept ans, dans la matinée du 27 mars 1898, assassina froidement et comme à plaisir une famille entière, la mère, la grand’mère et les tiois enfants, apparaît bien comme le véritable type du mauvais homme identique à lui-même, que M. Tarde tient pour pleinement responsable.
Au cours de l’interrogatoire, le président de la cour d’assises nous résume en ces termes son histoire psychologique : « Vous avez commencé à vous signaler dès l’enfance par des actes de gaminerie perverse: vous coupiez de jeunes arbres, vous jetiez des pierres sur la voie du chemin de fer pour faire dérailler les trains, vous passiez vos nuits à
l’ame du criminel
marauder et vos journées à voler aux étalages; vous étiez sournois, hypocrite; on vous jugeait capable de tout. Pendant des années, vous avez vagabondé d’usine en usine, laissant partout les plus mauvais souvenirs.... Dès l’âge de dix-huit ans, vous vous faisiez condamner pour vol ; cinq autres condamnations, toujours pour vol, ont été, depuis, prononcées contre vous »
Certes, on n’est pas plus fidèle au mal, ni plus identique à soi-même. C’est bien ici le malfaiteur par tempérament. Mais, sur la genèse de ce tempérament, le même interrogatoire va maintenant nous éclairer : « Vous êtes le fils d’un maçon alcoolique mort à l’hospice de Lisieux; votre mère ne jouissait pas d’une bonne réputation au point de vue des mœurs : il est certain que vous avez eu une triste éducation — »
En une phrase, on ne peut mieux résumer la formation d’une âme malfaisante. Et cela équivaut à dire : la personnalité morale de Caillard se compose de tendances héréditaires faites de l’alcoolisme paternel, et des notions déposées au jour le jour dans sa jeune âme par les tristes éducateurs que le ciel lui donna. Enfant, il n’eut devant les yeux que l’ivresse du père, la prostitution de la mère, les plus basses querelles, des rixes quelquefois sanglantes, et c’est cela qui l’a formé. Il est né impulsif, et pour dompter ses impulsions ce sont là les images qui furent déposées dans ses cellules cérébrales.
l'idée de responsabilité
Cependanl, M. Tarde le tient pour responsable et nullement malade. Cet homme-là se porte à merveille et ce n’est pas un fou, puisqu’il a pu simuler la folie, et qu’il a renoncé, depuis, à ce procédé de défense. Pour moi, je répugne invinciblement à rendre ce misérable responsable de sa constitution morale, à lui imputer l’alcoolisme de son père (dont son cerveau porte certainement quelques traces anatomiques) et les abominables exemples qui lui servirent d’éducation. Je le tiens pour très dangereux et aussi pour très antipathique, pour révoltant, pour odieux. C’est par ce double sentiment de crainte sociale et de répulsion personnelle, et non par esprit de sagesse, de philosophie, et, pour tout dire, par esprit de justice, que je comprends qu’on le condamne à être supprimé : ce sera la destruction d’un danger et d’une laideur, d’une source d’irritation pour mon système nerveux encore très réflexe, très instinctif, très peu soumis à la raison. La plupart des actes humains n’ont pas d’autre mobile.
Dans un livre plein de trésors1, M. Anatole France a dit à ce propos des choses excellentes :
« Une argumentation suivie sur un sujet complexe ne prouvera jamais que l’habileté de l’esprit qui l’a conduite. Il faut bien que les hommes aient quelque soupçon de cette grande vérité, puisqu’ils ne se gouvernent jamais par le raisonnement. L’instinct et