La Cour d’assises
2. En 1895, au Congrès des aliénistes et neurologistes. M. Delcurrou, premier président ù la cour de Bordeaux, dans une communication très remarquée, a demandé la multiplication des expertises médico-légales, et souhaité 1 intervention du médecin neurologiste comme conseil habituel du magistrat au criminel.
l’idée de responsabilité
sachant parler à l’inculpé, en obtenir la vérité, lui épargner d’inutiles mensonges, atteindrait au plus haut degré du calme et de la dignité humaine. 11 aurait cette lucidité, cette sagesse, de comprendre qu’en aucune façon il ne peut être un juge, c’està-dire peser les intentions secrètes et lire au fond des âmes, ce qui est le propre d’un Dieu. Il se dirait, avec une humilité pleine de philosophie et de grandeur : « Rien'ne me permet de juger, et je n’ai pas qualité pour décerner des châtiments. Je suis ici pour mettre hors d’état de nuire le misérable que voici; je suis ici pour substituer mon calme et ma sérénité à la fureur vengeresse de ceux qu’il a lésés, et pour les empêcher de se faire eux-mêmes justice; je suis ici, enfin, pour feindre de punir, afin que cet exemple serve, et que les méchants à venir, quand le mal viendra les tenter, sachent qu’en le faisant ils s’exposent aux représailles de la société; il faut que la pénalité vienne au secours de l’homme féroce ou pervers, et que l’image d’une lourde peine contre-balance en son esprit l’image du plaisir mauvais. »
Ayant pris ainsi conscience de son vrai rôle, le magistrat d’assises, sans rien perdre de ses prérogatives ni de sa dignité, aurait fait un grand pas vers cette sorte de sagesse dont je parlais naguère, et qui consiste à se mettre d’accord avec la science et la philosophie, qui finissent toujours par avoir raison.
l’ame du criminel
Ce que nous demandons là n’a rien de bien révolutionnaire, rien d’impossible ni, que je sache, de répugnant pour le bon sens. Je reconnais bien volontiers que rien ne nous autorise à bouleverser plus profondément le vieil appareil de la procédure criminelle. Mais nous verrons, dans les prochains chapitres, que nos idées modernes sur la genèse du crime et la psychologie du criminel, jusqu’à ce jour stériles, nous ouvrent, pour l’avenir, un horizon de large et noble espoir.