‹ L'Ame éclairée par les oracles de la sagesse dans les paraboles et les béatitudes évangéliquesChapitre 5 sur 38 · PREMIER JOUR · texte numérisé non relu

PREMIER JOUR

Considération fondamentale sur les fins dernières , et sur ces paroles:

Memorare novissima tua.

Si on veut sincèrement se préserver du péché quand on a eu le bonheur d'en sortir , et se maintenir dans la grâce quand on a été assez heureux pour la recouvrer , le moyen le plus sûr et le plus efficace est de penser aux grandes et immuables vérités de la religion : c'est l'Esprit saint même ciui nous le conseille, et qui nous en as- 'sure : Memorare novissima tua; et m œternum non peccabis. {Eccti. 28. ) Sou-

venez-vous de vos fins dernières, elvous ne pécherez jamais.

Ames chrétiennes, entrez dans cette considération importante et faites-en le fondements de vos réflexions et la règle de votre conduite.

Le grand moyen de salut est de bien méditer devant Dieu ces premières et dernières vérités , c'est-à-dire de bien comprendre d'où vous venez et où vous allez ; quelle a été votre origine, et quelle sera votre fin ; ce que vous devez à votre créateur , et ce que vous demandera votre juge. Quoiqu'il n'y ait qu'un mot à chaque point, ce n'est pas trop des années entières pour les méditer. Vous avez reçu, des mains de votre créateur, l'être et la vie; en les recevant vous avez contracté envers lui de grandes obligations et de grandes dettes. Ces dettes et ces obligations ont précédé votre naissance ; vous avez commencé de vivre dans le temps , mais on n'a pas commencé alors de penser à vous ; devant tous les temps Dieu était , il pensait à vous , et il vous aimait.

Le comble de ses grâces , c'est qu'il vous a fait pour lui seul, et qu'il ne vous adoqné

l'être qu'afin que vous fussiez éternellement à lui ; il a même voulu que son emploi dans l'éternité fût l'emploi de votre temps et de votre vie : le connaître et l'aimer.

2° Grâce ineffable , bonheur suprême , si vous y correspondez ; mais c'est une vérité bien terrible , de penser que si vous n'y répondez pas , si vous vivez sans amour pour Dieu , après avoir commencé par des bienfaits , il finira par un jugement. Lui qui vous a cherché depuis tant d'années pour vous sauver , vous appellera bientôt pour vous juger , et quand vous serez devant lui , il examinera dans vous ce qu'il a fait pour vous , et ce que vous avez fait contre lui ; ce qui vient de sa part , et ce qui vient de la vôtre, il comptera d'une part ses grâces , et de l'autre vos œuvres, et il obligera votre conscience à les compter elle-même , et à voir les ouvrages de sa bonté et ceux de votre malice assemblés dans un même cœur.

Comparez-les dès à présent , et faites au pied de la croix de votre rédempteur ce que vous ferez un jour devant votre juge ; c'est-à-dire :

Considérez ce que c'est qu'une miséricorde infinie qui a prévenu vos mérites ;

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ce que c'est qu'une ingratitude qui a été formée au milieu des grâces ; ce que c'est qu'une justice qui pèse les bontés de Dieu et les péchés de l'homme.

Enfin , ce que c'est qu'une éternité où la sainteté d'un Dieu sera la mesure de sa colère contre les pécheurs ; sa justice criminellement offensée, la mesure de leur supplice , et son infinie beauté qu'ils ne verront jamais, la mesure de leur désespoir.

J'en dis trop dans un sujet où il ne faut rien moins que parler ; toute l'histoire de l'homme pécheur est renfermée dans ces quatre paroles : Ses jours finiront , ses actions seront jugées , ses péchés seront punis, ses peines seront éternelles. Voilà, non pas de quoi lire quelques moments, mais de quoi méditer tous les jours de la vie.

Pensons donc sérieusementdevant Dieu, qu'il y a une mort à attendre , un jugement à subir , un enfer à craindre , et un paradis à mériter. C'est là l'homme , c'est là tout l'homme : Hoc est mîm omnis liomo, {Ecc(. 12.J'

IIe JOUR.

L'état du péché.

1° Le péché flatte le cœur quand on le commet; quand il est commis, il déchire l'âme , et c'est pour nous la plus grande des grâces d'essuyer en cet état ces remords ; ils sont la marque que nous ne sommes pas entièrement délaissés, et que le Ciel médite encore pour nous des desseins de miséricorde. Mais au milieu de ces remords, comment avoir la paix avec soimême, quand on ne l'a pas avec Dieu?

Eût-on d'ailleurs tous les biens de la terre, de quoi vous servent tous ces biens , ces trésors , ces honneurs , si au milieu de ces prospérités , vous sentez les douleurs de votre péché qui trouble votre repos , et si vous entendez jour et nuit les cris de votre conscience qui vous menace des approches de la mort et des malheurs de l'éternité ? Non, il n'y a point d'homme sage sur la terre qui n'aimât mieux perdre les biens de la vie . et point de bienheureux dans

le Ciel qui n'aimât mieux renoncer à tout bonheur que de commettra un seul péché ; et nous en commettons tous les jours : où est notre foi ?

On a vu des pécheurs sincèrement convertis , qui , après avoir mêlé les larmes et les cendres à leur nourriture , et avoir souffert les austérités les plus rigoureuses , ne croyant pas avoir satisfait , auraient voulu souffrir dans leur corps en .ce monde les tourments de l'enfer , pour expier leurs crimesetapaiser la justice divine.

Il n'y a que la sagesse infinie d'un Dieu qui puisse connaître toute Fénormité du péché ; il n'y a que la sainteté infinie d'ua Dieu qui puisse en détester toute la malice ; il n'y a que la puissance d'un Dieu qui puisse le punir autant qu'il le mérite.

2° Rentrez dans votre âme , pécheur , tandis que votre Dieu , votre juge vous considère lui-même ; voyez dans votre âme ce qu'il y voit : ce nombre innombrable dépêchés commis, ces habitudes invétérées, cet amas de corruptions anciennes et nouvelles. Il voit tout , ne vous cachez rien ; il voit vos péchés, craignez ses vengeances. Voyez ce qui est autour de vous en ce ino-

mont même : la justice divine qui est armée contre vous , sa miséricorde qui menace de vous abandonner ; l'une et l'autre qui par des cris intérieurs vous reprochent ce que vous êtes aujourd'hui et vous annoncent ce que vous serez peut-être demain, peut-être dans un moment, mort, jugé et damné ; en un instant ce changement terrible peut être fait , et s'il l'est une fois, il l'est pour toujours. Voilà votre état et votre malheur : et vous pouvez y vivre en danger d'y mourir.

C'est votre Dieu qui vous parle encore en père ; écoutez-le ; accordez à votre conscience la solitude où elle vous appelle pour penser à vous. Dites-vous à vous-même : Dans quel état suis-je ? et vais-je donc y périr ? J'ai dans moi le péché et la mort ; il ne me reste plus qu'un moment de vie et une éternité de tourments. .

Comprenez donc aujourd'hui ce que c'est que l'état de péché , et que toute votre vie il vous fasse trembler.

Etat d'erreur et d'égarement : vous êtes sorti de la voie du salut.

Etat de trouble et de confusion : votre cœur est une espèce d'enfer.

2 3 il RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS

Etat de craintes et d'alarmes : le glaive vengeur est suspendu sur votre tête , et le 4ombeau ouvert sous vos pieds.

Etat de mort et de damnation : mourir en cet état, c'est la réprobation consommée.

Voici trois points qui renferment tout ce qu'on peut dire de plus vrai et de plus terrible sur le péché mortel.

1° Pensez que le péché a causé la mort d'un Dieu.

2° Pensez que le péché donne la mort à une âme immortelle.

,3° Pensez qu'il n'y a qu'un instant entre le péché mortel et une éternité malheureuse.

Craignez-la , et par là même craignez ie péché comme l'unique chose que vous avez à redouter en ce monde. Quasi à facie co~ iubrifuge peccalum : ( Eccl. 21. ) fuyez à la vue du péché , comme à la vue d'un serpent.

IIP JOUR.

La Mort.

1° Pour savoir parfaitement ce que vous devez savoir en fait de morale et de conduite, le plus sûr moyen est de vous rendre disciple de la mort , et d'écouter ses sages leçons. La mort ne parle point , mais elle a un silence éloquent , qui est le recueil de la véritable science des saints. Tous les conseils des saints Pères sont' sur la langue de la mort : la merveille est , que sans dire mot , elle fait entrer ses instructions dans le cœur avec une force que tous les orateurs n'ont jamais pu imiter.

Elle le fait , dit Salomon , toutes les fois qu'elle se présente à vos yeux , et que vous appelant à la maison où elle entre, elle vous montre sur le visage d'une personne mourante , l'arrêt que le Ciel a prononcé contre vous, et que peut-être demain vous serez en l'état où ce mourant se trouve aujourd'hui. Lorque quelqu'un meurt , il se l'orme sur son visage pâle et ses lèvres li-

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vides une sorte d'écriture que chacun peut lire , et où chacun lit en effet ces deux grandes paroles :Hodièmihi , cras tibi; et c'est là ce que le Prophète appelle le testament universel de ce inonde , que la mort fait voir à tous ceux qui environnent le lit du mourant : Testamentum Imjus mundi , morte morietur. ( Eccl. 14. ) Tous le lisent et' tous l'entendent ; vous l'avez lu souvent , et c'est là que vous avez appris que l'héritage qui vous a été laissé par vos ancêtres au moment de leur trépas , a été l'annonce que vous mourrez comme eux , et que , formé de terre , vous retournerez en terre : \ Pulvis es , et in pukerem reverteris.

De tant de pères que vous avez eus depuis le commencement du monde , il n'en est aucun qui n'ait signé ce testament, et qui ne nous ait laissé cet héritage : lisez donc avec attention , et dans ce qu'ils sont à présent , apprenez cç que vous serez un jour.

2° Mais remarquez que le profit que vous devez tirer de cette considération , ne consiste pas à regarder ce que vous montre la mort, mais à vous y préparer. Après qu'elle vous a montré dans le fond d'un tombeau

des armées de vers autour d'un visage que l'on adorait il y a quelques jours , la leçon qu'elle vous adresse, et qu'elle veut que vous graviez profondément dans votre esprit, est celle-ci : Mémento , Iwmo. Souvenez-vous de ce que vous avez vu , et disposez-vous à le devenir.

En effet , pour apprendre à vivre chrétiennement, ce n'est pas assez de regarder les personnes mourantes ou ensevelies, il n'y a personne qui pour lors ne pense à l'affaire de son salut , et qui ne forme quelque dessein de conversion et de pénitence : mais bientôt ces pensées salutaires sont effacées de notre esprit comme des songes ; la dissipation, l'indévotion, le tumulte du monde les font disparaître ; nous recommençons à vivre comme si nous ne devions jamais mourir. 0 hommes mortels ! s'écrie la mort, ce n'est pas seulement durant les pleurs et dans la cérémonie funèbre d'une personne qui mourut bier soudainement sans secours et sans sacrements, que vous devez profiter des salutaires leçons que je vous donne ; souvenez-vous de cette mort malheureuse ; et dans quelque endroit que vous soyez, quelque affaire que vous trai-

tiez, ayez-la présente à votre mémoire , pour en faire la règle de votre conduite : elle entrera dans votre esprit , elle sanctifiera votre vie , elle dissipera vos doutes , elle dirigera vos pas, elle vous éclairera ; bientôt vous n'aurez plus besoin de prédicateurs et de discours pour connaître vos obligations et les devoirs de votre conscience : la pensée de la mort vous dira tout, et vous le dira si efficacement, que vous ne l'oublierez jamais.

Tandis que les autres ne penseront qu'à vivre, à rire, à s'amuser vainement dans les cercles de ce inonde , vous penserez sérieusement à ce que vous devez devenir dans l'autre ; vous vous y préparerez sagement ; vous ferez plus encore , vous vous tiendrez toujours prêt , parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure , et que l'heure à laquelle vous cesseriez d'être prêt, serait peut-être celle qui déciderait de votre sort , c'est-àdire , de votre malheur éternel. Quâ horâ nonputatis, frfius hominis véniel. (LiicA2). Le fils de l'homme viendra quand vous vous y attendrez le moins.

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