‹ L'Ame éclairée par les oracles de la sagesse dans les paraboles et les béatitudes évangéliquesChapitre 6 sur 38 · IV JOUR · texte numérisé non relu

IV JOUR

Le pêcheur doit revenir à Dieu avec confiance.

1° Après que l'homme a eu le malheur" de s'écarter de sa fin par le péché , l'uni^ que ressource qui lui reste, c'est de recou-j rir à Dieu sans délai pour solliciter son pardon et rentrer dans sa grâce. Mais pour obtenir son pardon, il faut que le pécheur pénitent anime son cœur de la plus vive y la plus ferme , la plus intime confiance en ce Dieu de miséricorde ; c'est le moyen le plus assuré de toucher son cœur et d'intéresser sa tendresse. Oui , quand un pécheur aurait commis les plus grands crimes , donné dans les plus grands désordres , comme comblé la mesure de tous les excès; quand il aurait croupi les années entières dans cet abîme d'iniquité ; si , pénétré d'une sincère douleur de son péché , et surtout si, animé d'une entière confiance en la bonté de son Dieu , qui n'a jamais cessé d'être son père, il retourne à lui, il vient

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se jeter à ses pieds et implorer sa miséricorde , il est assuré de l'obtenir , et de trouver encore grâce à ses yeux.

Venez donc , âme pécheresse ! et dans quelque triste état que vous puissiez être, venez , et arrosée de vos larmes , prosternée devant Dieu , entendez la voix qui vous appelle à la pénitence, et faites-lui entendre Ja vôtre qui demande sa grâce. Dites-lui tout ce que votre cœur brisé de douleur vous inspirera pour toucher le sien ; diteslui que vous venez à lui pour le conjurer d'avoir pitié de vous , et de briser vos chaînes; priez-le, pressez-le, espérez, s'il le faut, contre l'espérance, comme ont fait tant d'autres pécheurs ; dites-lui que quand vous le verriez le glaive à la main , pour vous immoler à sa colère ; quand vous verriez ce glaive enfoncé dans votre cœur, quand vous seriez jusqu'aux portes de la mort et de l'enfer même , vous adoreriez sa bonté, et vous attendriez encore sa grâce; dites-lui que c'est périr que de s'enfuir devant lui ; que durant sa colère, il n'y a point de lieu au monde plus sûr qu'auprès de sa miséricorde ; que c'est l'unique endroit où les affligés , les pécheurs et les

morts à la grâce, peuvent trouver le salut et la vie.

2° Que si, effrayée de la multitude et de la grandeur de vos péchés , vous sentez le besoin que vous avez de sa grande miséricorde, et vous demandez où vous la trouverez, venez; c'est sur le Calvaire, et c'est ellemême qui vous y invite et vous y attend. Là , il est vrai , l'on vous accusera du sang précieux d'un Dieu que vous avez versé, et de la mort que vous lui avez causée ; mais ne vous alarmez pas, la voix même du sang qui vous accuse en qualité de pécheur , sollicite votre grâce en qualité de pénitent. Non , ce n'est point ici seulement la voix d'un homme qui vous appelle , c'est celle d'un Dieu touché de votre état, et empressé de vous retrouver.

Levez donc les yeux , et contemplez celui qui paraît sur la croix; vous verrez son cœur ouvert , et dans ce cœur une miséricorde infinie qui ne regarde les pécheurs que pour mesurer l'abondance de ses grâces à la grandeur de leurs péchés : vous j verrez que ce Dieu de bonté que vous avez fui durant si Ions-temps , ne vous a pour-

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suivi que parce qu'il vous aimait , et qu'il voulait être aimé.

Graudect ineffable miséricorde, qui depuis six mille ans n'a vu aucun crime sur la terre qu'elle n'ait été prête à oublier dès qu'il a été déploré , et qui actuellement n'en voit aucun dans l'enfer qu'elle ne pardonnât, s'il pouvait être détesté comme il faut.

Pécheur qui méditez ces grandes vérités , combien de péchés durant votre vie depuis que vous avez commencé de vous égarer, et combien de grâces dans Dieu depuis ce triste moment! Quel jour s'est passé depuis ce temps-Jà , que ce tendre! Père ne vous ait rappelé et ne vous ait tendu une main secourable pour vous retirer des portes de la mort et de l'enfer, où vous étiez en danger de tomber? Or, celui qui vous a recherché quand vous le fuyiez, vous \ rejettera-t-il à présent , si vous revenez à lui ?

Ah ! dites-lui donc encore avec un nouveau transport d'ardeur et de confiance : Dieu Sauveur, la grâce et la vie sont entre vos mains; mon cœur soupire après l'une et l'autre ; je suis dans un état de péché et

de mort, vous êtes la résurrection et la vie : mes grands péchés sont au pied de votre croix , mais votre grande miséricorde y est aussi : réunissez en ce moment en ma faveur toutes les grâces que vous avez accordées aux pécheurs depuis le commencement du monde ; vous trouvez en moi tous les péchés, il faut que je trouve dans vous toutes les miséricordes. Dieu saint, Dieu puissant , glorifiez-vous en pardonnant, et montrez combien vous êtes grand , en faisant surabonder la grâce où abondait la malice. Ubi abundacil delictumA siiperabundavit et gratia. ( Rom. 5. )

Ve JOUR.

i La Prière:

1° La prière est un des premiers devoirs , et un devoir indispensable de l'homme envers Dieu.

C'est un hommage que l'homme doit à l'Etre suprême qui l'a formé.

C'est un secours que l'homme doit à sa propre faiblesse.

1 kl' RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS

Sans la prière Dieu n'est point honoré selon sa grandeur.

Sans la prière l'homme ne sera point secouru selon ses besoins.

Non , dans le cours ordinaire de la providence, n'espérez point de recevoir les grâces , que par la prière ; sans elle vous aurez la grâce qui donne le premier moyen d'être juste, ou de vous convertir; mais selon les lois ordinaires de la sagesse, vous n'aurez pas la grâce spéciale qui donne la volonté de l'être , et d'accomplir efficacement ce bon désir.

De même, n'attendez point ces grâces, si vous ne les demandez avec une affection sincère, ardente et constante; prier Dieu faiblement qu'il ait pitié du malheureux état de votre âme, le prier qu'il diffère de vous punir , c'est témoigner que vous craignez presque qu'il vous exauce , parce que vous craignez de rompre les chaînes qui vous attachent au monde , au péché et à la créature.

Dieu veut, quand nous le prions, que nos entrailles mêmes, s'il est possible, aient de la voix, et qu'il y ait dans nous comme un feu divin qui donne à nos sou-

pirs la force de monter jusqu'à lui , et de le suivre aussi loin que la justice semblera l'éloigner pour ne pas nous écouter.

T Dieu veut êire poursuivi , sollicité et pressé; poursuivez-le , pressez-le ; ne craignez pas de devenir importun ; notre imporlunité lui plaît autant qu'elle déplaît aux hommes ; elle est la marque, lorsque nous lui demandons des grâces, que nous les désirons ardemment , et que nous avons confiance en sa bonté. Ainsi gardez-vous bien de céder à son premier refus , et de vous retirer avec défiance ; imitez cette fidèle Cananée , qui savait bien comment il faut parler à un Dieu pour toucher son cœur. Quoiqu'il semble vous rejeter, demeurez , insistez, attachez-vous humblement à ses pieds , et dites-lui que vous y serez jusqu'à ce qu'il ait daigné vous exaucer; dites-lui que vous le conjurez de jeter du moins sur vous des regards de compassion ; que vous n'avez que lui à qui vous puissiez vous adresser pour être assuré du pardon ; que quelque indigne que vous soyez d'être exaucé, et d'obtenir les grâces réservées aux enfants , vous espérez qu'il voudra bien vous accorder les miettes qui tombent de la table

des grands ! enfin , faites-lui une si sainte violence , que vous l'engagiez à vous adresser cette divine parole qui a consolé tant de pécheurs. O mulier ! magna est fides tua , fiât libi sicut vis. ( Matthieu. 5. )

.Entrez aussi dans les sentiments de Salomon dans les beaux jours de la sagesse : désirant, dit-il, d'obtenir la grâce de vaincre mes passions et de vivre saintement , je me suis adressé à Dieu, je la lui ai demandée avec toute l'ardeur dont mon cœur est capable ; trempé dans mes larmes et prosterné au pied de son trône , où j'entendais sa voix qui m'appelait à la pénitence , je lui ai dit : Seigneur, la sagesse et la lumière qui font voir à l'homme la beauté de la vertu sont dans vous ; répandez-les dans moi : vous me commandez de vous aimer , donnez-moi votre amour, c'est la seule grâce que je désire en ce monde, je l'espère d'une miséricorde qui est infinie , et qui ne peut voir nos besoins sans en être touchée.

Enfin , dans votre prière , faites parler votre cœur , et soyez assuré que le cœur de Dieu ne sera pas insensible , c'est Jésus-Christ même qui vous l'a dit. Demandez, et vous recevrez; cherchez, et vous

POUR CHAQUE JOUR DU MOIS. ' 2hl

trouverez ; tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom , vous sera accordé. Si dans le monde il suffisait de demander des richesses temporelles pour les obtenir, y aurait-il beaucoup de pauvres parmi les hommes? Et si nous sommes pauvres en biens spirituels , à qui devons-nous nous en prendre, qu'au manque de prières, ou aux défauts trop ordinaires dans nos prières?

La prière nous ouvre le cœur de Dieu durant notre vie; et à la mort, elle nous ouvre la porte du ciel. Petite , etaccipietis* ( Joan. 16. ) Demandez, et vous recevrez.

YIe JOUR.

La soumission des lumières de V esprit en matière de foi.

1° En matière de religion, la vraie science» c'est la soumission; et la raison la plus sage , c'est de soumettre sa raison.

Dans les questions où il faut nécessairement dire : Je n'en sais rien , ceux qui le

disent le plus tôt sontles plus sages et les plus heureux : il ne faut pas étudier vingt ans pour le dire ; et après vingt ans d'étude , le dira-t-on mieux ?

Tirez de votre raison les lumières que vous pourrez ; mais ayez d'autres flambeaux pour l'éclairer elle-même, et ne marchez jamais dans les ténèbres et auprès des précipices avec elle seule. Le raisonnement particulier n'est souvent dans l'homme que pour l'obscurcir ; c'est lui qui produit les ignorances , les erreurs , les irréligions , les impiétés : c'est lui qui ouvre ces chemins détournés , ces voies trompeuses où nous voyons tant de monde s'égarer et se perdre.

On voit en chaque siècle quelque philosophe aveugle qui veut censurer la religion et réformer le monde , parce que sa faible raison veut tout appeler à son tribunal.

Jamais homme sage, en raisonnant avec ses pensées , n'en a tiré d'autre profit, que de se dire à lui-même , qu'en fait de religion la seule chose raisonnable c'est de sa- , voir soumettre sa raison.

La voix de l'Eglise dans la foi, la voix de la conscience éclairée par la foi dans ia morale, voilà les deux règles à suivre; tout

«e que vous voudrez établir au-delà, ne sera que songe , ignorance et impiété.

L'orgueil , la présomption , la prévention , l'entêtement, l'envie de dire des nouveautés et de se distinguer du vulgaire, précipitent dans des abîmes profonds.

L'aveuglement commun aux esprits forts, c'est de dire qu'il y a des taches dans le soleil , des erreurs dans la doctrine de l'Eglise, des abus dans la dévotion , et de vouloir effacer ces taches et corriger ces abus ; rien de ce que fait la main de Dieu ne leur paraît achevé , s'ils n'y mettent les derniers traits ; et , pour l'ordinaire , ce sont des traits de folie.

2° Les impies demandent d'où l'on a su que le monde a été fait par un Créateur, et qu'après la mort il y aura un jugement, une vie future, un enfer, une éternité. Peutêtre ne vous proposera-t-on pas d'abord ces doutes sur ces vérités fondamentales et essentielles ; mais défiez-vous en tout de ces hommes contagieux et pervers ; les petites questions de la philosophie mondaine ne sont pas éloignées des grandes.

Soyez sage et avisé. Ne suivez pas des maîtres qui vont établir leur école sur le

bord des précipices ; fuyez et n'écoutez pas ces aveugles qui veulent marcher sur un endroit où il ne faut qu'un coup de vent ou un faux pas pour les précipiter au fond de l'abîme.

N'ayez point la curiosité de savoir le chemin de votre perte , et n'allez point à une école perverse pour y apprendre à oublier les bons principes que vous avez sus dès la ipremière jeunesse ; ayezle bonheur déporter la marque d'un bon esprit , qui est de ne vous plaire à aucune doctrine qu'à celle qui vous apprend à connaître Dieu , et qui vous aide à l'aimer. -f

Nous pouvons souvent apprendre de nos amis ce que nous devons faire dans les choses humaines; mais nous ne devons jamais apprendre que de l'Eglise ce que nous devons croire en matière de foi.

Pour craindre et détester l'incrédulité , il n'y a qu'à considérer d'où elle vient, et où elle conduit ; si on examine bien , c'est la présomption d'esprit et la dépravation du cœur qui en sont les coupables principes , et c'est l'aveuglement et l'endurc'sseînent qui en sont les funestes suites.

Un homme incrédule , qui se dit : C'est

le hasard qui nous a faits , c'est le destin qui nous conduit, c'est le néant qui nous attend; de quoi n'est-il pas capable ? et que pouvez - vous attendre d'un homme qui donne dans ces excès , sinon toutes les erreurs et toutes les horreurs ?

Les plus grands esprits se sont égarés en suivant leurs propres lumières ; les plus ignorants ont marché dans les routes assurées , en se laissant conduire par l'Eglise.

Soyez humble , soyez docile , soyez soumis , vous serez savant , parce que vous aurez la science des saints.

Credo, Domine, sed adjura incrédulité** tcm meam. ( Marc. 9 ). Je crois, ô mon Dieu ! mais fortifiez ma foi.

VIP JOUR.

La domination des passions du cœur.

1° Les passions sont les mouvements de l'âme , qui lui donnent des forces pour faire et souffrir de grandes choses : quand elles sont réglées et qu'elles se portent aux objets permis , elles sont utiles ; mais quand

elles sortent des bornes, ce sont des domestiques séditieux et cruels ; si l'homme ne les tient toujours enchaînées , elles le dominent; si elles ne sont ses esclaves , il faut nécesairement qu'il soit leur victime.

Les passions sont de Dieu ; l'excès où elles se portent est du péché du premier homme. L'ouvrage était pur et sain quand il sortit des mains du Créateur ; mais le feu d'enfer s'y est allumé, et toutes nos larmes n'ont pu Péteindre ; le mal a déjà duré près de six mille ans , il dure encore ; et c'est de là , c'est des passions mal réglées que naissent tous nos malheurs, et que sortent tous les torrents de pleurs et de sang qui ont inondé et qui inonderont la terre, tant que les passions y exercent leur funeste empire.

Notre âme , envoyée du ciel en ce monde, est encore dans une maisou de boue, dans un corps terrestre et composé de matières combustibles ; les noires vapeurs qui en sortent forment dans nous un orage ténébreux et orageux ; nos passions enveloppées dans ce nuage, s'y échauffent, s'y allument, agitent l'imagination, et l'imagination agitée porte le trouble et la confusion dans

toutes les puissances de l'âme. Cette âme, violemment poussée , court, se précipita , et ne s'arrête que lorsqu'elle est enfin arrivée au terme de sa perte , et tombée dans un abîme de crimes et de malheurs.

Ame aveugle , elle devient alors un triste spectacle pour le Ciel , qui contemple avec pitié cette image de Dieu dans un état si funeste et si déplorable.

Combattez ces ennemis de votre repos et de votre salut; les passions sont fortes, mais vous l'êtes plus qu'elles, si vous le voulez. Vous avez trois secours pour vous armer conlr'elles et pour les vaincre , la raison, la prière et la grâce; ces trois moyens sagement employés, attireront à votre âme une céleste rosée, qui, par ses douces influences , calmera le sang agité et tous «es mouvements violents qui portaient avec eux le désordre , le crime, et tous les malheurs.

2° Les passions dominées par une âme noble , et réglées par une âme sage , se tournent vers le Ciel et n'aspirent plus qu'à des fins honnêtes et louables.

Les vainqueurs des hommes sont admirés et couronnés sur la terre ; les vainqueurs

Bavdran. Expl. des Pavab» 22

d'eux-mêmes le sont dans le Ciel , et c'esi pour eux qu'on prépare des triomphes el des couronnes ira mortelles.

Ne croyez pas que pour être ainsi triomphant et vainqueur, vous soyez obligé d'aller chercher des ennemis bien loin. Demeurez dans vous-même , faites la guerre à vos passions , vous remporterez une gloire plus solide que ceux qui font la conquête des villes et des empires. Lorsque par une vertu généreuse vous pardonnez une injure, vous souffrez une calomnie, vous réprimez un emportement de colère , vous êtes plus grand devant Dieu que celui qui a détruit une armée et conquis un royaume ; la défaite d'une armée diminue le nombre des hommes sur la terre, la victoire sur une passion réjouit les saints dans le Ciel.

En un mot, si vous voulez être saint, être heureux , dominez vos passions : l'ambition , la colère , la haine , la jalousie , toutes les passions n'entrent dans le cœur de l'homme que pour troubler sa paix, détruire sa vertu et abréger sa vie. Tout ce qu'il y a de violent dans notre cœur nous pousse au péché et nous entraîne au tombeau. Il n'y a d'heureux et d'immortel que ce qui

est saint , en paix et tranquille ; mais ce n'est que sur les débris des passions que cette paix solide peaî établir son empire dans votre cœur.

Ne tradas me à desiclcrio mcopeccatorù.

Ah ! Seigneur , ne me livrez pas à mes affections criminelles. (Psal. 139. 9. )

VIIIe JOUR.

L'ambition.

1° L'ambition est clans l'homme une passion funeste, qui le rend à la fois criminel et malheureux ; elle le rend criminel, parce qu'elle le précipite dans uik infinité de désordres et d'excès ; elle le rend malheureux parles inquiétudes, les agitations et les chagrins dont elle le dévore.

Si vous aimez le salut de votre âme et la paix de votre cœur , ne donnez jamais d'entrée à cette passion ; ne permettez pas que ce vent violent vous pousse dans des abîmes, il ne peut vous faire courir qu'après des fumées sorties du feu des enfers, pour vous y précipiter eu aveugle.

Lorsque la gloire et les honneurs de ce 'monde viennent à vous, et que c'est laProividence qui vous les envoie , recevez-les [sans y attacher votre cœur ; mais si on vous parle d'aller au devant et de les prévenir par des sollicitations , ne vous laissez pas séduire à l'appât que l'on vous présente ; faites cette réponse généreuse : Que les moindres charges , quand elles sont offertes , peuvent être reçues ; mais que les plus grandes sont trop peu de chose pour être recherchées.

Soyez assuré qu'à l'égard des honneurs, (c'est cesser de les mériter que de les ambijtionner, et que souvent on ne les obtient ique pour son malheur.

* Combien n'ont été élevés plus haut que pour faire une chute plus honteuse ! il y a /bien peu de personnes en état de soutenir (l'éclat de leur rang par l'éclat de leur mé- 'rite. Regardez les emplois que l'orgueil {pourrait vous faire désirer , comme votre '.confusion et votre malheur, dès que vous ;ne pouvez pas les soutenir avec dignité. - Quand nous sommes véritablement méprisables, tous les titres et toutes les grandeurs ne font rien croître dans nous que

notre opprobre ; nous serons toujours petits avec elles, si nous ne sommes grands que par elles.

2° Mais surtout pensez que les grands postes ont de grands devoirs à remplir, de grands dangers à craindre, un grand compte à rendre au souverain Juge.

Heureux qui , content de son sort, exempt d'ambition , à couvert de l'envie , à l'abri des orages et des tempêtes , sait se renfermer dans la médiocrité de son état , comme dans un port assuré , sans s'exposer aux funestes naufrages si fréquents dans la mer agitée de ce monde !

On voit peu de Joseplis élevés par la seule providence au faîte des honneurs ; on ne voit que trop d'Amans précipités par l'ambition dans le comble de tous les malheurs.^ Profitez des terribles exemples de tant de victimes qu'elle a immolées dans les sièclesi /passés , et n'en donnez pas vous-même un nouveau aux siècles i\ venir.

Vidi impium exaltalum et clevatum sîcut cedros Libani : iransivi , et ecce non erat. J'ai vu l'impie élevé comme les cèdres du Liban : je n'ai fait que passer , et il M'était plus. ( Psal. 36. )

IXe JOUR.

V attachement aux richesses.

1° On croit communémenrdans le monde qu'être riche , c'est être heureux ; de là. vient que tous les hommes courent après les richesses comme à la source du vrai bonleur ; on considère ceux qui les possèdent ; on envie leur sort : détrompez-vous de cette illusion ; content du nécessaire selon votre état, n'ayez pas l'avidité insatiable d'amasser du bien ; et connaissez par l'expérience des autres, qu'acquérir des biens , c'est ac~ quérir des peines ; avoir trop d'argent dans ses coffres, et trop de nourriture dans son estomac , sont deux maux également dan* gereux. Le repos et ic contentement ne croissent pas avec les trésors ; quand les biens sent parvenus à la suffisance ou à la médiocrité , le plaisir est parvenu à son dernier terme : vous pourrez être plus riche , mais vous ne serez pas plus heureux.

Quand vous seriez dans une grande abondance de tout , et que vous vous verriez entouré de biens a regorgeant de trésors, tout

votre avantage au-dessus des personnes d'une fortune médiocre , serait d'avoir plus d'embarras autour de vous, plus d'inutilité dans vos meubles, plus de vanité dans vos habits, plus de bruit dans votre maison, plus de trouble , d'inquiétudes et d'agitations dans votre âme, plus de danger pour votre salut ; tous ces biens amassés seront pour les autres plus que pour vous , et on peut dire que ceux qui travaillent le plus pour s'enrichir, travaillent le moins pour eux-mêmes.

La crainte et la prudence qui vous font prévoir les besoins du temps à venir, sont une folie , si elles sont excessives , et si elles ne s'intéressent autant à conserver la tranquillité de votre âme, qu'à grossir votre revenu. Vous vous donnez aujourd'hui des Inquiétudes sans fin pour être riche , et pour vous reposer dans quelques années; faites mieux : puisque vous avez le suffisant , ayez du repos aujourd'hui , et différez à ce temps-là à vous inquiéter et à vous donner du chagrin.

Vous voulez, dites-vous, être en état ^'élever vos enfants , et de leur donner une éducation digne de leur naissance ; ce soin

560 REPLEXIONS ET SENTIMENTS \

est légitime, il est du devoir; mais ne îe portez pas au delà des bornes ; au lieu d'une éducation convenable , prenez garde de leur inspirer des sentiments d'orgueil et de vanité. Craignez de suivre à l'égard de vos enfants , l'exemple funeste de tant d'autres pères qui en font des orgueilleux par leur éducation, et puis des juges, des magistrats et des maîtres du peuple, par leur argent ou par leur crédit ; quel fruit en retirent-ils souvent ? la perte de leurs biens, la désolation de leur famille , le mépris des hommes , la croix et l'opprobre de leur vie.

Considérez en tremblant ce que sont d'ordinaire les grandes richesses entre les mains de tant de riches : source d'inquiétudes et de soins, source de crimes et de passions , source de damnation et de réprobation malheureuse : pensez qu'étant au milieu de vos biens , vous êtes au milieu des dangers où la plupart des réprouvés ont trouvé l'enfer.

Si vous avez des biens en abondance, et que la providence vous en ait comblé , faites-en le saint usage qu'elle s'est proposé en vous les accordant. Il y a des pauvres qui gémissent ; ouvrez vos oreilles à leurs ^ris , et vos mains h leur indigence ; il y a

des œuvres de piété , prêtez-vous à les soutenir; il y a des jeunes personnes en danger, préservez-les d'un triste naufrage ; ne craignez pas de manquer à ia fin de vos jours : vous avez placé un fonds sur la Providence.

Ayez ici la maxime de ce sage plus riche en sentiment de cœur, qu'en possession de trésors, lequel étant averti par son trésorier, que ses libéralités l'avaient épuisé, et qu'il ne lui restait plus rien : Vous voua trompez, lui dit-il , il me reste tout ce que j'ai donné ; il est à moi plus que jamais, puisqu'il est entre les mains de mes amis et des pauvres. Iloc itabeo quodeumque decli

Xe JOUR.

La colère.

l°La colère est un des défauts qu'on doit le plus craindre et le plus éviter.

Vice commun ; combien d'hommes sont sujets à un défaut qui déshonore l'humanité !

Vice dangereux ; à q:oi n'cxpose-t-iîpas !

et de quoi n'est-on pas capable , quand on n'est plus à soi ?

Vice funeste ; quels malheurs n'a-t-il pas causés ! et ce qui est plus , quels crimes , quels excès , quelle fureur ne cause-t-il pas encore tous les jours ! Malheur à ceux qui en sont les témoins et les victimes !

Qui est-ce qui pourra vivre avec un homme qui se fâche continuellement et sans raison? quand on s'y attend le moins, sa colère s'allume comme un nuage sombre et orageux d'où l'on voit impunément sortir des éclairs , des bruits horribles , sans que personne y ait mis le feu; on ne peut être lavec ces personnes ni en sûreté, ni en repos, non pas même lorsqu'elles y sont; le repos de leur colère est une étincelle qui, couve en secret ; la moindre chose l'allume ;. il faut parler bien bas et marcher avec beau-i coup de crainte , de peur d'éveiiler le lion; qui dort , et qui à son réveil causera des alarmes.

Ce qu'il y a de plus triste dans ces homïnes colères , c'est qu'il n'y a rien pour eux qui ne soit entouré d'épines, et dont ils ne se sentent piqués; quoi que ce soit qui les touche et qui les approche 3 dans

les choses les plus ordinaires , dans les civilités les plus honnêtes , dans les services mêmes et les bienfaits, ils trouvent souvent on ne sait quoi qui les blesse : ce que vous dites , ce que vous faites pour leur plaire, est justement ce dont ils se trouvent offensés , et qui excite leur humeur et leur bile : vous les voyez soudainement hors d'eux-mêmes , emportés à des fureurs et à des excès.

Chacun , il est vrai , a ses misères et ses faiblesses : malheureux l'homme qui a celleci pour son partage! si c'est la vôtre, pleurez , gémissez , ne vous la déguisez pas à vous-même , et n'oubliez rien pour la dé* rober aux yeux des autres.

2° Après tout, on ne se plaindrait pas tant de ce que vous êtes sujet à une maladie qui est l'ennemie des hommes ; mais on aurait sujet de se plaindre de ce qu'étant sujet à cette maladie funeste , vous vouliez vivre avec les hommes ; c'est un malheur de porter cette peste au fond du cœur , mais c'est un crime de l'apporter dans les sociétés : ou guérissez-vous , ou cachez-vous. On a très-bien dit , que les grottes des rochers sont des habitations préparées parle

2G/l RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS

Créateur pour les personnes sujettes aux colères violentes et impétueuses ; retirezvous-y; il vous sera moins triste de souffrir vous seul dans la solitude , que de faire souffrir tous ceux qui ont le malheur de vivre avec vous. La plus cruelle des afllictions et la plus difficile à supporter, c'est d'être insupportable aux autres : dès-lors on doit l'être à soi-même.

Comment goûterez-vous le bien de la paix dans votre maison , si votre colère en bannit les grâces de Dieu? C'est bien peu de chose que de grands biens dans une famille , si la paix ne s'y trouve pas. Combien de maisons riches et puissantes sont devenues un spectacle de scandale et d'horreur par le feu de leurs dissensions et de leurs discordes allumées par le feu de la colère ! Un mari et une femme emportés , qui renouvellent chaque jour leurs scènes et leurs éclats, qui vont ensuite porter leurs plaintes l'un contre l'autre chez leurs parents et leurs amis ; d'un autre côté , des enfants , qui témoins de leurs débats et mécontents de leurs parents, contribuent à les diffamer ; des serviteurs mal édifiés qui comporter ailleurs leurs médisances ; peut-

être enfin des jurements, des imprécations, des blasphèmes ; et les autres cris , les autres horreurs de la colère , qui retentissent au loin , et qui vont faire connaître à des voisins le déplorable état de cette famille infortunée , tout cela comme autant de tourbillions sortis des vapeurs de la eo- /ère avec la malédiction de Dieu, pour ouvrir les abîmes sous les pieds , et y précipiter enfin cette maison criminelle; ne sont-ce pas là comme autant de feux d'enfer allumés dans une maison pour y commencer les premiers actes de la damnation malheureuse , dont les derniers seront des désespoirs éternels?

Nolïesse sicut ko in domo tua : Ne soyez pas comme un iion au sein de votre famille. ( Ecd. 11. )

XIe JOUR.

L'oisiveté.

1° L'homme est né pour le travail ; soit exercice de corps , soit application d'esprit, il faut qu'il s'occupe; s'il n'a pas par

état une occupation utile et honnête , li

s'en fait une nuisible et funeste. Le travail est un des remèdes les plus salutaires au désordre de nos passions. On l'a dit dans tous les temps, et l'expérience le dit encore tous les jours : l'oisiveté est la mère de tous les vices.

L'homme sage n'est jamais oisif; quand il n'a rien à faire au moment présent , il pense à ce qu'il aura à faire dans la suite , et il s'y prépare : le soin de se pourvoir d'occupations et d'affaires est la plus importante et plus nécessaire provision de cette vie. Il vaut presque mieux manquer de nourriture que d'emploi ; l'homme qui manque de l'un ou de l'autre , doit périr ; la différence est que par la faim on meurt sans déshonneur et bien vite ; par l'oisiveté on meurt lentement et honteusement.

Le pis est que cette oisiveté fait encore plus que la mort : et qu'elle corrompt ce qu'il y a dans nous de plus incorruptible et de plus divin : la beauté de l'esprit , la bonté du naturel , la force du courage et la pureté de la conscience tiennent de la nature du feu ; elles ne peuvent durer ni se conserver que par le mouvement et l'action ; c'est les éteindre que de les laisser iinmo-

biles : c'est ce que fait l'oisiveté qui , par son inaction criminelle, détruit plus de choses que le temps par ses agitations et ses révolutions continuelles.

1° Il ne faudrait qu'une heure à l'oisiveté pour altérer l'innocence et la fidélité d'une âme que toutes les cruautés de la tyrannie n'auraient pu ébranler durant des années entières. Partout l'oisiveté molle et le repos indolent sont la source du mal ; c'est surtout dans les âmes qui n'ont rien à faire, qu'on trouve les ignorances, les erreurs, les mélancolies, les ennuis, et plus encore les crimes , les désordres et les excès. Le Sage l'a dit : pour punir infiniment un esprit, il ne lui faudrait d'autre enfer qu'une éternelle oisiveté. Garantissez-vous de ce vice , il ouvrirait la porte de votre cœur à tous les crimes et à lous les malheurs.

Le même Sage regarde l'oisiveté comme quelque chose de si honteux et de si funeste, qu'il renvoie le paresseux à la fourmi pour s'instruire par son exemple : rade ad formicam, ô piger ! (Prov. 6. ) Considérezla , vous verrez qu'elle est laborieusement

occupée durant l'été à ramasser des provisions pour subsister dans l'hiver.

Que devez-vous faire durant cette vie ? travailler assidûment, constamment, pour amasser des trésors de mérites pour l'éternité : autrement vous irez paraître les mains vides ; et ce vide même de bonnes œuvres, que l'oisiveté a causé , attirera sur yous des trésors éternels de colère.

Un philosophe païen a tracé en deux mots le caractère de l'homme paresseux et oisif : toute sa vie , dit-il, se passe à ne rien faire , ou à faire toute autre chose que ce qu'il devrait , ou à mal faire. Tota vita abiit aut nihil agendo , aut aliud agendo , aut malè agendo. Quelle vie pour une âme qui se croit raisonnable ! et que serait-elle dans une âme qui se dit chrétienne ?

XIIe JOUR.

La connaissance de nous mêmes et de notre néant.

Rien de plus rare que l'humilité , et rien s'est plus commun que l'orgueil ; tous les

hommes cherchent la gloire , et ils ne veulent pas comprendre que la gloire suit les humbles qui la fuient, et qu'elle déteste les orgueilleux qui courent après elle. On peut dire qu'il y a dans le Ciel et sur la terre comme une espèce de conspiration générale pour honorer l'humilité : l'approbation des hommes , l'admiration des anges , les complaisances de Dieu, toutes les faveurs du Ciel sont en faveur des humbles , il n'y a maintenant ni aucun grand homme dans le monde , ni aucun prédestiné dans l'Eglise , ni aucun bienheureux dans le Ciel, si ce n'est les humbles de cœur et d'esprit; au contraire , le Ciel et la terre , les hommes et les anges, Dieu lui-même, et Dieu surtout, s'arment de concert pour humilier, mépriser et détester les superbes ; ils sont l'abomination de Dieu et des hommes. Pour vous humilier, apprenez bien ce que vous êtes ; vous ne l'apprendrez pas parfaitement en lisant les livres , en écoutant les docteurs ; il faut que ce soit votre conscience qui vous le dise et qui vous le fasse comprendre. Interrogez-la , vous serez humble dès que vous l'écouterez, et que vous vous donnerez le loisir de consi-

dérer ce qu'elle fait et ce qu'elle vous obligera vous-même de confesser.

Toute l'humilité consiste à dire de cœur et avec un sentiment sincère , que de vousmême vous n'êtes rien que péché , faiblesse et dépravation ; que le reste qui se trouve dans vous vient de la main du Créateur. Si vous avez eu en naissant quelques avantages au-dessus des autres, ils ne sont point le prix de votre vertu , mais les présents de son amour et de sa providence.

Iîy a plus , il vous fait beaucoup degrâces qui croissent encore touslesjours ; mais Vos péchés croissent avec elles : ce sont là les deux choses les plus remarquables dans votre vie ; l'une que vos misères n'ont point empêché qu'un Dieu ne vous ait comblé de ses biens ; l'autre , que tant de bienfaits ne vous ont point empêché d'être ingrat. Dites cela de cœur, pensez-le sérieusement et sincèrement , et vous trouverez dans vousmême de grands motifs de vous humilier devant Dieu ; portez partout ces sentiments avec vous. [

2° Lorsque vous êtes auprès de Dieu dans vos prières , si vous voulez lui plaire et mériter qu'il vous écoute , que votre princi-

POUR CHAQUE JOUR DU MOIS, Itl

pale occupation soit de considérer sa grandeur et votre néant : contemplez vos ténèbres dans ses lumières, confondez-vous, gémissez et tremblez ; ne cessez de l'adorer par des anéantissements propres à une âme ingrate qui a péché , et qui par son péché s'est rendue plus misérable qu'elle ne l'était lorsqu'elle était encore dans !e néant. Lorsque vous êtes avec les hommes, dans les compagnies où il est rare de trouver un liomme qui se connaisse , souvenez-vous de ce que vous êtes devant Dieu ; soyez humble, mais soyez-le sans affectation : on est quelquefois humble par vanité.

' Ne vous louez, ne vous blâmez point : observez la loi de la véritable sagesse : ne dites de vous ni bien ni mal ; ne demandez point qu'on vous méprise, seulement ne vous offensez pas quand on le fait. Dans le cours de la vie , lorsque vous rencontrez des personnes méprisables ou coupables , au lieu de les mépriser , tournez les yeuxsur vous-même , regardez-les comme un miroir qui vous représente vous-même.

Que seriez-vous , s'il plaisait à la Providence de vous abandonner ? Oui , voilà ce u,ue je serais si le divin soleil me refusait sa

lumière , si la grâce me délaissait à moimême.

C'est ainsi que l'homme , connaissant son néant , s'humilie sincèrement devant Dieu ; mais ce qu'il y a d'admirable , c'est que l'homme en s'anéantissant ainsi dans; lui-même, devient véritablement et solidement grand devant Dieu , qui , en détestant les superbes et lançant ses malédictions sur eux, ne jette que des regards de complaisance et de bonté sur les humbles J qu'il comble de ses grâces et de ses faveurs :[ Deus super bis rcsislit , humilibus aident dat graliam. Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles. ( 1 Petr. 5.)'

XIIIe JOUR.

La vanité et les dangers des biens de ce monde.

1° Il est évident que l'homme ayant été créé pour Dieu et pour trouver son bonheur dans Dieu , ne peut être que malheureux en s'altachant aux biens de ce monde ; comment un cœur formé pour le souverain

POUR CHAQUE JOUR DU MOIS. il'

bien pourra-t-il être heureux en s'attachant à des biens fragiles ?

Les biens de ce monde sont faux , et ne sont que des ombres de bien ; posséder des ombres et des apparences de bien , quelle possession , surtout si elle prive du bien véritable ? Peut-être avons-nous des biens abondants ; mais si Dieu s'est retiré de nous, que possédons-nous ? l'ombre disparaît, et les vrais biens ne sont plus pour nous/

Les biens de ce monde sont trompeurs ; quelque grands qu'ils soient, contentent-ils vos désirs? Ecoutez les cris et les plaintes qui durant les jeux , les plaisirs , retentis-; sent du fond de votre cœur indigent; ce cœur misérable qui , depuis qu'il respire/ demande avec des désirs extrêmes le bien véritable pour le rendre heureux , et qui ne trouve dans tout que des biens apparents qui le trompent , des inquiétudes qui l'agitent, peut-être des regrets et des remords qui le déchirent et qui l'accablent.

Les biens de ce monde sont périssables «t ne sauraient durer ; le temps va bien vite; il n'y a pas loin depuis les plaisirs d'un momentjusqu'aux larmes de l'éternité. Ces longues années que nous nous promettons,

ne sont souvent qu'une nuit. Aujourd'hui Ja prospérité , la santé , les richesses; de4 main tout aura disparu à nos yeux et flétri notre cœur: aujourd'hui dans les ris , la joie , les jeux , les festins ; demain , dans la tristesse et le deuil ; aujourd'hui dans les cercies , les assemblées ; demain dans unlit de douleur ; peut-être que ceux qui nous "voient aujourd'hui établis dans une haute fortune , nous verront demain ensevelis* sous ses ruines ; notre corps dans le tombeau , et notre âme dans l'éternité pour y pleurer amèrement, inconsolablement ces ris inconsidérés, ces joies profanes où le cœur se livrait dans le monde , lorsqu'on ne devait penser qu'à paraître devant son juge.

Que dirai-je encore ? Les biens de ce monde sont dangereux et souvent funestes. Je ne dis pas seulement , de combien d'événements tristes ne sont-ils pas la cause ordinaire ? mais de combien de crimes, de désordres, d'excès ne sont-ils pas la malheureuse source ? Aliments des passions r principes de malédictions , de condamnation , de réprobation éternelle ; combien ne devront leur malheur et leur perte qu'aces

faux biens auxquels ils s'étaient criminellement attachés 1

2° Pour tranquilliser ce cœur dans ses agitations, ne le renvoyez pas à lui-même. Que peut-il trouver dans son fond, puisque son indigence l'a forcé d'en sortir t N'espérez pas de le calmer par les maximes d'une fausse sagesse : la sagesse profane n'est souvent qu'une moindre folie. Souvenezvous que votre âme étant la plus digne image de Dieu , elle est plus noble et plus élevée que tout ce que le monde renferme.

Souvenez-vous que tout ce qui est assez vaste pour contenir un Dieu , ne peut être séparé de Dieu , qu'il ne soit autant vide que Dieu est grand.

Souvenez-vous que votre âme est quelque chose de si divin, que dès l'instant que Dieu n'est plus avec elle , elle devient ellemême sa peine, son tourment, son enfer.

Souvenez-vous et n'oubliez jamais que tous les biens , les honneurs , les douceurs de ce monde nous quitteront, ou que nous les quitterons ; tandis que nous leur livronsnoire cœur , ils nous échappent des mains, ils continuent leur course : nous faisons la nôtre, nous allons tous où notre destia

nous appelle et où le temps nous conduit : eux au néant , et nous à l'éternité.

Lorsqu'une âme , attachée à présent au monde , et un jour séparée de Dieu, se verra à la lumière du feu vengeur , qu'elle sentira son sort , qu'elle se rappellera ce qu'elle a été, ce qu'elle pouvait être et ce qu'elle sera à jamais , les cris de sa douleur, les mouvements de son désespoir seront ineffables: créée pour des biens solides , immenses et durables, et, par une attache criminelle à des biens d'un moment , condamnée à des malheurs sans fin ! la vie ne suffit pas pour déplorer un tel aveuglement , et l'éternité ne suffira pas pour en réparer les effets funestes. Vanilas vanilalum , et omnia vanitas. ( Eccl. 1. )

XIVe JOUR.

La vraie et solide piété.

1° Il y a une piété sincère et solide, et il y a une piété fausse et défectueuse.

Le principal devoir des personnes pieuses, c'est d'honorer la piété par leurs mœurs et leur sage conduite ; plusieurs ne

le font pas ; il faut même en convenir, qu'il se trouve dans quelques-uns des indiscrétions - des singlarités et des illusions, quelquefois des bizarreries et des caprices d'esprit capables de donner sujet aux discours et aux railleries des libertins, qui s'en pren-J nent à la dévotion de tous les défauts des; dévots. Le mal ne vient jamais de la vraie piété des sages et des saints , mais souvent delà fausse sainteté des hypocrites, des excès des scrupuleux , et des indiscrétions, des faux zélés ou des ignorants.

Soyez dévot; mais supposé que vous nei le puissiez être sans rendre la dévotion ou faussement louable , ou véritablement méprisable, ou effectivement ridicule, ne Ie> soyez point; n'appuyez pas dans le sanctuaire, sous le nom de personne pieuse,, des défauts qui font rougir la piété. Vous seriez de ce nombre, si, embrassant des œuvres de subrogation , et, de conseil, vous négligiez celles qui sont d'obligation et de précepte; si, applique aux œuvres éclatantes et d'appareil , vous vous refusiez à celles qui sont obscures et sans éclat ; si au retour d'une église et de vos longues prières au pied des autels , en rentrant chex

vous, vous apportiez les vivacités/ les caprices , les chagrins , la colère et les autres défauts de votre humeur, qui semble vou-« loir se dédommager de la contrainte et de la gêne où la dévotion vous réduit.

Une des premières règles de la piété est que vous viviez dans votre maison comme y vivaient les anges descendus du ciel. Si cette perfection est trop sublime pour vous, du. moins vivez-y en personne raisonnable , ne soyez pas comme une lionne redoutable qui répand la terreur, et ne donnez pas occasion à vos domestiques de dire ce qu'on dit quelquefois des fausses dévotes, que plus elles prient, plus elles sont insupportables à ceux qui leur sont soumis.

Gardez-vous encore de mettre vos opiniâtretés et vos entêtements au nombre de vos vertus , et vos routines et coutumes superstitieuses au rang des perfections.

,2° Sur toutes choses mettez un frein de circonspection à votre langue, pour ne pas donner dans le défaut qu'on a si souvent reproché aux personnes dévotes, d'être médisantes , de censurer tout le inonde , de vouloir s'ériger en réformatrices du genre humain ; comme si l'humilité, la charité,

la douceur n'étaient pas les vertus les plus essentielles à la piété solide et réglée ; et comme si la première réforme ne devait pas commencer par nous-mêmes.

Quel malheur ! quel scandale serait-ce., si vous qui avez toujours montré de la réserve , de la sagesse , quand vous avez eu à traiter des affaires du monde ; à présent que vous avez pris le parti de la piété , vous deveniez médisant, colère, sombre, mélancolique, insupportable.

Enfin , en vous donnant à Dieu , servez-le d'une manière digne de Dieu ; faites estimer , aimer, pratiquer la piété ; rendez-la respectable par votre conduite , aimable par vos manières , édifiante par vos exemples. Pour produire ces heureux effets sur les autres , rien de si efficace que les exemples ; un exemple touchant en dit plus que cent paroles , et que mille avis démentis par la conduite.

Pielasad omnia ulilis : ( 1 Tim. 4. )

XVe JOUR.

Les lectures de piété;

1° Pour recommander et reudre estimable l'usage fréquent des saintes lectures, on ne peut rien dire de plus instructif, de plus solide et de plus éloquent, que ce qu'en a dit saint Chrysostôme. "Voici ses paroles :

Les livres, dit-il, sont la vraie compagne des hommes durant cette vie mortelle : compagne fidèle , familière et respectueuse, qui se trouve toujours auprès d'eux sans les importuner , qui leur parle sans les lasser , qui garde le silence quand ils le veulent , qui leur annonce les grandes vérités sans leur rien dissimuler , et qui enfin les avertit de leurs défauts et de leurs faiblesses sans les mécontenter et saus leur déplaire. De sorte qu'on peut dire que ces livres admirables sont entre les mains de la providence un des moyens les plus propres et les plus efficaces pour nous aider à nous connaître nous-mêmes, et à nous corriger.

Il est vrai que ce devrait être là le soin

et l'affaire de nos amis ; mais où trouver des amis assez sincères pour nous découvrir les plaies de notre âme , puisque souvent c'est nous affliger, que de nous les faire entrevoir? A quoi servent souvent les remontrances les plus charitables, quoique assaisonnées de tout le sel de la sagesse, de la douceur , de la déférence , sinon à aigrir le mal et à changer de petites égratignures en des plaies sanglantes? Combien de querelles , d'inimitiés scandaleuses , pour un avis sincère qui a déplu !

Dans ces sortes d'occasions , les livres sont donc nos véritables amis ; leur devoir et leur institution est de nous meure nos fautes devant les vcun: ; et ce qu'il y a d'admirable,' c'est qu'au lieu de nous en fâcher et de iious plaindre de la liberté de ces censeurs 6i bien instruits , nous les estimons et nous les admirons d'autant plus, qu'ils savent mieux nous les découvrir, et qu'ils exposent plus clairement sur le papier ce qui se passe de plus secret dans nos cœurs.

2° Une autre merveille est que ces livres ouverts aux yeux de tous les hommes , ne révèlent ces vérités secrètes qu'aux seules personnes qui les interrogent; et ils la leur

disent si bien, et avec tant de sagesse, qu'ils sont les seuls qui savent qu'on parle à eux ; les écrivains mêmes qui leur parlent ne le savent pas plus que les autres.

Les pécheurs, en lisant ces livres, se sentent fortement touchés dans leur conscience , sans voir aucune main qui les touche, et aucun œil qui les considère.

On écrivit autrefois sur un miroir cette devise : Nemini pareil, neminem lœdit : il ne pardonne à personne, et il n'offense personne ; on peut en dire autant du livre que du miroir ; l'un et l'autre montrent sans rien dissimuler, sans rien excuser, et sans donner aucun sujet de se plaindre. Le miroir présente les taches du visage , et le livre les vices du cœur.

Que si quelqu'un se fâchait contre le livre qui présente ses défauts , s'il le rejetait, s'il le fuyait , le livre pourrait lui dire : vous vous fuyez vous-même : Se , non me fugit. Vous accusez votre propre conscience , et non pas la plume qui a tracé vos défauts. Soyez plus sage, écoutez cet ami fidèle, et profitez des salutaires avis qu'il vous donne : vous trouverez ailleurs de lâches flatteurs qui vous offrent de l'encens ; rarement

trouverez-vous un ami sincère qui vous présente la vérité.

Qui legit intellîgat : Que celui qui lit , lâche de comprendre. ( Matth. 2U. )

XVIe JOUR.

Les afflictions '.

1° Il n'y a aucun état, ni aucune condition dans la vie qui ne soit exposée aux croix et aux afllictions; elles seront le partage de l'homme, tant qu'il vivra dans cette vallée de gémissements et de larmes.

Ame chrétienne , dans ces circonstances, au lieu d'aller mendier des consola-' lions souvent stériles , quelquefois onéreuses , auprès de vos faibles et impuissants amis; au lieu de parler inutilement de vos peines à des créatures qui ne peuvent ni vous aider, ni vous consoler, parlez-en à Dieu , et dites-lui là-dessus tout ce que votre cœur noyé dans son aflliclion vous en dit à vous-même. Souffrez , ô mon Dieu! ô Dieu de toute consolation ! que je vous ouvre mon cœur affligé; vous voyez mon état et combien il est triste ; de quelque

tôté que je jette les yeux , je ne vois que des menaces de ruine et des annonces de malheurs ; il me semble qu'à chaque moment j'entends la voix de quelque nouvelle affliction , comme celle d'un ennemi qui n'est pas loin et qui vient fondre sur moi , pour ensevelir avec moi toutes mes ressources et toutes mes espérances.

Hélas! que puis-je en cet état? Soyez mon asile , Seigneur mon Dieu ! vous qui régnez dans les Cieux, et qui tenez en main les clefs des trésors, vous voyez mes larmes : je sais que vous voyez en même temps mes péchés ; ils sont grands ; mais je sais aussi que vos miséricordes sont infinies. Je suis un ingrat , un pécheur ; mais vous êtes mon Sauveur et mon Père. Ma pensée n'est pas de vous demander la délivrance de mes maux : si vous en jugez autrement, j'ose seulement gémir et pleurer à vos pieds, et tout néant, tout pécheur que je suis, vous dire en tremblant, qu'à la vue de mes peines , malgré mes offenses, votre bonté se laissera toucher à mes pleurs : ivotre cœur est compatissant, et votre main peut tout.

2° J'entends, ô mon divin Maître! ce

que me dit intérieurement votre voix : que les afflictions où je suis livré sont utiles à mon salut ; que ma patience est ma résignation , lorsque vous permettez que mes biens dépérissent, que ma santé succombe , que mes amis m'abandonnent, que je sois environné des débris de ma fortune , et que je meure sous ces débris ; qu'au milieu de cette destruction et de ces revers je vous plairai peut-être davantage que si je vivais dans la prospérité et dans le bonheur. C'est à vous, ô Dieu saint! à en décider et à disposer de tout selon que vous voyez qu'il doit être pour votre gloire et pour mon salut. Mais permettez-moi de vous dire avec humilité et avec confiance, que vous qui voulez celte résignation entière et parfaite dans les âmes que vous éprouvez, vous ne vous déplaisez pas d'y voir aussi des prières ardentes et des demandes respectueuses; vous voulez qu'elles vous disent amoureusement et sincèrement : je suis prêle à tout, faites votre volonté ; ma religion et ma vie sont d'adorer les desseins de votre sagesse et de m'y soumettre , je les adore et je m'y soumets de toute mon âme ; oui , mon divin Maître : mais si vous daigniez me déli-.

vrer de mes peines - ou du moins en adoucir les rigueurs, je bénirais votre miséricorde, et ma reconnaissance serait égale à ma soumission : que si cependant, ô mon Dieu ! vous en disposez autrement , la grâce que je vous demande , c'est de soutenir ma faiblesse , de me donner la force de porter le poids de mes afflictions, et de vous les offrir dans votre esprit et selon votre cœuiv Après tout, dans l'indispensable obligation où nous sommes de souffrir , voilà l'unique moyen de sanctifier nos souffrances , l'unique moyen de les adoucir , l'unique moyen de les rendre même consolantes. Le monde partagera nos plaisirs et nos consolations, rarement prendra-t-il part à nos afflictions et à nos peines. Ce n'est qu'auprès de Dieu que nous trouverons un asile, et cet asile nous est toujours ouvert,1 quand nous voulons sincèrement nous y réfugier : notre malheur est que c'est souvent le dernier que nous cherchons , après avoir épuisé toutes les ressources humaines , et en avoir connu l'impuissance et le vide , qui , au lieu de nous soulager , se tournent souvent en nouveaux sujets de chagrins et d'amertume pour nous.

Allons donc à Dieu , et disons-lui de tout notre cœur : Non sicut ego volo , sed sicut tu :que votre sainte volonté s'accomplisse, et non pas la mienne. ( Maltli. 6. )

XVIIe JOUR.

La manière de s'entretenir avec une sainte simplicité et une respectueuse familiarité avec Dieu.

l°Dieu est votre Créateur , votre souveverain Maître , votre Juge suprême ; et quand vous êtes en sa présence, il mérite non-seulement vos respects , mais encore vos anéantissements , et s'il était possible , quelque chose au-dessous de l'anéantissement même.

Cependant, comme il est encore votre père , durant les conversations les plus intimes , il permet que vous le regardiez comme votre ami, et qu'en lui parlant cœur à cœur, vous disiez avec confiance : Dileclus meus mihi. ci ego itli : ( Ceint. 2. ) Je suis à vous , et vous êtes à moi.

Dans le temple et aux heures de l'adora-

îion et du sacrifice, paraissez devant Dieu anéanti dans la soumission et le respect ; mais aux endroits et aux heures de vos entretiens particuliers accoutumez -vous à agir avec lui comme vous le faites chaque jour avec ceux que vous aimez et qui vous aiment : il est comme eux auprès de vous ; dites-lui les mêmes choses que vous leur dites : entretenez-le familièrement de vos affaires, de vos desseins, de vos espérances, de vos craintes, de tout ce qui vous regarde ; ayez avec lui les plus intimes communications ; dites-lui tout ce que les transports de l'amour vous inspireront; et ne craignez rien tant que de trembler devant cet Epoux céleste à qui rien ne déplaît davantage dans les âmes choisies , que les troubles de la défiance, les inquiétudes d'un cœur timidement resserré et d'une conscience vainement scrupuleuse.

Il est vrai qu'il doit être souverainement respecté , mais puisqu'il vous aime et qu'il veut être aimé de vous, la plus grande gloire qu'il attend de votre part, est que vous lui ouvriez vos sentiments avec toute la liberté de la tendresse et de la confiance ; parlez-lui de tout ce qui se passe à votre s

l'OUR CHAQUE JOUR DU MOIS. 289

égard : quoiqu'il le sache, il veut l'appren? dre de vous-même; tout Dieu qu'il est| il n'y a rien de tout ce qui vous regarde J qui ne soit l'affaire de son cœur et de son; amour.

2° Dans ces conversations intimes^ Dieu tous parle comme à une épouse bien-aimée, par des paroles secrètes et par des impres-j .sions de ce qu'il y a de plus divin ; il observe envers vous la méthode que nous obser-' vons nous-mêmes envers un ami , lorsque nous voulons lui confier un secret ; nous lui parlons si doucement et de si près , que lui seul l'entende , en soit le dépositaire et le confident. Ainsi en agit ce Dieu de bonté , lorsqu'il permet à uue âme de s'entre-, tenir familièrement et confidemment avec! lui et de lui, parlant cœur à cœur, il luij apprend tout ce qu'il demande d'elle, tout ce qu'elle doit faire pour son amour , tout ce qu'elle doit corriger ou perfectionner dans elle pour lui plaire. Sa voix est comme un souffle divin qui se répand délicieusement sur le cœur , et qui porte les ardeurs pt les forces dans l'âme. Oui, dit saint Bernard , ce souffle divin qui, le jour que naquit Adam , étant répandu sur une sta-

Bai'dkan. Expl. des Pur -b. 25

tue de boue , y fit naître une âme iminor-? telle et une image vivante de la Divinité, produit aussi dans une âme favorisée de ces doux entretiens, les effets les plus admirables et les plus délicieux.

Je sais que la crainte de Dieu est nécessaire , que les prières humbles , accompagnées de douleurs et de larmes, sont agréa-, blés à Dieu ; mais je dis aussi que ce sera? un très-grand moyen de prier efficacement ,,. lorsque durant les douceurs de ces entretiens salutaires avec votre bien-aimé, vous [lui parlerez conlidemment , que vous soupirerez sur son cœur , et que vous userez avec lui de la douce et respectueuse liberté qu'il veut bien vous permettre. Mais sou^ venez-vous que cet état est l'état d'une âme qui ne vent, qui ne cherche, qui n'aime plus que Dieu seul. Ne soyez pas auprès de Dieu comme des courtisans auprès du prince , pour y attendre des faveurs ; ne cherchez autre chose auprès de Dieu , que Dieu même et le bonheur d'être avec lui. . Que sa divine présence soit votre repos, votre espérance, votre vie, toute votre consolation en ce monde , puisqu'elle doit faire votre bonheur dans l'autre.

Loquar ad cor ejus : Je lui parlerai au cœur. ( Osée. 2. )

XVIIIe JOLR.

La crainte et V èloUjncment de toute fausse doctrine

1° Nous sommes enfants de Dieu et de l'Eglise ; en cette qualité, votre unique partage, c'est la soumission sincère d'esprit et de cœur à C8 qu'elle nous enseigne, et la sage défiance de toute doctrine opposée ^ et de toute personne qui la débite.

On pouvait excuser les premiers chrétiens lorsqu'ils se laissaient tromper par les: apparences de la sainteté ; mais depuis! qu'on a connu , par l'expérience de plus de! seize cents ans, que les hérésiarques les.j plus fameux de chaque siècle ont commencé leur séduction par une apparence de piété, de régularité , de mortiiication extérieure , ; ce serait une grande imprudence de se lais-.' ser séduire par ces faux dehors, de pren-i dre pour un proplu'te un dogmatiste qui parle contre l'Eglise, et de croire qu'il'

vient du ciel , parce qu'il parle un langage extraordinaire et parce qu'il marche par des voies peu connues.

Ne crcdideris ei , dit Salomon. Qui que ce soit qui se mêle de parler des divins mystères , fût-ce un Elie sorti des déserts , fûtce un ange descendu du ciel , fût-ce un. martyr étendu sur la roue, si dans cet état il témoigne quelques pensées et laisse échapper quelques opinions contraires aux sentiments de l'Eglise, dites-lui anatbème ; fuyez-le comme un apostat : vous l'êtes. vous-même, si vous approuvez ce qu'il dit.

Fili mi , dit le Sage, si le laciaverint peccatores , ne acquiesças eis. ( Prov. 1. ) Mon fils , déliez-vous des discours séducteurs, quelque douceur et quelque blancheur qu'il y ait dans le lait qu'ils vous présentent, soyez assuré qu'il est mêlé de poison, et gardez-vous bien de le prendre." Ce serait une horrible frénésie dans vous , si , parce qu'on vous conseille de vous défier de celait dangereux, et qu'on vous défend de le prendre, vous aviez envie d'en goûter , et si vous le faisiez en dépit des personnes qui vous donneraient le sage conseil de vous en préserver; c'est là ce-

ft>OUR CHAQUE JOUR DU MOIS. 295

pendantquelquefois l'inconcevable aveuglement, ou plutôt l'étrange folie de quelques-uns : dès que l'Eglise leur déclare qu'il y a du venin mêlé dans quelque doctrine , et qu'on les avertit de fuir ceux qui l'enseignent , dès-lors ils s'y sentent attirés, et y courent comme à une doctrine céleste et à une morale sublime.

2° Ame fidèle, soyez docile et soumise à Ja voix de l'Eglise, et n'écoutez qu'elle. (Lorsqu'il y a du danger pour la conscience , et qu'il court quelque bruit d'une doctrine ïiouvelle, ne vous laissez entraîner ni par( la douceur des discours , ni par l'éclat extérieur des actions ; défiez-vous des parolea qui vous plaisent, et plus encore des dé-< votions qui vous étonnent.

Ce qu'on ne saurait s'empêcher de blâmer en quelques personnes indiscrètement curieuses * c'est l'ambition de devenir assea savantes pour disputer dans les conversa-i tions sur des matières au-dessus de leur portée et de leur état. Mais ce qu'on ne sautait trop condamner, c'est la témérité de celles qui n'ayant pas assez d'esprit, ni. même assez de volonté pour s'instruire à fond d'aucun point de religion , ont cepen-

dant assez de témérité non-seulement pour parler hardiment de tout , mais même pour mêler leurs sentiments," -ou plutôt leurs blasphèmes , avec les vérités les plus sacrées , et font entrer ce monstrueux et contagieux mélange dans l'esprit des simples qui les écoutent et qui les croient.

Instruisez-vous des mystères de votre foi ; faites-en le sujet de vos lectures et de vos réflexions ;; mais du reste, à moins que votre état, votre emploi et les circonstances ne vous obligent à parler , on ne vous demande qu'une chose, c'est qu'au lieu de parler et de disputer , vous vous en teniez à croire et à pratiquer. Tandis que vous marcherez avec humilité dans ce chemin, vous marcherez toujours avec assurance dans les voies du salut. Qui crediderit , satvus erit. Celui qui croit humblement sera sauvé. (Rom. 10 ).

XIXe JOUR.

Les peines de l 'esprit,'

1° Il y a des peines qui affligent le corps, et il y en a qui affligent l'esprit. Ces der-

m'ères sont bien plus sensibles , parce qu'elles affectent l'âme jusque dans sa substance. Parmi ces peines, il en est que la providence nous ménage , et que nous devons recevoir avec soumission ; mais il en est aussi que nous nous procurons à nousmêmes , et qui viennent du fond de notre caractère qui nous domine, ou de beaucoup de fausses idées auxquelles nous nous livrons, au lieu de les rejeter et de les combattre.

Je parle des vains scrupules de conscience , des agitations , dos doutes , des perplexités, des craintes mal fondées, rt de mille autres chimères et tourments de l'imagination infirme et timide.

Ame fidèle ! ayez un soin particulier de ne pas vous laisser troubler par ces sortes de peines, qui naissent de notre propre fonds de misère et de faiblesse , souvent aussi de notre ignorance et de nos erreurs ; mais qui s'entretiennent par notre indocilité, notre opiniâtreté, notre entêtement à suivre nos idées , plutôt qu'à les soumettre à ceux qui sont préposés pour nous diriger et nous conduire dans les voies du «al ut.

La plupart de ces misères cachées dans vous , et par votre faute , souvent incurables, ne sont autre chose qu'une nuit obscure avec des nuages sombres , où le démon forme des spectres et des visions pour vous effrayer. Ne vous alarmez point, et. ne vous arrêtez pas à disputer, ni à vous battre contre ces monstres chimériques : attendez seulement en patience la venue de l'aurore, qui les dissipera sans bruit,' et qui vous fera connaître l'erreur de vos craintes et l'illusion de vos inquiétudes.

C'est cette aurore bienfaisante , cette lumière céleste qui dissipe enfin tout ce qu'il y a de vains songes, de vaines chimères, d'ignorances grossières dans l'imagination alarmée.

C'est elle ; qui rétablit la raison dans sa ,force et dans son empire , qui fait renaître Je courage, qui ranime l'espérance avec la paix , et qui ne paraît sur l'horizon de notre âme que pour nous annoncer que le soleil \a se lever; sur nous : ainsi ne vous laissez point abattre par ces persécutions secrètes tt ces fausses alarmes.

2° Je dis plus : ne vous "troublez pas Même jusqu'à l'excès à la vue de vos pé-,

chés et de vos rechutes imprévues. Quand il vous arrive de tomber dans quelque faute, ne vous arrêtez point à crier et à vous plaindre comme un enfant tombé dans la boue ; relevez-vous à l'instant , et tendez la main à la miséricorde qui vous présente la sienne ; gémissez , mais espérez ; et tandis que vous rougissez de vous voir si misérable , contemplez avec admiration les des-' seins de grâce et de paix que la Providence médite sur vous ; elle saura tirer la gloire de votre misère.

Craignez sa justice , et fuyez-la ; mais ne fuyez jamais qu'en courant à sa bonté : seulement soyez bien résolu de vous mieux conduire à l'avenir, sans vous impatienter et vous désespérer de ce qui s'est passé.

Enfin, assurez-vous bien de ces trois grandes maximes.

1° Que toute affaire où il y a trop d'empressement, quoique sainte, se fait sans intention de plaire à Dieu.

2° Que toute inspiration prétendue qui cause dans vous du trouble et de l'agitation, ne vient point de l'esprit de Dieu.

33 Que toute douleur de vos péchés , qui

vous porte à la défiance et au désespoir, vient infailliblement du démon.

J'ajoute que toute mortification qui vous rend désobéissant et orgueilleux, est un conseil de l'ennemi de votre salut. Enfin, que toute humilité qui vous fait craindre' qu'il n'y ait point de pardon pour vous, et que Dieu ne rejette vos larmes, est fausse,' trompeuse, fuueste en elle-même, et que par les suites elle peut conduire à l'aveuglement , à l'endurcissement et à la mort éternelle.

Confide , fili. Mon fils, ayez confiance, ( Matlli. 9 ).

XXe JOUR.

La droiture et la sincérité,

1° La duplicité a toujours passé parmi les hommes pour un opprobre et une infamie , et devant Dieu elle sera toujours regardée comme un crime et une abomination. Nous ne pouvons pas nous donner un esprit éminent et sublime, mais nous pouvons et nous devons nous former un cœur

droit et sincère. Les dissimulés et tes trompeurs portent dans eux comme un caractère de réprobation : abominatio Domini* cmnis illusor ( Prov. 3 ).

Gardez-vous bien de marcher dans aucun de ces sentiers tortueux et de ces routes détournées. Bannissez de chez vous la ruse , la dissimulation, le mensonge ; n'ayez point de voile ténébreux sur votre cœur. S'il y a de la droiture et de la sincérité dans votre âme , il ne peut y avoir trop de jour. Il est vrai que le silence est nécessaire en beaucoup d'occasions ; vous devez retenir quelques pensées , mais vous ne devez en déguiser aucune.

Que la sagesse soit en vos pensées, et la vérité en vos paroles. C'est une grâce bien précieuse que celle de résister au torrent, de suivre toujours les voies droites, et de ne jamais trahir notre conscience ; plusieurs ont acheté cette grâce au prix de leur sang. Ne craignez point de mourir ; craignez de vivre avec la réputation d'un homme faux. Gravez dans votre cœur la belle maxime qu'un sage prince écrivait en lettres il'or : Plutôt mourir 3 que de mcjitir.

Puisque vous portez sur votre visage l'i-

mage de Dieu , portez en votre âme l'amour de la vérité de Dieu ; et soyez certain que, quelque couleur que vous puissiez donner à un mensonge , il sera toujours détestable aux yeux de Dieu et des hommes : les politiques en font leur étude , plusieurs en font leur amusement ; regardez-les comme les ont regardés toutes les âmes nobles , comme l'abomination de votre cœur , et l'opprobre de votre conduite.

2° Mais comme il est honteux de mentir et de tromper, il l'est aussi de se laisser tromper par les autres. Avec la simplicité de la colombe , ayez la prudence du serpent : souvent les grandes trahisons choisissent les grandes vertus pour en faire le voile dont elles se couvrent. Combien de fois la langue qui semble distiller la douceur du lait et du miel, a-t-elle fait couler.' le fiel le plus amer et le poison le plus pernicieux!

Que si tous ces crimes sont détestables sur la langue de tout honnête homme , que seraient-ils dans le cœur d'un chrétien ? Et s'il en venait à ces horreurs, qu'aurail-il de chrétien que le nom? Le christianisme pourrait-il ne pas le méconnaître et le délester?

Un cœur double peut tromper les hommes , qui le méconnaissent sous cet infâme voile de dissimulation ; mais s'il se considère, il doit rougir de lui-même, et avoir honte de ces déguisements : un jour il paraîtra ce qu'il est, et alors de quel opprobre ne sera-t-il pas couvert î

Allons devant Dieu , avec sincérité , il pénètre le fond des cœurs.

Marchons devant les hommes en plein jour, et n'affectons pas la nuit des ténèbres.

Soyons, en un mot , ce que nous sommes, et dans un seul homme ne montrons pas comme deux personnes qui se combattent, se contredisent, et par là même se déshonorent.

Abominalio Domini omnis illusor. Tout homme trompeur est abominable aux yeux de Dieu.

XXIe JOUR.

La sagesse et la retenue dans les paroles.

1° Celui qui ne pèche point par la langue, est un homme parfait, dit l'Esprit saint ,

qui non deiïquerit in linguâ, perfectm •'estl vir. ( Eccl. 19 ). Les paroles sont la peinture de l'âme ; ce sont elles qui la font connaître telle qu'elle est : quand une âme a parlé des autres choses, il n'est pas besoin qu'elle parle d'elle-même pour être connue ; dès qu'on a entendu ce qu'elle a dit , on a su ce qu'elle était.

Parler sagement, ne parler pas trop, n'avoir point de peine ni à bien dire ni à se taire ; tenir des discours graves et relevés quand il le faut ; savoir s'abaisser quand if 3e faut aussi ; savoir rire avec ceux qui rient/ <et garder en riant les règles de labienséancej Jet de l'honnêteté ; dans tout ce qu'on dit f Je dire avec grâce et sincérité : tout cela est renfermé dans ces deux mots sagesse et re< tenue dans les paroles , qui sont l'image •d'un esprit bien fait, et l'expression d'un, cœur bien placé.

Ce sout les paroles sensées et prudentes qui ont fait naître dans le monde ces inclinations immortelles, et ces liaisons parfaites qu'on a vues autrefois entre d?s amis, et qui sont encore célèbres parmi les hommes. Leurs paroles exprimaient leurs sen-

timents , et leurs sentiments unissaient et liaient leurs cœurs.

Les femmes qui se font le plus considérer et le plus estimer dans le monde, ne sont pas celles qui ont le plus de grâces extérieures , ni celles qui savent le plus de choses : la réputation et le crédit qu'elles acquièrent par ces qualités, passent bien vite : si quelqu'une est constamment con-! sidérée et recherchée, elle ne Test que parce qu'elle est sage et discrète en ses paroles; les autres qualités jettent quelques 'lueurs brillantes qui disparaissent bientôt ; les paroles sages partent d'un fonds solide Jj subsistant et durable.

Comme il semble aisé de gouverner sa -langue , il semble aussi qu'il serait aisé de se faire rechercher et aimer : c'est cependant ce qui est rare, parce qu'en parlant,' nous refusons d'écouter cette sagesse et cette retenue qui devrait dicter toutes nos paroles. Nous voulons dire ce qui nous plaît, plutôt que ce qui pourrait plaire aux autres ; nous suivons nos idées , notre humeur, nos préventions, nos aversions, nos antipathies , et nous aimons mieux nous rendre fâcheux et incommodes, et souvent

insupportables aux "autres, que de' nous donner la peine de retenir quelques paroles inconsidérées , où en nous satisfaisant nous-mêmes , nous ne pouvons manquer de blesser ceux avec qui nous avons à converser et à vivre. Nous ne voudrions être dans les compagnies que pour y montrer notre esprit , nos talents , notre mérite , et par la manière dont nous nous y comportons, nous n'y sommes souvent que pour laisser paraître ce qu'il y a dans nous de plus défectueux, notre légèreté , notre imprudence, notre indiscrétion, notre vanité , notre amour-propre, et mille aulres défauts, que la sagesse désavoue , que le monde désapprouve, et surtout que la religion condamne et réprouve.

~ Ecoutons donc , et suivons le conseil du Sage ; pensons , réfléchissons ; pensons beaucoup, parlons peu, et parlons prudemment ; par là que de fautes , de péchés , et souvent de chagrins n'évilerons-nouspas!

Noli esse citatus in linguâ tuû. Ne soyez pas prompt et inconsidéré dans .vos paroles. (Eccl. h). ~

En suivant cette maxime du Sage , vous le serez vous-même. Celui qui sait go u ver-

nersa langue, saura aussi régler toute sa conduite.

XXIIe JOUR.

Sur les agitations et révolutions de ce monde.

1° Il arrive quelquefois dans le monde des événements surprenants , des révolutions subites qui étonnent et qui pourraient troubler, si on n'avait pas un asile pour s'y réfugier. Il y a beaucoup de vents violents dans l'air que nous respirons, beaucoup sur la terre que nous habitons. De même dans les villes et les provinces , les assemblées des hommes sont autant de mers où il est rare de voir un calme constant. Nous naviguons tous au milieu de ces agitations orageuses ; mais nous pouvons faire en sorte que notre esprit n'en soit point agité et troublé : l'esprit humain ne dépend point du vaisseau qui le porte, et moins encore du bruit des tempêtes qui retentissent autour de lui. Je veux dire que votre cœur ne (toit point se laisser ébranler par ces grands

événements et ces grandes nouvelles' qui étonnent et troublent les âmes vulgaires : écoutez-les ; mais, autant qu'il sera en vous, ne vous mêlez de rien ; contentez-vous de regarder ceux qui s'en mêlent , et qui paraissent au milieu des tourbillons , allant et venant où ils les poussent. Dès que le vent s'élève , accourez au port ; venez à Dieu ; réfugiez-vous dans son cœur ; tandis que l'orage dure , demeurez auprès de lui comme au centre de votre paix : entretenez-vous avec lui sur ces événements et ces révolutions des choses humaines ; regardez de là ces agitations des peuples , et gémissez sur l'inconstance et le néant de tout ce qu'il y a dans cet univers.

2° Usez-en avec Dieu dans ces rencontres comme on a coutume d'en agir avec ses amis. Lorsqu'il survient quelque changement imprévu dans le inonde, ou quelque nouvelle extraordinaire , on se fait un plaisir de le rapporter et de se communiquer ses pensées et ses conjectures : prenez ce plaisir auprès de Dieu , allez aussitôtà lui ; faites-lui part de vos réflexions et de ,ros sentiments. Dites-lui comme David : Seigneur , les eaux agitées ont élevé leur voix ;

il y a de grands orages sur la mer de ce monde, les fortunes agitées, la face de ia terre changée , des élévations , des abaissements qui surprennent, mirabiles elationes maris. ( Psal. 92. ) Pour vous, mon Dieu > vous êtes et vous serez à jamais immuable dans la consistance de votre être et de vos grandeurs, mirabilis inaltis Dominus, Ce qui m'étonne le plus , grand Dieu ! c'est que dans le monde agité, durant cette chute des uns , les autres qui s'élèvent sur leurs ruines pensent être assurés sur ces haute urs où ils se trouvent aujourd'hui , sans penser qu'ils sont sujets aux mêmes revers : hélas I les superbes qui montent si haut et si loin de leur néant, ne s'élèvent souvent jusque là que pour faire entendre de plus loin le bruit de leur chute ; ce seront même ces montagnes de leur grandeur qui les feront périr , et les enseveliront sous leurs ruines. Mais , mon Dieu ! étonné de ces agitations, je reviens à mon centre. Les nouvelles du changement des créatures m'intéressent bien peu ; la pensée qui me plaît et qui me touche le plus , c'est celle que mon cœur me redit à chaque moment, et que les anges se redisent saus cesse les uns aux

autres , que - celui que nous aimons ne change point. Vous , mon Dieu , vous êtes aujourd'hui le même que vous avez toujours été , vous le serez éternellement. L'immuable éternité de votre être et de vos perfections , fait la gloire et le bonheur de ceux qui vous aiment, tu autem idem ipsces , et anni tui non déficient (Psal. 101). C'est auprès de vous que je viens me réfugier, pour assurer la paix de mon cœur, et le mettre à couvert des mouvements qui agitent la terre.

Permettez-moi donc, 6 mon Dieu î mon asile etmon tout , de vous dire qu'au même temps que vous daignez m'assurer de la continuité de votre protection , j'ose aussi , avec le secours de votre grâce, vous assurer de l'éternité de mon amour. Oui, grand Dieu ! le monde sera ébranlé , les hommes seront agités , le ciel et la terre changeront ; mes biens , mes possessions, mes amis, ma santé , ma fortune et ma vie changeront avec eux , ils changent même à tous les inslants ; mais mon amour pour vous ne changera point ; je vous aimerai aussi longtemps que je vivrai , aussi souvent que je respirerai, aussi constamment que vous

fierez mon Dieu ; soyez à jamais le centre de ma paix , l'asile dans mes peines , et le' terme de mes espérances. Deus cordis met et pars mea , Deus in œternum. Le Dieu de mon cœur est mon partage durant l'éternité (Pas/. 72 ).

XXIIIe JOUR.

La paix du cœur.

1° Si vous voulez passer une vie heureuse, couler des jours sereins et tranquilles, que votre plus grand soin et votre principale affaire soit de conserver la paix de votre cœur , parce qu'elle est la première source de vie. Quand le cœur est troublé et se trouve en désordre, il faut que tout le reste y soit aussi, et rien en votre personne i ni en votre maison , ne peut être heureux et tranquille, tandis que le vôtre nel'estpas.1

Réglez vos affections, dominez vos dè>' sirs , défiez-vous des ardeurs impétueuses de votre volonté propre , parce qu'elle est votre propre ennemie, et qu'elle ne procure 'autre chose par ses désirs impatients , pat; ses inclinations déréglées, que de faire naj-

tre chez vous des guerres intestines ) et d'y introduire l'agitation et la confusion avec elles.

Je dis plus ; si vous voulez* servir le Seigneur et conserver jusqu'à la mort votre piété et votre innocence , faites ce que font les sages pour leur sauté. Possédez la paix intérieure de votre âme, et ne vous laissez point troubler par aucune affaire , encore, moins par aucune passion. La jalousie,, l'envie, la colère, la haine, ne sont dans l'homme que pour détruire sa vertu et pour abréger sa vie. Tout ce qu'il y a de violent dans notre cœur nous pousse au péché , et nous entraîne au tombeau ; rien n'est immortel et durable , que ce qui est tranquille et paisible.

En toutes choses possédez-vous avec assez de modération et d'empire sur vousmême, pour qu'on puisse dire que vous entreprenez les affaires par raison , que vous y travaillez avec soin , et que vous en attendez le succès avec une sage indifférence. Je ne dis pas que vous soyez insensible ; il faut que vous ayez de l'ardeur pour ce qui la demande, et c'est en cela que consiste la grandeur d'àme ; qu'on voie dans

vous une ardeur magnanime dans vos entreprises , mais jamais de précipitation ni d'emportement dans leur poursuite. Soyez l'image de Dieu sur la terre ; Dieu fait sans1 se troubler tout ce qu'il fait; il est comme le soleil dans le ciel, toujours agissant, et paisible. Marchez , et allez où le devoir vous appelle ; mais allez avec tant de paix et de possession de vous-même , qu'il semble, au milieu de vos soins et de vos tra-l! vaux , que vous êtes dans un parfait repos , et que vous n'avez aucune autre chose, aucun autre soin que celui de conserver la paix inaltérable de votre âme.

2° Mais pour vous établir dans cette heureuse paix et pour vous y conserver , soyez bien convaincu du besoin extrême que vous avez de la grâce et du secours du Très- Haut ; demandez-les par une humble et ardente prière, et dites-lui : Seigneur, armez-vous et combattez avec moi ; tous mes ennemis sont conjurés contre la tranquillité de mon âme ; dissipez-les , et ajoutez ce triomphe de votre grâce aux autres victoires que vous avez remportées depuis que la mort et le péché sont entrés dans le monde et dans le cœur des hommes ; pour

lors ma langue exaltera votre justice ; mon âme , sans rien craindre , se reposera dans la paix , et consacrera heureusement ses années à vous adorer et à vous aimer.

L'impie agité et troublé demande la paix, et l'appelle à grands cris, paix, paix; mais la paix lui répond : Quittez le péché , préparez votre cœur , et j'y entrerai; car tant que le péché régnera dans vous, jamais, il n'y aura rien de commun entre vouset moi , et non erat pax ( Jérem. 26 ).

Si donc nous voulons avoir la paix avec nous-mêmes , ayons-la avec Dieu ; sans quoi ce Dieu irrité députera contre nous les remords qui nous feront en son nom une guerre implacable.

Pax vobis. La paix soit avec vous ( Luc. 1h ).

XXIVe JOUR.

La bienfaisance , ou les sentiments de la charité envers le prochain.

1° Si vous aspirez au bonheur d'être au nombre des calants de Dieu > oyez le cœur

généreux et compatissant; c'est l'Esprit saint même qui nous le dit, esto miser i* ■cors , et eris Altissimi filius ( Tob. k).

Dieu, tout Dieu qu'il est, n'a rien de plus grand que de pouvoir , et de plus doux que de vouloir faire du bien à ses créatu-! res : nihil habet majus quàm ut possit , ncc melius quàm ut velit quàm plurimi&\ benefacere; ainsi rien ne nous approche! plus près de Dieu , et ne nous donne une plus parfaite ressemblance avec lui, que cette inclination généreuse à faire du bien aux autres, quand notre situation et notre fortune nous mettent en état de le faire.

La loi du Christianisme touchant la miséricorde et la charité, vous regarde d'autant plus que vous avez plus de pouvoir, et que vous êtes dans un plus haut rang ; ne connaissez pas seulement les privilèges de Votre naissance ou de votre charge , con-i îiaissez-en aussi les devoirs, et souvenez-i vous que Dieu ne vous a élevé au-dessus des autres , que comme il a élevé le soleil au-dessus des hommes pour être leur bien-» Faiteur universel. Votre élévation et votre puissance ne sont autre chose qu'une obligation de protéger les innocents , de soute-

nir les faibles , de secourir les indigents , et de devenir l'asile et la ressource de tous les malheureux qui réclament votre assistance et votre pouvoir.

Secourez surtout ceux que l'injustice et l'envie persécutent, et dont vous entendez les cris et les plaintes ; ayez la gloire et le bonheur de les tirer de l'oppression , et n'ayez point de repos que lorsque vous le leur aurez procuré. Donnez audience aux affligés et aux pauvres sans impatience; permettez qu'au moins ils vous parlent, et n'ajoutez pas à leur affliction la tristesse de voir qu'on se fâche même de savoir leurs peines : si vous ne pouvez leur donner des secours , montrez-leur du moins un visage serein, un cœur compatissant, et faitesleur entendre quelque parole de consolation.

Soyez humble devant celui qui vous a fait grand ; adorez la main qui vous peut détruire ; ayez pitié des misères qui peuvent vous être communes, et ne méprisezpas les larmes que vous voyez couler des yeux de vos semblables.

2° Ne voyez rien de plus grand dans votre dignité , ni de plus lumineux dans votre

,I>OtR CHAQUE JOUR DU MOIS. 315

abondance , que le moyen de rendre service à un plus grand nombre de personnes ; vous seriez indigne de votre fortune, si vous n'en faisiez un si doux usage.

En un mot , aimez à faire du bien ; portez, gravez dans votre cœur cette marque des prédestinés , ce caractère des élus de Dieu. Pour un cœur bien placé , c'est déjà une récompense en ce monde que la! consolation défaire des heureux ; mais elle vous en assure une plus durable dans l'autre, où vous serez porté par les mains de tous ceux que vous aurez soulagés : à ces traits Dieu vous reconnaîtra au nombre de ses enfants.

Si on a des sentiments dans le cœur , estil de bonheur plus grand et de plus douce consolation sur la terre, que de tenir, en quelque manière, la place de Dieu envers ceux que lui-même vous adresse pour les se« courir? Esto misericors , et eris Allissimx filins. Soyez compatissant, et vous serei au nombre des enfants de Dieu.

Pour vous, personnes d'un état inférieur, à qui la fortune ne permet pas de vous prêter aux besoins des autres, ayez-en du moins le désir et la volonté , vous aurez devant

Dieu le mérite et la récompense ; à ses yeux, les sentiments tiennent lieu des effets.

XXVe JOUR.

Les devoirs de la société , et les maximes de conduite à réyard des autres.

1° En qualité de membres de la société ,. Hous vivons avec différentes personnes ; et Belon les différentes personnes avec qui nous avons à vivre , à converser et à traiter , nous avons des devoirs que le lien de la société même nous impose ; c'est une obligation de les remplir: et vouloir s'en dispenser, ce serait non-seulement manquer à cespersonnes, mais aussi à nous-mêmes , parce que ce serait manquer à la raison , à la conscience , et au sentiment , qui doivent toujours nous guider.

Ainsi, pour descendre dans un détail abrégé , mais intéressant pour les autres et pour nous . présentons quelques maximes qui renfermeront en substance ces devoirs différents; chacun pourra aisément s'en faire l'application à lui-même, selon l'état

POUR CnAQUE JOUR DU MOIS. SI 7

t)Q il se trouve, et les personnes avec qui il doit vivre.

Disons donc , pour remplir les devoirs de la société :

1° Il faut avoir les égards convenables aux personnes avec qui l'on vit, et plus ou moins marqués, selon que les personnes sont plus ou moins distinguées, tâchant néanmoins d'excéder plutôt que de manquer.

Il faut garder les bienséances ; elles entrent dans le rang des devoirs , et la société ne subsiste que par les bienséances gardées envers ceux à qui on les doit.

Il faut supporter les humeurs ; chacun a la sienne : prétendre n'en supporter aucune , ce serait se rendre insupportable à soi-même et aux autres.

Il faut dissimuler les défauts ; si on voulait les tous relever , les tous censura*, les tous retrancher , on tomberait dans un défaut plus blâmable que tous ceux qu'on condamne.

Il faut rendre des services, et, autant .qu'on le peut, les rendre sans attendre qu'on les demande , sans prétendre s'en prévaloir, et surtout sans faire sentir le poids de la reconnaissance.

2° A parler en général , agissez avec \o\ supérieurs comme fils , avec vos inférieurs comme père , avec vos égaux comme frère. Soyez affable envers vos domestiques , officieux envers vos amis, obligeant envers tout le monde ; soyez vrai dans vos paroles, sincère dans vos sentiments , équitable dans votre conduite : la vanité et l'amour-propre sont les fléaux de la société ; craignez de vous plaire à vous-même, de peur de ne plaire qu'à vous.

Que chacun trouve dans vous son humeur , sans trouver ses défauts; accommodez-vous autant que la conscience le permet, aux inclinations des autres , à leurs [sentiments , leurs coutumes, et ne craignez pas de vous abaisser par cette complaisance. 'Le vrai mérite dans les compagnies, c'est d'y être le plus prompt à vouloir ce que veulent les autres, et à le faire de bonne grâce.

Sachez ce'qui console les autres "; ce qui les afflige , ce qui les touche , et soyez-en touché vous-même comme de choses qui vous intéressent et qui vous sont communes.

Aimez ceux qui vous sont attachés , dans quelque état qu'ils soient ; le cœur du der-

POUR CHAQUE JOUR DU MOtS. 319

nïpr des hommes, lorsqu'il aime sincèrement et sans intérêts, ne vaut pas moins que le cœur d'un roi.

Ne regardez point comme ennemis ceux qui sont sincèrement affligés de vous avoir déplu.

A l'égard des pauvres , c'est une miséricorde bien légère que de ne leur donner que l'aumône, si vous pouvez leur donner le travail.

Enfin , dans les devoirs à remplir , la loi ûous oblige , la grâce nous aide , la sagesse nous dirige ; mais souvenez-vous surtout que tous les devoirs de la société doivent être soutenus , sanctifiés , ennoblis par ceux du chrétien, c'est-à-dire, animés par les grands motifs de la religion ; sans quoi ce serait agir en honnête païen, et perdre le mérite de toutes ses actions. Omnibus omnia farfus sum. Je me suis fait tout à tous ( i. Cor. h ).

XXVIe JOUR.

Le choix et la conservation des amis.

1° C'est avoir trouvé un trésor bien précieux que d'avoir trouvé un ami siucère,

c'est-à-dire , un autre soi-même. Nos âmes sont faites pour se communiquer, et ce qu'elles veulent communiquer et transporter, en quelque manière, en d'autres âmes, ce sont trois choses ; leurs pensées, leurs secrets et leurs sentiments. Quand elles communiquent leurs pensées indifférentes , c'est fiHteiliarité ; quand elles communiquent leurs secrets, c'est confidence ; mais quand elles communiquent leurs sentiments intimes, c'est amitié; et voilà le repos et le centre du cœur.

Dans la balance des sages il n'est rien de plus précieux qu'un bon ami.

Je ne dis pas seulement : il nous est utile ; j'ajoute : il nous est nécessaire. Personne ne peut se suffire à soi-même ; notre corps a des maladies qui abrègent sa vie mortelle; notre âme en a qui reudent son immortalité malheureuse. Le remède des uns et des autres est un ami sûr et sincère ; mais il faut craindre Dieu pour le trouver ; c'est un don du ciel.

Si vous voulez avoir un bon ami, éprouvez-le avant que de vous y livrer ; connaissez son cœur , sa droiture , sa fidélité , son secret; mais pour le peser et le bien con-

naître , souvenez-vous que vous n'avez point d'autre balance que le temps et l'affliction : quiconque n'a pas vu plus d'une année, ne peut pas dire qu'il connaît ; et quiconque n'a rien souffert , ne doit pas dire certainement qu'il est aimé. Il y a des amis qui ne le sont que dans la belle saison , ils s'envolent quand l'hiver approche , et ils ne vous connaissent plus dès que vous gémissez : on dirait que votre amitié consiste en votre conversation , et à rire avec vous durant les journées heureuses de la prospérité ; ce sont là les amis du temps et de la fortune , et non les amis du cœur et de la personne.

Au reste , ne cherchez pas , et ne vous attendez point à trouver un ami parfait ; il est homme, et dès-lors il a des défauts; point d'ami qui n'ait ses manquements; et point de manquements en votre ami que vous ne deviez excuser , parce qu'il n'y en a point que vous n'ayez dû connaître avant de l'aimer et de le choisir.

Comprenez que quand vous avez reçu quelqu'un en votre amitié , vous vous êtes obligé, non-seulement de partager ses afflictions , mais aussi de supporter ses fautes ; c'est bien peu d'endurer pour lui , si vous

ne savez endurer de lui-même ; les défauts sont des imperfections, et ne sont pas des crimes.

, Soyez donc constant à refuser et à éviter la connaissance et la familiarité de quatre sortes de personnes. Celle des libertins. Souvenez-vous que la mort rompt tous les mariages ; et le crime toutes les amitiés. Celle des intéressés ; toujours prêts à vous 'trahir et à vous vendre pour un peu d'argent , ils sont incapables d'aimer , et indignes d'être aimés. Celle des imprudents d'habitude , à qui le secret échappe , et qui ne voient la faute qu'après l'avoir commise et rendue souvent irréparable. Enfin , celle des ombrageux , qui soupçonnent toujours , et qui prennent pour des trahisons les moindres regards que vous jetez sur les autres. Un ancien l'a dit : Il n'y a point de haine plus insupportable et plus à craindre, que leur amitié. •

2° Quand vous avez trouvé un ami sincère et constant , conservez-le avec soin. Un ami nouveau ne vaut jamais un ancien ami : et c'est toujours une affaire qu'un commencement de nouvelle amitié ; en un mot , quiconque peut cesser d'aimer un pre-

mier ami , est indigne d'en avoir un second, et quiconque laisse mourir une véritable amitié, n'en aura jamais une autre qui soit .immortelle.

Révéler le secret d'un ami , c'est le trahir et le perdre ; le secret est une religion où il n'y a point de pardon pour les fautes , ni de pitié pour les repentirs : on punit ces fautes de la manière la plus terrible et la plus sensible à un homme d'honneur, c'est qu'on ne donne jamais occasion d'y retomber.

S'il vous arrive dans un moment d'humeur ou de vivacité , de dire quelque chose! fâcheuse à un ami, ne vous troublez pas,j ne vous affligez pas , la plaie n'est pas mor-j telle , parce que le coup n'est pas réfléchij Ce qui est dangereux , et ce qui rend la coH* 1ère irréconciliable , est de reprocher à un ami quelque service qu'on lui a rendu , oui de lui manquer en quelque affaire où il sa fiait à vous ; tout cela fait fuir jusqu'au bout du monde : vous pourrez revoir encore soa yisage , mais vous ne trouverez jamais son cœur.

En fait d'amitié, retenez ces trois grau-

32/ii "RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS'-, '

^es maximes , et gravez-les bien avant dan» le cœur.

1° La possession d'un ami fidèle est un nombre de nos félicités. Dans le cœur des hommes sages, elle tient presque le même rang que leur vie ; après l'être et la vie , c'est peut-être le don du ciel le plus précieux.

2° Fondez votre amitié sur les grands principes ; et faites en sorte que quand vous serez avec votre ami, Dieu puisse toujours faire le troisième. La vertu qui lie les cœurs, estime chaîne que rien ne peut rompre, ni la fortune, ni le temps, ni la mort, ni l'éternité.

3° Si à un certain âge vous venez à perdre un ami, il vous sera difficile d'en trouver Su» autre; n'en formez plus qu'un seul, 'c'est votre Dieu, qui ne vous manquera 'jamais , et qui vous réunira dans lui avec celui que vous avez perdu.

Amiens ficL'lis , protectio fortk ; qui ïnvenit illum , invertit thesaurum. Un ami fidèle est une protection puissante : celui qui l'a trouvé, a trouvé un trésor précieux ( Eccl. G ).

XXVIIe JOUR.

Les délassements honnêtes.

L'homme condamné à un travail assidu , a besoin d'un honnête délassement. Au milieu des soins, des travaux, des occupation» de la vie, l'esprit ne pourrait soutenir une contention , ni une application constante ; il est nécessaire de lui procurer un repos modéré , pour réparer ses forces et soutenir sa faiblesse. La Providence y a pourvu, en fournissant à l'homme divers moyens di: se procurer ces délassements légitimes : lectures, conversations, promenades, repos , sommeil , jeu honnête et autres exercices de la vie civile, pris modérément, sont tous dans l'ordre de la providence. Nous allons les parcourir tous en abrégé ; leur grand nombre ne permettant pas de s'arrêter sur chacun en particulier.

1° La lecture : elle peut être faite à deux fins, ou comme exercice de piété, ou comme délassement d'esprit. Nous l'avons déjà considérée sous le premier point de vuej c'est du second qu'il s'agit ici.

Baudran. Expl. detParab. 28

La lecture, surtout celle de l'histoire, est ud vrai délassement convenable à toute personne qui sait réfléchir; elle occupe, elle instruit, elle plaît. Par elle nous nous rendons comme présents aux siècles passés ; nous apprenons ce qui s'est passé dans la suite des temps ; nous nous imaginons que c'est comme vivre avec les anciens, que de converser avec eux dans les livres ; nous profitons, et de leurs exemples pour I»-s suivre , et de leurs fautes pour les éviter ; en un mot, dans une lecture de choix, nous trouvons tout à la fois une occupation honnête, et une récréation également utile et agréable.

2° Les conversations : entre les délassements destinés à soulager ici-bas les ennuis de notre bannissement, un des plus doux et des plus honnêtes, est de nous entretenir ensemble ; cette inclination à nous communiquer mutuellement nos pensées, n;iît dans nous , et dure autant que la vie. Nous converserons dans le ciel avec les anges; sur la terre nous conversons entre nous, et nous nous faisons part de nos sentiments. Le malheur est qu'en cherchant dans les conversations un adoucissement aux tra-

Vaux, on y trouve souvent un écucil à la charité. Combien de langues médisantes, piquantes, impies, empoisonnent le plaisir des doux entreliens , et mêlent le venin le plus funeste au lait le plus délicieux, quand on le laisse dans sa candeur et sa pureté ! Conversez , mais avec dos hommes qui, en mettant le sel dans les conversations , n'y mêlent pas le fiel de la médisance et du crime. L'homme sage a des manières de parler et d'ouvrir son cœur, de rire et de se réjouir avec ses amis , sans blesser les règles de la piété et de la bienséance.

3° Les repas. Ils sont d'une nécessité absolue pour la vie, et un doux agrément pour la société; mais pour les goûter selon la raison, il faut que la sobriété, la tempérance, la décence y régnent avec la joie. Nourrissez-vous pour vivre, et ne vivez pas pour manger; les repas déréglés sont les parricides de l'homme. Ne vous engagez jamais en des festins où il faut disputer le prix de la victoire , et pour le remporter, être les moins sobres de la compagnie, c'est une guerre où plusieurs ont péri ; il y a peu d'hommes qui meurent parce qu'ils sont Yieux, plusieurs parce qu'ils ont fait

328 GÉFLEXIONS ET SENTIMENTS

des excès. Que votre table soit réglée pouf les heures ; qu'elle soit décemment servie % qu'elle soit honnête et commune à vos amis, i Les anges mêmes , dit saint François de Sales , s'ils venaient vivre avec nous , voudraient vivre en anges jusqu'à table.

h" Le sommeil est mis irès-justement au rang des douceurs qu'il a plu à la Providence de mêler parmi les amertumes de notre vie. C'est un présent qui nous vient tous les jours de la part du Créateur, et qui entre dans nos veines comme un salutaire remède, pour réparer nos forces , et pour; interrompre durant un temps nos travaux et nos déplaisirs.

Voici les maximes de la sagesse au sujet du sommeil ; elles sont réglées sur nos intérêts et sur nos besoins.

1° Vous désirez avoir un sommeil paisible et tranquille pendant la nuit ; la Providence le veut aussi ; mais acquérez-le par un travail assidu durant la journée.

Elle a choisi pour cela le temps des ténèbres ; ne choisissez pas le jour , et ne vous couchez pas lorsque le soleil se lève, et quand vous devriez vous lever.

4° Elle veut que vous n'employiez pas au-

delà de sept à huit heures à dormir ; n'y en employez pas dix ou onze. Les médecins disent qu'une personne qui demeure au lit jusqu'à dix et onze heures , en sort toujours moins saine ; et les casuistes ajoutent toujours : moins innocente qu'elle n'y était entrée.

La dernière règle et la plus importante , est que votre dernière action avant le sommeil , et la première au réveil, soit la prière. Ayez souvent en l'esprit celte belle maxime des saints Pères : Que notre sommeil est la figure de notre mort, et notre réveil la figure de uotre résurrection.

4° Pour le jeu , on ne dit que ces deux mots : C'est une récréation , n'en faites pas «ne occupation; surtout ne perdez jamais de vue le conseil de saint François de Sales. Que dans votre jeu, dit-il , il n'y ait jamais ni trop de temps, ni trop d'argent, ni trop de passion. Vous savez la maxime si souvent citée , jamais assez réfléchie, quand on se livre avec excès au jeu , souvent on commence par être dupe , et on finit par être fripon.

Outre tous ces délassements dont nous venons de parler, il y en a encore d'utiles

et de permis : tels sont les promenades, et ifiutres exercices extérieurs, également utiles au corps et à l'âme ; tout sera réuni dans ces deux mots : interrompez votre travail quand la raison et la nécessité le demandent ; délassez votre esprit par quelque récréation honnête ; mais choisissez toujours les délassements convenables à un homme qui ne veut pas déplaire à Dieu ni conserver sa santé et ses forces aux dépens de sa conscience et de son salut.

Detectare in Domino. Réjouissez-vous dans le Seigneur. ( Psal. 36. )

XXVIIIe JOUR.

La solitude et le repos de la campagne..

1° Nous faisons notre séjour ordinaire 'dans les villes ; pour plusieurs elles peuvent avoir leurs douceurs et leurs agréments; les compagnies, les assemblées, les spectacles, les parties de plaisirs, tout cela peut faire l'amusement et l'occupation des personnes qui n'en ont point; et encore ce vide , ce néant , celle agitation , ce tumulte

(îeviennent-i!s souvent à charge. Il y a quelquefois des moments heureux , mais souvent de tristes journées.

D'une autre part , les personnes constamment occupées dans les villes, soupirent souvent après le repos et la solitude. Lorsqu'un père de famille a donné ses soins K son travail, ses peines à ses affaires, avec l'application sérieuse et constante qu'elles exigent , il exigerait lui-même un juste délassement , aussi nécessaire à sa santé qu'à son repos. De même lorsqu'un magistrat, après les six et sept heures passées au palais dans un travail assidu , l'esprit accablé de lassitude, retourne chez lui en soupirant après le repos, qu'est-ce que cette foule de suppliants qui 1' étendent à la porte, et: qui lui demandent chacun un moment d'audience, tandis que son cœur lui demande aussi quelques moments pour respirer , et qu'il ne peut les obtenir ? Qu'est-ce que cet état, sinon la vie d'un homme comme banni de lui-même, et étranger à sou propre repos ?

~!. Quel remède à ces cruelles importunités? quel moyen de respirer au moins quelques jours, sinon celui que la nature a inventé,

et que le ciel même nous inspire , qui est de prendre la fuite , et d'aller chercher à la campagne une solitude où nous puissions, nous posséder et uous décharger pour un temps du fardeau des occupations et des soins ordinaires? Veni, dileclemi, egrediamur in agrum , commoremur in villis. ( Cant. 7. ) Quittons la ville , et retironsnous à la campagne.

2° C'est en effet dans cette solitude que l'âme est enfin rendue à elle-même , et qu'on sent comme reuaître dans soi cette vie qui semblait perdue et absorbée dans un labyrinthe d'affaires où l'on trouve des «hemius partout, hormis le chemin pour en sortir ; et partout une infinité de personnes , hormis celles avec qui l'on souhaiterait de vivre et de converser.

C'est dans cette même solitude que vous possédez véritablement vos amis ; c'est là que, durant vos promenades,, et dans les allées d'un bois solitaire, en vous entretenant ensemble , vous donnez la liberté à vos pensées, et à vos réflexions sur des sujets également amusants , intéressants et utiles, sans crainte qu'aucun importun vienne interrompre vos doux entretiens. .

Enfin , c'est surtout dans cette charmante et salutaire solitude , que rentrant quelquefois en vous-mêmes , vous trouverez votre véritable et solide repos , parce que vous y trouvez votre véritable et solide ami , c'està-dire, Dieu. Soyez bien assuré que le véritable moyen d'être bien avec vous et de vous posséder, c'est d'être bien avec Dieu , et de posséder sa grâce et son amitié. Car si vous n'étiez pas bien avec Dieu , la solitude de la campagne, loin d'être un adoucissement à vos peines , vous livrerait à des peines bien cruelles, en vous livrant à vos remords, à vos craintes, à vos alarmes, qui sont inséparables de toute âme en guerre avec Dieu.

Dites donc à vos amis : à la bonne heure , quittons la ville , retirons-nous à la campagne : Veni , dilecte mi , egrediamur in agrum. Mais dites-le surtout à votre véritable ami, à l'ami du cœur. Priez votre Dieu de vous accompagner, et de faire lui-même la douceur, l'agrément, le charme de la solitude où vous allez respirer.

Ducamillam in solitudinem. Je la conduirai dans la solitude ( Osée 2 ).

Z?>h RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS

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