‹ L'Ame éclairée par les oracles de la sagesse dans les paraboles et les béatitudes évangéliquesChapitre 7 sur 38 · XXIX- JOUR · texte numérisé non relu

XXIX- JOUR

Les familles heureuses.

1° Quand on parle des familles heureuses , on n'entend pas parler de celles qui n'ont absolument aucun chagrin, ni aucune affliction , mais seulement de celles qui sont moins malheureuses que ne le sont communément tant d'autres dans le monde ; et ce bonheur, elles peuvent y contribuer et se le procurer , du moins en partie.

Comme le malheurdes familles vient plus ordinairement des mauvaises humeurs, des passions, de la mauvaise conduite des uns et des autres ; par une conduite sage et prudente elles peuvent éviter ces obstacles au bonheur , par là même se rendre heureuses, du moins autant que Dieu permet qu'on le soit en ce monde.

Un époux sage, réglé dans ses mœurs , attaché à son épouse , appliqué à ses affaires , respectant sa religion ; une épouse fidèle , prudente , pleine de douceur , adonnée au soin de sa famille et de son domestique ; 4ss eafants bien nés , soumis et do-

elles, formés au bien plus encore parles exemples que par les discours des parents : •voilà ce qui pourrait former ce bonheur, qu'on pourrait goûter dans cet état sur la terre.

Mais, dira-t-on peut-être, où trouvera-; t-on ce bonheur , cet heureux assemblage et ces éminentes qualités réunies sous un même toit? et ne serait-ce pas là un pro-; dige du siècle qui l'aurait produit? On ré-1 poud : On a pour cela les grâces , Dieu les accorde : et si on ne goûte pas ce bonheur,' c'est qu'on ne profile pas de ces grâces.

2° Après tout, il faut convenir que tout ne peut pas venir d'un seul côlé ; il faut que chacun y contribue, et y mette du sien; les humeurs, les vivacités, les colères,1 étant bannies d'une maison , y laisseraient entrer la paix, l'union, la concorde, et avec elles entrerait ce bonheur si désiré.

Les femmes vertueuses ne sont point si rares que le monde pense , c'est souvent la faute d'un époux qui les fait sortir de leur caractère , à force de leur donner des sujets de chagrin et d'inquiétude.

Si Pieu vous a donné une épouse véritablement vertueuse et digne de votre alTec-

tion , ne vous rendez pas vous-même indî-* gne de la conserver. Si vous vous rendez fâcheux à une épouse innocente et qui vous aime, vous ne la posséderez pas long-temps, la mort vous en séparera bientôt; et ce qui est encore plus à craindre, sa bonté mourra avant vous, et vous ne vivrez que* pour être puni de n'avoir pas su connaître 'et conserver votre bonheur.

D'une autre part, une des félicités de cette vie , c'est l'abondance , l'ordre et la paix établis dans les maisons ; l'obligation de les y établir regarde particulièrement la femme. L'honneur et le devoir du mari sont de conserver son temps et ses soins aux grandes occupations. Ces deux 'emplois ont été assignés par la Providence au maître et à la maîtresse de la maison ; s'ils sont bien remplis , ils font l'admiration des anges , l'édification des hommes , et le bonheur des familles.

En un mot, que les deux époux se souviennent toujours de ces deux grandes maximes.

1° Bienheureux est le mari d'une femme, prudente et paisible. Si un homme pouvait être immortel, il le serait par la douceur de

cette compagnie, s'il en connaissait tout !e prix.

2° Les femmes qui aspirent à un vrai bonheur , doivent se souvenir que de toutes les forces de l'univers, la plus forte est la douceur et la prudence d'une femme.

Dans une famille Dieu a donné l'autorité gratuitement à l'homme , et il a voulu que la femme la méritât par sa douceur et sa sagesse: une femme qui ne tâche qu'à plaire à son mari , le met bientôt en état de ne vouloir ni de commander que ce qui plaît à sa femme : si ce concert était assuré , il ne se trouverait rien dans cette vie qui représentât mieux les douceurs de la vie future et les délices de la vie immortelle.

Ecce sic benedicelur homo qui timet Dominum. C'est ainsi que sera béni celui qui craint le Seigneur (Psal. 127 ).

XXXe JOUR.

Le bonheur de V homme.

1* Les hommes semblent n'être en ce

monde que pour chercher un bonheur ; ce

338 rUÉFLEXIOlVS ET SENTIMENTS:;

sentiment est né avec nous et gravé dans nos cœurs par les mains de la nature ellemême : mais il y a deux erreurs bien déplorables en ce point si essentiel. La première, c'est qu'on ne cherche pas le bonheur où l'on pourrait le trouver, et on le cherche où il ne fut et ne sera jamais, la seconde, c'est qu'on voudrait trouver un bonheur parfait et exempt de tout mal , sans penser que cet avantage n'est pas de ce monde. C'est une grande erreur , en effet, lorsque nous cherchons les moyens de nous rendre heureux, de vouloir faire en sorte qu'il ne nous reste rien à désirer, et de n'avoir plus rien à faire en ce monde que de jouir de notre bonheur.

Non , ne vous figurez pas que quand vous serez parvenus où vous aspirez depuis longues années, vous n'aurez plus aucun désir à former, ni aucun sujetde vous plaindre ; eussiez-vous tout ce que vous pouvez souhaiter, vous vous plaindriez toujours, et vous sentiriez que c'est un grand mal que de n'avoir plus aucun désir et aucun dessein qui occupe votre âme. Il semble , en effet , que le repos de notre cœur durant cette vie mortelle , consiste , non pas

li posséder des biens espérés et attendus , mais à les chercher et à en poursuivre la' possession : dès qu'ils sont possédés , ils commencent à nous dégoûter, à moins qu'ils ne fassent naître une autre espérance. Après avoir couru long-temps et long-temps soupiré après un bien, un rang, un honneur, toute notre joie est d'y arriver , et non point de nous y reposer. Deux jours après que nous avons réussi dans un dessein , nos projets , nos passions nous poussent à une nouvelle entreprise ; il faut leur obéir , ou bien nous voir ennuyer et languir jusqu'à la mort dans la jouissance d'une même félicité, qui cesse d'en être une, dès qu'elle est acquise et oisivement possédée. Tant il est vrai qu'il se trouve dans nous un je ne sais quoi ennemi de notre repos, et qui veut que nous nous donnions sans cesse de nouvelles peines.

2° On demande d'où vient cela? On en accuse la légèreté de notre esprit, l'inconstance de notre cœur, la vivacité de notre imagination : on se trompe, la vérité est que ces dégoûts constants , ces légèretés prétendues viennent d'un sentiment secret gravé dans le fond de notre âme avec l'idée

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et l'image du Créateur. Notre âme , dit saint Augustin, est si excellente, si divine et tellement créée pour posséder un Dieu , que dès qu'elle en est privée , il faut qu'elle souffre un vide , une solitude, une langueur mortelle, comme une faim avide qui la désespère. Mais que veut-elle ? elle n'en sait rien ; elle sait seulement qu'elle est cruellement dégoûtée de toutes les choses qu'on lui présente , et que son dégoût a un désir extrême de quelque bien qu'on ne lui présente pas.

C'est pour la contenter que vous changez sans cesse , et que vous allez chercher de toute part de nouveaux objets et des amusements propres aux chagrins d'une âme mélancolique et ennuyée ; elle les goûte, et s'y plaît d'abord ; mais bientôt les accès de son mal reviennent ; elle recommence à se plaindre , et il faut que vous commenciez à lui chercher de nouveaux remèdes pour la guérir ; vous les cherchez , vous amassez des biens, vous en remplissez votre maison , vous montrez cette abondance à votre âme , et vous lui dites : Considérez , mon âme , tous ces biens , et reposez-vous : Habes multa bona acquiesce.

•( Luc 12. ) Cette âme aussitôt dégoûtée et inconsolable, au lieu d'ouvrir le cœur à la joie , ne vous répond que par des soupirs et des plaintes ; après avoir porté la langue •sur ces nouveaux mets, après avoir acquis ces emplois et toutes ces nouveautés si désirées , ^elle les repousse avec dédain ; et vous crie : Omnia vanitas et afflictio spi- Titûs : ( Ecci 1. ) biens de la terre, richesses , plaisirs et honneurs de ce monde , tout cela vide, néant, vanité, affliction -d'esprit et de cœur , mon bonheur n'est 'point là.

Ne vous en étonnez point ; une âme immortelle qui sent la violence de ses désirs, •et qui sent en même temps que , outre les biens que vous lui montrez, il lui en faut ^encore une infinité d'autres plus désirables ; quand elle apprend qu'il faut qu'elle se repose et qu'elle se contente de ce qu'elle voit, quel sentiment peut-elle avoir, que <le s'abandonner aux inquiétudes , aux ennuis et à toutes les amertumes d'une âme agitée qui soupire toujours après un bonheur, et qui désespère de le trouver jamais ?

Homme créé à l'image d'un Dieu ! ne vous flattez donc pas de trouver jamais de

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vrai bonheur sur la terre'; il vous'esf*re^ serve dans le Ciel , ne travaillez qu'à.vous rendre digne de le posséder.

Mihi adhœrere Deo bonum est : Tout; mon bonheur est de m'attacher à Dieu.

( Psal. 72. )

XXXIe JOUR.

X 'amour de Dieui

1° C'est une ienexion Dieu smme en ellemême , et bien humiliante pour le cœur, humain , que celle que fait saint Augustin.. Est-il possible , grand Dieu ! dit-il , que vous ayez été obligé de nous faire un pré-j cepte exprès de vous aimer, et de nous menacer des plus grandes peines si nous ne vous aimons pas ? comme s'il y avait pour, nous un plus grand bonheur que celui de vous aimer, et s'il pouvait y avoir un malheur plus grand que celui de ne vous aimer pas.

Considérons ce précepte divin dans tous les points qui nous intéressent.

Le motif d'aimer Dieu , c'est Dieu même i Être suprême 3 infiniment saint, aimable et;

POUR CHAQUE JOUR DU MOIS. Zh?)

parfait , bonté suprême , beauté souveraine , source universelle de tous biens, il fait les délices des saints dans le ciel . comment ne ferait-il pas celui des hommessur la terre?

La mesure de cet amour est d'aimer Dieu sans mesure; c'est-à-dire, de l'aimer de tout notre esprit, en contemplant ses perfections adorables ; de tout notre cœur , en lui dévouant toutes nos affections; de toute notre âme , en élevant vers lui tous ses mouvements ; de toutes nos forces , en lui offrant tous les sacrifices : en sorte qu'il n'y ait rien dans nous qui ne ressente , qui ne respire , qui ne cous prêche ce saint amour.

La perfection de cet amour, c'est d'aimer Dieu uniquement pour lui-même, parce qu'ilestbon, saintet parlait, sansaucunretour propre sur nous et sur notre bonheur, quoique notre bonheur se trouve nécessairement dans cet amour divin. Dieu ne mérite-t-il pas d'être infiniment aimé par luimême? et faut-il d'autre motif pour exciter cet amour , que cet amour même et l'objet infini qu'il présente?

La générosité de cet amour : il doit être tellement ferme , invariable et constant , qu'il surmonte tous les obstacles , qu'il résiste à tous les efforts , et que nouspuissions

S Uk RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS^

tous dire dans les excès et les saints transports de saint Paul : Qui pourra nous séparer jamais de la charité de Jésus-Christ ?, sera-ce la tribulation , la faim , la nudité ,: les dangers ? Non , je suis assuré que ni la1 vie , ni la mort , ni les choses présentes , ni les futures , ni aucune créature ne me sépareront jamais de la charité de Jésus-Christ; c'est là ce que peut espérer de la bonté et de la grâce de Dieu toute âme qui est sincèrement résolue d'être toute à lui, et den^ vivre que pour l'aimer.

Les effets de cet amour : il consacre à,; Dieu tous nos sentiments, il purifie toutes nos affections , il ennoblit tous nos motifs ; il élève et sanctifie toutes nos actions: les plus légères, les plus indifférentes en ellesmêmes , si elles sont animées du motif de cet amour divin , et ornées de son éclat , dès-lors elles sont grandes, nobles, sublimes, toutes divines aux yeux de Dieu même.

La durée de cet amour : il doit durer non-seulement toute notre vie et au-delà de notre vie, mais au-delà de tous les temps -et de tous les siècles , jusque dans l'éternité même , où , loin de cesser comme la foi et Tespérance , cet amour prendra de nouvel-

les ardeurs , sera animé de nouveaux transports, embrasera les cœurs de nouvelles flammes, et les flammes dureront, se renouveleront, se perpétueront autant que Dieu sera Dieu.

2° Un Dieu, Être suprême, Être des êtres, premier principe, fin dernière de tout : voilà le digne objet proposé à notre amour; en s'éloignant de ce digne objet, le cœur humain court à des objets créés , périssables , trompeurs ; et que irouve-t-il dans eux? toujours le néant et le vide, toujours le dégoût et l'amertume: souvent le danger et le crime ; enfin , le malheur et s Je comble de tous les malheurs.

O cœur humain ! quand est-ce que , déi trompé de toutes les illusions, tu sauras te fixer dans le seul objet capable de remplir, tes vœux et de satisfaire à l'immensité de tes désirs? Ton Dieu t'invite à l'aimer, te presse de l'aimer , t'assure que tu trouveras ton bonheur en l'aimant , et tu te refuses à ses sollicitations amoureuses pour courir, après l'illusion du mensonge !

Ajoutons enfiu , ce qui est peut-être le plus essentiel pour nous, la nécessité absolue de l'amour divin: nécessité tellement

Su 6 RÉFLEXIONS ET SENTIMENTS, RtC

indispensable , que si nous n'aimons pas Dieu, nous manquons au plus grand des devoirs, nous violons la plus sainte des lois , nous nous égarons de la voie du salut : si nous n'aimions pas Dieu , et que nous vinssions ù mourir dans cet état, il aurait mieux valu pour nous n'avoir jamais été conçus.

En un mot, il fautabsolument nous résoudre ou à brûler des flammes de l'amour divin en ce inonde , ou à êlrc éternellement consumés des flammes de l'enfer dans l'autre.

Ah! disons dans toute l'étendue de nos sentiments avec David: Diligam te, Domine: que je vous aime, Seigneur mon Dieu ! que je vous aime.

Disons , dans l'amertume de notre cœur, avec saint Augustin : Sera te cognovi 3 sera te amavi : que c'est bien tard que je vous ai connu ! que c'est bien tardqueje vous aime !

Ajoutons avec un autre grand saint : Amorem lui solum cum graliâ liuî miki dones, et dires snm salis. L'unique grâce que je Vous demande , ô mon Dieu ! c'est de vous aimer : avec cet amour je suis plus riche que si je possédais tous les trésors du monde.

Diligam te , Domine. ( Psaf. 17. ) Que je vous aime, ô mon Dieu ! à présent et à jamais. Ainsi soit— il.

PARAHIRÀSE

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