CINQUIÈME LECTURE SUR LA PROVIDENCE
Il y a une Providence : il faut la reconnaître; il faut s’y soumettre ; il faut la seconder.
Il y a une Providence : les preuves en éclatent dans tout: on les trouve dans Dieu, dans le monde et dans nous-mêmes. Dans Dieu, les lumières de la raison la découvrent dans son essence; dans le monde, la vue de cet univers la rend sensible à nos yeux; dans nous-mêmes, le sentiment intime nous la démontre.
4° Cette vérité es:entielle est puisée dans le sein de Dieu même. il y a un Dieu; s’il y a un Dieu, il y a un être infini-
Dieu ! de m'ases divines lus ombres de la e dois-je pas CONNAISSANCE ?
iS je sens aussi oit d'exiger de rherai de vous
hommage d'atfl'oublierai rien n, toute ma vie ai de l'honorer luite ; elle sera s choses selon s de cet esprit ma vie elle soit r mes derniers e dans le sein
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ment parfait; s’il y a un être infiniment parfait, il est infiniment sage, il est infiniment bon, il est infiniment puissant. S'il est sage, il doit connaître l'ordre; s'il est bon, il doit aimer l'ordre : s'il est puissant, il doit établir l'ordre,
© L'ordre établi est l'effet primitif et immédiat de la Provi-
dence; il y a done une Providence, S'il y a un Dieu, il est la tin de toutes choses, comme il en est le premier principe. S'il en est la fin dernière, il doit les conduire infailliblement à leur terme : pour les y “conduire, il faut choisir et diriger les moyens : choisir les moyens os la tin, diriger es moyens à la fin, c'est l'effet propre de la Providence, [Ty à donc une Providence.
Je demande : Dieu est-il partout? ou l'immensité a-t-elle cessé d'être immense? S'il est partout, partout il voit, il connaît, il agit, il conduit : voir, ar agir et conduire en Dieu, qu'est-ce autre chose que la Providence ? Ebranler cette vérité, ne serait-ce pas saper le fondement et la base de toutes les autres, et plonger l'univers dans un chaos, une confusion plus triste encore que le néant dont il a été tiré?
2° Et comment la Providence pourrait-elle échapper aux lumières de notre raison, puisqu'elle se rend comme palpable à nos sens dans la structure de l'univers? Et qui pourra, disait le Prophète, qui pourra faire taire l'admirable concert que les astres forment entre eux sur nos têtes? Concentum cœli quis dormire faciet (1)? Quand, dans une puit tranquille et un air serein, je viens à lever Les yeux au ciel, Je vois le spectacle que présente le firmament, Île nombre infini d'étoiles qui marchent comme en ordre de bataille, rangées sous les étendards de la Providence qui les conduit; l'éclat vif et animé de ces astres comme autant de brillantes fleurs parsemées dans le ciel; la régularité admirable de leurs mouvements : à telle heure tel astre doit paraître, le voilà qui brille; à tel temps il doit se coucher, 1 a disparu : la constance et la perpétuité de leur cours; depuis le commencement du monde, sans interruption et sans intervalle , on les voit commencer et finir leur cours. Et quelle orelile assez assoupie pour ne pas entendre la mélodie de cet ineffable concert ?
Du ciel portons nos regards sur la terre. Quel nouveau témoignage à la Providence dans cette varièté admirable d'objets, de plantes, de fruits, d'animaux dont elle est couverte! les fleuves divers, qui, comme autant de veines, ar-
(4) Job, xxx vi.
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rosent le corps immense de la terre altérée, ces arbres chargés de fruits, ces prairies émaillées de fleurs! Que penser de celle constante diversité des saisons ? Avec quelle justesse elles partagent l'année, comme si elles l'avaient pesée dans la balance! Ne semble-t-il pas, dit saint Chrysostome, que ce sont comme quatre sœurs qui ont partage l'héritage de leur père entre elles, et qui, contentes de leur partage, se renferment religieusement dans leurs bornes, et s'accordent à nous faire part tour à tour de leurs dons? Le printemps ranime la terre, et la couvre d'une aimable verdure. L'été dore les campagnes d’une riche moisson. L'automne cueille les fruits dans son abondance, L'hiver en jouit dans le sein du repos. Ce concert est-il moins admirable que celui du ciel ?
Je me transporte enfin sur le bord d’une vaste mer. Quel nouveau théâtre de la Providence, dans sa profondeur et son étendue, dans son calme et ses agitations! Tantôt paisible et tranquille, elle me donne une image de la paix inaltérable de son auteur; tantôt agitée et en fureur, elle me fait trembler sous sa main redoutable : toujours resserrée dans ellemême, elle me fait adorer les sages dispositions de la Providence, qui la contient dans ses bornes. Je vois des flots immenses s'élever, semblables à de hautes montagnes : trois grains de poussière arrêtent la fureur des flots : ils viennent se briser sur le rivage et respecter l'ordre que la Providence y a tracé sur le sable : Huc usque venies (1).
O vous qui refusez à la Providence l'hommage de vos adorations, eh bien! doutez-en, à la bonne heure; mais auparavant files taire cet admirable concert qui règne dans les créatures, éteignez les célestes flambeaux qu'elle a allunés sur nos têtes; dites à la nuit de ne plus annoncer le jour; renversez tout ordre de temps, de saisons, de production sur la terre; rompez les digues de la mer; et, pour dire quelque chose de plus, faites régner dans l'univers le désordre qui règne dans votre cœur; et alors dites dans la licence effrénée de vos jugements : Ÿ a-t-il une Providence? Que si, au contraire, votre raison ne peut en venir là; si elle vous force même à reconnaître une Providence dans l’univers, unissez votre voix à celles de toutes les créatures qui forment cet adorable concert de louanges à sa gloire : Concentum cœli.
30 Ecoutons une voix encore plus éloquente, la voix du sentiment intime qui s'élève dans nous; car ici il n’est point
(1) Job, xxxvu.
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L'AME ÉLEVÉE A DIEU. 39 besoin de raisonnement; tout ce que nous avons à craindre, c'est de trop raisonner. Le premier coup d’æil décide en faveur de la Providence. Eh! qui pourrait se refuser à la simplicité de cette preuve de sentiment? Je vois une famille réglee dans le sein de la paix qui y réside, et je dis : Fly à un chef qui préside. Je vois un Etat tranquille; les arts, les lois, la justice, y dominent, et font respecter leur empire; et je dis : Il y a un roi qui gouverne. Je vois un troupeau paissant dans d'heureux paäturages, réuni sous la même houlette, à couvert de la dent du loup ravisseur, et je dis : { y a un pasteur vigilant qui le conduit. Je vois un vaisseau en pleine mer avancer à voiles déployées, arriver heureusement au port, et je dis sans hésiter : Il y a un pilote habile qui tient le gouvernail en main. Et en même temps je vois l'univers comme suspendu et balancé dans les airs: et dans cet univers, l'ordre, la beauté, la variété, la régularité, la constance; et l’on dira : C'est le hasard! O hasard! que tu es sage, que tu es éclairé! que tu es constant! Je dirais presque : Que tu es divin! Mais en disant : C'est le hasard, pense-t-on le persuader aux autres? peut-on se le persuader à soi-même? Le sentiment intime du cœur ne réclame-t-il pas contre le langage trompeur de la bouche ? Et dans combien d'occasions ce témoignage intérieur ne nous arrachet-il pas comme malgré nous l’aveu de la Providence ? Dans un danger subit, un accident imprévu, on lève les yeux au ciel : Mon Dieu! s’écrie-t-on aussitôt. Et pourquoi lever les yeux vers le ciel, si l’œil de la Providence est fermé ? Pourquoi l'invoquer, si elle n'a point d'oreilles pour nous entendre?
Ah! mon Dieu, devons-nous nous écrier avec le Prophète; oui, sans sortir de soi-même, je trouve les preuves sensibles de la Providence. En vain voudrais-je douter et lui résister, elle triomphe de mes doutes et de mes résistances ; et tous mes efforts, devenant inutiles, ne serviraient qu'à graver plus avant ce témoignage dans mon cœur, et à me faire conclure : Il y a donc dans cet univers une intelligence qui préside, un œil qui voit, un bras qui opère, une sagesse qui dirige, une force qui soutient, une éternité aui conserve : c'est-à-dire une Providence qui voit tout, qui préside à tout, qui dispose de tout: il faut donc la reconnaître et l’adorer : il faut s’y soumettre et la seconder. C'est la conclusion de toute âme sage. Toute autre conduite est l’aveuglement le plus déplorable dans l'homme, et peut-être la punition de Dieu la plus redoutable.
Ram