‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 112 sur 119 · LE PARDON DES ENNEMIS ET LA CHARITE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LE PARDON DES ENNEMIS ET LA CHARITE CHRÉTIENNE

La méditation des fins dernières doit conduire à la pratique des œuvres saintes : une des plus essentielles, c'est la charité et le pardon des ennemis.

C'est Jésus-Christ même qui, revêtu de tout le poids de son autorité, nous ordonne expressément de pardonner à nos ennemis, et mème de les aimer en chrétien : Ego autem dico vobis, diligite inimicos vestras (1), nous dit-il à tous. Bien des voix étrangères se feront entendre pour vous séduire. Le monde, toujours pervers, vous dira : Vengez-vous. La passion, aigrissant le cœur, vous dira : Vengez-vous. La coutume, tàchant de prescrire contre la loi, vous dira: Vengez-vous. Et moi votre Dieu, votre Roi, votre Maitre, je vous dis en souverain, et sous peine de tous mes anathèmes : Pardonnez; me vous en tenez pas même là, aimez vos ennemis : Diligite. Faites du bien à ceux qui vous haïssent et qui vous persécutent : Benefacite iis qui oderunt vos. Imitez votre Père céleste, qui fait lever son soleil, et qui répand une pluie salutaire non-seu-

(1) Luc., vi.

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lement sur les justes qui l’aiment, mais encore sur les méchants qui l'offensent : So/em suum oriri facit super bonos et malos (1). Voilà l'oracle, voilà le précepte. C’est un Dieu qui nous l'intime sous peine d’une damnation éternelle. Ecoutez-le et pensez-y bien.

Dans la pratique, voici l'obligation indispensable qui est imposée à tout chrétien.

Oëligation de réconciliation avec son ennemi, et de se réconcilier sincèrement et de cœur.

Obligation de paraitre réconcilié, d’en donner des marques; et si l'inimitié a été publique, que la réconciliation paraisse publique elle-même.

Obligation d'aimer ses ennemis, de leur vouloir du bien, de leur en souhaiter, de leur en faire même, si on le »eut, s'ils le demandent au nom de Jésus-Christ, etc. |

Obligation de prier pour eux, de s'intéresser pour eux devant Dieu; ce point est essentiel et expressément marqué dans la loi. Orate pro persequentibus et calumniantibus vos.

Telle est l’obligation , la nécessité, l'étendue, la sainteté, la perfection de la loi.

Précepte si grand, que Dieu l’a porté dans les termes les plus énergiques : Ego autem dico vobis ; précepte si pressant, que Dieu ne veut pas que le soleil se couche sur votre colère : So/ non occidat super tracundiam vestram (2); précepte si sacré, que, quand même vous seriez au pied de l'autel pour offrir votre sacrifice, Dieu veut que vous laissiez le sacrifice et l'autel pour aller vous réconcilier avec votre frère : Vade prius reconciliari fratri tuo; précepte si essentiel, que sans son accomplissement on ne peut avoir part aux sacrements de l'Eglise, et que, si l'on en approche dans cet état, la réception du sacrement devient sacrilége. Entin, précepte si indispensable, que, si on ne le remplit, on ne peut pas même faire la prière de chaque jour sans se condamner soimême, sans prononcer des anathèmes et des malédictions contre soi. Que dites-vous dans votre prière de chaque jour? Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus (3) : Pardonnez-nous comme nous pardonnons. Si donc vous ne pardonnez pas à vos ennemis, vous demandez que Dieu ne vous pardonne pas à vousmême. C'est comme si vous lui disiez : Seigneur, frappez-moi, vengez-vous de moi, faites éclater sur moi votre colère, lancez sur moi vos malédictions, armez-vous de votre foudre pour m'écraser. Et quand est-ce qu'on fait à Dieu cette horrible prière ? toutes les fois que l’on prie ayant la haine, la vengeance, l’animosité dans le cœur. Vous demandez alors que les fléaux que vous voudriez voir fondre sur votre ennemi vinssent fondre sur vous : pensez-y et tremblez.

O enfants du Père céleste, pardonnez donc à vos ennemis; c’est votre Dieu même qui vous l'ordonne.

Mais pardonnez sincèrement, et ne gardez dans le cœur ni ressentiment ni rancune.

Mais pardounez universellement, et n'exceptez personne, parce que la loi renferme tout le monde.

(4) Matth., ur. — (2) Eccles., ir. — (3) Matth., vi.

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Mais pardonnez promptement; ne différez pas un instant, de peur que, l'instant suivant, la mort ne vous surprenne.

Mais pardonnez constamment ; et le sacrifice une fois fait à Dieu, qu'il soit fait pour toujours.

En un mot, pardonnez comme vous voulez que Dieu vous pardonne: ainsi accomplirez-vous la loi ; ainsi attirerez-vous les grâces de Dieu; ainsi imiterez-vous votre Sauveur ; ainsi mériterez-vous la couronre et la récompense. Si vous y pensez, pourrez-vous ne pas pardonner ?

Pensez-y bien.

Si vous refusez de pardonner à votre frère, jamais Dieu ne vous accordera le pardon.

HISTOIRE

Le frère de saint Jean Gualbert fut assassiné par un de ses ennemis. Cet homme peter s'étant ensuite rencontré avec Jean Gualbert bien armé, dans un endroit où ni l'un ni l’autre ne pouvaient s’éviter, ce meurtrier se voyant perdu , se prosterna les bras en croix ; et conjura son ennemi, au nom de Jésus-Christ mourant sur la croix, de lui sauver la vie, Gualbert, touché du spectacle, lui pardonne, l'embrasse, et va faire sa prière devant un crucifix dans une église voisine. Dès ce moment il quitte ses habits militaires, il renonce au monde, et se fait religieux: c'est lui qui devint ensuite le fondateur de l’ordre de Vallombreuse.

RÉFLEXIONS

Quel exemple et quels sentiments !

Pensez-y bien, et voyez si les vôtres sont aussi chrétiens. Pardonnez-vous sincèrement et de cœur à vos ennemis? Aimez-vous votre prochain comme vous-même ? et considérez-vous dans lui la personne de Jésus-Christ même ?

Pensez-y, et jugez-vous devant Dieu.

Chrétiens, enfants d’un même père, aimons-nous les uns les autres: aimons-nous en Dieu et pour Dieu : aimons-nous sincèrement, eflicacement, constamment : aimons-nous en ce monde, pour nous réunir à jamais dans l’autre.

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