‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 31 sur 119 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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sions, il fait le sacrifice comme sans peine, il est aveuglé sur sa perte; mais, lorsque les yeux dessillés par la mort lui feront apercevoir la grandeur du bien perdu, l'indignité du bien préféré, le néant de tout bien auprès de ce bien suprême : ah ! quels seront alors son étonnement, son regret et son désespoir ! Quoi! pour des biens périssables, des biens d'un moment, des plaisirs trompeurs et toujours mêlés d'amertume, m'être privé des biens véritables, des biens immortels! avoir pu me sauver, et m'être damné, et damné pour des riens!

J'ai perdu Dieu par ma faute. Si, contraint par une fatale nécessité ; si, conduit par un implacable destin, on était tombé dans l'enfer; si l’on s'était perdu parce qu'on ne pouvail se sauver ; si, victime dévouée de la fureur de Dieu, on n'avait pu éviter son malheur, on pourrait maudire son sort sans s'en prendre à soi-même. Mais non; dans l'abîme de ses maux, le réprouvé voit qu’il ne peut s'en prendre qu’à lui, obligé de dire à sa confusion et d'avouer, dans son désespoir, qu'il n’est malheureux que parce qu'il a été coupable, qu'il est damné, et qu'il pouvait se sauver.

J'ai perdu Dieu, et je l'ai perdu par ma faute. Qu'est-ce que Dieu n'a pas fait pour me sauver? Manquais-je de secours et de [moyens de salut? Que de grâces! que de lumières ! que de saintes inspirations ! que de bons désirs! que de remords touchants! Parents chétiens. éducation sainte, horreur naturelle du péché, crainte salutaire de Dieu imprimée dans mon cœur, j'ai abusé de tous ces moyens, j'ai franchi toutes ces bornes, j'ai étoutfé tous ces saints désirs et ces vifs remords; je pouvais me sauver, et je me suis perdu. J'avais devant les yeux tant de bons exemples, j'en étais touché, édifié; le monde même me faisait des leçons capables de me désabuser; il m'ennuyait, il me dégoûtait; il me présentait mille raisons de le détester ; je ne cessais de me plaindre de la rigueur et de la pesanteur de son joug : je faisais de temps en temps des réflexions sur le danger qui me menacait; la mort d’un parent, la conversion d’un ami, me troublaient, m'effrayaient : je pensais à revenir à Dieu; je différais : je me rassurais sur la résolution de faire un jour pénitence; je n’en ai pas eu le temps, ou j'en ai abusé, et je suis damné!

Que fallait-il faire pour me sauver? hélas! souvent beaucoup moins que je n'ai fait pour me perdre. Ah! si tel jour, dans telle occasion, j'avais suivi la lumière qui m'éclairait; si j'avais profité du bon mouvement qui me pénétrait; si j'avais profité de cette retraite où l'on m'invitait;

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si, ce jour de solennité, j'avais approché des sacrements comme j'y étais porté; si j'avais fait à Dieu ce sacrifice qu’il me demandait, actuellement je serais avec les élus dans le “iel, et je suis réprouvé à jamais !

Durant un temps j'avais si bien commencé; j'étais à Dieu ; etj'étais si content! Encore quelques années de persévérance, quelques jours de combats, j'étais sauvé, et je suis damné !

Qu'ilest triste, qu'il est affreux de voir qu'on a été comme environné de grâces, comblé de miséricordes, et, malgré ves miséricordes et ces grâces, d'être réprouvé et à jamais malheureux! Quedesinfidèles et des idolàtres soient damnés, ce sera leur faute, ils ont péché contre la raison, contre leur conscience ; mais des chrétiens! mais moi, né dans le sein de la foi, dans l'éclat des lumières et l'abondance des grâces : malheureux ! je n'ai que trop mérité mon malheur. Je pouvais me sauver, et je suis damné!

3° J'ai perdu Dieu, et je l'ai perdu pour toujours. C'en est donc fait : mon arrêt est porté, mon sort est décidé, mon malheur est à jamais sans ressource; il y a un Dieu, et jamais je ne le verrai! il y a une région des élus, et jamais je n’y entrerai! il y a un bonheur, et jamais je ne le posséderai! Terrible pensée, jamais, et toujours! jamais de consolation, jamais de fin, jamais de miséricorde, jamais de lueur d'espérance! toujours dans les larmes, toujours dans les regrets, toujours dans les souffrances, toujours dans l'amertume et le désespoir! Les années auront passé, les siècles se seront écoulés; le soleil aura mille fois commencé et fini sa carrière ; les royaumes auront changé mille fois de face; et le damné ne fera encore que commencer sa carrière ! Mais quoi! mon Dieu! ne vous laisserez-vous jamais toucher, jamais apaiser? Vous, autrefois si bon, si miséricordieux, si compatissant, ne vous laisserez-vous point attendrir par les cris, les gémissements, les larmes, les soupirs de feu que pousseront des créatures formées à votre image et rachetées de votre sang? Quoi! après des millions d'années et de siècles révolus, votre justice ne sera -t-elle point satisfaite, et quelques lueurs de miséricorde ne viendront-elles point paraître à mes yeux? Non; ce Dieu vengeur sera à jamais sourd à ma voix, et implacable dans ses vengeances. Un mur de division s’élèvera à jamais entre lui et moi ; un nuage sombre et affreux le dérobera sans cesse à mes yeux, un chaos immense nous séparera, nous divisera à jamais. Je lèverai les yeux, et je ne le verrai point; je pousserai des cris, et il ne les entendra point; j'appellerai un père, et je ne trouverai qu’un vengeur.

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Tels seront à jamais le sort et le malheur des damnés. Plus ils avanceront dans le sein de cette éternité. plus Dieu s'éloignera d'eux; jamais il ne leur aura paru plus grand, plus beau, plus parfait, plus digne de leur amour : au milieu même des blasphèmes qu'ils vomiront, ils seront forcés de reconnaître qu'il méritait infiniment d’être aimé. Le cerf altéré qui court après les fontaines, la pierre qui tend rapidement vers son centre. ne sont qu'une image faible de la véhémence avec laquelle cette âme est entraînée vers son Dieu. Elle le cherche, elle le désire, elle soupire malgré elle vers lui; mais ce Dieu irrité se soustrait à la véhémence de ses désirs; une main invisible semble attirer cette âme vers Dieu, et une main vengeresse et implacable l’arrête et la repousse à l'instant. Quel tourment comparable à la violence de ce tourment! ne désirer qu’un objet, s’y porter avec la plus vive ardeur, et ne pouvoir Jamais le posséder. Se voir dans la nécessité fatale de le désirer avec la dernière violence. et être dans l'impossibilité absolue de s'unir à lui : toujours attirée, et toujours rebutée ; toujours poussée vers le ciel. et toujours repoussée dans l'enfer : quel orage, quelle tempête n’exciteront pas dans cette âme des sentiments si contraires et si violents, tant d'amour et tant de haine, tant de désirs et tant de rebuts, tant d’ardeurs et tant de froideurs. Toujours unie à Dieu par l'instinct de la nature, et toujours séparée de Dieu par l'opposition du péché. Ainsi partagé entre Dieu et lui-même, le réprouvé veut, et ne veut pas; il tend à Dieu, et il s’en éloigne ; il l'aime, et le hait; le fuyant comme son ennemi, et forcé de l'aimer comme son principe, également malheureux et dans le désir extrême qu'il aurait de le posséder et dans l'impossibilité éternelle de Jamais l’obtenir.

Aussi, dans cet état violent et funeste, le pécheur, se voyant abandonné de Dieu , éloigné de sa fin, sans remède, sans ressource, sans espérance, se livre lui-même, à toute l'horreur de son désespoir; et, par un excès de fureur et de rage, il tourne ses armes contre lui-même ; il maudit son sort; il voudrait arracher et déchirer son cœur; il voudrait périr, s’anéantir; il en vient jusqu’à s’élever contre Dieu même et à vomir contre lui des horreurs, des imprécations. des exécrations, des blasphèmes. Dieu irrité et implacable! venge-toi par la destruction de mon être : qu’un coup favorable de tes vengeances m'anéantisse à jamais; rassemble sur ma tête tous les tourments, mais extermine-moi, el coupe jusqu’à la racine de mon être. Maudit cet être que j'ai reçu! maudit le sein qui m'a porté! maudit le jour fu-

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