‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 35 sur 119 · SUR L'ESPRIT DE PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SUR L'ESPRIT DE PÉNITENCE

Il y a deux sortes de pénitences consacrées dans la religion : la pénitence extérieure et des sens, la pénitence intérieure et du cœur, l'une et l’autre nécessaires et indispensables. Nous sommes chrétiens : la pénitence est l'apanage de notre religion. Nous sommes pécheurs : la pénitence est la peine de notre péché.

Pénitence extérieure et des sens, qui mortifie, qui afflige le corps. C’est une illusion dangereuse, et cependant une illusion bien commune, de penser que la pénitence intérieure suflise au pécheur, et que la pénitence extérieure et des sens ne soit pas absolument nécessaire pour expier le

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péché : erreur funeste, que la raison désapprouve, que l'Evangile condamne! Il est vrai que la pénitence intérieure est plus excellente et plus méritoire; mais il n’est pas moins vrai que la pénitence extérieure est nécessaire et indispensable.

C'est une maxime fondamentale dans la morale chrétienne, que le péché ne peut être expié que par la pénitence, et que tout ce qui a été infecté par le péché doit être purifié par la pénitence. Suivant ce principe, le corps a contribué au péché, le corps doit donc être puni. Le corps a souvent été le complice du erime, il doit participer à la pénitence. L'Apôtre ne l’appelle pas autrement qu'un corps de péché: il en à été l'instrument et l'organe, il en doit être la victime et l'objet.

Tout l'Evangile, toute l’Ecriture sainte, nous prèchent la pénitence du corps avec celle du cœur; chaque page annonce celle vérité et impose cette obligation : Quiconque veut étre mon disciple, dit le Seigneur, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix, el qu'il me suive. Le royaume du ciel se prend par la force, et on ne l'emporte que par la violence. Oh! que le chemin qui mène à la vie est étroit, et qu il y en a peu qui y entrent! Non, je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre. En sorte que l'Évangile nous met à tous, en quelque manière, le glaive à la main, pour nous armer contre nous et nos corps, et nous faire à nous-mêmes une guerre continuelle. Tels sont les oracles de la Vérité même.

Formé à cette école de mortitication et de pénitence,. saint Paul explique plus clairement encore ces oracles divins.Tous ceux, dit-il, qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises. Ce n’est pas seulement le cœur qui doit être crucitié, mais encore la chair, cette chair criminelle, toujours rebelle à l'esprit, toujours excitant une guerre intestine entre l'esprit et le corps. L'obligation que saint Paul imposait aux autres, il la prenait sur lui-même. « Je châtie mon corps, disait-il, et je le ré- « duis en servitude, de peur que, après avoir préché le sa- « lut aux autres, je ne sois réprouvé moi-même : j'accom- « plis en moi ce qui manque à la passion de mon Dieu, c'est « de m'en faire l'application par une peine personnelle : » Adimpleo ea que désunt passionum Christs.

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æeur. On les voyait, le corps exténué de jeûnes, de veilles, de macéralions, se consacrer à une pénitence continuelle : leurs membres déchirés, leurs visages pâles et défigurés annonçaient les rigueurs qu'ils exerçaient sur eux-mêmes : après toutes ces austérités et ces combats, ils tremblaient encore, et ils se demandaient les uns aux autres, plus par leurs soupirs que par leurs discours entrecoupésde sanglots : Espérez-vous qu'après nos péchés Dieu voudra un jour nous faire miséricorde? Hélas! à mon Dieu! avons-nous la même foi qu'eux ? suivons-nous le même Evangile ? espérons-nous le même ciel et la même récompense ?

Que si ces exemples touchants ne suffisent pas, et s’il faut un motif encore plus pressant, allons sur le Calvaire, portons les yeux sur Jésus-Christ même, le grand, le divin modéle que nous devons suivre, si nous l’adorons. Ab! que vois-je, Ô mon adorable Sauveur! dans quel état êtes-vous réduit, et quel spectacle présentez-vous aux yeux étonnés de la foi! Votre tête couronnée d'épines, vos yeux noyés dans les larmes, votre bouche abreuvée d'amertume et de fiel, vos mains percées douloureusement , votre cœur lui-même percé d’une lance, tout votre corps déchiré et ensanglanté, vos plaies profondes comme autant de voix touchantes et éloquentes, la voix même de votre sang : tout cela, si nous voulons l'entendre, que nous annonce-t-il, si ce n’est la mortification du corps et des sens? Et si nous ne l’entendons pas, membres délicats sous un chef couronné d’épines. ne semblons-nous pas renoncer à notre foi ?

À cette vue, si on est chrétien, dira-t-on encore ce qu’on dit quelquefois dans le monde? Les austérités, les mortifcations ne sont pas de notre état: c’est le partage des clottres et des déserts. Langage de l'illusion! la religion l’a-t-elle jamais connu? ne l’a-t-elle pas toujours détesté? Comme si les attaquesdes passions et des sens étaient moins fréquentes, moins dangereuses dans le monde; comme si les péchés ne devaient pas être expiés dans le monde par la pénitence; comme $ dans le monde on était dispensé de la loi générale qui ordonne aux chrétiens de porter leur eroix, de crucifier leur chair, de se renoncer eux-mêmes, d'entrer dans la voie étroite; comme si les pénitences corporelles n'étaient pas encore plus nécessaires aux pécheurs dans le monde qu’à des âmes souvent imAocertes dans la reñigiet : c’est-à-dire comme si ies remêdés; élaierit froins néessaires aux malades qu'à 'cèux. qui jduissent dé hssanté ; comme si, parce qu'on est plus pécheur, an devrait.étre-meins pénitent. En un mot, qu'on, cons'äère ls mortificafions corporelles ou

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comme précautions pour préserver du péché, ou comme pénitence pour l’expier, à ce double titre n'est-il pas évident qu'elles sont plus indispensablement nécessaires dans le monde que dans les cloîtres et dans les déserts ?

L'état dans le monde, dit-on, ne les supporte pas; qu'on sache bien que le premier état est celui de chrétien, et le second celui de pécheur, et en conséquence de pénitent. Les saints, dans le monde, étant sous la pourpre et sur les trônes, ont pratiqué la pénitence et les mortifications ; et par les mortifications et par la pénitence ils ont consacré le trône et la pourpre. C'était pour eux une moindre gloire d'être grands et d'être rois que d’être pénitents ct chréliens.

Que dit-on encore? et qu'est-ce que l'amour-propre n'inspire pas contre la pratique des pénitences? La santé ne les permet point, ajoute-t-on; Dieu ne demande pas l'impossible : mais la santé ne permet-elle rien ? ne permet-elle que ce qu'on fait? ne se flatte-t-on point? ne s'écoute-t-on point en fait de santé? n'est-ce point un prétexte plutôt qu'une raison? Mais, malgré ce peu de santé, ne pourraiton pas retrancher quelque chose de son sommeil, se priver de quelque chose dans les repas, s’assujettir à quelque travail des mains et à quelque occupation journalière, endurer quelque chose de la rigueur des saisons, supporter quelque incommodité sans tant s’en plaindre? Et tant d’ornements, tant de parures, tant de superfluités, tant de vanités, tant de délicatesses, ne pourraient-elles pas fournir matière à quelque sacrifice ?

Quoi qu’il en soit, Dieu ne demande pas l'impossible : mais Dieu jugera un jour de cette impossibilité. Car ce qu'il y a d'étonnant et de déplorable en ce point, c’est que bien souvent on ne peut rien souffrir pour Dieu, et on est en étal de tout souffrir pour le monde : on veillera, on pourra donner des nuits aux jeux et aux amusements, et on ne pourra pas donner une heure à la prière, à une lecture de piété. On sera en état de courir tout le jour pour vaquer à une aflaire ou contenter une passion, et on ne pourra pas s’assujettir à une visite au pied des autels : c’est-à-dire qu’on n’a ni santé ni courage pour être pénitent de la religion de Jésus-Christ, et on en à pour être pénitent et martyr du monde et du démon.

0 Dieu ! quel aveuglement! O chrétiens ! quel désordre et quel crime! Membres de Jésus-Christ, revenons à notre chef et à notre modèle, et, prosternés au pied de sa croix, et à la vue de ses souffrances . de ses plaies, de ses membres

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ensanglantés, de son corps déchiré, disons-nous : Voilà notre modèle; et si, le pouvant, je ne l'imite pas, voilà mon juge. voilà ma condamnation. Tout corps de péché est dévoué à la pénitence; et si le feu de la mortification ne le purifie pas en ce monde, le feu vengeur le consumera à jamais dans l’autre. Voilà l'Evangile, voilà la loi ; là-dessus jugeonsnous nous-mêmes, ou attendons-nous un jour à être jugés. Ce qu'il y a de sûr, c’est qu'il n'y a que deux voies pour aller au ciel : l'innocence ou la pénitence; si nous avons perdu l'une, que nous reste-t-il, que de nous condamner à l'autre ?

MÉDITATION SUR LE MÊME SUJET

C'est un cœur pénitent et contrit que je viens vous offrir, à mon Dieu! ou plutôt que je viens vous demander à vousinème pour vous l’offrir : daignez le former en moi. Le péché est l'ouvrage de l'homme : la douleur du péché ne peut être que l’ouvrage de votre grâce, qui l'engage à la péniience. Faites, à mon Dieu! que j'en connaisse la nécessilé, que j'en prenne les sentiments, que j'en accomplisse les œuvres.

Quelle est la nécessité de la pénitence intérieure ? premier point : quels en sont les sacrés caractères ? second point.

PREMIER POINT

Pénitence intérieure et de cœur. C’est surtout le cœur qui a péché, c’est surtout le cœur qui doit être puni; c’est le cœur qui a goûté une funeste complaisance, c'est le cœur qui doit éprouver une salutaire amertume. C'est dans le cœur, nous dit Jésus-Christ, qu'ont été conçus les désirs coupables, les affections déréglées , les projets criminels; c'est du cœur que doivent sortir les regrets, la componction, les soupirs. C'est sur cet autel du cœur que doit être immolée la victime; et la victime qui doit être immolée c’est le cœur lui-même; c'est le premier holocauste que Dieu exige, et sans lequel tous les autres sont rejetés comme défectueux.

Si l'on connaissait bien ce que c'est que Dieu et ce que c'est que le péché, aurait-on besoin d'être excité à la douleur et au repentir? Ah! si le cœur est sincèrement péni-

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tent, quels mouvements secrets, quels sentiments douloureux ne concevra-t-il pas à la vue d'un Dieu si grièvement offensé, et de tant de péchés malheureusement accumulés ! Qu'il est triste, qu'il est amer, quand on vient à ouvrir les veux sur ses péchés, de voir que toute la vie n’a été qu'un égarement continuel, qu'on n'a travaillé qu'à sa perte, qu'on n’a vécu que pour pécher, qu'on s’est éloigné de son Dieu et de sa fin dernière, qu'on a abusé de ses dons, qu'on a toujours couru en aveugle dans la voie de la perdition, que tous les jours que l’on a vécu ont été couverts de ténèbres!

Que de réflexions accablantes se présentent alors à l’esprit pour affliger le cœur ! les vingt, les trente années sacrifiées au monde, données aux passions, perdues pour le salut et l'éternité. Vous m'en demanderez compte, de ces années, à mon Dieu! elles sont inarquées dans les trésors de votre vengeance : il me reste à en subir les rigoureux châtiments; je le mérite, et je m'y soumets; il est juste que vous soyez satisfait, et que je sois puni : trop heureux que ce soit en ce monde! Punissez-moi, juste juge! j'y consens; mais punissez-moi dans votre miséricorde, et non dans votre colére.

O douleur! à repentir! se dit alors une àme pénétrée : où était ton Dieu, et qu’étais-tu envers lui? Tu t'es servie de ses propres dons pour l’offenser : tu as pu vivre dans sa disgrâce sans te mettre en peine de l’apaiser et de revenir à lui; il sera dit éternellement que les plus précieux jours de ta vie ont été employés à le fuir et à l'offenser. De quel œil te regarde-t-il à présent? A-t-il écouté tes soupirs? a-t-il reçu tes regrets ? a-t-il accepté ta pénitence? Quel état! quel malheur pour toi! jamais tu ne seras assurée d’avoir retrouvé Celui que le péché a banni de ton cœur. O retour amer ! Ô moment douloureux ! mais retour et douleur nécessaires, [l faut que ce qui a fait le plaisir du coupable devienne son supplice ; il faut que le triste souvenir du péché purifie l'âme par son repentir; il faut qu'une amère douleur de s'être éloigné de Dieu répare la satisfaction criminelle de s'être attaché à la créature. Tels ont été de tout temps les sentiments des vrais pénitents. On en a vu, dès le commencement de leur conversion, pénétrés d’une tristesse si vive, plongés dans un accablement si profond, pousser des soupirs si violents, si amers, qu’il semblait que le cœur, ne pouvant soutenir ses transports, allait se fendre et se briser de douleur. Heureuse l'âme qui conçoit de pareils sentiments! Que vous devez en être glorifié, Ô mon Dieu! et

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