MÉDITATION SUR LES SOUFFRANCES DU JUSTE
O mon âme, ranimons notre foi : elle est nécessaire pour entrer dans les vues de Dieu sur les souffrances du juste, et pour admirer les salutaires effets qu'elles produisent.
Par les souffrances Dieu éprouve la vertu du juste, Dieu purifie la vertu du juste, Dieu affermit la vertu du jus'°. Dieu augmente et perfectionne la vertu du juste. Précicux avantage que le juste même trouve dans les souffrances! et dès lors, Ô mon Dieu! loin de nous plaindre et de nous affliger, ne devons-nous pas regarder les souffrances comme autant de grâces? Soutenez-moi, grand Dieu, dans une con-
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4° Par les souffrances Dieu éprouve la vertu du juste. Ainsi a-t-il éprouvé celle de Job, en lui enlevant tout ce qu'il avait dans le monde; celle d'Abraham, en lui ordonnant de lever le glaive sur son propre fils; celle de Tobie, en le privant de la lumière : ainsi éprouve-t-il encore tous les jours les âmes justes qu'il trouve dignes de lui : Quia acceptus eras Deo, necesse fuit ut tentatio probaret te (4). Mille fois nous avons protesté à Dieu que nous lui serons fidèles ; que nous perdrions mille vies plutôt que de lui déplaire; que ni la vie, ni la mort, ni le monde, ni l'enfer, ne pourraient nous séparer de lui : ces promesses lui sont agréables, sans doute, mais il veut s'assurer si elles sont bien sincères, et si les effets répondront aux paroles : en un mot, il veut un autre témoignage que celui de notre bouche, et ce témoignage, cest dans les souffrances que nous devons le lui rendre. Disons mieux, ce n’est point proprement Dieu qui veut éprouver notre vertu : il connaît notre cœur; mais il veut que le juste se connaisse, s’éprouve lui-même. Combien de fois nous flattons- nous, nous trompons- nous sur les dispositions de notre cœur ! David, éloigné des occasions, avait assuré que rien ne serait capable de l’ébranler, et David, dans l’occasion, succombe malheureusement. Fallût-il mourir avec vous, d mon Dieu, je vous suivrais partout, disait saint Pierre; et la voix d'une servante suffit pour le rendre apostat de sa foi. Combien de justes qui, loin des dangers, se croient inébraniables, et qui dans l'orage des tentations ont fait un triste naufrage! Apprenons, âmes faibles, à nous connaître et à nous défier de nous-mêmes, jusqu’à ce que l'épreuve des afflictions nous rassure et rende à notre vertu un témoignage plus certain.
Hélas! combien de fois ai-je fait au pied de l'oratoire les plus saintes résolutions! Combien de fois me suis-je cru en état de tout entreprendre, de tout souffrir pour vous, Ô mon Dieu! et à la moindre occasion tous mes projets se sont évanouis et toute ma constance s’est démentie.
2 Par les souffrances Dieu purifie la vertu du juste. Le juste, dit l’Esprit-Saint, tombe sept fois le jour : c’est-àdire que, quelque juste que soit l'homme, il a toujours bien des choses à se reprocher devant Dieu. Il a souvent certaines affections trop naturelles du cœur, je ne sais quel penchant au mal, quel attachement aux choses créées, et plus encore
(4) Tobie, xu.
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à lui-même; toujours bien des tiédeurs, des négligences, des résistances, des infidélités à la grâce. Faibles nuages, à la vérité, mais qui ternissent toujours l'éclat de sa vertu. et mettent encore quelque obstacle à la grâce et à l'union avec Dieu.
Or ce sont ces obstacles que Dieu veut détruire, ces nuages qu'il veut dissiper. Eh! quel moyen plus efficace que celui des souffrances ! Car enfin les fautes des justes sont des taches dans l’âme: elles ne détruisent pas l'amitié de Dieu; mais elles la refroidissent; elles ne privent pas de la grâce, mais elles l’altèrent et en arrêtent les impressions ; elles ne donnent pas la mort à nos âmes, mais elles causent des infirmités et des langueurs. Or Dieu, qui les aime et qui en est aimé, veut les rendre toujours plus dignes de lui et de son amour. C’est un or précieux, mais qui a besoin d’être encore épuré: il le fait passer par le feu des tribulations pour lui donner tout son prix et tout son éclat. Dieu châtie ceux qu’il aime, mais il châtie en père; la main qui frappe est conduite par le cœur qui aime et qui veut sauver.
Que je serai heureux, à mon Dieu! si j’entre dans ces sentiments, si je baise la main qui me frappe, si je regarde les épreuves que vous me ménagez comme autant de grâces que vous me préparez! La grâce le dit, mais la nature y répugne; n'écoutez pas ses répugnances, à mon Dieu! mais soutenez ma faiblesse, et continuez l'ouvrage de votre miséricorde.
3° Par les souffrances Dieu affermit la vertu du juste. Nous le savons, l'expérience et la foi nous le disent : le juste n'a jamais plus à craindre que lorsqu'il craint moins, et il n'est jamais plus assuré que lorsqu'il croit ne l'être point. Il n'est jamais plus ferme et plus inébranlable que lorsqu'il se défie de lui-même et de sa constance, parce qu'alors il cherche auprès de Dieu le secours qu’il ne croit pas trouver en luimême, et il espère de Dieu ce qu'il ne saurait attendre de ses propres forces. Or voilà l’heureux état où nous conduit l’affliction ; car, outre qu’elle éloigne les objets qui pourraient ébranler notre constance, elle oblige le juste de veiller continuellement sur lui-même et de se défier de lui-même ; de recourir sans cesse à Dieu comme à son asile; de s’éloigner de plus en plus du monde et des choses du monde, dont les afflictions lui font connaître le néant et la vanité. Or si quelque chose est capable de rendre notre vertu constante et solide, c’est surtout cette défiance de nous-mêmes, cette confiance en Dieu seul : deux fondements inébranlables du grand secret de la sanctification.
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fondements. Je n'ose vous demander des souffrinces, connaissant ma grande faiblesse; mais, si les souflrances sont nécessaires pour m'aflermir, donnez-moi la grâce et la force de les supporter. J'irai puiser cette force au pied de votre croix; je vous la demanderai par la voix même de votre sang répandu pour moi.
4 Entin, par les afflictions Dieu augmente et perfectionne la vertu du juste. On peut dire que les souffrances donnent occasion à la pratique de toutes les vertus et perfectionnent l'exercice de toutes les vertus. Par les afilictions la foi devient plus vive, l'espérance plus ferme, la charité plus ardente; l'humilité, la patience, la résignation, jettent des racines plus profondes et portent des fruits bien plus abondants. Ainsi le juste demandera peut-être souvent à Dieu d'être délivré de ses peines et à couvert de toutes ses tenta: tions; mais Dieu, jaloux de sa propre gloire et du salut de cette âme, lui dira ce qu'il a dit à saint Paul : Il vous est plus avantageux de porter le poids des souffrances que d'en être exempt: Virtus in infirmitate perficitur (1) : elles vous mettront à de nouvelles épreuves, elles vous livreront de nouveaux assauts ; mais, si elles sont pour vous une nouvel'e matière de combats, elles seront aussi pour vous un nouveau sujet de triomphe. Vous combattez sous mes yeux, je vous soutiendrai moi-même dans vos combats. Armez-vous de courage et de force; on mérite plus dans un quart d'heure de souffrances que dans des années entières de consolation.
O trésors immenses cachés dans les afflictions! providence admirable de Dieu sur les justes! A cette vue, je ne dis plus seulement quelle résignation, quelle patience, mais, sion a la foi, quelle consolation, quelle joie ne devrait-on pas faire éclater dans le sein des souffrances! Cependant de quel œil les regarde-t-on d'ordinaire? Voit-on un Job étendu sur son fumier, un Joseph chargé de chaînes dans un cachot, un David persécuté par Séméi, en un mot un juste souflrant? Que cet homme est malheureux! qu'il est à plaindre! s'écrie-t-on tout étonné. Aveugles que nous sommes! nous appelons malheureux ceux qui souffrent, et Jésus-Christ appelle heureux ceux qui pieurent. Où est notre foi? Dieu afflige le juste : c’est parce qu'il l'aime qu'il le traite ainsi ; et, s’il l'aimait moins, 1l le traiterait comme il traite les heureux du siècle; il le laisserait jouir des plaisirs du monde, s’égarer avec le monde, se pervertir comme Ie
(1) IT Cor., xur.
monde; et viendrait un temps où il le jugerait, le condamnerait, le maudirait avec le monde.
Ne soyez donc plus étonnée, à mon âme! si les justes souffrent; ce n’est peut-être que parce qu'ils souffrent qu'ils sont justes, et ils cesseraient peut-être d’être justes s'ils cessaient de souffrir. Le Saint des saints a souffert; c’est en qualité d'homme de douleur qu’il est devenu le modèle des prédestinés , et ce ne sera qu’en participant à ses souffrances que nous pourrons avoir part à sa gloire. Si les saints pouvaient avoir quelque regret dans le ciel, ce ne serait pas d’avoir beaucoup souffert sur la terre, mais de n’avoir pas encore souffert davantage. Plus nous soufirirons en qualité de justes en ce monde, plus nous serons élevés en qualité de prédestinés dans la gloire. Les souffrances sont le sceau des élus : quiconque ne sera pas marqué à ce sacré caractère n'entrera jamais dans la région des vivants. Nous sommes tous les enfants du Calvaire; c'est là que Jésus-Christ nous a régénérés dans son sang; et ce tendre père, ce père mourant ne nous a laissé d'autre héritage, en quittant ce monde, que sa croix et sa grâce. Recevons-le avec reconnaissance et avec respect; conservons-le dans l'humilité et la vigilance : nous en recueillerons un jour avec consolation les fruits et la récompense.
PRIÈRE
Vous avez souffert pour moi, adorable Sauveur: dois-je me plaindre si je souffre quelque chose pour vous ? Ne dois-je pas, au coairaire, m'estimer
eureux d'avoir cette sainte ressemblance avec vous? Mes péchés méritent l'enfer : pe un effet de vos ineffables miséricordes, vous voulez bien changer les peines éternelles qui m'étaient réservées en quelques peines taopsralse qui finiront un jour. Quelle grâce ! quelle faveur! Après tout, voudrais-je n avoir rien à mettre au pied de votre croix? J'y trouve votre sang adorable versé pour le salut de mon âme. Ne dois-je pas mêler mes larmes avec votre sang, unir mes souffrances avec vos douleurs ?
Je souffrirai donc, à mon Dieu! je souffrirai , s’il le faut, toute ma vie; je soulrirai sans me plaindre; je souffrirai avec patience, avec résignation; que ne puis-je ajouter, avec joie! Vous soutiendrez ma faiblesse par votre grâce. Heureux si, après toutes les afflictions d'une vie coupable que j'ai menée sur la terre, de puis avoir part au bonheur de la vie immortelle que vous nous préparez dans le ciel ! Ainsi soit-il.
PRATIQUES
4° Unir nos souffrances à celles de Jésus-Christ souffrant et mourant pour nous.
2 Baiser souvent les pieds de notre crucifix. 3° Nous transporter quelquefois en esprit sur le Calvaire, d'autres fois dans le sein des enfers. A cette vue oserons-nous nous plaindre ?
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$° Penser à tant d'autres qui souffrent autant et plus que nous,» qui manquent de tout secours.
5° Nous regarder comme des victimes qui ont mérité la mort, et que Ineu a épargnées pour donner le temps à la pénitence.