‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 51 sur 119 · MÉDITATION SUR LES CARACTÈRES DE LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LES CARACTÈRES DE LA CHARITÉ

La charité chrétienne, pour être véritable et sincère, doit avoir trois caractères sacrés : charité surnaturelle dans son motif; charité universelle dans son objet; charité efficace dans ses œuvres : sans cela elle est inconnue à la religion, et réprouvée de Dieu même.

Mon Dieu! Dieu des miséricordes, dont le cœur n'est que douceur et bonté, dont les entrailles ne sont que charité et que tendresse, apprenez-moi à connaître et à pratiquer une vertu qui est la vertu propre de vos enfants.

PREMIER POINT

Charité surnaturelle dans son motif : c’est-à-dire qu'il faut aimer son prochain pour Dieu et en vue de Dieu. On aime le prochain, mais souvent d’un amour naturel et par des motifs tout humains. De là, que de charités fausses, défectueuses, rejetées de Dieu!

On aime quelqu'un parce qu'il a avec nous une certaine conformité d'humeur et de caractère, parce qu’il plaît, parce qu'il amuse, parce qu’il nous fait du bien, parce qu'on en attend, et qu'il peut nous en faire. Ce n’est point aimer en chrétien ; un honnête païen peut aimer ainsi, et porter jusque - là les sentiments de son cœur. Disciples de Jésus-Christ, soyonsses imitateurs, et prenonsdes sentiments plus dignes de lui. Comprenons la différence essentielle, l'intervalle immense qu'il y a entre charité et sympathie, entre charité et inclination naturelle, entre charité et reconnaissance, entre charité et intérêt, entre charité el politique, entre charité et liaison de chair et de sang. Soyons bien convaincus que jamais nous n’aimerons notre prochain en chrétien tant que dans le prochain nous aimerons autre chose que Dieu et en vue de Dieu, c’est-à-dire tant que, dans la personne du prochain, nous ne verrons pas la personne de Jésus-Christ même, de qui notre charité doit émaner comme de son principe, et à qui elle doit tendre comme à sa fin.

Vous nous avez aimés, adorable Sauveur! mais comment et de quel amour? Vous nous avez aimés d’un amour tout surnaturel et divin. Nul motif ne vous intéresse pour nous, que votre seule honté et la gloire de votre Père céleste. C'est

le divin modèle que vous nous proposez; et nous, bien éloignés de ce grand modèle, souvent ou nous manquons de charité, ou nous n'avons qu'une charité tout humaine, toute naturelle, toute profane. Mille motifs indignes dégradent nos sentiments, mille vues terrestres allèrent notre charité, Nous nous cherchons en tout, dans nos goûts, nos inclinations, nos intérêts; vous n’entrez pour rien dans nos aflections. Quelle récompense pouvons-nous en attendre? Et au lieu de récompense ne devons-nous pas souvent craindre vos châtiments ?

SECOND POINT

Charité universelle dans son objet. Notre charité doit s’étendre à tous, sans acception de personnes, parce que tous sont enfermés sous le nom et la qualité de prochain. Rien de si vasle et en même temps rien de si borné que le cœur humain. Il porte ses affections sur mille objets étrangers et souvent dangereux, et il les refuse aux objets qui devraient lui être chers et respectables. Dans les vues de la religion, nous devrions considérer ce vaste univers comme la maison de Dieu, tous les hommes comme une grande famille dont Dieu est le père et dont nous sommes tous les enfants, et dès lors nous aimer tous en Dieu, notre Père commun. De là, quelle union dans les cœurs! avelle paix, quelle concorde règnerait dans le monde!

Mais qu'arrive-t-il, Ô mon Dieu? c'est qu'on n'a qu'une charité resserrée, bornée à un certain nombre, à un certain choix de personnes; tout le reste devient étranger et indifférent.

On dit : Mais comment aimer tout le monde? On a souvent à vivre avec des personnes si peu aimables, si peu raisonnables, remplies de tant de défauts! C'est un homme ou vif et inquiet, ou colère et emporté, ou bizarre et capricieux : le moyen de l'aimer, quand à peine on peut le supporter ? On dit : C’est un mauvais caractère, un mauvais cœur, sans sentiments, sans retour; c’est une personne d’une humeur si pénible, si difficile, si extraordinaire! non, un ange ne tiendrait pas avec elle. Que ne dit-on pas pour autoriser le manque de charité dans certaines personnes ?

Tout cela est autant de prétextes, autant d'illusions que la charité réprouve et condamne. On ne demande pas pour le prochain une aflection sensible, qui ne dépend pas de nous, mais une charité solide et réelle, qu'inspire la religion. Dans ce sens, nous devons aimer notre prochain, et dans notre

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prochain tous les hommes , malgré leurs défauts, leurs imperfections, leurs vices mème, comme Jésus-Christ nous a aimés malgré nos misères et nos défauts,

Voyons, considérons : parmi tous les hommes cherchonsen un qui ne soit pas l'ouvrage de Dieu, l’image de Dieu, le prix du sang d’un Dieu, et on nous permet de ne pas l'aimer; mais si tous sont en effet l'ouvrage de Dieu, et rachetés par le sang de Jésus-Christ, nous devons les aimer tous, sans en excepter un seul; et, s’il y en a un que nous exceptons, c'est Jésus-Christ même que nous exceptons.

O0 mon Dieu! sur ce principe, que n'ai-je pas à craindre et à me reprocher à l’égard de la charité? Puis-je même appeler de ce nom les sentiments que j'ai eus envers tant de personnes pour qui je n'ai que de l'indifférence et de l'insensibilité, peut-être de l'éloignement et de l’aversion? Je borne mon cœur à certaines personnes, les autres n'y ont point part. Vous les aimez, et elles me sont étrangères; vous me les recommandez, et je les délaisse; vous m'ordonnez de les aimer, et je crois beaucoup faire de ne point les haïr. Est-ce donc là la charité dont vous m'avez fait un précepte si positif dans son obligation, et si universel dans son étendue? Dilatez mon cœur, Ô mon Dieu; ouvrez les entrailles de ma charité à tous les hommes, qui sont l'ouvrage de vos mains, l’objet de votre miséricorde, et le prix de votr sang adorable.

TROISIÈME POINT

Charité suriout efficace dans ses œuvres. Si la charité consistait en paroles, jamais siècle si charitable que le nôtre ; jamais tant de promesses, de démonstrations d'amitié, d'offres de service, de protestations d’attachement et de zèle, en un mot, de charité apparente; et cependant le pauvre souffre, le malade gémit, l’affligé soupire. On le sait, on le voit, et on l'abandonne à son sort; et on dit qu'on aime son prochain, et qu'on a de la charité! Non, la charité ne consiste point dans les paroles, mais dans les etlets, Il en est de la charité comme de la foi: sans les œuvres, foi morte, et charité morte.

Formons dans nous une charité bienfaisante, qui se montre par les effets, qui fasse parler non-seulement les discours, mais les actions; non-seulement les offres, mais les services, et, s’il le faut, les sacrifices. Ainsi Jésus-Christ nous a aimés : ainsi nous ordonne-t-il de nous aimer. Il y a des pauvres, soulageons-les ; il y a des malades, assistons-

les ; il y a des affligés, consolons-les; il y a des ignorants. instruisons-les; en un mot, il y a des œuvres de miséricorde, pratiquons-les. En cela consiste la charité véritable et solide.

Ayons une charité compalissante : loin de nous ces cœurs durs, ces cœurs insensibles, ces cœurs dénaturés! Il faut, selon le grand modèle que présente saint Paul, gémir avec ceux qui gémissent, pleurer avec ceux qui pleurent, prendre part aux misères des autres, y compatir et les soulager : Quis infirmatur, et ego non infirmor (1)?

Souvenons-nous que nous sommes chrétiens et disciples d'un Dieu souffrant et mourant pour nous. C’est au pied de la croix que nous devons puiser nos sentiments et animer notre charité,

O charité! aimable et sublime vertu, que vous êtes précieuse aux yeux de Dieu, mais que vous êtes peu connue parmi les hommes, peu pratiquée, même parmi les chrétiens! Vous deviez être le lien des cœurs, le centre de la paix; et tous les jours les chrétiens sont en butte aux divisions, aux dissensions, aux altercations, aux vivacités, aux colères. aux emportements, aux ressentiments, aux animosités, aux rancunes : les cœurs contre les cœurs, les parents contre les parents, les familles contre les familles, les Etats contre les Etats. O charité! dans quelle contrée trouverez-vous un asile, si le christianisme même est une terre comme étrangère pour vous ? Tousles hommes devraient vivre entre eux comme autant de frères, enfants d’un Père commun, pour s'aider, s'éditier, se sanctifier mutuellement; et ils ne vivent ensemble que pour s'inquiéter, s’agiter, se déchirer les uns les autres, et par là même pour se damner et se perdre. La société troublée, l'union altérée, la robe de Jésus-Christ déchirée, tristes et funestes effets de la charité outragée et comme bannie !

Adorable Sauveur! était-ce pour cela que vous étiez venu sur la terre? Père commun, vous vouliez porter tous vos enfants dans votre cœur. Charitable pasteur, vous vouliez réunir toutes vos brebis dans un même bercail, Divine victime, vous vous étiez immolée, dévouée à la mort, pour nous donner à lous la vie de la charité, la vie de la grâce. Que nous sommes éloignés de vos vues : à nos sentiments pouvez-vous nous reconnaître pour vos enfants?

Hommes formés à l'image d'un Dieu, aimons-nous les uns les autres, mais aimons - nous sincèrement et de cœur.

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Que les sentiments en disent plus que tous les discours. Aimons-nous efficacement , el témoignons dans les occasions notre amour par les œuvres. Aimons-nous universellement. et ne faisons point d’odieuse acception de personne, Chrétiens, enfants de Dieu, aimons-nous dans le cœur du Père commun. Ne vivons pas entre nous comme étrangers, comme indifférents, comme ennemis sur la terre. Laissons les divisions, les dissensions aux infidèles, aux païens, à ceux qui ne connaissent pas le royaume de Dieu.

Aimons-nous comme Jésus-Christ nous a aimés, comme les saints s'aiment dans le ciel. Destinés à nous aimer, à nous réunir à jamais dans Dieu, aimons-nous dès à présent pour

lui et dans lui.

Aimons-nous en ce monde, pour nous aimer à jamais

dans l'autre.

PRIÈRE

Tels sont, à mon Dieu! les sentiments que je prendrai désormais envers mon prochain. Allumez le feu de cette charité dans mon cœur, et consacrez-en par votre grâce toutes les affections.

PRATIQUES

4° Promettre à Dieu de ne jamais dire et laisser volontairement échapper aucune parole qui puisse blesser et affliger le prochain.

2° Quand on dira ou fera quelque chose qui nous alle et nous blesse, ne jamais nous plaindre, mais ignorer et laisser tout tomber.

3° Aimer à rendre service aux autres, quand on le peut. N'attendre pas même qu'on nous le demande; mais prévenir et aller au -devant, surtout envers les personnes de qui nous avous quelque sujet de nous plaindre,

& Nous corriger des défauts qui peuvent dre un sujet d'inquiétude et de peines pour les autres, et plus encore un sujet de mauvaise édification et de mauvais exemple.

5° Nous souvenir toujours que Jésus - Christ même réside dans la per sonne du prochain, qui dès lors nous deviendra respectable,

6° Enfin rappeler souvent ce que nous avons dit, que, comme la charité est le caractère des élus et des enfants de Dieu, le manque de charité est une des plus grandes marques de réprobation.

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