‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 70 sur 119 · VINGT-HUITIÈME LECTURE SUR LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LECTURE SUR LA CONFORMITÉ A LA VOLONTÉ DE DIEU

La conformité à la volonté de Dieu consiste essentiellement dans ces trois devoirs qu'elle nous impose : vouloir ce que Dieu veut, comme Dieu le veut, parce que Dieu le veut: telle est la conformité bien réglée. Ce que Dieu veut, en voilà l’objet; comme Dieu le veut, en voilà la règle; parce que Dieu le veut, en voilà le motif.

Que l'on serait heureux, Ô mon Dieu! que l’on serait saint, si l’on se conformait ainsi à vos volontés adorables! Ne serait-ce pas comme entrer dès cette vie dans l’heureux état des élus, dont toute l'occupation est de faire votre sainte volonté dans le ciel!

1° Vouloir ce que Dieu veut, c’est le premier pas qu'il faut faire dans les voies d’une sainte conformité. Eh! quoi de plus juste, de plus raisonnable, de plus nécessaire ? La volonté de Die est toujours sainte , toujours éclairée, toujours infaillible, et la nôtre est souvent aveugle, souvent déréglée, toujours bornée, incertaine et flottante, capable de nous séduire, de nous égarer. Ne sommes-nous pas heureux d’avoir une règle sûre et infaillible que nous puis-

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Vouloir ce que Dieu veut, et tout ce que Dieu veut, sans exception, sans restriction , sans réserve. Car, comme en matiére de foi il faut que la croyance embrasse tous les artieles ; si l’on vient à en excepter un seul, la foi est détruite : ainsi, en matière de conformité, il faut que la résignation s'étende à tous les objets; et, si l’on vient à se refuser à un seul, tout le mérite de la conformité est anéanti. Que pourrions-nous , que devrions-nous vous refuser et nous réserver, mon Dieu ? Serait-ce pour notre bien, ou pour notre malheur?

Ainsi, l’homme résigné se conformera en tout à la volonté de son Dieu; dans quelque état, dans quelque événement, dans quelque circonstance qu’il puisse se trouver, il trouvera dans sa conformité une règle dans sa conduite, un asile dans ses combats, une consolation dans ses peines. Si après un bonheur constant, où tout allait au gré de ses vœux, il tombe dans un état d’adversité, où tous les malheurs viennent fondre sur lui, il s’écriera avec Job : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur avec des actions de grâces, pourquoi ne recevrious-nous pas les maux avec soumission ? Si quelque revers de fortune lui enlève ses biens, le réduit dans un état d’indigence ou de médiocrité, il ajoutera avec le même Job: Le Seigneur me les avait donnés, le Seigneur me les a Ôtés; que son saint nom soit béni. Et pour se proposer un modèle encore plus parfait, dans quelque état qu’it se trouve, il jettera les yeux sur son divin maitre; et, animé par son exemple et soutenu par sa grâce, il s’écriera avec lui : Que votre volonté s'accomplisse , Ô mon Dieu, et non pas la mienne : Non mea, sed tua voluntas fiat (1).

Peut-être dans certains moments la voix de la nature se fera-t-elle entendre, et demandera-t-elle l'éloignement du calice; mais bientôt la voix de la grâce étouffera celle de la nature, et une conformité toute divine reprendra le dessus sur la sensibilité trop humaine. Frappez, punissez, à mon Dieu ! suivez la sainteté de vos vues sans écouter la faiblesse de mes répugnances. Que ces sentiments vous sont précieux, Seigneur ! et qu’une âme vous est agréable quand elle les offre au pied de la croix par les mains d’une conformité si parfaite !

(1) Luc., xx1.

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2° Vouloir ce que Dieu veut, et comme Dieu le veut. Car telle est notre faiblesse et notre illusion, souvent la volonté se détermine à laisser à Dieu le fond et la substance de ses actions, mais elle se retranche sur la manière, et s'en réserve les circonstances : on veut les choses, mais on les voudrait autrement : on accepte avec résignation, par exemple, une maladie, mais on ne la voudrait pas si longue ni si douloureuse. On se soumet en général aux humiliations et aux affronts, mais on a de la peine à digérer un affront de cette nature. On s'attendait bien à des ingratitudes dans le monde ; mais devait-on s’y attendre de la part de cette personne qu'on avait comblée de bienfaits? Dans toute autre occasion, je me serais soumis sans peine à votre volonté; mais ici, pardonnez ma faiblesse. Mon Dieu! qu'il m'en coûte de me résigner! Vains prétextes, indignes réserves, que la conformité condamne et réprouve ! Oui, âme chrétienne, il faut vous soumettre, quoi qu'il vous arrive, de quelque part qu’il vous arrive, dans quelque circonstance et de quelque manière qu’il puisse vous arriver. Car, enfin, vouloir ce que Dieu veut, et ne pas vouloir comme il le veut, ce serait lui dérober une partie du sacrifice, et vous savez combien il a en horreur la rapine dans l’holocauste; ce serait lui donner l'arbre, et se réserver à soi-même les fruits.

Rappelez toujours l'exemple de votre divin maître: son Père lui présente le calice d’amertume ; les sens sont alarmés, toute la nature frémit; mais à l'instant une sainte conformité le soumet à tout. Que tout s’accomplisse, Ô mon Dieu ! non point comme je le voudrais, mais comme vous le voulez vous-même : Non sicut ego volo (4). Il me suffit de savoir que vous l’avez ainsi résolu dans les vues adorables de votre sagesse : Sed sicut tu.

Le grand exemple! le beau modèle ! Trouve-t-il beaucoup de fidèles imitateurs? Que de ménagements! que de tempéraments! que d’injustes réserves! Homme de peu de foi, vous détiez-vous de la bonté de votre Dieu et de la sagesse de ses volontés adorables ?

30 Vouloir ce que Dieu veut, comme Dieu le veut ; enfin le vouloir parce que Dieu le veut, voilà la perfection de la conformité et le véritable holocauste qu’elle présente. Non, point d'autre motif, en accomplissant la volonté de Dieu, que cette volonté elle - même. Et quel motif plus grand, plus relevé, plus saint, plus parfait, peut se proposer une

(4) Matth., xxvur.

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créature, que la volonté marquée de son Dieu ? Nous convient-il de vouloir sonder les desseins de Dieu et de lui demander raison de sa conduite ? Comment ceci ? Pourquoi cela? Loin de nous ces sentiments réprouvés! En matière de foi, comment ceci? comme Dieu le dit; en matière de conformité, pourquoi cela ? parce que Dieu le veut. Ce motif seul ne doit-il pas nous suflire et nous tenir lieu de tout motif et de toute raison ? parce que Dieu le veut. Ainsi vous-même, mon adorable Sauveur, vous êtes-vous résigne à la volonté de votre Père céleste dans toutes les peines. Les humihations, les tourments de votre vie mortelle. Vous ie voulez ainsi, Père céleste, je me soumets à vos ordres. Je le veux parce que vous le voulez, et qu'il est de votre bon plaisir qu’il en soit ainsi : Quoniam sic fuit placitum ante te (1).

Sentiment sublime! vue parfaite! source ineffable de tous les biens! Que faisons-nous, en elfet, par cette sainte conformité? Nous faisons un heureux échange de notre volonté en celle de Dieu, c'est-à-dire d’une volonté humaine et toujours défectueuse en cette volonté divine et parfaite. Une fois ainsi parfaitement résignés à la volonté de Dieu, quels avantages n’y trouverons-nous pas! Cette sainte conformité ne deviendra-t-elle pas pour nous le principe, le comble, la plénitude de tous les biens?

Plénitude de grâces : Dieu les a promises dans leur abondance à une âme résignée.

Plénitude de mérites : en est-il une source plus ineffable que celte sainte conformité dans un état parfait d'abandon?

Plénitude de consolation : quoi de plus consolant que de se jeter ainsi entre les bras d’un si tendre Père?

Plénitude de paix : eh! qui pourrait troubler le calme d’une âme qui repose dans le sein de Dieu ?

Plénitude de gloire : quelle couronne n'est pas préparée dans le ciel à une âme ainsi disposée sur la terre!

MÉDITATION SUR L'ABANDON TOTAL ENTRE LES MAINS DE DIEU. Considérons les fondements sur lesquels il est établi, et

les sentiments qu’il doit produire en nous. | Voici, Ô mon âme! les grandes vérités qui doivent servir

(4) Maith., x.

de fondement et de base à l'abandon total entre les mains de Dieu; demandons la grâce de les établir solidement dans nous, et disons :

4° Je suis assuré que tout ce qui arrive en ce monde arrive, ou par un ordre exprès, ou par une permission particulière de Dieu. Il dispose si bien toutes choses, que pourvu que nous ne mettions aucun obstacle à ses desseins, il fera tout servir à sa gioire et à notre sanctification. Cela est de foi : Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum (1).

2° Il est sûr que Dieu sait mieux ce qui nous convient que nous-mêmes; il connaît notre nature, nos penchants, nos besoins, notre faiblesse, nos misères, et c’est là-dessus qu'il règle tout quand on le laisse régler : Ipse cognovit figmentum nostrum.

3° Il est sûr qu'il arrive souvent que les moyens qui, selon nos vues humaines, paraissent tout contraires à nos avantages el à notre salut, sont ceux qui nous y conduisent plus sûrement, quand Dieu seul conduit. Témoin Job sur son fumier, Joseph dans sa prison, Daniel dans la fosse, Moïse sur l’eau, et tant d'autres monuments éternels érigés à la gloire de la Providence divine et de la conformité à ses ordres.

40 Il est sûr que Dieu nous a tracé à chacun un chemin particulier et personnel, par lequel il veut nous conduire au ciel. C'est une suite d'événements, un enchaînement de grâces et de secours, qu'on ne peu. interrompre sans troubler l'ordre de la Providence; Dieu seul connaît ce chemin, et seul il peut y conduire.

do Cet abandon total que nous ferons de nous-mêmes entre les mains de Dieu sera pour lui un motif pressant de nous conduire à l’heureux terme. Peut-il abandonner une âme qui se remet de tout entre ses mains? Un père peutil ne pas recevoir un enfant qui vient se jeter entre ses bras ?

Ces vérités sont constantes, aussi évidentes que la lumière, aussi certaines que la foi, aussi immuables que l'être de Dieu. J'en suis pénétré, et, me les appliquant à moimême, je me dis en esprit de foi :

40 Il est donc vrai que tout ce qui arrive, arrive par une permission particulière de Dieu; pourquoi donc m'inquiéter de ce qui pourra m'arriver en ce monde? Dieu le veut, ou du moins il le permet; il sait pourquoi. Laissons-le donc

(4) Rom, vu.

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maître absolu de tout : ce qui est entre ses mains paternelles pourrait-il jamais nous éloigner de son cœur divin?

20 Dieu sait mieux ce qui me convient que moi- même : pourquoi donc ne pas me reposer sur lui de mon sort? Que dirait-on d’un homme sur mer qui Ôterait le gouvernail de la main du pilote pour conduire le vaisseau? Serait-il bien éloigné d’un triste naufrage, d'autant plus malheureux

u’il se serait attiré lui-même son propre malheur?

3° Souvent les moyens qui paraissent le plus contraires à mon bien sont ceux qui m'y conduisent plus sûrement ; j'en ai des preuves bien convaincantes dans le cours de ma vie. Quand je me rappelle tout ce qui m'est arrivé, que d'événements singuliers! que de traits de miséricorde! que de prodiges d’une providence marquée! Pourrais-je m'en défier après ce qu'elle a fait pour moi? Et combien d’autres traits qui me sont inconnus, et qui sont peut-être encore plus admirables dans les vues de Dieu! Je les connaîtrai un jour, et je l'en bénirai à jamais.

40 Dieu a tracé à chacun de nous un chemin particulier pour nous conduire au ciel; le mien est marqué de sa main. Ne craindrais-je point, en voulant me conduire moi-même, de m’égarer, de quiiter cette voie qui doit me condiire au salut, et de prendre quelque sentier détourné qui ne pourrait aboutir qu’à quelque précipice? Hélas! ma volonté serait comme ces feux nocturnes et trompeurs qui brillent aux yeux, et qui entraînent enfin dans l’abime.

3e Cet abandon lotal que je ferai de moi entre les mains de Dieu sera pour moi un nouveau motif de me conduire au terme : et dès lors quel nouveau motif pour moi de m’abandonner entièrement à sa conduite! Dieu ne se laisse pas vaincre en libéralité, et, à cet égard, plus on donne, plus on reçoit. Si je me livre donc sans réserve à sa conduite, que n’aurai-je pas à espérer de sa bonté!

Etablie sur ces fondements inébranlables, ô mon Dieu! ma conformité pourrait-elle n'être pas entière, mon abandon total et à jamais sans réserve? Voici donc les sentiments que je forme, et l'acte que mon cœur vous offre. Daignez le recevoir : c’est à votre cœur et à votre amour que je le con-

sacre à jamais.

Sentiments d’une âme qui s’abandonne entièrement entre les mains de Dieu.

Mon Dieu, mon Sauveur et mon Père, je viens faire de moi-même un

abandon total entre vos mains, c'est-à-dire dans le sein de votre ineffable bonté. Je sais que vous êtes infiniment sage, et que vous connaissez tout

le bien, infiniment bon, et que vous ne voulez que le bien; infiniment puissant, et que tout le bien est entre vos mains. Je sais que vous savez mieux que moi-même ce qui me convient. Je vous abandonne donc dés ce moment tout ce que j'ai, tout ce que je suis, tout ce que j'espère : mon esprit et toutes ses pensées, mon cœur et toutes ses affections, ma vie et tous ses moments , mon espérance même et tous ses désirs. Je veux tout ce que vous voudrez; je ne veux que ce que vous voudrez, que ques vous le voudrez, qu'autant de temps et de la manière que vous le voudrez.

Tout ce qui me viendra de vos mains me sera, sinon agréable , du moins respectable ; tout ce que vous permettrez de la part des créatures me trouvera soumis. Si vous me donnez des consolations, que votre saint nom soit béni; c'est une faveur que je ne mérite pas. Si vous me ménagez des épreuves et des croix, que votre saint nom soit encore béni : ce sont des punitions que je n'ai que justement méritées. Vous êtes le maître absolu de mon sort, de mes biens, de ma réputation, de ma santé, de ma vie. Je vous remets tout, rien n'est plus à moi. Dès ce moment je vous en confie le Gene pour toujours; disposez en souverain de moi pour la prospérité et pour l'adversité, pour la pauvreté et pour l'abondance, pour la maladie et pour la santé, pour la vie et po la mort, pour le temps et pour l'éternité.

‘abandon que je vous fais, à mon Dieu, et que je vous demande, est un abandon total et absolu, un abandon continuel et de tous les instants, un abandon éternel et irrévocable. Qu'il commence dès cet instant, qu'il dure autant que ma vie, qu'il se renouvelle au moment de ma mort, qu'il soit ma dernière pensée, mon dernier sentiment, mon dernier soupir, et qu'il remette mon âme entre vos mains, pour vous bénir, vous louer, et vous aimer à jamais. Ainsi soit-il,

PRATIQUES

4° Former souvent des actes d'un saint abandon. |

20 Dans toutes les croix et les afilictions de la vie, se dire à soi-même : Dieu le veut, et s’en temir là.

3° Dans les grandes croix et les événements extraordinaires, penser que Dieu a quelque dessein de miséricorde sur nous, et s'abandonner alors plus que jamais entre ses mains.

ko Cependant, de son côté, faire ce que l'on peut et ce que l'on doit: sans cela, l'abandon ne serait qu'illusion et que présomption; ce serait tenter Dieu.

5° Se bien persuader que, ps aller à Dieu, la voie d'un saint abandon est tout à la fois la plus sûre, la plus méritoire et la plus consolante, en un mot, la plus parfaite.

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