‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 73 sur 119 · TRENTIÈME LECTURE SUR LA MORT DU PÉCHEUR · texte numérisé non relu

TRENTIÈME LECTURE SUR LA MORT DU PÉCHEUR

Une mort funeste, c'est là le terme où conduit d'ordinaire une vie criminelle. S'il n'y avait qu’à mourir, et que la mort dût conduire à un heureux terme, loin de la craindre on pourrait la désirer et soupirer après elle : mais, quand la mort ne doit être suivie que du plus grand des malheurs, el que la fin du temps ne doit être que le commencement d'une éternité malheureuse, de quels sentiments doit être pénétrée à ses approches une âme coupable, dont la vie n'a été qu’une suite de crimes et un tissu de désordres! Telle esi la mort du pécheur: durant sa vie il avait été dans le sein de la joie, de la prospérité et de l'abondance; quel changement funeste! à la mort, il ne lui reste que des regrels et des alarmes : des regrets à la vue de ce qu'il perd, des alarmes à la vue de ce qu'il attend. Quelle mort! fallaitil naître pour mourir ainsi!

4° Le pécheur mourant se trouve dans un état de privation et de désolation. Quelles pertes ne fait-il pas en perdant la vie! Perte des biens qu’il avait possédés; perte des amis avec lesquels il vivait; perte des objets auxquels il s'était attaché; perte des grâces dont il a abusé : que lui reste-t-il donc, que ses péchés avec ses remords ?

Plus malheureux encore par l’état de désolation où il se trouve au milieu des douleurs de la maladie qui doit le conduire au tombeau: douleurs vives, douleurs aiguës, douleurs violentes. Quel état pour une âme à qui la religion ne vient point en adoucir les rigueurs ! Le juste souffrira à la. mort, il est vrai,. on ne meurt pas sans douleur; mais le juste s'élait accoutumé à souffrir; il avait mortifié son corps et ses sens; il s'y était préparé par les rigueurs et les austérités

de la pénitence. Le juste souffre, mais il est résigné ; iloffre

ses douleurs en esprit de satisfaction et d’expiation : il les unit aux souffrances de son Dieu souffrant et mourant : son Dieu même les lui adoucit par sa grâce et l'espérance de la récompense. Le pécheur, au contraire, peu accoutumé à souffrir, à se mortifier, à recourir à Dieu, attaché à son corps, à ses commodités, à ses aises, à ses plaisirs, seniira toute la pointe et toute la violence des derniers accès de douleur; et il soulfrira sans adoucissement et sans fruit. De

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là ces impatiences, ces inquiétudes, ces agitations; de là cet état de violence, de transport où on le voit quelquefois, jusqu'à afiliger, à désoler ceux qui l’assistent, et qui malgré tous leurs soins ne peuvent calmer les violences où il se orte.

, Dieu juste! voûs l'aviez annoncé à ce pécheur, vous l'en aviez menacé; et tous les jours encore vous accomplissez ce terrible oracle sur les pécheurs mourants.Vous m'avez abandonné, leur dites-vous, pendant votre vie, vous m'avez outragé, vous avez méprisé mes menaces, vous avez insulté à ma loi et à mes préceptes; el moi je me vengerai en vous délaissant, en vous livrant à toutes les rigueurs et les amertumes de votre mort : Ego quoque in interitu vestro ridebo vos (1). Terrible punition! redoutable vengance!

Ah! qu'il est triste, qu'il est amer d’avoir abandonné son Dieu durant sa vie, et de s’en voir comme délaissé à la mort! Si on l'avait servi comme on a servi le monde, si on s’y était attaché comme on s’est attaché au monde, aurait-on à la mort les regrets dont le pécheur est dévoré et accablé?

2° La pensée de l'avenir est encore bien plus accablante pour lui. Le pécheur mourant voit un avenir devant lui; et quelles funestes images cet avenir vient-il offrir à ses yeux alarmés! Il craint tout à la fois un avenir certain, un avenir prochain, un avenir terrible, un avenir inévitable, un avenir éternel; et de quels sentiments cet avenir, ainsi présenté, doit-il agiter, accabler son cœur!

Il craint un avenir certain. Durant la vie, le monde, le péché, les passions, avaient tellement affaibli, altéré sa foi, qu’à peine lui en restait-il quelques traces; ce n'était qu’une foi faible, languissante, et comme morte : il avait éloigné ses lumières, ilavait révoqué en doute ses vérités ; peut-être l'avait-il combatiue dans ses dogmes. Faible étincelle, couverte sous les cendres de tant de passions, qu'elle paraissait presque éteinte; à la mort elle se réveillera et rentrera dans ses droits; ses lumières seront plus vives, plus éclatantes, n'étant plus obscurcies par les nuages des passions. Les doutes s'évanouiront, les nuages se dissiperont, les grandes vérités se présenteront dans toute leur force. Le pécheur croira ; mais, hélas! comme les démons, il ne croira que pour trembler, pour frémir et pour s’alarmer.

I craint un avenir prochain. Durant sa vie, il avait tàché d’en éloigner le souvenir et l'idée; il se flattait d’une longue course, il ne voyait cet avenir que comme dans une

(1) Prov., xi.

longue perspective, qui portait bien loin ses regards et ses espérances; mais enfin cet avenir avance, il est à la porte, il arrive, il est venu. Le pécheur sent que le Dieu vengeur va couper la trame de ses tristes jours, qu'il l'appelle, qu'il va le citer à son tribunal, et le transporter dans le vaste sein de cet immense avenir. Ah! quand on voit les choses de près, qu’elles font des impressions bien différentes de celles qu'on voit encore éloignées ! Mane adstabo tibi (1), se dit-il : dans peu, demain peut-être, je paraîtrai devant Dieu: et videbo , je verrai. Et que verra-t-il, que des péchés accumulés, des grâces violées, un juge ‘nexorable et vengeur ?

Il craint un avenir terrible, qui va décider de tout. Durant sa vie il avait comme fermé les yeux, craignant de trop voir, el, de peur de troubler ses plaisirs, il s'était étourdi sur ces grands objets : à présent il en voit toutes les suites, toutes les conséquences, toutes les horreurs. Terrible vue que celle d'un avenir où l’on va entrer sans autre préparatif qu’une vie coupable, et n'ayant à présentsr que des péchés qu'on a commis, et des grâces dont on a abusé! Qu'il est affreux de tomber entre les mains d’un Dieu vivant! c’est-à-dire d’un Dieu irrité et vengeur ? Horrendum est incidere in manus Dei viventis (2).

Il craint un avenir inévitable; la main de Dieu est levée sur lui : eh ! qui pourra le soustraire à cette main vengeresse? Nemo est qui de manu tua possit eruere (3). Non, mon Dieu , le pécheur mourant ne saurait se mettre à couvert de vos traits; l'avenir va l’envelopper de ses tristes ombres; votre vengeance l’investit de toutes parts, et nul asile ne se présente à son âme alarmée; c'est à vous qu'il devait recourir, et ses péchés lui semblent avoir fermé l'entrée de votre cœur. Vous l'avez poursuivi toute sa vie pour le toucher et le ramener; comme un Jonas rebelle il s’est enfui deavnt votre face : vous l'atteignez en ce moment, le trait vengeur à la main pour le frapper; il tremble sous cette main qui menace, et qui va porter sur lui le dernier coup pour l'immoler et le perdre.

Il craint un avenir éternel; c’est le point de vue le plus redoutable. S'il n’y avait qu'un nombre d'années ou de siècles à gémir, à souffrir, il verrait enfin un terme à ses tourments et à son malheur : mais une éternité qui commencera toujours et ne finira jamais! Non, une fois entré dans le sein de cette éternité redoutable, il n’y aura plus de retour, plus de miséricorde : elle a eu son temps. le

(1) Psalm. v. — (2) Rebr., x. — (3) Job, x.

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Quels frémissements, queiles agitations, quelles alarmes ces terribles objets doivent-ils porter dans le cœur de cet homme mourant, s’il est en état de penser et de réfléchir!

Il pourrait revenir à Dieu, et profiter des moments que Dieu lui laisse : il le devrait sans doute; et ses regrets seraient encore reçus, s'ils étaient sincères ; mais, hélas! dans l'état de trouble et d’alarmes où il se trouve, de quoi peutil être capable? Le chaos de sa conscience est si grand, l'horreur de sa vie si affreuse, la grièveté de ses crimes si énorme, qu'il ne sait comment s'y prendre et par où commencer. D'ailleurs c’est souvent une punition terrible et une vengeance redoutable de Dieu quilivre le pécheur àlui-même et à son sens réprouvé. Accablé de douleurs, épuisé de forces, peut-être même désespérant de son salut, il se précipite en aveugle dans le sein de cette éternité, sur laquelle son irréligion et son impiété jettent peut-être encore les doutes de l’endurcissement et de ses horreurs : mais ces doutes mêmes, de quoi sont-ils capables que de l'alarmer? Aussi le voit-on quelquefois dans des troubles, des agilations, des convulsions, des frémissements, des transports, jusqu’à effrayer ceux qui l’environnent : on s'imagine que c’est l'effet de la maladie et de ses douleurs; on se trompe: c'est souvent l'état et le frémissement de son âme alarmée aux approches de sa fin dernière et du jugement redoutable qu’elle va subir; ce sont comme les préludes et les annonces des tourments des damnés. Il expire, il meurt, il n’est plus; son sort est déjà décidé, et son âme est précipitée dans l'enfer.

O mon Dieu! quelle mort! qu'elle est triste, qu’elle est déplorable! Préservez- moi d’une fin si funeste; punissezmoi en cette vie, et n'attendez pas à la mort à me faire éprouver la rigueur de votre justice. Je vais travailler toute ma vie à mériter un sort plus heureux.

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