‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 74 sur 119 · meurt plein de confiance sur ce qu'il attend · texte numérisé non relu

meurt plein de confiance sur ce qu'il attend

Qu'il est heureux, Ô mon Dieu! de finir ainsi sa course mortelle pour entrer enfin dans la région des vivants! J'ai été créé pour le même bonheur; mais, hélas! une vie sté-

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rile en bonnes œuvres est-elle une digne préparation à la mort? Aidez-moi, à mon Dieu! à consacrer le ‘este de ma vie à mériter une mort heureuse; j'ose encore l’espérer de votre bonté.

PREMIER POINT

Le juste meurt sans regret sur ce qu'il quitte. Personne ne peut s'assurer d'être juste devant Dieu et aux yeux de Dicu, parce que personne ne peut savoir s’il est digne d'amour ou de haine : la foi nous l’apprend. Cependant, quoiqu'on ne puisse avoir une assurance posilive de son état, on peut, par une détestation sincère de ses péchés, par le témoignage intime de sa conscience, par une sainte confiance en Dieu, espérer de trouver grâce à ses yeux, n'ayant rien d’essentiel à se reprocher devant lui. C’est en ce sens que l'homme peut être appelé juste ; c'est de celui-là seul que l'on dit qu’il meurt sans regret sur ce qu'il quitte. Eh! quel regret pourrait-il avoir?

4° Il quitte le monde; et que quitte-t-il en le quittant? Monde trompeur! monde injuste! monde ingrat et perfide! quand on l'a connu, que peut-on regretter, et quel autre regret peut-on avoir, que celui de s'y être attaché, d’avoir trop longtemps suivi ses illusions, ses erreurs, ses maximes, ses exemples et ses scandales ? Le cœur du juste était déjà mort au monde , et depuis un temps le monde n’était plus rien pour lui. On ne perd rien quand on est détaché de tout.

2° Il quitte ses biens, la mort l’en dépouille; mais ces biens, il n’y était pas attaché, et ne tenait à rien; il les possédait comme ne les possédant pas; ces biens, il les avait déjà quittés de cœur et d'esprit, il ne les regardait plus comme des biens, il en fait avec joie le sacrifice à son Dicu;

il voudrait qu'ils fussent plus grands, pour avoir à lui offrir un plus grand sacrifice : la mort ne le dépouille de rien, que de la prison de son corps; toute autre possession lui etait étrangère.

30 Il quitte des parents, des amis : sacrifice sensible, il est vrai; mais il savait qu'il devait les quitter un jour; mais il sait qu'il ne doit pas les quitter pour toujours; il sait qu’il les laisse entre les mains de Dieu. Tendres enfants, épouse chérie, amis sincères, il faut nous quitter, Dieu le veut; espérons de nous réunir un Jour dans le ciel. Il quitte tout; mais son Dieu lui tient lieu de tout, et il doit un jour retrouver tout dans Dieu : ce n’est pas les perdre, c'est s’en séparer pour un temps, après quoi on doit se réunir pour

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ne se quitter jamais; il va leur préparer les voies, et les attendre dans le sein de Dieu même.

4 Il quitte la vie : mais, hélas! vie triste, vie périssable, vie sujette à tant de misères, de chagrins, et, plus encore, sujette à tant de tentations et à tant de dangers, où l’on est si souvent exposé à offenser Dieu et à lui déplaire! Non, il n’a point de regret à la perdre; il a une vraie consolation d’en offrir le sacrifice à son Dieu; il l’otfre en esprit de pénitence pour ses péchés; il l'offre en esprit de dépendance au souverain Etre; il l'offre en esprit de conformité et d’union avec Jésus-Christ mourant, il voudrait avoir miile vies pour les offrir dans ces sentiments.

Loin donc de craindre la mort, il la désire, il l'attend, il soupire après elle. Ainsi David se plaignait-il de la longueur de son exil : Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est (1)! Ainsi saint Paul désire-t-il être délivré de la prison de son corps : Quis me liberabit de corpore mortis hujus (2)? Ainsi les saints ont-ils soupiré après la fin de leur pèlerinage et de leur exil.

Mon Dieu! que ce sacrifice dans ces saintes dispositions doit vous être agréable, et qu'il est consolant pour le juste de remettre son âme entre vos mains! Vous la lui aviez confiée pour un temps, vous lui en demandez le dépôt pour la transporter dans l'éternité.

Hélas! qu'est-ce que notre vie? Nous croyons vivre, et nous mourons chaque jour; nous nous attachons à cette vie périssable qui passe, et nous perdons de vue celte vie véritable où vous nous appelez. Eclairez nos esprits, Dieu des vertus ! sanctifiez tous nos moments, afin qu'ils soient pour nous comme autant de gages de l'éternité.

SECOND POINT

Le juste meurt plein de confiance sur ce qu'il espère.

Il attend de trouver en Dieu un père miséricordieux, au lieu d’un juge sévère et vengeur.

Il attend une vie meilleure que celle périssable et mortelle où il ne faisait que gémir.

Il espère une place parmi les élus, et il l'espère, non de ses mérites, mais de la bonté infinie de son Dieu.

Il espère , en sortant de ce lieu d’exil, de voir Dieu, de posséder Dieu, d’être à jamais réuni à son Dieu. Le ciel semble s'ouvrir à ses yeux, les saints lui tendre les mains, l'éternité bienheureuse lui ouvrir son sein pour le recevoir.

(1) Psalm. cxix. — (2) Rom., vu,

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Non, non, la mort n’est point une mort pour lui, c'est le commencement d’une vie immortelle et durable; c'est la fin d’un triste pèlerinage et d’un exil languissant ; c'est le port assuré après tant d’orages et de tempêtes; c’est l’'heureuse région des vivants; c’est la véritable et céleste patrie où il va se rendre.

O mort! que ton souvenir est amer à l’homme qui a mis son cœur dans les possessions, dans les plaisirs, dans les illusions de la vie! mais que ta pensée est douce à celui qui vivait comme ne vivant pas, qui ne vivait que d’une mort continuelle à lui-même et à tout!

Que la vue du port est aimable après une longue course sur une mer orageuse ! que la liberté est précieuse après une triste et douloureuse prison ! que la paix est délicieuse après mille et mille combats !

Qu'on se sait alors bon gré d’avoir renoncé au monde, sacrifié ses plaisirs, mortifié ses passions, travaillé à l’unique affaire qui intéressait sur la Lerre ! qu’on recueille avec joie le fruit des combats, des peines, des amertumes de cette vie! qu’on éprouve bien alors la vérité de ce grand oracle : La mort du juste est précieuse aux yeux du Seigneur : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus (1)!

Je sais, encore une fois, que le juste ne peut répondre et être assuré de son sort, qu'il doit craindre ses péchés, craindre les jugements de Dieu. Mais enfin ces péchés, il les déteste plus sincèrement encore que jamais. Les jugements de Dieu, il a tâché de s’y préparer; il met en Dieu toute sa confiance; et en craignant tout de lui-même, il espère tout de sa miséricorde et de sa bonté; il se jette entre ses bras, il lui offre son dernier sacrifice avec le dernier soupir. C'en est fait, le moment est venu, il faut donc mourir! Mais non, mon Dieu, il faut vivre et aller à vous qui êtes la vie véri-

table; il faut sortir de ce lieu d’exil pour entrer dans le sé- jour des vivants! O séjour des élus! à terre promise!

Allez donc, âme juste, entrez dans le sein d'Abraham; allez vivre avec les élus de la vie véritable; allez prendre possession de l'héritage céleste qui vous est réservé; et vous, Ô Dieu saint, Dieu des miséricordes, venez lui adoucir ce dernier passage, venez la soutenir dars les angoisses du dernier combat, venez recevoir et consacrer ses derniers soupirs. Elle n'attend que le moment de sa délivrance pour entrer dans l’heureuse liberté des enfants de Dieu.

(4) Psalm. cxv.

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PRATIQUES

Que faut-il pour mourir ainsi de la mort des saints? Il fant vivre de la vie des saints, nous préparer saintement à la mort; toute notre vie mourir à nous - même et à tout; nous détacher de ce monde, et le quitter avant que la mort nous en arrache ; regarder chaque jour comme pouvant être le dernier de nos jours; demander souvent à Dieu ‘a grâce d’une sainte mort, l'espérer de sa bonté infinie ; offrir notre sacrifice en union de celui

de Jésus-Christ; enfin non-seulement nous y préparer, mais être prêt à

tous les instants. PRIÈRE.

Vous l'avez dit, d mon Dieu! la mort des justes est précieuse à vos yeux. Mais, pour mourir de la mort des justes, il faut avoir vécu de la vie des justes. Ayant été si éloigné d'une vie sainte, puis - je encore avoir quelque espérance de cette mort précieuse ? Ce n’est que de votre bonté infinie que je puis l'espérer. Mon Dieu, ayez pitié de mon âme, ne me délaissez pas dans ces derniers moments, ne me livrez pas aux amertumes et aux angoisses de la mort des pécheurs; venez à mon aide dans ce terrible combat. Vous êtes mort pour moi, faites que je vive désormais pour vous, afin qu'à ma dernière heure je puisse trouver grâce à vos yeux, et rendre entre vos mains mes derniers soupirs. Que mon âme meure de la mort des justes! Moriatur anima mea morte justorum (1). Ainsi soit-il.

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