XIX
âme; il la sanctifie par sa présence, il y préside par sa sagesse, il y commande par son autorité, il y domine par sa puissance; il aime la paix, il cherche la paix, il est par excellence le Dieu de la paix; c'est par elle qu'il règne, c'est avec elle qu'il veut régner : pax Dei.
Cette paix est-elle dans l'ame, l’âme est alors semblable à une vaste mer, à un océan pacifique et immense. Si les vents se déchaînent, si les flots se brisent, si la fureur de la tempête et de l'orage s'élève, c’est le règne de l'horreur et de la confusion : si la mer est paisible, tout change de face. Cette douce tranquillité se fait-elle sentir, le calme étend bien au loin son empire, la sérénité règne dans les airs. Telle est l’image de l’âme en paix: l'étendue immense de cette mer représente l'étendue de l’empire qu'elle exerce sur elle-même ; la profondeur de cette mer représente la profondeur de la paix dont elle jouit; et la quantité immense des eaux que la mer renferme représente les biens immenses que cette paix porte dans son sein et fait goûter avecelle : pax Dei.
Disons plus encore : l’âme est-elle dans cette paix, elle devient le miroir fidèle de Dieu et de ses perfections adorables. Non, rien ne représente si vivement, si sensiblement la majesté éternelle de Dieu, que cette paix inaltérable de l'âme. Comme il n’est rien de si ordinaire parmi les hommes que le trouble, l’inquiétude, la vicissitude et le changement, quand on voit une âme se posséder constamment elle-même, dans le repos imperturbable de cette paix, elle paraît élevée au-dessus de la condition humaine, et comme transporlée jusqu'aux confins de la Divinité. Car qu'est-ce qui nous donne plus l’idée de Dieu et nous fait plus admirer la grandeur de son être, si ce n’est de le voir toujours le même, toujours inaltérable, toujours invariable, toujours immuable ? toujours inaltérable dans la possession de sa paix, toujours invariable dans le calme de ses sentiments, toujours immuable dans la consistance de son être et de son bonheur? Voilà Dieu : voici son image, une âme dans le sein de la paix. Eh! quoi de plus grand, de plus sublime, de plus divin, que de voir cette âme toujours la mème, toujours paisible, toujours tranquille, sans agilation, sans variation, sans allération, toujours dans la même assiette et le même état, toujours se possédant intimement elle-même ! Voilà l’image la plus sensible de Dieu. Le ciel représente sa gloire, la terre représente sa stabilité, la mer représente sa profondeur ; l’âme représente sa paix et toutes ses perfections ineflables, parce que toutes ses perfections sont établies dans le sein de la paix : pax Dei.
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Disons, s’il se peut, quelque chose de plus grand encore. Cette âme a-t-elle la paix, dans cette paix et par cette paix elle paraît dès lors entrer comme en part de la félicité et de la joie des élus dans la gloire; elle porte jusque-là son bonheur, Ce qui fait proprement le bonheur des saints dans le ciel, c’est cette paix inaltérable dont ils jouissent, et qui les met en état d'entrer dans la jouissance de Dieu; c’est cette paix qui possède leur âme; c’est cette paix qui inonde leur âme; c’est cette paix qui les fait nager dans des torrents de délices ; c'est dans cette paix qu'ils vivent, qu'ils règnent, qu'ils vivront, qu’ils règneront à jamais. |
Or voilà ce que la paix de l'âme produit en quelque manière dès cette vie : elle fait goûter les prémices de cette joie, elle en donne l'idée, elle en présente l'attrait, elle en donne le gage: et dans cette vie même, dans le pèlerinage de cette terre, elle donne un avant-goût des délices célestes : pax Dei.
Plaçons à présent cette âme dans les différents états où l’on peut se trouver dans la vie : considérons-la sous les différents rapports qu’elle peut avoir avec Dieu, avec le prochain, et avec elle-même : je ne dis plus quels effets, mais quels prodiges n'opèrera-t-elle pas !
Cette âme est-elle en possession de la paix, que serat-elle par rapport à Dieu? que trouvera-t-on dans elle, que soumission, que résignation, que dépendance, fidélité inviolable à sa grâce, abandon total à sa providence, conformilé, union enlière à ses sentiments?
Par rapport au prochain, que trouvera-t-on dans une àme en paix, que charité, que bonté, qu'affabilité, que condescendance? Dans elle ni ressentiment, ni fiel, ni aigreur, ni jalousie, ni envie : ce ne sont pas là les sentiments de la paix, dès lors ils lui sont inconnus; ne voyant des défauts que pour les supporter, des besoins que pour les soulager, des misères que pour y compatir.
Dans elle-même, toujours même égalité, dans quelque circonstance qu'elle se trouve. Quoi qu'il arrive, quelque événement qui survicnne, rien ne l’altère, rien ne l’abat, dans la perte de tout trouvant tout dans l'abondance de celte paix. Les biens seront enlevés, la fortune tombera, la santé s’allèrera; le monde périrait, la paix ne serait point altérée : dans la décadence de tout le reste, la paix seule subsistera; et sur les débris mêmes de tout le reste elle s'élèvera, et établira le triomphe et le trône du Dieu de la paix.
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encore des choses de piété. des pratiques de religion. Partout vous trouverez l'âme dans cette paix, et cette paix faisant les délices de l’âme.
Faut-il, au pied des autels ou dans son oratoire. offrir à Dieu l'hommage de sa prière, elle y va avec confiance. elle y est avec joie, elle l'offre à Dieu par les mains de la paix, Faut-il s'approcher du sacré tribunal de la pénitence, elle le regarde comme le sacrement de sa réconciliation avec Dieu; elle voit ses péchés : ses péchés l’humilient, la confondent, mais ne la découragent, ne l'abattent pas; elle s'approche donc de ce sacré tribunal comme de celui de la paix; et elle est toute consolée, toute transportée, lorsqu'en sortant le ministre de Dieu lui fait entendre ces douces paroles : Allez en paix : Vade in pace (1).
Faut-il s'approcher de la sainte table, elle va recevoir le Dieu de la paix; c'est la paix qui lui prépare les voies ; c'est la paix qui dispose ses affections, qui prépare ses sentiments; et, quand ce Dieu de bonté vient à elle. la paix est à la porte du cœur pour le recevoir; elle l’introduit comme en triomphe dans l’âme.
Ainsi cette paix règle, dirige, console, accompagne l’homme durant le cours de sa vie: elle le suivra encore à la mort, et alors même, plus que jamais, elle lui fera éprouver ses faveurs.
Je me transporte en esprit dans ces derniers moments, ces moments critiques d’un homme mourant, Quel spectacle je considère autour de lui! tout semble se réunir pour l’effrayer et l’intimider : entouré des ombres de la mort, investi des obscurités du tombeau, assailli de spectres lugubres, les frayeurs, les craintes, les terreurs, tout l’environne pour l’alarmer. O paix intérieure ! le délaisserez-vous dans ce triste état? Au milieu des sombres ténèbres, la paix. l'aimable paix viendra allumer son flambeau; et à la lueur de ce céleste flambeau les ombres se dissiperont, les nuages seront dispersés, les spectres lugubres s’évanouiront, la paix se montrera à ses yeux, elle rappellera la tranquillité dans son âme, elle modèrera l'excès de ses frayeurs, elle recevra enfin ses derniers soupirs ; et faisant changer de face tous les objets. elle ne présentera la mort que comme un deux sommeil; le souverain Juge que comme un tendre père; l’avenir, que comme un doux asile; la fin de cette vie périssable et mortelle, que comme le commencement d’une vie immortelle et durable; l'éternité, que comme la
(1) Marc, v.
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