EFFUSION DE CŒUR SUR L'AMOUR DIVIR
Prosterné en votre présence, Ô mon Dieu! et en la présence de vos saints Anges, à la face du ciel et de la terre, JL je commence par reconnaître que je ne suis au monde que | pour vous aimer, que ce n’est que dans celte vue et à celte 114 tin que vous m'avez donné l'être et la vie. 1]
Je reconnais, dans la douleur de mon âme el le gémisse- 1 ment de mon cœur, que je ne vous ai pas aimé, et dès lors Di : que j'ai perdu, que j'ai profané le temps de ma vie et les sentiments de mon cœur.
Je désire enfin, dès ce moment, de vous aimer de toute l'étendue de mon cœur, et de réparer par l'ardeur de cet amour la perle de tant d'années passées sans vous aimer.
Voici donc l'amour que je vous demande et que je désire pouvoir vous offrir : un amour parfait, car je ne veux plus de bornes ni de partage.
4° Amour vif et ardent; l’amour est un feu. et le feu est près de s'éteindre dès qu'il languit. Aimer Dieu dans tout, avant tout, par-dessus tout; que ce feu sacré allume, em-
brase, consume tout dans moi, mon esprit, mon cœur, mes affections, mes actions; que mes paroles soient autant de paroles de feu, mes pensées aulant de flammes ardentes, ines désirs autant de soupirs embrasés; que je ne vive que de ce feu; que je ne respire que de ce feu; que ce feu soit mon aliment, l’âme de mon âme, la vie de mon cœur. Heureuse vie que celle d'un cœur qui ne vit que d'amour.
2° Amour généreux, capable, s’il le faut, des plus grands sacrifices, en élat de tout entreprendre, de tout sacrifier, de tout perdre. et, plus encore, de tout souffrir. L'amour divin n'épargne pas ses viclimes ; c'ési sur le Calvaire qu'il conduit les àmes, et là 1] leur présente le calice, il les abreuve de son amertume, il les arrose de son sang. Mais ce calice, elles le reçoivent des mains d’un époux; cette amertume, il la change en douceur: ce sang, il en fait un breuvage d’immortalité pour les âmes. Il les aime, mais il les puritie. Ce n’est pas sur le Thabor que se forment les saints, mais au pied de la croix; c'est là qu’il les place; il les appelle les véritables amants; il n’y a que les cœurs généreux qui l'y suivent et qui s’y arrêtent; les autres tremblent et s’enfuient : et là, Ô mon Dieu! Dieu d'amour! Dieu souffrant et mourant! vous restez presque seul: j’y serai avec vous, souffrant pour vous, et mourant avec vous. Hélas! on voudrait aimer, et l’on ne voudrait rien souffrir. Gémir, souffrir et mourir, voilà le partage de ceux qui aiment. Les autres, loin d'en avoir les sentiments, en connaissent à peine le nom.
3° Amour cfficace, qui se produit par les œuvres. Aimer Dieu, ce n’est pas dire simplement qu’on l'aime; aimer Dieu, ce n’est pas seulement désirer de l'aimer; aimer Dieu, ce n’est pas seulement éprouver quelque sensibilité passagère de cœur. Aimer Dieu, c'est mourir à soi-même, c'est se détacher du monde; c’est renoncer à tout, de cœur, d'esprit et d'effet, quand il le demande. Aimer Dieu, c'est observer ses commandements; c’est se résigner à ses volontés; c'est s'abandonner à sa providence; c’est soutenir ses épreuves. Aimer, Dieu, c'est dominer ses passions, combattre ses goûts, vaincre ses répugnances : c'est mourir à tout. Voilà l'amour efficace. Tout le reste, dire, désirer, projeter, et s’en tenir là, c'est un langage, une illusion, un fantôme d'amour, ce n'est pas l'amour. Si l'on aime bien, ce n’est pas la bouche qui le dit, c'est le cœur; ce sont les œuvres et les sacritices : voilà son langage, il parle par les effets.
Ainsi ont aimé les saints, les apôtres transportés aux extrémités de la terre, les confesseurs dans le sein dès cachots, les martyrs au milieu des brasiers, les vierges avec leurs
ur, mes utant de rdentes, ive que feu soit ur. Heuur.
s grands ifier, de ur divin u’il conabreuve e calice, rtume, il ge d'imuritie. Ce mais au ppelle les x qui l'y enfuient :
et mousouffrant it aimer, mourir, loin d'en )M.
s, Aimer ner Dieu, Dieu, ce Jassagère st se dé- , d'esprit observer tés; c'est preuves.
ses goûts, à l'amour en tenir mour, ce a bouche critices :
AUX Excachots, vec leurs
robes teintes du sang de l’Agneau, les solitaires au fond des déserts. Ah! que ceux-là disent qu'ils aiment! mais moi, Ô mon Dieu, quand je dis : Je vous aime, osé-je le dire, quand mes actions ou se taisent ou le démentent? Donnez-moi cet amour, et mon cœur le dira, et vous l'entendrez.
4° Amour pur et désintéressé. Oui, aimer Dieu, mais uniquement pour lui-même, parce qu'il est bon, aimable, parfait; parce qu'il est Dieu. Aimer Dieu, et dans Dieu n’aimer, ne godter que Dieu seul; ne chercher ni ses dons, ni ses Consolalions, ni ses récompenses, mais lui - même, sa bonté, sa beauté, ses grandeurs, ses amabilités infinies. Non, dans l'amour point d'autre récompense que d'aimer toujours davantage. Loin de nous ces cœurs bornés, ces cœurs intéressés, ces cœurs mercenaires : ils sont indignes d'aimer, ils ignorent ce que c'est que l'amour, ils en déshonorent et profanent les sentiments. Montrez-vous à nous, Ô mon Dieu, bonté suprême, beauté souveraine, et faites disparaître tous les vains objets, comme la venue du soleil fait disparaître et obseurcit tous les astres. Vous seul, mon Dieu, vous seul, en tout, partout, pour toujours. Que cherchons-nous, que désirons-nous davantage? Un Dieu ne suffit-1l pas à nos cœurs, el nos cœurs sont-ils trop grands pour un Dieu?
5° Amour durable et constant. Je n'ai qu’une étincelle d'amour, et je voudrais un brasier immense; cette faible étincelle s'allume de temps en temps et s'éteint bientôt, el je voudrais un incendie permanent. Mon Dieu, vous êtes toujours aimable : pourquoi ne vous aimé-je pas toujours? pourquoi ces vicissitudes , ces tiédeurs, ces langueurs ? Il y a certains temps où il me paraît que je vous aime; certains moments où, touché de votre grâce, je vous dis, ce me semble, de cœur : Mon Dieu, je vous aime! Jours heureux! moments délicieux ! mais ces temps sont si variés, ces moments sont si courts, cet amour est si peu constant et si peu assuré ! On vous aime un jour, Ô mon Dieu! et l’autre on ne vous aime pas : on vous cherche un jour, et le suivant on vous perd de vue ; on vous aime un temps, et ensuite on semble oublier qu’on vous a aimé! Et qu’a-t-on trouvé dans vous pour se dégoüler? et que trouve-t-on hors de vous pour s’y attacher? Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, perdez-vous quelque chose de vos attraits? vos attraits ne sont-ils pas capables d'exciter sans cesse de nouvelles ardeurs ?
Telle est, à mon Dieu, l’unique chose que je vous de-
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