‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 89 sur 119 · TROUVER · texte numérisé non relu

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Dieu s'y propose peut-être de nous préparer à quelque grand sacrifice, à quelque humiliation, à quelque grande epreuve ; il nous prépare au combat, et nous arme contre la tempête qui va s'élever. Ce sont ici comme les années d’abondance dans l'Egypte; une triste diselte va bientôt succéder.

Ainsi, loin de nous endormir dans le calme, tenons-nous prêts, disposons-nous à combattre et à soutenir les épreuves quañd le temps en sera venu.

20 Temps de visites consolantes : ce qu'ils doivent être par notre fidélité: un temps de reconnaissance et d’actions de gràces envers Dieu: un temps d’humilité et de défiance de nous-même; un temps de vigilance et d'attention sur notre cœur et nos sentiments, c'est-à-dire un lemps de moisson et de récolte pour les jours d'indulgence et de privalion.

Rappelons le triste exemple des vierges folles, qui, faute de vigilance, sont surprises à la vue de l'époux, et par là mème exclues du festin qui était préparé.

3° Temps de visites consolantes : ce qu'ils peuvent devenir par notre manque de correspondance. Oui, ce temps de visite, si saint en lui-même, si précieux dans les vues de Dieu, si salutaire dans ses elfets, peut, par notre faute et notre négligence, devenir un temps d’illusion, un temps de tentation, un temps d'’orgueil, d'amour-propre, et en conséquence un temps de dangers et de chute.

Un temps d'illusion : l'ange des ténèbres peut se transformer en ange de lumière; tout esprit n’est pas l'Esprit de Dieu. IL faut prendre garde alors de former des résolutions extraordinaires, de prendre des déterminations qui tirent à conséquence. On peut s'engager mal à propos, prendre l'ombre pour la lumière, prendre un détour qui égare pour un chemin qui conduit au terme. 11 est de la sagesse de ne rien faire de soi-même et sans conseil, tout avec prudence et maturité. Combien d'âmes se sont ainsi égarées en présumant trop de leurs forces et en comptant trop sur leurs dispositions présentes !

Le temps des visites consolantes peut devenir un temps de tentations. Le démon, nous trouvant alors moins sur nos gardes, peut protiter du manque de vigilance et nous prendre comme au dépourvu ; dans un inauvais moment, nous éloigner pour bien des années ; par un seul coup nous faire bien des pluies dangereuses; et après quelques instants 19*

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de douceurs trompeuses nous faire verser bien des larmes a1mèêres.

Il peut devenir un temps d'orgueil et de vanité. On se complaît dans son état, on nourrit son amour-propre, on s'approprie les dons de Dieu, et par là on en abuse, on les pervertit.

C'est comme une épouse à qui un époux a donné des joyaux précieux : elle en fait son ornement, sa parure: elle s'en sert pour se jeter dans le monde, pour attirer les regards et les cœurs. Epouse ingrate, imprudente, hélas! peut-être bientôt infidèle. Dans de pareilles dispositions, est-on bien éloigné du danger, et ne marche-t-on pas sur le bord de l'abime? Qui stat videat ne cadat (1). Le Sage l’a dit, et on doit se le dire souvent à soi-même, que celui qui est debout prenne garde de tomber.

Que faut-il donc faire dans ces temps de visites consolantes, pour éviter ces malheurs et entrer dans les vues de

4° Il faut nous humilier devant le Seigneur et nous croire absolument indignes de ses dons; penser que, s'il nous en favorise, c’est par un pur effet de sa bonté; c’est pour nous soutenir dans notre faiblesse, de peur que nous ne succombions. Prenons conseil, il nous est nécessaire.

20 Il faut prendre garde de trop s'attacher à ces dons de Dieu, de les goûter et de s'y complaire ; il faut, au contraire, les rapporter tous à Dieu, comme à leur principe et à leur fin, nous en regarder comme les simples dépositaires, et surtout marcher tandis que nous avons la lumière, de peur que les ténèbres ne viennent nous surprendre.

30 Il faut nous attendre que ces temps heureux, ces jours consolants ne dureront pas; nous attendre à la privation, être bien assurés qu'après les lumières viendront les ténèbres, après la sérénité les nuages ; qu’au calme succèderont les orages et les tempêtes. Préparons-nous donc, ou plutôt tenons-nous toujours prêts; l'ennemi du salut tourne sans cesse autour de nous pour chercher une proie et la dévorer : Faisons donc des provisions, et ne dissipons pas les trésors que Dieu nous présente.

Cependant il ne faut pas faire de provisions dans un esprit de défiance ou de propriété, qui mette comme en réserve les dons de Dieu. La manne réservée pour le lendemain dégénérerait en pourriture. Faisons des provisions, non d’abondance et de propriété, mais des provisions d’hu-

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milité, des provisions de vigilance, des provisions de résignation, d'abandon entre les mains de Dieu : soyons reconnaissants , Dieu sera libéral.

SECOND POINT

Comme dans le service de Dieu il y a des jours sereins, il y a aussi des jours de nuages, des jours d'épreuves et de combats. Les prières ne sont plus que sécheresses. les consclations ont disparu, les doux entretiens avec Dieu ne présentent plus leurs attraits, la source des communications intimes paraît tarie, le temps des orages et des tempêtes s’est élevé, les tentations en foule viennent assaillir de toutes parts.

À cette vue, une âme autrefois nourrie de lait et de miel s'étonne et se trouble, s'alarme et croit tout perdu, et, comme au milieu d'une mer orageuse, s’écrie en tremblant : Salva nos, Domine, perimus (1) : Sauvez-nous, Seigneur; nous allons périr : heureuse encore, dans cet état, de recourir à Dieu, et ne pas se livrer à elle - même et à ses alarmes!

Quels sont les desseins de Dieu dans ces visites pénibles, et que devons-nous faire pour entrer dans ses vues? Dieu veut nous éprouver, nous purifier, nous fortitier, peut-être nous punir, peut-être nous préparer par l’humiliation à quelque grande grâce, à quelque nouvelle faveur. Adorons ses desseins, ils ne tendent qu'à notre bonheur et ne demandent que notre correspondance.

4° Dieu veut nous éprouver et voir si nous sommes capables de sacrifice. Souvent tranquilles au pied de ses autels, nous lui avons fait les plus grandes protestations de tidélité, nous nous sommes crus capables de tout pour sa gloire et son saint amour. Il veut voir si les effets répondront aux paroles, si c'était la bouche ou le cœur qui parlait. Saint Pierre hors du combat était généreux ; à la première attaque il succombe : son infidélité fut bientôt lavée dans ses larmes.

20 Dieu veut nous purifier. Quelque sainte que soit une àme , elle éprouve toujours dans elle bien des misères. Les plus parfaits ont toujours bien des imperfections. Combien de fautes, d’infidélités, de résistances à la gràce! combien de tiédeurs, de langueurs, de négligence dans le service d’un Dieu si saint! Hélas! le juste même pèche sept fois le jour : que sera-ce de nous? Or ce sont ces fautes, ces in-

(4) Matth., vin.

fidélités, ces tiédeurs, que Dieu veut nous faire expier par les épreuves où il nous met, par les combats où il nous engage, par les peines intérieures dont il permet que nous soyons aflligés. Par là il lave les taches de nos âmes. L'or se purifie dans le feu : ainsi les âmes se puritient dans le feu de la tribulation, qui leur rend toute leur beauté et tout leur éclat.

3° Par les épreuves Dieu veut nous fortifier. L'arbre planté dans une terre féconde, en un lieu éminent, est exposé à l'agitation et aux secousses des vents; s’il résiste, il se fortifie et prend des racines plus profondes et plus assurées : tel ect l'effet des épreuves à l'égard de l'âme. Plantée dans une terre favorable, élevée à un état de grâce plus spécial, les épreuves intérieures laffermiront dans le bien; soit parce qu'alors Dieu lui donne plus de grâces, soit parce qu'’ellemême, devenue plus attentive et plus vigilante, s’arme contre ses ennemis, et réunit toutes ses forces pour se mettre en élat de défense. Quand j'éprouve ma faiblesse, disait saint Paul, c’est alors que je trouve en moi plus de force ; parce que, dans cet état, convaincu de sa propre misère, on se réfugie dans Dieu : et que ne peut-on pas avec son secours !

4° Peut-être, par les épreuves, Dieu veut nous préparer à quelque grâce particulière, à quelque faveur spéciale dont il veut nous combler. Il commence à bien établir dans nous les fondements de l'humilité sur lesquels doit s'élever l'édifice de notre perfection.

Tels sont les desseins de Dieu sur nous dans les épreuves qu’il nous ménage : desseins toujours de miséricorde, de providence, de salut et de grâce. Hélas, souvent opposés aux desseins de Dieu, peu résignés à ses volontés, ennemis de notre propre bonheur, nous nous décourageons, nous nous inquiétons, nous nous laissons abattre et décourager, peut-être même nous nous plaignons et nous murmurons.

Car voilà ce qui n’arrive que trop souvent : tandis que la grâce sensible nons soutient et nous porte, tandis que les douceurs du service de Dieu se font sentir dans nos cœurs, tandis que le miel des consoletions coule dans nos âmes, nous marchons, nous nous soutenons.

Mais du moment que le ciel s’obscurcit, que le soleil de justice semble se cacher et s'éclipser à nos yeux, nos cœurs abattus, nos âmes défaillantes, ne sont plus capables de rien ; nous nous arrêtons, nous reculons, nous nous mettons en danger de nous égarer.

Là-dessus on se degoûte de la prière, on néglige ses pra-

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