‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 98 sur 119 · L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

L'ÉTERNITÉ

L'homme entrera un jour dans la maison de son éternité, dit l'Esprit-Saint : Jbit homo in domum «æternitatis suæ (1). 1l est donc vrai, à homme mortel, que, si vous êtes en ce monde, ce n'est pas pour toujours; qu'après cette vie courte et de quelques jours, il en succèdera une autre qui n’aura point de fin. Il est donc vrai, à homme pécheur etimpénitent, que tes crimes, tes excès, tes désordres ne seront pas impunis, et que les abimes des vengeances s’ouvriront un jour pour t’engloutir à jamais. Il est donc vrai, à àmes justes, que vos vertus, vos afflictions ne seront pas sans récompense, et qu’une couronne immortelle leur est préparée dans le sein des élus, dans la région des vivants.

Pensez -y bien, le temps ne nous est donné que pour penser à l'éternité.

Eternité! après quelques années passées dans les amusements, la joie, les Rues , l'abondance, une éternité tout entière dans les regrets, les remords et le désespoir : foujours et jamais; ces deux mots seront la méditation éternelle du réprouvé; toujours dans les tourments, toujours dans les flammes, toujours dans le sein des horreurs; jamais la moindre lueur d'espérance.

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joie, de consolation, de bonheur, d'ineffables délices : foujours et Jamais ; ce sera la contemplation éternelle du prédestiné. Toujours dans Dieu, avec Dieu, heureux dun bonheur méme de Dieu. Jamais de crainte, de chagrins, de vicissitudes, de changements : toujours et jumais, jamais et tou‘ours. Malheur à qui n'y pense pas! mais malheur plus grand encore à qui y pense, et qui ne vit pas en chrétien et en saint!

Hélas ! insensés que nous sommes ! que faisons-nous le peu de jours que nous passons sur la terre? On ne pense qu'au temps, on ne s'occupe que du temps, on ne travaille que pour le temps, on ne vit que pour le temps; et l'éternité nous attend, et l’éternitéavance à chaque moment, et l'éternité va nous recevoir; demain peut-être ons entrerons dans son sein. Aujourd'hui dans la joie, les festins, les parties de plaisir; demain dans les larmes, les soupirs, les sanglots. Quel aveuglement !

Il y à une éternité! Y avons-nous pensé? y pensons-nous sérieusement, efficacement? Est-ce ce tendre enfant qui, à la honte de ceux qui lui ont donné la vie, sait à peine qu'il y en a une autre ? Est-ce cette jeune personne livrée aux amusements, aux enchantements de ce monde et aux désirs déréglés de son cœur? Est-ce cette personne avancée en âge qui ne pense qu'à prolonger une vie qu'elle devrait consacrer à la pénitence ?

Si l'on pensait à l'éternité, quel changement verrait-on dans les cœurs! Cet ennemi ne penserait-il pas à se réconcilier, et voudrait-il aller paraitre devant Dieu le fiel dans la bouche et l'amertume dans l'âme? Celui-ci garderait-il un bien qu'il sait ne posséder qu’à titre d’injustice ? Celui-là porterait-il dans la conscience un doute qui l’inquiète, et attendrait-il d'en avoir l’éclaircissement au tribunal du souverain Juge”? Si l'on y pensait, se conduirait-on comme on se conduit? agirait-on comme on agit ? vivrait-on comme on vit? Qui est-ce qui, pensant qu'après cette vie périssable et mortelle il y en a une immortelle et durable, ne lui consacrerait pas tous ses soins ? Qui est-ce qui, voyant un enfer ouvert sous ses pieds, comme un abime près de l’engloutir à jamais, ne se résoudrait pas à tout entreprendre, à tout soufirir, à tout perdre pour l’éviter ? Qui est-ce qui, envisageant la gloire, les délices d’une éternité bienheureuse, ne soupirerait pas sans cesse après elle ?

Ah! si l’on pensait sérieusement à l'éternité, les plaisirs auraientils des sectateurs? le monde aurait-il des partisans? le péché aurait-il des esclaves? Non, je re crains pas de le dire, dés lors les assemblées mondaines seraient désertes, les parties de plaisir seraient rompues, les spectacles profanes abandonnés : il n°y aurait de foule que dans les temples; les autels seraient environnés, les tribunaux de la pénitence assiégés ; chacun de nous, comme absorbé dans cette grande pensée, se dirait sans cesse à lui-même : Il y a une éternité, je la crois, je la crains, je l’attends; elle peut me surprendre à tous les moments; du soir au matin je puis y être appelé, et, si cela arrivait, serais- je en état d'y entrer ? Ah! puisque je ne dois un jour terminer ma Course en ce monde que pour en commencer une nouvelle dans l’autre, n'est-il pas de la sagesse d’y penser sans délai, de m'y préparer sans relàche” Et quel serait

L'AME PENITENTE,

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mon malheur, si, après des réflexions si solides, je vivais comme

Jai vécu, comme ceux qui semblent n'avoir rien à espérer ou à € craindre après cette vice! d O pensée de l'éternité, que vous êtes grande, que vous seriez salutaire! mais, hélas! que vous êtes peu méditée ! HISTOIRE, ‘4 ; Un peintre fameux dans l'antiquité fut un jour interrogé par un autre b t: peintre, qui lui fit cette demande : Comment arrive-t-1l que vous, qui êtes Eur sl si habile dans votre art, fassiez si peu de tableaux, tandis que moi, bien Fr re inférieur en mérite, j'en fais un si grand nombre en peu de temps?” Eu & Pi voici la raison, lui répondit l'autre : c'est que vous peignez pour le temps, de vu moi je peins pour l'éternité : œfernitati pingo. Belle leçon! ne rougissons :à nc pas de l'apprendre. Tous tant que nous sommes, nous avons un tableau à tracer; car, en qualité de chrétiens, si nous voulons être prédestinés, il Ne et faut tracer dans nous le portrait et la ressemblance de Jésus-Christ même, (3 V qui est le chef et le modèle de tous les élus, Chaque jour nous pouvons y K 4 travailler; une prière adressée à Dieu, une aumône offerte en vue de Dieu, % te: une mortification faite en esprit de pénitence : tout cela autant de coups Ë VO de pinceau que nous donnons, autant de traits de ressemblance avec le vé divin modele qui nous est présenté; mais souvenons-nous toujours que ce In portrait doit être fait pour l'éternité : æternitati pingo.

Pénétrés de ces grands sentiments, agissons, vivons désormais comme des personnes remplies de la pensée de l'éternité, soutenues par la foi de l'éternité, animées par l'espérance de l'éteraite, en un mot, destinées à l'éternité. Puisse-t-elle être pour nous à Jamais heureuse !

PERRET NES ES PO Een e

RÉFLEXIONS

Pensez-y bien, et dites-vous sans cesse à vous-méme :

Il y à une éternité.

Je suis fait pour l'éternité,

Je suis peut-être à la porte de l'éternité,

Quel sera mon sort dans l'éternité? Le temps ne m'est donné que pour y penser. C'est à quoi je vais consacrer les moments qui me restent.

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