LA MORT
Pensez bien à ces grandes vérités.
A0 Nous mourrons tous; et viendra un jour qui sera pour nous le dernier des jours.
20 Le moment de la mort nous est inconnu; et il arrivera plus tôt que nous ne pensons.
30 Du moment de la mort dépend notre éternité.
4o Après la mort il n’y aura plus pour nous de ressource.
Pensons-y donc à présent.
Rien de si commun que la mort; tous les jours on entend dire : Un tel est mort, un tel vient d’expirer; un tel a été frappé d'un accident imprévu; un tel a été enlevé après une longue maladie; un tel vient d'être assassiné; tel autre s’est noyé; celui-ci à fait une chute, et il est resté sur le coup : celui-là a été écrasé sous les ruines d’un bâtiment. Chaque jour nous en fournit des exemples. Nous en donnerons un quelque jour aux autres. Y pensons-nous?
Tous les hommes sans exception sont sujets à la mort: elle domine sur toutes les conditions. Le jeune homme n’est pas à couvert de ses coups; un enfant meurt quelquefois au moment où il a commencé à vivre; elle assiège la porte du riche : la puissance, les richesses, les couronnes, les sceptres, tout cède à la mort; elle pénètre dans les palais des grands comme dans la cabane des pauvres. Elle étend dans la bière le grand comme le petit. Tous les jours quelque victime est immolée. Vous pouvez être la première. Y pensez-vous ?
Comment les hommes peuvent-ils s’aveugler si malheureusement sur la mort, qui les menace à tous les moments? On sait qu'on peut mourir à tous les instants, et l’on vit comme si jamais on ne devait mourir; on regarde toujours la mort dans un grand éloignement, comme si elle ne devait jamais arriver; on entend dire : Un tel est mort subitement ; et l’on se flatte toujours d'une longue vie. A la mort des autres, on trouve toujours des raisons de se rassurer soi-même : Cette personne est morte, dit-on, mais elle n'avait point de santé, elle languissait depuis longtemps; elle ne se ménageait point ; elle faisait des excès; on l'avait avertie : elle était menacée de tels accidents; on ne l’a pas secourue à temps et à propos. Ainsi trouve-t-on des raisons pour se rassurer, au lieu de se dire : Un tel est mort aujourd'hui : qui m'a dit que demain je serai en vie? Un tel a été enlevé subitement de ce monde : peut-être demain les cloches funèbres annonceront ma mort.
(4 Eccli,, xx1. — (2) Luc., xLI, — (3) Psalm. L.
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Tel croit être bien éloigné de sa dernière heure, qui porte le trait de la mort dans son sein; il pense aujourd'hui à une partie de plaisir et demain il sera devant Dieu. Y a-t-il pensé ? | Ce qu’il y a de plus terrible en ce point, c'est que les suites de la mort sont éternelles et irréparables. La mort n'est qu'un moment, et ce moment décide de tout pour toujours. Tel qu’on aura été au moment de la mort, tel on sera durant une éternité tout entière. Si l’on meurt en état de gräce, on est heureux pour toujours; si l’on meurt en état de péché mortel, on est malheureux, mau= dit, réprouvé à jamais. L'arbre tomhera un jou”, dit l’Esprit- Saint: s’il tombe à droite, il est réservé pour l'édifice de la céleste Jérusalem; s’il tombe à gauche, il est destiné au feu: Ulr ceciderit arbor, ibi erit. Non, dès le moment de la mort il n’y « plus de ressource : ni regrets, ni soupirs, ni sanglots, ni larmes, ni résolutions, ni promesses, rien ne changera le sort: il est fixe pour toujours: l'arrêt est porté, et l'éternité tout entière en sera l'exécution. Il fallait y avoir pensé: il ne sera plus temps de le faire. Toute la vie devait être employée à se préparer à ïà mort ; si on ne l’a pas fait, toute l'éternité sera employée à déplorer son malheur et à gémir dans son désespoir. Le Sauveur du monde nous en avertit: Qua hora non putatis Filius hominis veniet (1): Le Fils de l’homme viendra à l'heure que vous y penserez le moins. Je vais y penser, j'y penserai toute ma vie; je me tiendrai toujours rêt, et dès ce jour je me regarderai comme pouvant mourir tous es jours.
HISTOIRES
Un jeune homme pour le salut duquel saint Grégoire pape s'intéressait ardemment, avait conçu pour une personne du sexe une passion si violente, qu'il en était transporté, sans que les conseils, les avis, les prières de saint Grégoire eussent jamais pu l'arracher de son cœur. Dieu, par un de ces jugements redoutables qu'on ne peut qu'adorer, frappa d'un accident imprévu l'objet de cette passion malheureuse : une mort subite l'enleva de ce monde. Le jeune homme en fut dans le plus grand désespoir ; mais ce qu'il y a d'étonnant, c'est que cette mort funeste, loin de détacher son cœur, ne fit qu'augmenter et allumer le feu qui le consumait. Saint Grégoire, sensiblement affligé de cet aveuglement déplorable, crut qu'il devait faire un dernier effort pour sauver cette âme. Un jour donc, après avoir prié le Seigneur de bénir son dessein, il prit ce jeune homme par la main en lui disant : Venez avec moi, je veux vous montrer l'objet de votre affection criminelle. Il le conduisit dans le tombeau où cette personne était enterrée. Quel spectacle affreux vint se présenter à ses veux ! Il recule de crainte et d'horreur. Non, mon fils, lui dit saint Grégoire, ne fuyez pas, soutenez le Spectacle que la mort vous présente: considérez ce qui s'offre à vos yeux; voyez ce qu'est devenue cette beauté périssable à laquelle vous étiez si éperdument attaché; voyez cette tête décharnée ces yeux éteints, ces ossements livides, cet amas horrible de cendres, de pourriture et de vers: voilà, voilà l'objet de votre passion, pour lequel vous avez poussé tant de soupirs, sacrifié votre âme, votre salut, votre éternité, votre Dieu! L
Ces paroles touchantes, ce spectacle frappant, firent une impression si vive sur le cœur de ce jeune homme, que, connaissant enfin le néant de ce monde et la fragilité de toute beauté périssahle, il renonça des ce moment à toutes les vanités de la terre, et ne pensa plus qu'à se préparer par une vie chrétienne à une sainte mort !
(1) Luc, xx.
Rem ders
Pensez-y bien. Votre heure viendra: que penserez - vous alors de tout ce qui vous attache en ce monde ?
Une jeune dame douée de beaucoup d'esprit et de tous les talents propres à son sexe se trouva à la fin de sa course bien plus tôt qu'elle n'avait pensé. Au commencement de la maladie on lui dissimula le danger, comme il n'arrive que trop souvent; cependant, le mal augmentant, il fallut lui annoncer son état, et l'avertir de mettre ordre à sa conscience. A cette annonce elle fut troublée, alarmée; mais enfin, la grâce ranimant tous les sentiments de sa foi, elle offrit généreusement son sacrifice à Dieu, et demanda elle-même à recevoir les derniers sacrements. S'y étant disposée, elle fit prier un certain nombre de ses amies de venir la voir, eu toutes S'y étant rendues au moment où elle allait recevoir le saint Viatique, elle leur adressa ainsi la parole : Mesdames, leur dit-elle d'une voix mourante et d'un ton pénétré, je vous ai appelées pour vous faire voir dans moi le vide des choses humaines ; vous voyez mon état, vous en êtes touchées: profitez-en, et connaissez quel est le néant de ce monde. Ah! Mesdames, si vous pouviez voir les choses des yeux dont je les vois à présent, que vous seriez pien détrompées de toutes les vanités et de toutes les illusions de la vie, et que vous comprendriez bien qu'il n'y à rien de solide que de servir Dieu! Mon heure est venue, la vôtre viendra : n'attendez pas alors à vous y préparer. Je vous parle et je vous vois pour la dernière fois de ma vie. Je vous demande le secours de vos prières. Si j'obtiens miséricorde, comme je l'espère, je ne vous oublierai pas devant Dieu. Alors elle reçut le saint Viatique, et quelque temps après elle expira. Ces dernieres paroles restèrent gravées dans l'esprit de celles qui les avaient entendues, et y produisirent des fruits de salut, Produiront - elles du moins dans nous quelques réflexions salutaires? Pensez - y tandis qu'il en cst temps.