PRATIQUES
n y a différentes pratiques par lesquelles on peut honorer la Passion de Jésus-Christ et entrer dans l'esprit de la croix :
V Avoir toujours sur soi l'image de Jésus crucifié, la baiser souvent avec respect, ou la porter sur son cœur;
2^ Tous les jours se fixer certain nombre d'actes de mortification ;
30 Tous les vendredis pratiquerquelque pénitence à l'honneur de la Passion ;
40 Prendre avec soumission toutes les peines de son état et les afflictions de la vie, telles que Dieu nous les enverra. Tout ce qui nous viendra de sa main nous sera précieux;
50 Unir nos croix avec celle de Jésus-Christ : cette union les adoucira et les sanctifiera;
6^ Ne pas tant nous plaindre de nos croix; mais les souffrir en silence entre Dieu et nous;
70 Quand on aura quelque affliction nouvelle, venir d'abord l'offlrir à Jésus-Christ au pied de la croix, lui en faire part, et lui demander son secours;
S"" Regarder chacune de nos croix comme une portion de celle de Jésus^Christ ;
SUR LE GALTAIRE. 1S5
9^ Nous imaginer que Jésus-Christ nous met à la place de Simon le Cyrénéen pour le soulager du far* deau de la croix;
10** Offrir souvent le sacrifice de notre vie en union du sacrifice de lésus-Christ sur la croix;
Ce serait encore une pratique bien salutaire, de faire chaque mois un jour de retraite ou de recueillement, conune si on était sur le Calvaire. La piété, la ferveur et l'amour divin inspireront aux âmes fidèles bien d'autres pratiques saintes et salutaires, la principale et la plus essentielle sera toujours celle de porter la croix de Jésus-Christ selon son esprit et selon son cœur.
BEGAPmMTION.
Four conserver les bons sentiments puisés dans ces Con» sidérations , il est nécessaire de rappeler et de conserver dans noas le souvenir de la Passion de Jésus-Christ. Dans cette vue on ajoute ici une méditation qui renferme l'abrégé de ce grand mystère. On pourra de temps en temps faire cette méditation , et spécialement une fois chaque mois , en consacrant un jour de recueillement dans lequel on rappellerait les résolutions prises auparavant ; on examinerait les points sur lesquels on se serait peut-être relâché , et on prendrait les moyens de se ranimer de plus en plus dans les voies de Dieu et dans l'accomplissement des desseins de sa grâce.
Saint Augustin, en parlant de la croix, renferme en trois mots tous les mystères de la Passion du Sauveur. La croix, dit-il, est un a\il^\o^\^\i%^îûK>aX
fis VkWÊ
s'immole, vmt ohaire où il instruit, on trilMHiftl Hm lequel il jugei 4ra mori^ntiâj etithedra dooêntiêj thfih nus judicantis. Méditons ces trois vérités, qol nous présopteot tous les fruits de la Passion, et peuvent nous en appliquer de plus en plus les mérites*
l"" \a CvoiXi est Tautel où Jésus-Christ s'immole pour noua, J^e Sauveur du monde avait oomm^œé son sacrifice ^a cqmmftnçant à vivre ; mais comme le sscriQcQ ne se consomme que par la mort de la victime, c'est pitr la mort que Jéisua^Ghrist devait consommer le sien, et c'est sur l'autel de lu crqix qu'il 3Q sscrifie tout entier, qu'il se saorifie pour tout l'univers, qu'il se sacrifie volontairement luimême, devenant tout à la fois le prêtre et la victime de son sacrifice.
Quel holocauste plus entier et plus parfait que celui de Jésus-Christ sur la croix? C'est là qu'il immole tout ce qu'il a et tout ce qu'il est : sa liberté , en se mettant au rang des esclaves \ sopi honueur» par les opprobres dont il est couvert; ses biens, par le ièt^ pouillement où il est réduit; son corps, par las dou*» leurs sensibles; son cœur, par les amertumes inté-» rieures; sa vie enfin, par la plus oruelle de toutes les morts. Sacrificateur et victime tout ensemble, il s'offre lui'^même à son Père, car ici ne considérons ni les Pharisiens qui l'accusent, ni les Juifs qui demandent sa mort , ni les juges qui le condamnent , ni es bourreaux qui le crucifient; ils n'ont depouvQir sur lui qu'autant qu'il veut leur en donner; c'est son amour qui le livre, et qui est le vrai sacrificateur qui l'immole, Prêtre selon l'ordre de Melehisédecb , dont le sacerdoce est éternel : Prêtre du Tràs-Haut , gnJçffjre^ Aqq des victimes ètraagàt^» nx^ sou
SUR LB CALYAIRB. 1S7
propre corps; non le sang des animaux, mais le sang de l'Agneau sans tache : Prêtre saint, élevé au-dessus des Cieux, qui a consôinipé le grand ouvrage de notre sanctification par Tunique oblatioo de lui<mëme.
l^a croix est donc le véritable autel où lésus-Christ s'offre à son Père. C'était nous , en qualité de pécheurs , qui devions être immolés sur cet autel ; mais Jésus-Christ s'est substitué à notre place pour porter la peine de nos péchés \ il n'a été fait anathème que parce que nous étions nous-mêmes frappés de malédiction. Il avait été figuré par ce bouc émissaire, chargé des iniquités de tout le peuple, et conduit hors du camp ; ce n'est point dans le temple, ni dans la ville de Jérusalem que Jésus^ Christ est immolé , c'est sur une montagne , c'est sur une croix , afin qu'étant le salut de tous il fût exposé aux yeux de tout l'univers. La croix devient comme Tautel du monde entier; c'est par le sang de la victime par excellence que le péché est expié , que la mort est domptée , que l'enfer est désarmé , que le sanctuaire éternel est ouvert , et que, marchant nous-mêmes à la suite du sacrificateur , nous pourrons y avoir entrée; la croix est le chemin, Jésus<<]hrist est le conducteur , le Ciel est le terme.
Sortons donc hors du camp , unissons-nous par la foi à ce souverain sacrificateur , portons avec lui l'ignominie de la croix , et devenons avec lui sur cette croix une même victime,
croix sainte , croix précieuse i autel de propitiation, arbre de vie, source de grâces , monument étemel des miséricordes divines ! c'est vous qui ave? porté ce dé^t sacré, q\û av^i t^ csxVx^ ^^*^\!ii^^
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le Saint des saints, qui avez été arrosée de son sang adorable; à combien de titres ne méritez-vous pas rhommage de mon respect et de ma vénération I Soyez à jamais gravée dans mon cœur , et opérez-y les prodiges de grâces dont vous êtes la dépositairOr
^ La croix est la chaire ofi Jésus-Christ nous instruit. Où est-ce, en effet, que ce Dieu Sauveur nous a instruits aussi pleinement, aussi efficacement que sur la croix ? Oh nous a-t-il enseigné d'une manière aussi sensible et aussi touchante les vérités fondamentales , les vérités évangéliques , les vérités crucifiantes, en un mot, toutes les vérités du salut?
Vérités fondamentales. La grandeur de Dieu , qui ne peut être dignement adoré que par un Dieu ; la rigueur de sa justice , qui ne peut-être apaisée que par une victime toute divine; Thorreur du péché, qui exige une telle victime ; rexcellence et la dignité de nos âmes , qui ne peuvent être rachetées qu'à ce prix : tout cela autant de vérités lumineuses qui sortent du sein de la croix.
Vérités évangéliques. C'est sur la croix, plus efficacement que sur la montagne , que Jésus-Christ nous fait entendre ses grandes et sublimes maximes: Bienheureux sont les pauvres cTesprit, nous dit ce Dieu Sauveur dépouillé de tout sur la croix: J?tenheureux ceux qui sont doux , parce qu'ils portent le caractère de cet Agneau divin qui s'est laissé égorger sans se plaindre : Bienheureux sont les pacifiques, parce qu'ils ont l'esprit de ce divin Médiateur qui a pacifié le ciel et la terre : Bienheureux ceux quipleU" rent, qui sont persécutés , outragés ^ parce que le Saint même des saints a souffert les persécutions, les outrages, et too^ le$ tourments ;lo\xl ce\«L ^MVasiX. ^^
fSUK LS GALYÀIM. f â9
fruits de la croix, autant d'oracles annoncés par Jésus-Christ sur la croix.
Vérités crucifiantes , si incompréhensibles à la raison, si contraires à la nature, si relevées au-dessus des sens ! Que celui qui veut venit après moi, se re-^ nonce lui-même. Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède , ne saurait être mon disciple. Celui qui voudra sauver son âme > la perdra; et celui qui la per^^ dra pour moi, la sauvera. Si le grain de froment tombant en terre ne pourrit et ne meurt, il ne produira rien; s'il y meurt, il produira au centuple. Quel autre esprit que celui de la croix peut nous donner l'intelligence parfaite de ces maximes si élevées au-dessus de nous?
Vérités pratiques dans toute la conduite et tous les états. Et quel est l'état, quelle est la profession dans le monde qui ne trouve son instruction au pied de là croix ?
Aux riches, elle apprendra à se détacher de tout, du moins d'esprit et de cœur, et à tout posséder comme ne possédant rien. Aux pauvres, elle apprendra que, dans la privation, l'indigence, le dépouillement de tout, on peut trouver les véritables richesses. Aux grands de la terre, elle fera connaître le néant de toute grandeur périssable. Aux petits selon le monde, elle dira qu'ils peuvent être grands aux yeux de Dieu même. Aux heureux du siècle, elle fera connaître le danger de leur état, et les prémunira contre la séduction. Les affligés et les souffrants, elle les consolera par la vue et l'exenïple d'un Dieu souffrant avec eux et pour eux. En un mot, la croix nous dira tout, et nous le dira d'une manière si vive, si touchante f que nous n'auTotis T\«XkV^ ^Wk^^\\
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et qu*opposerions-nous à la croix et à l'aemple d'un Dieu souffrant et mourant pour noua 7
Parlez, A mon divin Maître ! vous avez les paroles de la vie étemelle ; c'est surtout du haut de votre croix que vous nous les faites entendre. Vous faites plus encore que de nous les enseigner, ces sublimes maximes , vous nous engagez à les pratiquer ; car vous ne nous dites pas seulement inspice , voyez . xonsidérez-moi sur la croix; mais vous dites, inspice €tfac; voyez, considérez, et ensuite imitez et pratiquez : écoutez mes paroles, mais plus encore, suivez mon exemple. Je prie, priez avec moi ; je souffre , soufflez avec moi ; je pardonne , pardonnez comme moi, et pour Tamour de moi. Je porte ma croix, porter vous-même la vôtre ; j'expie le péché, faites pém'tence pour vos péchés ; je meurs, résignezvous , préparez-vous chaque jour à la morû Votre croix, ô mon Dieu ! me dit tout cela.
Avec quel respect ne dois-je pas écouter les sublimes oracles qu'elle prononce , profiter des salutaires leçons qu'elle donne, me conformer au divin exemple qu'elle me présente I Oui, votre croix est le grand livre que je dois lire , le fidèle miroir que je dois consulter; elle m'apprend tout ; et, comme votre Évangile est l'expression fidèle de la croix, aussi la croix est-elle le fidèle abrégé de tout l'Évangile.
30 Mais, mon adorable Sauveur, je dois penser et me souvenir que votre croix est encore le tribunal suprême oùvous nous jugez, et où vous jugerez l'univers. C'est en efiet sur ce lit de justice et sur ce tribunal redoutable que vous prononcez déjà tant d'arréts; vous commencez, même en mourant, Texercice de ce jugement formidable, lorsque , i^w V^ ^y^wkv^-
SUR LE CALTàIRE. ISi
ment que vous faites des deux coupables qui sont à vos côtés, vous sauvez l'un par une grâce ineffable, et rejetez l'autre par une justice terrible.
Ce sera donc par cette croix , 6 mon Dieu ! que vous me jugerez un jour ; vous appellerez en jugement côAfaré moi les grftces mêmes que tous m'avez accordées par les mérites de cette croix ; vous me présenterez l'obligation qu'elle m'imposait de vous suivre, de porter ma croix^ de mourir à moi-même , de devenir une copie vivante du grand modèle qu'elle me proposait. Si j*ai alors une sainte conformité avec vous souffrant sur la croit, vous exercerez envers moi un jugement de miséricorde, vous porterez un arrêt de vie \ mais si je n'ai pas avec vous cette conformité sainte, ô mon Dieu ! vous ne prononcerez que des arrêts de mort. Ah ! quel serait mon malheur si, dans celui qui voulait être mon père, je ne trouvais qu'un juge; si, dans celui qui devait être mon sauveur, je ne trouvais qu'un Dieu vengeur; et si la croix , qui , dans les desseins de Dieu , devait être l'instrument de mon salut, par l'abus que j'en aurais fait , devenait le titre de ma condamnation l
Âu dernier des jours , au grand jour de vos vengeances , ô Dieu saint! elle paraîtra, cette croix, aii milieu des airs ; les réprouvés la verront et seront consternés à sa vue : Videbuni in quem iransftxerunt (Joan. xix); elle leur reprochera l'abus qu'ils auront fait de votre sang et de vos grâces; et vous, juste vengeur de vos grâces et de votre sang , vous porterez contre eux cet arrêt de mort éternelle qui les séparera, les éloignera à jamais de vous, parce qu'ils se seront éloignés de votre croix et de votre cœur.
C'est au peid de cette croix qu^ \& Tûa ^x'c^sVfcTOfc
IS2 L*ÀKK
en ce moment pour me consacrer à elle et aux obligations qu'elle m'impose. Je la suivrai Je Fembras* serai, je me tiendrai attaché à elle toute ma vie, afin de mourir entre ses bras et de lui offrir mes derniers soupirs.
Icij il faut renouveler la conséeraUon à la erokc
UTANIES
A rhonnenr de Jésus-Christ sonfArant, modèle et
soutien des âmes sonfErantes.
Un grand serviteur de Dieu ^ , célèbre par les rigueurs de sa pénitence et par la sublimité de ses lumières dans les voies intérieures , disait , presque de nos jours : J'ai une dévotion particulière à faire les Litanies à l'honneur de Jésus-Christ dans ses souffrances. Je trouve un grand secours à les réciter dans mes peines et dans toutes les occasions où je sens de la répugnance à la pratique de l'anéantissement. Nous pouvons, à l'exemple de ce saint homme, les réciter nous-mêmes; nous y trouverons trois grands avantages : !<> Nous honorerons les souffrances de Jésus- Christ; 2» nous y trouverons un adoucissement dans les nôtres; 3"* nous attirerons les grâces qui nous sont nécessaires pour nous sanctifier dans nos peines et par nos peines mêmes.
Seigneur Jésus, ayez pitié de moi.
Seigneur Jésus , exaucez-moi , etc.
Jésus qui êtes par excellence l'homme de douleurs, ayez pitié de moi.
' M. de Beroière.
O Jésas , pauvre et dénué de tout , >
Jésus , méconnu et rejeté par votre peuple j S Jésus , méprisé et couvert d'opprobres , "g.
Jésus, haï et persécuté, §:
Jésus, abandonné, renoncé et trahi par vos g* propres disciples, , g
Jésus, triste jusqu'à la mort, r-
Jésus, livré au dégoût, à l'ennui et à l'abattement, Jésus, vendu à prix d'argent comme les escla*
ves, Jésus, lié et garrotté comme un voleur.insigne, Jésus, conduit avec infamie devant les tribunaux et les juges de la terre, Jésus, traîné avec opprobre dans toutes les rues
de Jérusalem, Jésus, exposé aux clameurs et aux huées de la
populace, Jésus, accusé, calomnié et injustement jugé, Jésus, traité de fou et d'insensé, Jésus, flagellé et tout couvert de sang, Jésus, condamné à mort comme un criminel e
un scélérat, Jésus, mis en parallèle avec un infftme larron. Jésus, couronné d'épines et salué avec dérision, Jésus, chargé des anathèmes et des malédictions de tout le peuple, ^ ^ Jésus, conduit sur le Calvaire, et portant le far- g deau de la croix, 'S. Jésus, attaché à cette croix, et donné en specta- «^ cle à tout l'univers, »
Jésus abreuvé d'amertume et de fiel dans Far- S deur de votre sdif, ^
IS4 L*A1I8 SUE LE CAiniRE.
Jésus, dont le cœur M percé d'tl&e l&tic6, > Jésus, expirant enfin entre les bras dé la Cfoil,^ Jésus, \ictime volontaire pourtour nos péchés,!» Jésus, modèle et soutien de toutes tios peines, ?