‹ L'âme élevée à Dieu, par les réflexions et les sentimens: Pour chaque jour du moisChapitre 16 sur 29 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Contenant des Instructions, des Prières et des Pratiques pour toits les états de souffrances où l'on peut se trouver.

Préface snr les peines intérieures.

Ames intérieurement aflBIigées, c'est surtout votre consolation que j'ai en vue et qui m'intéresse \ je sais combien cet état est pénible et crucifiant. Les peines extérieures sont sensibles sans doute, mais les intérieures le sont infiniment davantage et demandent des grâces bien plus spéciales. Animé du zèle de votre perfection, je vais entrer avec vous dans cette pénible carrière, non-seulement pour compatir à vos peines, mais pour tâcher de vous aidera les sanctifier, ou plutôt à vous sanctifier vous-mêmes dans elles et par elles. Le Père des miséricordes, qui connaît vos besoins, ne vous refusera pas son secours, si vous mettez en lui seul votre confiance, puisque c'est lui seul qui peut you5 y soutenir.

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Il y a donc différentes peines auxquelles les âmes même les plus fidèles peuvent être exposées ; on a des peines cachées qu*on ne peut communiquer à personne, et dont Dieu seul peut être le dépositaire.

On a des peines sur les objets mêmes où l'on devrait trouver sa consolation et sa paix.

On a des peines sur ses confessions, par la crainte qu'elles n'aient pas été faites avec les dispositions saintes qu'elles exigent.

On a des peines sur ses communions, par le peu de goût qu'on y trouve, et le peu de fruit qu'on en tire.

On a des peines sur ses prières, par les distractions continuelles dont elles sont remplies, et qui peuvent les rendre défectueuses.

Que dirons-nous encore? On a des peines sur les tentations et les mauvaises pensées dont on est sans cesse assailli, et où. Ton craint toujours de s'être arrêté.

On a des peines, et des peines bien grandes sur mille scrupules, mille retours qui surviennent, et qui jettent dans une agitation et une inquiétude continuelle.

La crainte de la mort, la crainte des jugements - de Dieu, la crainte d'une éternité malheureuse, sont pour certaines âmes une source intarissable de peines, et de peines d'autant plus terribles, qu'elles sont sur des objets plus essentiels et qui décident de tout.

Avant que d'entrer dans ce détail, faîtes devant Dieu ces réflexions générales, elles prépareront votre cœur à se prêter plus salutairement aux motifs personnels et particuliers qui vous seront présentés. Pensez donc :

1® Que si nous voulons véritablement nous rendre conformes à Jésus-Christ souffrant, ce n'est pas seulement aux souflfrances sensibles de son corps que nous devons prendre -part, mais encore aux amertumes intérieures de son cœur; c'est même surtout par celles-ci que nous pourrons former en nous cette sainte ressemblance avec ce divin modèle, conformément à ces paroles du livre de son Imitation : si une fois vous étiez bien entré dans l'intérieur de Jésus : Si semel introisses in interiora Jesu.

2P Que Dieu a ses vues, et des vues dignes de sa sagesse, enpermettant que nous soyons ainsi livrés à ces peines intérieures : nous les ignorons à présent, nous l'en bénirons un jour, nous admirerons les desseins de sa miséricorde sur nous : contentons-nous à présent de les adorer.

30 Le grand obstacle à la perfection des âmes intérieures, c'est un fonds d'amour-propre et de complaisance en elles-mêmes ; ce sont des fautes secrètes et cachées, dont Dieu seul est témoin; et c'est aussi par des peines intérieures et cachées que Dieu fait expier ces fautes et ces imperfections ; il faut que ce feu secret des tribulations consume tout ce qui dans l'âme mettrait obstacle aux opérations de la grâce.

40 Tout état de peines n'est pas un état de péché ; souvent, au contraire, elles deviennent une occasion de mérites plus grands et de vertus plus pures; le temps des peines est la saison la plus propre à donner l'accroissement et la maturité à ces premiers fruits de salut.

50 Tous les saints ont souffert-, \V tf e^iv ^^V. ^w^xwv gai n'ait passé par celte voie à'èçtews^s Vei\fetv^>v-

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res. Nous devrions bénir le Seigneur de ce qu'il nous traite comme il a traité ses favoris et ses élus. Pourquoi nous fait-il marcher par le même chemin, si ce n'est pour nous conduire au même terme?

6» Pour plusieurs personnes ces peines intérieures sont nécessaires ; si elles jouissaient d'une paix constante, elles en abuseraient, elles s'endormiraient dans le sein de cettc^ paix séduisante. Ou choisirait toute autre peine; mais c'est à Dieu, à choisir le genre de sacrifice par lequel il veut s'immoler ses victimes*

T Nous nous faisons souvent à nqus-mémes des peines, du moins nous les augmentons, nous les exagérons : notre simsibilité, notre délicatesse, notre amour-propre se fait des monstres de ce qui ne mériterait pas la plus légère de nos attentions* Bien des âmes, môme ju^^tes, ont besoin de cet avis salutaire.

8° Enfin nos peines intérieures, nos épreuves secrètes, fussent-elles encore plus grandes et plus sensibles, du moment que Dieu le permet et qu'il en dispose ainsi, il faut vouloir ce qu'il veut. Fermons les yeux, ne cherchons ni à examiner ni à voir, mais à nous résigner et à nous soumettre. Dieu voit et examine pour nous, laissons-nous conduire, il nous conduira hifaiiliblement au port; autrement nous risquerions de faire un triste naufrage. Baisons la main qui nous frappe, portons la croix que Dieu nous présente, espérons la récompense qu'il nous promet, et soyons assurés que sous ces peines intérieures et cachées sont aussi cachées les plus grandes faveurs et les grâces les plus précieusesm

SUR LB QiLVAIRE. IM

Peines sur riocertitade du salut, et le^ doutes sur

rétat de sou âme.

Outre l'incertitude où sont tous les hommes en général au sujet de leur salut éternel et de l'état présent de leur âme, il arrive souvent que Dieu laisse certaines âmes intérieures dans une incertitude encore plus triste sur ce point essentiel, ce qui eur fait craindre d'être dans un état dangereux; mais ce Dieu de bonté, qui voit les dispositions de leur cœur, en juge bien autrement. Cette conduite qu'il tient à leur égard ne peut que leur être salu^ taire ; car il voit que, si elles connaissaient le bon état de leur intérieur, cette connaissance pourrait leur causer de vaines complaisances, et diminuer leur vigilance sur elles-mêmes. C'est donc pourtour bien qu'il les laisse dans cette ignorance et cette incertitude, pour les tenir dans l'bumiUté et la dé* fiance d'elles-mêmes.

Il ne faut donc pas s'étonner que les âmes m^mes qui cherchent Dieu purement, ne laissent pas de se trouver quelquefois dans une obscurité si grande et des nuages si épais, que la foi, la piété, 1 amour de Dieu, tout semble avoir disparu. L'une s'imagine que, toutes ses bonnes œuvres étant défectueuses, elle a perdu le mérite de tous ses travaui^, et qu'elle n'a rien acquis pour le ciel. Cette pensée l'afQige, la trouble, jusqu'à lui faire craindre d^avoir commis quelque grand péché qui l'a jetée dans ce triste état.

TeJJaâutra désirerait ardemmeiit) ^ e;fi^^VÀ\^<« nttf d'aimer Dieu de tout aou ccmx *^ifiWi&\À!^9^^«^^

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ble la rejeter loin de lui; son cœur lui parait fermé, sa main semble la repousser quand elle se présente à lui : le démon toujours ennemi de la paix des âmes, leur met souvent ces tristes idées dans l'esprit , afin de les dégoûter de la piété, en leur montrant que tous leurs efforts sont vains et leurs combats inutiles.

Le moyen le plus sûr pour se tirer de cette excessive perplexité, c'est de recourir aussitôt à Dieu, de lui protester qu'on aimerait mieux mourir mille fois que de l'ofifenser; ensuite mépriser les artifices de ce serpent infernal, et ne point écouter ses suggestions dangereuses; car bien souvent, en faisant de violents efforts pour les repousser, on ne gagne rien que d'affaiblir sa tête et ruiner sa santé.

On ne gagne pas davantage à aller partout incon- * sidérément chercher de nouveaux directeurs pour les consulter; au lieu de s'éclaircir et de se tranquilliser , on ne fait que se jeter dans de nouveaux doutes et de plus grands embarras : il n'y a que Dieu qui, dans certaines peines, puisse donner la paix et calmer les flots agités.

Ainsi, après avoir consulté un directeur éclairé et expérimenté, il faut s'en tenir à la prière, à l'humilité et au saint abandon, jusqu'à ce qu'il plaise à la divine bonté de soulager cette peine, ou de nous en délivrer : qui peut savoir en quel temps et de quelle manière le Dieu de toute consolation daigne visiter ses serviteurs? Soyez donc en paix et assurez-vous que vous vous rendrez plus agréable à Dieu, et que vous travaillerez plus efficacement pour votre salut en vous jetant avec cow^Laxvc» d«!Cis \^ se/a de sa m/séncorde qu'eu vous conecuUwLX. ^asA

SUR LE GàLTAIRE. Ut

des recherches et des retours où l'amour-propre a souvent plus de part que l'amour de Dieu. Il est de foi que personne ne peut savoir s'il est digne d'à» mour ou de haine ; inutilement donc voudriez-vous tirer un voile que Dieu a mis, et entrer dans les profondeurs qu'il nous a défendu de sonder. Pratiquez le bien, et vous serez sauvé ; c'est tout ce que vous devez savoir : votre sort est plus en assurance entre les mains de Dieu qu'il ne le serait dans les vôtres.

C'est là, dis-je, ce qu'on doit dire à toute âme qui est en peine sur l'incertitude de son salut. Mais il est quelquefois des âmes en qui cette peine va beaucoup plus loin, et qui sont dans un état encore bien plus affligeant; non-seulement elles sont dans le doute et l'incertitude sur leur salut, mais elles se croient positivement perdues sans ressource, et absolument réprouvées de Dieu ; leur damnation leur paraît évidente. Destinées à être les victimes éternelles de la justice divine, condamnées sans retour à ne jamais voir Dieu, et à n'avoir que l'enfer pour partage , l'horreur de cette pensée les a tellement pénétrées, qu'au milieu de ces affreux nuages elles ne voient aucun rayon d'espérance, mais une espèce de désespoir qui les poursuit partout et leur montre sans cesse leur place assurée dansTéternité malheureuse.

Tel est le triste et déplorable état où Dieu permit que se trouvât réduit pendant plusieurs jours saint François de Sales ; c'est lui-même qui dépeint sa situation, et qui en frémit encore en la racontant.

Que devrait faire une âme qui se trouverait ^loagée dans les ténèbres de celte m\X. ^ws&s^^ ^

U3 l'ams

comme désespérante? Elle deyrait prendre le parti salutaire que prit ce grand saint, et dire à Dieu, dans le fond de son cœur afSigé et absorbé dans ce tor^ rent d'amertume et de fiel :Hé bien, mon Dieu, si tel est Farrét porté sur moi, que je doive être à jamais réprouvé et hors d'état de vous voir et de vous aimer dans rétemité, faites du moins que je vous aime de tout mon cœur dans le temps et tant que je vivrai sur la terre. grand sentiment ! ô étonnant sacrifice ! Non, peut-être jamais acte plus héroïque ne fut formé dans une âme ; jamais hommage plus pur et plus parfait ne fut offert à l'Être suprême : aussi cet acte généreux toucha-t-il le cœur de Dieu en faveur de ce saint, qui fut délivré de sa peine, et son âme remise dans une paix et une tranquiljiité constante, sans jamais ressentir depuis les horreur^ d'un pareil état. Dieu ne met pas des âmes communes à de si terribles épreuves ; mais si, par la permission divine, on s'y trouvait réduit, le même sentiment, fondé dans une âme ainsi affligée, attirerait infailliblement la grâce de la délivrance et le retour de la paix. Dieu ne se laisse point vaincre en libéralité; il éprouve; mais il soutient, mais il purifie, mais il sanctifie ; enfin il vient au secours et fait goûter autant de consolation qu'on avait éprouvé d'amertume. La croix annonce toujours la grâce, et la persévérance dans l'esprit de la croix assure le salut. Dissipez vos craintes et ranimez votre confiance.

PRIÈRE

Je le sais , ô mon Dieu I et il est de foi que

personne ne peut savoir s'il est digne d'amour ou de

haine; et quand même il saurail ^d'U est k présent

danô votre grâce, il est incertain slï y pèrséirérera jusqu'à la fin. Personne ne peut donc être assuré de son salut ; je me soumets 'h cette incertitude ; je m'y résigne de tout mon cœur; après tout, j'aime mieux que mon sort soit entre tos mains que dans les miennes; toute la grâce que je vous demande, c*est la force de supporter mes peines. Je prierai, je travaillerai, je tâcherai de remplir les devoirs de mon état ; en un mot , je donnerai tous mes soins à la grande affaire de mon salut; après quoi je n'en attendrai le succès que de votre bonté. J'espère que vous ne me rejetterez pas du nombre de vos élus, mais que vous m'appellerez un jour avec eux pour vous bénir et vous louer à jamais dans la plénitude des saints. Ainsi soit-il.

Peines a la vue de la grandeur des péchés cpife Ton

a commis.

Quand on vient à considérer le triste tableau de sa vie passée, et à réfléchir sur le nombre et la gran deur des péchés dont elle a été remplie, on serait quelquefois tenté de tomber dans quelque désespoir, et de se dire à soi-même : Je suis perdu ; il n'y a point de salut et de miséricorde pour moi; j'ai commis trop de péchés, et trop offensé le Seigneur pour qu'il me pardonne jamais ; c'en est fait, je suis damné sans ressource !

Ce sentiment, si on le suivait, et si on s'y livrait, serai^ un péché plus grand, plus étvo\«L^ ^\. \Va% détestable devant Dieu que tous cev\^ ^vîlOW \^Qva-

tu v^

€BmaSl CÛTO ootngB à b ■diériooide dB'Diea, et UMMr toD cœur dut rendMt le ploB fndile et le phif capible de roUfaneer. Hbn, pédMin^ grands pècheuif, qui que TOUS poiflfiiez être, etdaneqoel* que état d^rionUe que vous ayez pavme^aivoas détestez «ncèrement vos pédiés, et qoe, aflEBroiis dans rbnmilité, Toas soyez Uen résolns de ndbanger de Tie, Diea n'en osera pas avec vous ooBune on Juge séfke, mais comme un Pèrecharitabto quia pour nous des entrailles paternelles, et qui ne veut pas nous chfttier selon que le mérite notre onalioe, mais selon queTexige sa miséricorde. C'est lui tpii noua en assure, en nous disant avec une bonté inefftible : Quelques péchés que vous ayes cranmis, et M quelque temps que vous reveniez à moi, je suis toij^ours prêt & vous recevoir avec tendresse dès que vous reviendrez avec sincérité. Un bon père, ajoute le Prophète, a de la tendresse pour ses enfiints qui l'aiment ; Dieu en a encore plus pour ceux qui reviennent à lui. Notre Ame lui a coûté son sang ; il lui conserve toujours une place dans son cœur.

Tout ingrats, tout pécheurs que nous sommes^ il ne nous rejette point de devant ses yeux; mais, nous voyant humtdemmt prostemés i ses pteds , il nous tiM^d les bras pour nous recevoir. Sa charité >*a plus loin encore : quoique par le pédié mortel nous l'isivons souvent banni de nos coHirs, il n'ia jamais pennis que le v^ènton sVn rendit le mittre absohi^ et quil y èt^M:: pvxir l<HV<wr^ 5oa empire; ce Dieu^ to^\)<mr^ l<^u\ d^^ îv^li^^a mmx ajmé nous atendre à ta p<èm\ tsv^ et 11005^ jpwftmMr par seoir JMnl éù m«wkViK>K

que de nous punir par rigneur de justice. Nous le voyons bien sensiblement, et nous l'admirons dans la personne de l'enfant prodigue, dans saint Pierre arrosé de ses larmes , dans Madeleine pénitente, et dans tant d'autres, monuments étemels de la misère-humaine et de la miséricorde infinie de Dieu.

N'affligez donc plus si sensiblement le cœur de votre Dieu et de votre Père; ayez confiance: nulle maladie, quelque invétérée qu'elle soit, n'est incurable à un médecin tout -puissant. Écoutez saint Ambroise : Nemo veterum conscius delictorumprœmia

divina desperet; novit Dominns muiare senteniiam, si tu noveris emendare delictum : Qu'aucun pécheur, à la vue de ses péchés, ne désespère de la grftce; Dieu changera son arrêt, si vous ch^pgez sincèrement de conduite.

II y a plus encore ; rien ne fait plus éclater et triompher la grande miséricorde que les grands péchés ; jamais Dieu ne paraît si grand qu'en pardonnant ; procurez-lui donc cette gloire en détestant vos péchés, et en le mettant en état de vous en accorder le pardon : peut-être, par votre sincère repentir, le glorifiez-vous autant que vous l'avez outragé par vos péchés. A ce moment même il vou»appelle, il vous attend, il vous ouvre son coeur ; don* nez-Iui le vôtre et toute votre confiance; c'est le moyen assuré d'attirer ses grâces et votre pardon.

PRIÈRE

Oui, mon Dieu t je reviens à vous, et consolé dè^ns mes peines, j'espère en vous, j'attends encore loat de vous. Votre Évangile nous appvetA^^\^^^^2scw^^

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véritablement converties et sincèrement pénitentes reçoivent souvent de vous de plus insignes faveurs que si Jamais elles ne vous avaient offensé : la raison en est puisée dans la tendresse de votre cœur ; c'est que vous ne considérez pas ce que Fhomme a été par le passé, mais ce qu'il esta présent et ce qu'il peut être à l'avenir. Quiconque donc ne croit pas que vous soyez toujours prêt à pardonner dès qu'on se repent, vous fait un outrage sensible , et vous prive d'une grande gloire. Non, mon Dieu, je ne vous ferai pas cet outrage ; j'ai bien des péchés à me reprocher; mais jamais je n'en viendrai à dou* ter de vos miséricordes et à me défier de votre bon-^ té : je craindrais en cela de combler la mesure de mes crimes, et de me fermer à jamais la porte de votre cœur. Je déteste donc plus sincèrement que jamais tous les sentiments de doute , de défiance auxquels j'aurais pu me livrer ; je comprends combien ils sont abominables à vos yeux et sensibles à votre cœur. Je jette tous mes péchés dans Tablme immense de votre miséricorde. Je sais que, quelque grands que puissent être mes crimes, la grandeur de votre miséricorde sera toujours infiniment au-dessus de toutes mes misères. Je vous dirai donc avec le Prophète : Oui, grand Dieu, vous pardonnerez mes péchés, parce qu ils sont grands. jCe motif est bien digne de vous et de votre cœur, parce que plus mes péchés sont grands, plus ils feront admirer votre grâce, plus ils feront éclater votre puissance, plus ils feront triompher votre bonté : Projpitiaberis peccato meo, multum est enim, (Psalm. ^ XXIV.) Je me rappellerai souvetvl ee?» \4vités consolanles ; et quand le souvemr àe ttvç«> ^î^cVvfe^Nvïa^^

ra'danner pour me jeter dans quelque désespoir, je letf opposerai comme un boudin salutaire i toutes mes craintes et à toutes mes alarmes; et bien loin que la vue de totre bonté prête à me recevoir diminue en rien la vivacité de ma douleur, ce sera au contraire cet excès même de votre bonté qui augmentera mon regret et mon repentir d'avoir si grièvement offensé un Dieu si bon, un Père si tenàt^i à^<lui i« devais consacrer tous les moments de ma vie et tous les sentiments de mon cœur ; ils seront désormais à vous sans retour, ô mon Dieu! beui^ux Si je ne m'étais jamais écarté des sentiers de là justice où je suis*rAK)lu de marcher tant que je Yivrai, 4t de fte connaître plus d'autre voie que celle de la pénitence, qui doit faire toute ma conso* lationencemondel

Peines snr Tabiis qu'on à fait des Grâces de Dieu.

C'est une réflexion bien triste et Utté Mainte bien tettiblé que eelle d'une ftme, quand elle tient à penset su criminel abus qu'elle a fait des grâces de DieU; touehée de té sentiment, et pénétrée de cette crainte, Hélas l se dit^Ué quelquefbis à elle^même^ quel est mon crime et quel est mon malheur ? Dieu m'a Comblée de grftces toute ms vie, et je n'ai ré« pondu k ses gfâces que par mon ingratitude et mes résistances : Ce Dieu de bonté n*a cessé de frapper à la porté de mon co&ur pour m'attirer à lui, et mon c«w- fe^ne }al a toujours èlètetTûfe^\^tsî^V^^^^^ et je résistaiê ; il ine pressai^ f* \^ tS*^^«»s^

je le fuyais. Hélas! par mon éloignement, par mes résistanœs obstinées, n'ai-je point oMigé Dieu à s'éloigner lui-même entièrement de moi? n'ai-je point tari la source des grâces dont Dieu a comblé la mesure ? Reste-t-il encore des grâces pour moi, et ne dois-je point craindre que Dieu, lassé de mes résistances, ne m'ait enGn rejetée, en éloignant de moi les tendres regards de sa miséricorde, pour ne jeter plus sur moi que les regards redoutables de son indignation et de sa colère?

Tristes réflexions, qui, trop suivies et trop approfondies, seraient capables de jeter une âme dans l'abattement, et de cet abattement pourraient . la conduire à la défiance et comme à la porte du désespoir ! Que pourrons-nous lui dire, sinon pour la rassurer entièrement dans ses peines, du moins pour calmer en partie ses alarmes, et faire renaître dans elle les sentiments de la confiance qui paraît ébranlée? Voici ce que la raison, la foi, la miséricorde même de Dieu, lui diront pour la consoler et la calmer dans Tabîme des craintes et des alarmes où elle est plongée.

!<> Rien de si juste que de gémir, de s'affliger sur le triste et funeste abus qu'on a fait des grâces de Dieu; rien ne mérite plus nos soupirs et nos larmes que ce funeste abus, et nous serions trop heureux de pouvoir le laver et Texpier au prix même de tout notre sang. Mais enfin il faut prendre garde de porter trop loin cette crainte et cette terreur; elle doit avoir ses règles et sa mesure. Portée à l'excès, eJJe olTcnserait le Seigneur, et pourrait être aux yeux do Dieu un crime peul-feUe ^\v\s %raiid que celui d'avoir abusé de toules ses gcàe^^%

20 II est certain par la foi que, quelque grand , quelque criminel qu'ait été l'abus des grftces de Dieu par le passé, du moment qu'on s'en confesse et qu'on s'en repent sincèrement, il estpardonné. Il en est de ce criminel abus comme de tout autre crime; dès qu'on est sincèrement contrit. Dieu en accorde la rémission, et fait rentrer dans son cœur et dans l'ordre de sa miséricorde Tâme qui s'en était éloignée par ses résistances.

La grande raison puisée dans le sein de la miséricorde elle-même, c'est que, tant qu'on est en ce monde, tout ce qui peut être pleuré peut être pardonné; cela est de foi.

30 Au sujet de cette mesure de grâces dont on s'alarme, il est certain encore que, tant que nous vivons, jamais cette mesure n'e^t entièrement et sans ressource comblée, quelque grand pécheur que l'on ait été, quelques grands péchés que Ton ait commis. Il n'y a jamais en cette vie aucun état de péchés où le pécheur soit absolument privé de toutes les grftces; eussions-nous abusé de toutes les autres. Dieu nous laisse toujours celle de la prière, et par le moyen de la prière nous pouvons obtenir les autres grâces nécessaires au salut. Voilà de quoi consoler les ftmes que la pensée de cette mesure de grâces comblée pourrait jeter dans une crainte excessive et une défiance désespérante.

i'' Enfin il est encore également certain que le grand moyen, le moyen assuré d'obtenir de Dieu le pardon des grftces dont on a abusé par le passé , c'est d'être à présent dans la volonté sincère d'en faire à l'avenir un plus saint usage, et d'espérer fermement que Dieu daignera etvcoxe wo\s^% ^Ti^<yt«î^^

IM VàM%

d'abondantes ; cette disposition de volonté sincère d'une part, et de fenne conSance en Dieu de Tautre, toachera son cour* glorifiera sa puissance, fera triompher sa miséricorde et sa grftce; et peut-èbis (comme il est arrivé à plusieurs saints) nos pécbés passés, sincèrement détestés, pourront contribuer à nous élever à une sainteté plus éminente. Ainsi pourra-t-on dire de nos fautes personnelles ce qat l'Église dit du péché d'Adam, felUc çulpa^ (kute déplorable en elle-même, mais» en un sens, heureuse par le bien que Dieu en a tiré, c'est-à-dire, par les effets qu'elle a eus et les sentiments qu^elle a produits dans Jes cœurs contrits et humiliés.

Ames affligées de ce triste abus des grâces, prenez donc désormais les sentiments que la foi inspire, que la grâce consacre, que la miséricorde de Dieu même autorise.

1° Déplorez dans Tamertume de votre cœur ce funeste abus que vous ave? fait de tant de grâces dans tout le cours de la vie.

2° Ranimez votre conflance en la miséricorde de Dieu, et espérez de sa bonté qu'il voudra bien encore faire descendre sur vous la céleste rosée de ses grâces»

3° Formez une résolution ferme, sincère, qui soit gravée dans le fond de votre cœur, qui dure autant que votre vie, d'être à l'avenir invlolablement fidèles aux grâces que ce Dieu de bonté voudra bien encore vous accorder selon la mesure de vos besoins, et plus encore selon rétendue de ses ml" séricordes.

4° Quelque ferme que vous paraisse votre résoluUon, défiez-vous toujours de Novxs-xsv&mes^ de vo-

8UR LB flALTAIRI. tel

tre faiblesse; et pouir être fidèles aux grâces de Dieo, ne comptes que sur le secoura de eetfe gràee elle-même.

5* Allez à présent, et AiârcheK en esprit de paix dana la voie que la grAca divine tous onyre; etta marchera avec vous ; elle vous accompagnera, voua soutiendra^ vous animera, et, avec le soutien de eette grâce divine, voua pourres enfin arriver au se» jour de la gloire.

Que vous êtes grand en puissance, mon Dieu , ineffable en bonté, inépuisable en miséricorde, de vouloir bien encore consolider vous-même une pau* vre âme dans sa juste douleur, et répandre vos dons célestes sur une créature coupable qui en avait si longtemps abusé !

^^mmwm-^mmm

Peines sur les mauvaises Pensées.

Les mauvaises pensées sont le tourment de bien des âmes, et pour certaines ce tourment est comme continuel ; lé maliii esprit leur en suggère sans nombre et sans fin ; et quand ces âmes n'ont pas encore essuyé ce genre d'épreuves, elles s'étonnent que des idées aussi extravagantes puissent entrer dans leur imagination. Les sujets lès plus indifférents, les objets même les plus saints leur en pré» sentent quelquefois d'abominables, qui les affectent, qui les troublent et les alarment d'une manière extraordinaire ; le trouble même où elles se trouvent augmente encore et aigrit ces mauvaises idées, qui fermentent dans rimaginaUoii el \^VVfctiX. V^îcaa

152 L'aMS

dans un état déplorable, où elle se eroit éloignée de Dieu, et coupable de tous les crimes que ces pensées ont présentées & son esprit.

Gonsolez-vous, âmes fidèles, et cessez de vous affliger ; quelque horribles que soient les images qui se présentent à vous malgré vous, laissez-les passer, et craignez de les arrêter sur leur passage en voulant les examiner ; tâchez de calmer et de rassurer votre imagination; le trouble est souvent ce qu'il y a de plus & craindre dans ces occasions ; ensuite vous serez plus en état de profiter des avis suivants :

lo Examinez d'abord si, par beaucoup de dissipation, par quelques lectures, quelque conversation ou quelque attachement trop naturel, vous ne donnez pas lieu à toutes ces pensées ; car alors il ne faudrait vous en prendre qu'à vous-mêmes, et au lieu de vous plaindre vous ne devriez penser qu'à vous corriger.

2"* Mais en supposant que vous n'avez rien d'essentiel à vous reprocher sur ces points, afin de vous rassurer sur celui qui fait l'objet de votre peine , considérez que ce qui fait le péché, ce n'est ni la pensée, ni le sentiment, mais le consentement et la volonté. La pensée peut être très-mauvaise, le sentiment faire une vive impression; si la volonté et le consentement n'y sont pas, il n'y a point de péché; et tant que vous avez horreur de ces pensées, il est moralement assuré que vous n'y avez point consenti. Ce point est de la dernière conséquence, et d'une grande consolation pour les flmes aWigées.

3" Gârdez-vous bien de \ow\o\t \«h«wx ^a^k ^^

SUR LE CALVAIRE. fH

pensées, pour savoir si vous avez consenti ou non ; il y a ordinairement plus de danger dans cet exa* men des pensées que dans les pensées elles-mêmes; une idée qui ne ferait que passer par l'esprit peut sinsinuer dans le cœur, si on veut trop y réfléchir.

4* Souvent le meilleur moyen de vous délivrer de la persécution de ces pensées affligeantes, c'est de les mépriser, de les laisser tomber, et d'aller votre chemin sans vous arrêter à les combattre de front, et à les éloigner par efiTort et par contention, persuadé qu'elles sont dans l'imagination et non dans le cœur.

50 II est encore à propos de tâcher de s'occuper de quelque autre pensée qui détourne l'esprit ailleurs, et qui fasse comme une espèce de diversion avec les objets qui vous agitaient et vous préoccupaient. Sur toutes choses, dès que ces idées se présentent à vous, ayez soin d'élever votre cœur à Dieu; demandez son secours, mettez en lui votre confiance; après quoi, comme nous l'avons dit, allez votre chemin sans vous troubler de toutes ces illusions et de tous ces fantômes; laissez-les passer comme autant de nuages qui se dissiperont d'eux-mêmes.

Ainsi, quand le démon vous suggérerait autant de mauvaises pensées qu'il y a de moments dans votre vie; quand même ces pensées seraient encore plus horribles ; quel qu'en puisse être l'objet, soit Dieu, soit les créatures, soit les choses indifférentes, soit les choses saintes, quand même ces pensées séjourneraient malgré vous des jours entiers dans l'esprit, dès que la volonté n'y est pas, il ne saurait y avoir de péché*

154 ii'àin

Od peut même dire qa'une vaine complaisance en foinnème, un acte d'amour^propre^ réfléchi et goûté, quelque léger qu'il soitt dès qu'il est libre et Tolontaire, déplaît plus à Dieu que mille fantômes dlmagination, lorsque, bien loin de Vy complaire, on n'en conçoit que de l'horreur.

Malgré tous ces avis salutaires et œs vérités constantes, il peut arriver quelquefois qu'une pauvre ème assaillie de ces mauvaises pensées croit n*avoir pas assez promptement rejeté les suggestions du démon, et craignant d'y avoir pris quelque espèce de complaisance, dans le trouble où elle est, elle croit y avoir pleinement consenti ; elle tombe dans une tristesse sombre, une noire mélancolie, et s'imagine que tout est perdu.

Encore une fois, rassurez-vous, âme affligée; la tristesse même que vous éprouvez montre assez combien vous avez le péché en horreur, et que , si rimagination a été affectée , le cœur en a été éloigné. Cessez tout examen ; recommandez- vous à Dieu, et reprenez votre course en paix; la peine cessera par le mépris que vous en ferez. Les ftmes qui craignent habituellement Dieu, ne doivent pas tant s'inquiéter sur ce point, ni croiresurquelque léger soupçon, sur des doutes sansfondemeut légitime, qu'elles ont offensé leSeigneur. C'est le sentiment commun des saints Pères, et en particulier de saint Augustin; sentiment fondé sur la règle des mœurs, et bien consolant pour les âmes livrées à ces sortes de peines. C'est pour elles spécialement que Jésus-Christ a prié sur la croix : que n'onl-elles pas à espérer de la tendresse de son cœur?

PRIÈRE

Mes pensées font mon tourment, ô Dieu saint ! ô Dieu de ]x)ntél c'est la juste peine de la liberté que j'ai si souvent donnée à mon esprit, de courir après ses idées. J'en suis accablé de toutes parts et à tous les moments; les choses les plus indifférentes, les objets môme les plus saints me les présentent en foule, et me jettent dans le doute, l'inquiétude et le trouble. Il est vrai que ce n'est pas la pensée et le sentiment qui font le péché, c'est le consentement et la volonté; mais, mon Dieu, je crains toujours que mon cœur ne me trahisse , et cette crainte jette mon âme dans de continuelles alarmes ; il me parait bien qu'avec le secours de votre grâce je ne voudrais pas y consentir, et que j'aimerais mieux souffrir mille morts que de donner le moindre consentement ; mais qui peut s'assurer de son cœur ? Délivrez-moi, Seigneur, de ces idées importunes qui m'empêchent de m'occuper de vous ; ou du moins soutenez-moi, ne permettez jamais que je m'y arrête volontairement : et si l'esprit en est agité, que du moins le cœur n'y ait point de part. Heureux ceux qui ne pensent qu'à vous, et à qui cette douce pensée tient lieu de toute occupation et de toute consolation.

Peines sur les GAtafessioDS.

Le principe de la véritable sainteté, c'est la pureti de cœur ; et le grand moyen d'acquérir cette pu^ reté de cœur, c'est la coniQ8»ovv^V^\^^^^^ Vd^^^ vus

156 l'âme

lavée dans le bain salutaire du sang adorable de Jésus-Christ.

La confession est encore le principe de la véritable paix de la conscience; puisque rien ne contribue tant à cette paix désirable que ce qui nous remet dans l'amitié et la grâce de Dieu.

Hais il n'arrive que trop souvent que la confession, qui devrait être une source ineffable de paix, . devient au contraire pour plusieurs âmes la source d'une infinité de peines, d'inquiétudes, de troubles, de perplexités ; en un mot, que ce qui devrait faire la tranquillité et le bonheur, devient le tourment et le martyre de celte âme peinée.

Pour la consoler dans ses peines, et même pour l'en délivrer, si elle est docile, voici les avis salutaires qu'on peut lui donner, fondés sur la foi, la raison, l'expérience et le sentiment des théologiens et des Pères spirituels les plus éclairés. Au reste, ce que nous allons dire regarde surtout les personnes qui sont en usage de se confesser souvent; car celles qui s'éloignent durant longtemps de ce sacrement peuvent avoir sur leurs confessions des peines légitimes et trop bien fondées.

lo II est de foi qu'une confession sincèrement faite, avec les dispositions convenables, remet le péchés et rend à Tâme la grâce et l'amitié de son Dieu.

29 11 est encore de foi que, quelque effort que nous fassions, quelque préparation que nous ayons apportée, nous ne pouvons jamais être assurés d'être dans la grâce. Demander cette assurance, ce serait aller contre la volonté de Dieu et la disposition

ordinaire de sa providence.

SUn LB CALVAIRE. iVï

S*" Tout ce que nous pouvons et devons faire, c'est de nous disposer, autant qu'il est en nous, à la grâce du sacrement , ensuite de tout espérer de la bonté de Dieu, de laisser notre sort entre ses mains et de ne pas aller au delà des bornes qu'il nous a prescrites, en voulant chercher une assurance qu*il nous a refusée.

40 Quand donc vous avez fait un examen suffisant de vos péchés, quand vous en avez fait une accusation sincère, quand vous avez tftcbé de vous exciter à une véritable douleur et à un ferme propos; quand, en un mot, vous êtes allé sincèrement et de bonne foi, ayez confiance en Dieu, et ne vous jetez plus dans des réflexions stériles, des retours inutiles, des recherches sans fin, surtout quand un confesseur éclairé vous a dit d'être tranquille et de vous tenir en paix.

5"* Ne faites point vos confessions trop longues, et ne les remplissez pas de détails inutiles ; cela ne sert qu'à fatiguer la mémoire, à troubler la paix de votre conscience, à perdre et à faire perdre inutilement le temps : accusez- vous de vos péchés en peu de paroles, sans descendre dans ces détails de circonstances qui ne font rien à la grièveté de la faute.

6» Que s'il vous arrive après cela d'oublier quelques fautes que vous aviez résolu d'accuser, et que vous vous êtes ensuite rappelées, ne vous en troublez point; Dieu voit votre cœur; vous ne les avez point cachées, mais involontairement oubliées, elles ne sauraient nuire à la bonté de votre confession ; vous vous en accuserez à la première occasion favorable, sans recommencer la confession précédente., c ^^^Ç\^^^,

188 t'AMl

Tt Pour es qui regarde les fautes communes et ordinaires, dont il n'est pas en notre poutoir d'être entièrement exempts en cette vie, sll en échappe quelqu'une à votre mémoire dans la confession, n'en soyei point en peine, puisque vous n'êtes obligé, à la rigueur, de vous accuser que des péchés mortels, ou que vous présumez tels avec juste raison ; et qu'à l'égard des autres vous pouvez les effacer en plusieurs manières hors du tribunal, en formant des actes de contrition, en récitant avec foi l'oraison dominicale» en prenant de l'eau bénite, etc. Evitez cependant avec le plus grand soin de commettre des fautes; il vaut mieux prévenir la plaie que d*être obligé de recourir au remède pour là guérir.

S^ Que si, après votre confession, et après les préparations convenables que nous avdns dites, il vous survient encore des peines, des retours, des remords de conscience, n'écoutez plus rien, passez absolument par'*dessus ; laissez-les tomber comme une pierre dans le fond des mers ; souffrez cette peine avec patience, avec résignation, en attendant qu'il plaise au Seigneur de vous rendre la tranquillité et la paix.

9» Prenez garde de donner dans un défaut dans lequel des personnes mômes de piété tombent souvent; c*est, en vous disposant à la confession, de donner plus de soin à faire votre examen, qu'à vous exciter à la douleur. C'est une illusion du démon, qui tâche de détourner votre attention de ce qui est plus nécessaire, d'autant mieux que s'il y avait eu quelque faute plus considérable depuis votre dernière confession, elle se pvès^nl^t^vl d'^botd^

SUR LE GàLTAIRB. 159

sans avoir besoin d'un long examen* Attachez-vous donc à la douleur; c'est la partie du sacrement la plus essentielle*

10<*. Au sujet de la douleur de vos péchés, ne cherchez pas à avoir une douleur sensible, qui se montre par les larmes et les signes extérieurs; elle ne dépend pas de nous, et,Dieu ne l'exige pas : elle peut même être sujette à des illusions ; la véritable et solide douleur consiste à être mtérîeurement affligé de son péché, et bien résolu, avec la grâce de Dieu, de mourir plutôt que d'ofTenser le Seigneur. Cette disposition suffit pour le sacrement; demandez la humblement au Seigneur.

La douleur qui se conçoit par le motif de Tamour parfait est aussi la plus parfaite. Tous les péchés sont détruits et consumés par le feu de la charité, de même qu'une goutte d'eau disparaît en un seul moment dans une fournaise ardente, et c'est là, de toutes les douleurs, de toutes les pénitences, la plus douce, la plus efficace et la plus méritoire. Heureuses les âmes qui, à la vue de leurs péchés, entrent dans de si saintes dispositions! Cependant, pour obtenir le pardon des péchés, quelque grande, quelque parfaite que soit la douleur, elle suppose^ toujours l'obligation du sacrement, et du moins le désir et la volonté, quand on n'a pas le moyen de le recevoir.

Enfin, quand vous recevez l'absolution, ne vous arrêtez plus à la recherche de vos péchés, et à examiner si vous avez tout dit; ne vous occupez que de l'acte de contrition : imaginez-vous que vous êtes au pied de la croix, et que vous allez recevoir yapplicaUoQ du sang de )èsu%*Qtt\&V.«ox^^\x^taûKk.

f60 L*Air.E

Cette grande pensée doit alors vous occuper uniquement; elle est plus capable que toute autre de vous pénétrer des vrais sentiments de la foi, et de vous disposer à recevoir la rémission entière de vos péchés.

C'est encore une sainte pratique, à la fin de chaque confession, de s'accuser de quelque faute de sa vie passée dont on a plus de douleur, a6n d'assurer, autant qu'on le peut, la disposition la plus nécessaire à la grâce du sacrement.

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