‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 19 sur 95 · WEST MAIN STREET WESSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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choix , et vertueux par principe. On dit quelquefois que les vertus ne sont souvent que déguisement et dissimulation; pourquoi? Parce que ces vertus se bornent au temps, et ne visent pas à l’immortalité. Souvent la justice n’est qu’une vertu contrainte et forcée ; la main est pure, et cœur ne l’est pas. Le désintéressement n'est qu'’ostentation ; la modestie n’est qu’affectation : cela n’arrive que trop dans cette région de ténèbres. Mais élevez l’homme à la région sublime de l’immortalité ; on y respire un air plus pur ‘et dégagé de toute contagion, la vertu y est vérité, y est sincérité, y est sentiment, la main esc innocente et le cœur est sans tache.

Telles sont les vertus en général. Placez-les en particulier dans chaque condition, dans chaque état ; donnez à l’homme l’immortalité pour règle de sa conduite, et pour mobile de ses actions; dans chaque condition et dans chaque état vous trouverez le vrai sage , le bon roi, le bon magistrat le bon citoyen, le bon ami, le bon ptre. Un roi qui se considère comme immortel, regardera ses sujets commeses enfants, persuadé qu’il doit régner un jour, non pas sur eux, mais avec eux dans le ciel. Le magistrat pesera sesarrêts dansla ba-

lance de l’équité, parce qu’il pensera qu’il doit être

pesé lui-même dans la balance du sanctuaire. Le ‘négociant mettra la probité pour base de son comamerce, parce qu'il y a un négoce encore plus

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avantageux , en vertu duquel il peutacquérir les trésors de l’immortalité même. L’artisan travaillera jour et nuit, s’il le faut; mais, sans se borner au temps , il mettra son travail à profit pour l'éternité : et quel serait son malheur, si, obligé de vivre à la sueur de son front sur la terre, il allait paraitre dans l'éternité les mains vides? Tout homme, en un mot, qui aura l’immortalité devant les yeux, n’aura rien que de juste dans ses projets, rien que de réglé dans ses démarches, rien que desaint dans sa conduite et dans ses actions. Si on pensait à l’immortalité, et qu’on agit dans ses vues, tous les cœurs seraient l’asile de la vertu, tous les hommes seraient l’image de Dieu ; les lois , la paix, l'équité régneroient sur la terre et le monde serait l’image d’un paradis de délices. Sionétait bien pénétré de ces grandssentiments, et animé de ces grands motifs, verrait-on cequ’on voit si souvent dans ce monde, des hommes ne s'estimer , ne se faire valoir que par des avantages purement extérieurs, par l’amas des richesses, par l’élévation du rang, par l’éclat des parures ? Une âme qui ne s’estime que par là, ne semblet-elle pas oublier la grandeur de son être, et la sublimité de ses destinées?’ Hommes immortels, honorons nos vertus , et non nos trésors ; sachons estimer ce que nous sommes , et non ce que nous avons ; et comprenons qu'il n’est rien de si grand dans l’homme, que l’homme même.

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Ce n’est point cependant assez pour nous , de concevoir toute la grandeur de notre destination; l'essentiel est de considérer si nous soutenons la dignité de notre être par la sainteté de nos sentiments et de nos actions. Et quel malheur pour nous , quel crime dans nous, si, étant si grands dans les desseins ct les vues de Dieu, nous venions à dégénérer de cette grandeur par la bassesse de nes sentiments et l'indignité de notre conduite! Ne cessons donc de puiser dans la source abondante que nous ouvre l’immortalité ; clle est inépuisable dans les biens qu’elle nous présente,

MÉDITATION Sur le méme sujet.

La pensée de l’immortalité saintement méditée, nous procure les plus précieux avantages ; elle vient à notre secours, pour adoucir lameriume de toutes nos peines, pour remplir toute l'étendue de nos desirs.

Ranimez donc nos sentiments, d mon Dieu!

élevez-les jusqu’à vous, transportez-les dans le sein de cette immortalité glorieuse où vous nous appelez : elle est au dessus de nos pensées, mais elle n’est pas au dessus de nos espérances.

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PREMIER POINT

La pensée de l’immortalité nous console dans toutes nos peines, quelque grandes, quelque sensibles qu’elles puissent être. Et dans combien de tristes occasions n’avons-nous pas besoin de nous rappeler cette salutaire pensée, dans le cours de cette vie périssable et mortelle? Qu’est-ce, hélas ! que notre vie, qu'une suite d’afllictions et de calamités? L'homme , disait Job, a peu de jours à passer sur la terre, et ce peu de jours est rempli de misères : « Ilomo brevi vivens tempore, re-

* » pletur multis miseriis'. » Tous les hommes mar-

chent par un chemin parsemé de croix et d’épi-

| nes, et souvent arrosé de leurs larmes. La vie de

l'homme est quelque chose de plus qu'une guerre continuelle; « militia est *: » c’est une suite non interrompue de chagrins, d’inquiétudes, d’ennuis , de dégoûts, d’amertumes; c’est un tissu de maux, un flux et reflux continuel de vicissitudes et de changements, qui, comme autant dè flots agités , se succèdent les uns aux autres pour nous inonder, souvent même pour nous accabler, Si dans ce déluge de maux, nous n'avions, pour nous consoler dans la vie, que la vie elle-même, quelserait notre sort ! nos veux auraient-ils assez

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de larmes, et nos cœurs assez de soupirs pour déplorer nos malheurs? Mais aussi, quand , au milieu des misères de cette vie, qui n’est qu’une mort continuelle , l’immortalité vient se présenter à nos yeux, et faire briller le céleste flambeau des splendeurs éternelles; quoi de plus capable que ce point de vue d’adoucir le poids de nos maux, de tempérer l’amertume de nos regrets ? Que nous importe , après tout, que durant cette vie nous soyons heureux ou malheureux, riches ou pauvres, grands ou petits, sains ou malades, s’il est vrai de dire que cette vie n’est pour nous qu'un passage , et que l’immortalité doit être notre partage , notre héritage , et notre séjour pour toujours? O mon âme ! éclairés par ces grandes et immuables vérités, élevons nos pensées, animons nos cœurs et nos sentiments, soutenons la grandeur de nos maux par la grandeur de nos espérances. Nous avons un espace de temps à souffrir, et l'éternité pour nous consoler. Ce sont ici les ténèbres d’une longue nuit, le jour de léternité deit lui succéder ; et quand l’aurore de ce grand jour viendra enfin à paraître, alors tous les nuages seront dissipés , tous les travaux seront couronnés, toutes les larmes seront essuyées; la sérénité renaîtra dans nos sentiments ; la joie régnera dans nos cœurs, et y fera régner une paix inaltérable. Souflrons donc, s’il le faut, Ô mon âme! pleurons, gémissons sur la terre : nous

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| sommes dans la vallée de larmes et le lieu d’exil;

mais souvenons-nous de la céleste patrie : nous

semons dans les pleurs; mais nous moissonnerons dans la joie : nous passerons par le fer et le feu ;

mais nous arriverons au lieu du rafraichissement : encore quelques années d’épreuves , et quelques jours de combats, et tout va finir et changer. Déjà les saints tisnnent la couronne comme suspendue sur nous, portons nos regards vers le ciel , limmortalité nous dédommagera un jour de tous les maux et de toutes les afflictions de la terre. C’est donc à cet heureux terme que vous nous appelez, à mon Dieu! la pensée de notre immortalité nous l’annonce et nous y prépare.

SECOND POINT

4 Douce et salutaire pensée, qui, par un nouvel } avantage, vient combler tous nos desirs, et remplir toute l’étendue de nos vœux ! Il faut, à mou # Dicu! que le cœur de l’homme soit un fonds de misère bien grand, ou de desirs bien immenses, pour toujours souhaiter, toujours demander, toujours soupirer après quelque bien.

Je fais souvent cette réflexion , et me dis à moimême : on condamne quelquefois les hommes de Ave que, toujours avides, ils ne se contentent de rien ; on se trompe. Les hommes sont coupables,

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il est vrai , de souhaiter avec trop d’ardeur les biens de ce moude ; mais ils ont raison de ne s’en point contenter, ils sont destinés à quelque chose

‘de plus : il faut bien que cela soit ainsi. Nous

voyons que tous les autres êtres se contentent des biens qu’ils possèdent dans leur espérance ; l’homme seul est toujours insatiable dans ses desirs : pourquoi? Parce qu'il n’y a que vous, 6 mon Dieu ! qui puissiez le contenter. En vain lui présente-t-on l’amas des biens : des richesses, des trésors de la terre; c’est un amas de poussière qu’on lui jette aux yeux pour l'empêcher de voir sa grandeur, et de puiser sa félicité dans sa source. Aussi, malgré tous ces biens qu’on lui offre et qu’on lui prodigue , il cherche, il desire, il soupire toujours. Füt-il maitre du monde entier , il desirerait d’autres mondes à conquérir.

Voyons les grands de la terre : ils s’imaginaient que la félicité consiste dans la grandeur ; et quand ils sont arrivés au comble de la gloire, ils ont reconnu que cette gloire m'était que fumée. Dégoûtés des grandeurs , ils se sont tournés du côté des richesses. Voyons les enfants du siècle : ils possèdent des trésors immenses ; et dans le sein même des trésors, tout n’est qu’indigence. Peu satisfaits de tout ce qu’ils ont, ils desirent ce qu'ils n'ont pas : dégoûlés des trésors, ils se plongent dans les plaisirs. Voyons les sensuels et les voluptueux : ils cherchent leur bonheur dans

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les délices des sens ; les délices ont bientôt épuisé leurs attraits , il faut les réveiller par des monstres de volupté, jusqu’à dégrader le sentiment, et déshonorer la raison. Qu'’était-ce que tout cela dans eux ; à mon Dieu! qu’un désespoir de passion , qui se livrait à tout, et ne pouvait se contenter de rien? Maintenant ils sont forcés de s'écrier avec Salomon : Vanité des vanités, tout n'est que vanité et afiliction sur la terre : Zanitas sanitatum À,

O heureuse immortalité! quand viendras-tu nous présenter des objets capables de nous satisfaire? assez longtemps, courant après le mensonge , nous avons éprouvé que tout le reste, loin de remplir nos vœux, n’a fait qu’aigrir etenflammer nos desirs. Heureuse immortalité ! là les honneurs scront solides , les trésors y seront immenses, les délices y scront pures, les passions, le dirai-je? oui, les passions mêmes y seront sanctiliées, y seront consacrées ?. Dans un sens, Île mal, le désordre du cœur humain ne vient que de ce qu'on lui prescrit des bornes trop resserrées, en lui présentant des objets peu dignes de lui. Donnons à l'âme tout son essor , laissons-la agir dans scn étendue ; elle portera ses vues vers

! Eccles. 1. | Ascendamus post illum, etiam per passiones nostras. August, serm. 176.

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le ciel , elle fixera ses desirs sur l’immortalité et les biens véritables : dès lors l'homme ambitieut sera content, l’homme avare scra rassasié, l’homme avide sera satisfait, parce qu’ils trouveront dans l’immortalité les biens solides, les vé: ritables délices.

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