‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 36 sur 95 · I'AME · texte numérisé non relu

I'AME

de miséricorde ne viendront-elles point paroître à mes yeux ? Non, ce Dieu vengeur sera à jamais sourd à ma voix, etimplacable dans ses vengeances. Un mur de division s’élèvera à jamais entre lui et moi; un nuage sombre et affreux le dérobera sans cesse à mes yeux ; un chaos immense nous séparera, nous divisera à jamais. Je léverai les yeux et je ne le verrai point ; je pousserai des cris, et il ne les entendra point; j'appellerai un père, et Je ne trouverai qu’un vengeur.

Tel sera à jamais le sort et le malheur des damnés. Plus ils avanceront dans le sein de cette éternité, plus Dieu s’éloignera d'eux; jamais il ne leur aura paru plus grand, plus beau, plus parfait, plus digne de leur amour ; au milieu même des blasphèmes qu’ils vomiront, ils seront forcés de reconnaître qu’il méritait infiniment d’être aimé. Le cerf altéré qui court après les fontaines, la pierre qui tend rapidement vers son centre, image foible de la véhémence avec laquelle cette âme est entrainée vers son Dieu. Elle le cherche elle le desire, elle soupire malgré elle vers lui; mais ce Dieu irrité se soustrait à la véhémence de

ses desirs; une main invisible semble attirer cette .

âme vers Dieu, et une main vengeresse et implacable l’arrête et la repousse à l'instant. Quel tourment comparable à la violence de ce tourment. Nedesirer qu’un objet, s’y porter avec la plus

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vive ardeur, et ne pouvoir jamais le posséder. Se voir dans la nécessité fatale de le desirer avec la dernière violence et être dans l'impossibilité absolue des’unir àlui; toujours attirée, et toujours rebutée, toujours poussée vers le ciel, et toujours repoussée dans l’enfer : quel orage, quelle tem— pète n’exciteront pas dans cette âme des sentiments si contraires et si violents ! tant d’amour et tant de haine : tant de desirs, et tant de rebuts : tant d’ardeur, et tant de froideur, Toujoursunie à Dieu par l'instinct de la nature, et toujours séparée de Dieu par l’opposition du péché. Ainsi partagé entre lui

. etlui-même, le réprouvé veut et ne veut pas; il tend

… à Dieu et il s’en éloigne; il l’aime, et ille hait,

le fuyant comme son ennemi, et forcé de l’aimer comme son principe; également malheureux , et dans le desir extrême qu'il aurait de le posséder, et dans l'impossibilité éternelle de jamais l’obtenir.

Aussi, dans cet état violent et funeste, le pécheut se voyant abandonné de Dieu, éloigné de sa fin, sans remède, sans ressource, sans espérance, se livre lui-même à toutel’horreur de son désespoir , et par un excès de fureur et de rage, il tourne ses armes contre lui-même : il maudit son sort; il voudrait arracher et déchirer son cœur ; il voudrait périr et s’anéantir : ilen vient jusqu’à s’é« lever contre Dieu même, et à vomir contre lui

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les horreurs des imprécations, des exécrations , des blasphèmes. Dieu irrité et implacable, venge-toi par la destruction de mon être ; qu’un coup favorable de tes vengeances m’anéantisse à jamais ; rassemble sur ma tête tous les tourments, mais extermine-moi, etcoupe jusqu'à la racine de mon être; maudit cet être que j'aireçu , maudit le sein qui m'a porté , maudit le jour funeste qui m'a vu naître, maudite la vie que j’ai menée, maudit Pair que j'ai respiré, les crimes que j’ai commis, les détestables plaisirs que j’ai goûtés. Tout est fini, il ne me reste que mon malheur , qui commence toujours pour ne finir Jamais.

MEDITATION Sur l'enfer.

Tr pensées feront le sujet de cette Médition ; efles devraient faire le sujet de nos larmes toute notre vie : éclairez-moi ; soutenez-moi, Ô mon Dieu ! dans la considération profonde de ces vérités effrayantes.

PREMIER POINT

Je suis sûr d’avoir mérité l'enfer. Ilne faut pour

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ÉLEVÉE À DIFU. 169

cela qu'avoir commis un péché mortel : combien, hélas ! en ai-je commis dans ma vie, qui m’ont rendu digne du dernier des malheurs ? Si dans un certain temps Dieu m’avait retiré de ce monde; si telle année, dans telle circonstance, Dieu m’avait frappé de quelque accident imprévu , dans quel état allais-je paraître devant lui ?à quoi devois-je m’attendre, qu’à la rigueur de sa justiceet de sa colère? de sorte que si jenesuis pas actuellement avec les damnés, enseveli dans le fond des

abimes, livré à l’horreur des supplices, c'est par Le

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