‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 48 sur 95 · SEIZIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LECTURE

Sur l'excellence et dignité de notre âme.

Ame créée à l’image d’un Dieu, âme rachetée par le sang d’un Dieu , âme destinée au bonheur d’un Dieu; voilà son origine, son prix et sa fin. Apprenons à connaître ve que c’est que notre âme , c’est à dire apprenons à l’estimer , à la respecter , à la sanctifier en un mot à la sauver. C’est là l’homme, c’est là tout l’homme : hoc est enim omnis homo.

19 Ame créée à l’image d’un Dieu. Quand je considère ce vaste univers et tous les êtres qui le composent , je me vois environné d’une infinité d’objets , de créatures , de productions. Tous me présentent quelque chose de grand ; dans tous je trouve comme l’empreinte de la Divinité , et des caractères tracés de la main de Dieu. Le soleil me présente un rayon de sa gloire , la ‘terre une imuge de sa stabilité, la mer une idée de son immensité et de la profondeur de son être. Tout cela est grand et digne de Dieu , mais en tout cela je ne trouve encore rien qui me présente dignement son image. Je considère encore parmi les ombres et les nuages de tant d’êtres divers ; j’apercois une créature

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intelligente , douée de raison, capable de sentiment et de vie, l’âme de l’homme : ah! me dis-je à moi-même avec transport, la voilà cette image vivante de Dieu que je cherchais. C’est dans moi-même que je la trouve; dans elle je vois comme ébauchés tous les traits des perfections adorables de Dieu, de sa beauté, de sa bonté , de sa vie , de son être. Aussi Dieu, en la créant, a dit en lui-même : formons l’homme à notre ressemblance : «d imaginem, et simtlitudinem nostram. Voilà le miroir ; considérons'la fidélité de l’image. Dieu est vivant , et notre âme vivante; Dieu intelligent, et notre âme intelligente ; Dieu esprit, et notre âme spirituelle ; Dieu éternel , et notre âme immortelle. Non , notre âme n’est pas seulement l’ouvrage de Dieu, la créature de Dieu , elle est son image, le rayon de sa gloire, l’émanation de son être. Encore n'est-ce là que la beauté naturelle de l’âme, commune aux pécheurs et aux justes ; que serait-ce, si on pouvait montrer la beauté de cette âme dans lPordre surnaturel de la grâce, possédant le précieux trésor de la.

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grâce ? beauté si grande, que tout l'éclat du. soleil et des astres s’éclipse auprès d'elle. Une âme.est+

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réside dans elle ; la beauté même de Dieu “ come. sé

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munique à elle ; des lors cette âme est riche des richesses même de Dieu , sainte de la sainteté de Dieu , juste de la justice de Dieu , et selon l’oracle de l'Esprit saint , participant en quelque manière à la nature de Dieu: divinæ connortes saturæ. Quelle dignité, quelle grandeur que celle d’une ân'e portant ainsi dans elle les traits de la ressemblance divine ! Qu’elle n'oublie jamais l'excellence de son être, la grandeur de son origine , et qu’elle la soutienne par la grandeur de ses sentiments.

20 Ame rachetée var le sang d’un Dieu. O âme ! s’écrie un Pere de l'Eglise dans un saint transport , à âme! élève-toi au dessus de la terre et des sens : 6 animal.erige te. Et vous, ô homme! voulez-vous, comprendre quelle est l'excellence et le prix dé votre âme? interrogez un Dieu rédempteur, considérez ses travaux , ses sueurs , ses plaies , ses tourments, son sang et sa mort: fanti vales, voila le prix de votre âme; voilà ce qu’elle a coûté et ce qu’elle vaut aux yeux de Dieu mème. Interrogez un Dieu souffrant , un Dieu agonisant , un Dieu expirant.

Dieu saint ! que nous marquent ces plaies dont

vous êtes couvert, ces larmes que vous versez, ce sang dont vous êtes tout inondé? Il nous répondra par la voix même de ce sang qui s’élève vers le ciel, non point comme celui d’Abel

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pour solliciter la vengeance, mais comme le sang de l’Agneau pour obtenir le pardon; il nous dira que c’est la le prix et la rancon de notre âme , et qu'à ses yeux elle a été jugée digne d’être rachetée à ce prix : tanti va les.

De sorte , pensée qui étonne la foi! de sôrte que, dans les idées et les conseils de Dieu même , non seulement notre âme est le prix de son sang et de sa vie; mais encore, dans la comparaison de son sang et de sa vie avec notre âme, il a en quelque manière donné la préférence à notre âme sur son sang et sa vie. O sainteté, 0: grandeur de la foi! Dieu d’une part voyait : des âmes coupables dans le péché ; et de l’autre il voyait sa vie mortelle et son sang précieux : un des deux devait être sacrifié à la

justice divine, où lès âmes perdues, ou son

sang versé ; où les âmes précipitées dans l’enfer, ou son sang inondant la terre ; et dans la concurrence , il a préféré le salut et la rédemption de notre âme à la conservation de son sang et de sa vie. Que Dieuest grand dans ses vues ! mais que notre âme est précieuse à ses yeux.

30 Ame destinée au bonheur d’un Dieu.

A considérer l’âme dans l’état de misère et de souffrance où elle est en ce monde, ensevelie daus la matière, enfermée dans la prison de

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son corps, gémissant dans un lieu d'exil , à s'en tenir là, on serait tout surpris de son sort, on dirait : où est la dignité de cette âme? où est la providence de Dieu? comment un être si noble en lui-même est-il réduit , est-il placé; est-il avili d’une manière si peu digne de lui-et de son auteur ? Mais quand éclairé des lumières de la foi, on vient à penser que si cette âme est dans cet état, ce n’est que pour un temps; que Dieu Pa placée en ce monde comme dans un lieu d'exil pour mériter la céleste patrie ; qu’un jour son exil finira, ses liens seront rompus; que sortie du sein de Dieu, elle doit y rentrer ‘un jour pour y vivre à jamais ; qu’elle vit un espace de temps dans les combats, pour mériter une éternité de triomphe; qu'après ce court espace , les nuages du temps étant dissipés, l’aurore du grand jour de l'éternité se levera sur

“lle, et alors entrée dans la région des vivants,

elle y règnera , elle y jouira du bonheur de Dieu même.

À cette vue, et dans cette grande destination de notre âme, je ne suis plus surpris de tout ce que Dieu a fait pour elle, de ce qu’un Dieu rédempteur est descendu sur la terre pour la sauver ; je ne suis plus surpris de ce que les missionnaires , ces nouveaux apôtres se transportent au delà des mers, aux extrémités du

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monde pour la conquête de ces âmes; que les ministres de la religion se donnent tant de soins , se livrent à tant de travaux pour les arracher au péché; que l’Eglise elle:mème empressée soit dans; une vigilance et une sollicitude continuëllé sur leur salut , qu’elle leur procure ‘tant de secours et de moyens dans ses trésors. Non ; ce qui me surprend, c'est que tant de chrétiens éclairés de la foi sur la grandeur de leur âme et de sa destinée, en fassent si peu de cas, ou s’ils lui donnent leur estime, qu'ils lui refusent

leurs soins. Ah ! ils lavaient connu le prix de

leur âme, ces saints solitaires, qui pour la sauver disaient un éternel adieu au monde, et s’ensevelissaient dans le fond des déserts. Ils l'avaient connu ces saints pénitents, qui se livraient à toutes les rigueurs et les austérités de la pénitence. Îls l’avaient connu ces généreux martyrs, qui montaient sur les échafauds , et qui expiraient avec Joie au milieu des brasiers, Mais ceux-là connaissent-ils la dignité sublime et la noble destinée de cette âme, qui ne sont oc— cupés que d’une chair périssable, et négligent un esprit tout céleste ; qui semblent n’avoir qu’un corps à satisfaire, et point d’âme à sauver; qui donnent tout à la terre qui les ensevelira et refusent tout au ciel qui les appelait ! Sont-ils chrétiens ? Ils en ont le nom gravé sur le front ;

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mais les sentiments chrétiens vivent-ils dans leur cœur ?

Un grand prince ayant demandé à saint Grégoire une chose injuste : Prince, lui répondit le saint, si j'avais deux âmes, je pourrais peutêtre en sacrifier une pour vous plaire; mais Je n’ai qu’une âme , et je veux la sauver. Grand sentiment ! prenons-le dans toutes :les occasions où le salut de notre âme pourrait-être.en danger. Disons-nous sans cesse : je n’ai qu’une âme, et je veux la sauver.

MÉDITATION

Sur le méme sujet.

Il est donc vrai, et la foi me l’apprend, que mon âme a été créée à l’image d’un Dieu, rachetée par le sang d’un Dieu, destinée au bonheur d’un Dieu. Mais, ces grandes vérités, quelles réflexions viennent-elles m’offrir ? quels sentiments doivent-elles m’inspirer? Eclairezmoi , grand Dieu , Dieu créateur et sauveur de mon âme.

Quand je considère l'excellence de mon âme dans son origine, quelles idées de grandeur dois-je concevoir ? mais quand je vois ce qu’elle est devenue par mon infidélité, quels tristes

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regrets ne doit-elle pas exciter en moi! Quel était son éclat quand Dieu l’eut régénérée dans les eaux du baptême ? et dans quel état sera-telle quand je la lui rendrai? Ame créée à l’image de Dieu. Et à quels traits pourra-t-il encore la reconnaître? hélas! image défigurée, image déshonorée, image profanée ; a-t-elle encore quelques vestiges de son premier éclat, de son ancienne splendeur ? quels traits de ressemblance a-t-elle avec Dieu ! Dieu est saint , mon âme l’estelle ? Dieu est juste, mon âme l’est-elle ? Dieu est aimable et parfait, mon âme est défectueuse et imparfaite. Comment Dieu pourrait-il se reconnaître dans elle , et trouver encore son ouvrage ? O prophète! vous faisiez entendre de lamentables accents sur Jérusalem désolée, ravagée, ensevelie sous ses ruinés, et privée de son ancienne beauté. Ces accents lamentables ne dois-je pas avec plus de raison les former sur mon âme défigurée aux yeux de Dieu, et privée de la beauté et de la gloire dont il l’avait revètue en la formant à sa ressemblance ? cujus est imago hæc? Estce là encore l’image de Dieu ? à peine en restet-il quelques traits, qui ne servent qu’à faire gémir, en rappelant ce qu’elle était, et ce qu’elle devrait être.

29 Ame rachetée par le sang d’un Dieu, Ame chrétienne! êtes-vous jamais montée en esprit

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sur le Calvaire ? avez-vous considéré le spectacle qu’y présente lafoi, la victime qui s’est immolée, l’Agneau sans tache expirant pour votre salut ? C’est pour moi en particulier, devez-vous dire, c'est pour moi que ce grand sacrifice a été offert; c'est pour me racheter qu’un Dieu s’est livré aux souffrances et à la mort : de ma part me suis-je appliqué le prix de cette divine rançon ? en ai-je conservé le dépôt dans mon âme? quand Dieu me demandera compte de tout ce qu’il a fait pour mon âme, qu’oserai-je lui dire ? que pourrai-je lui rendre ? Il aura racheté cette âme par l’effusion de son sang; et je l’aurai peut-être de nouveau rendue esclave du monde, esclave du péché : esclave de ses passions. Il aura mis cette âme dans l’heureuse liberté des enfants de Dieu, il l’aura arrachée des mains du démon; et moi, par mes péchés, je l'aurai encore réduite à une servitude honteuse qui l’avilit, je l’aurai livrée entre les mains de ses ennemis pour la perdre. Malheur à toi, ville rachetée, disait encore le Prophète «larmé à Jérusalem : væ {ibi! civitas redempla; parce que tu as abusé de ta rédemption, elle se tournera contre toi ; tu as abusé des grâces, elles seront ta condamnation , tu n’as pas connu ce temps favorable , ces jours de salut qui se levaient sur toi ; ta perte est résolue, et tes ennemis ne laisseront

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pas dans toi pierre sur pierre. Ah! malheur bien plus grand encore sur une âme coupable qui aura abusé des moyens de salut, et perdu le fruit des mérites d’un Dieu sauveur. Ame infortunée ! ce sang adorable versé pour te racheter s’élevera et criera vengeance contre toi; la mesure des miséricordes de Dieu deviendra celle de ses vengeances; et ce qui aurait dû servir à ta prédestination et à ton salut, deviendra le titre de ta condamnation et de ta perte ; jusqu'a desirer de n’avoir jamais été rachetée. Hélas ! 6 mon Dieu n’ai-je point à craindre un pareil malheur par le peu de soin que j’aide mon âme; quoique je sache combien cette âme est précieuse à vos yeux, et qu’elle paraisse aux miens comme teinte et arrosée de votre sang adorable? Vous êtes des— cendu du ciel pour la racheter et pour la sanctifier ; serai-je assez malheureux pour la sacrifier et la perdre , noi qui n’étais au monde que pour la sauver ?

30 Ame destinée au bonheur d’un Dieu. Telle est son espérance et le sort qui lui est réservé dans le ciel. La verra-t-on donc encore cette âme s’avilir, se dégrader en s’attachant éperdument aux faux biens, aux vanités, aux illusions, au néant de ce monde ! Mon Dieu quand on voit une âme destinée pour le ciel, s’empresser, s’accabler de soins, de fatigues et de travaux pour des

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biens fragiles ettrompeurs : quand on voit une âme avide ne chercher qu’à accumuler , qu’à entasser des trésors périssables : quand on voit une âme mondaine passer les heures, les journées entières auprès d’un miroir que lui présente sa vanité, tout occupée à parer un’corps, à orner une idole ; âmespirituelle , âme immortelle, doit-on dire, à quoi pensez-vous ? de quoi vous occupez-vous ? tant de soins et de fatigues pour uu corps coupable qui doit périr, pâture destinée au vers, et si peu pour une âme destinée à la possession éternelle d’un Dieu? devrions-nous avoir d’autre soin à cœur , d’autre occupation essentielle en ce monde, que celle de sanctifier notre âme, et de la rendre digne du céleste héritage qui lui est offert ? cependant, à mon Dieu? qu’ai-je fait pour sauver mon âme ? et que n’ai-je pas fait pour la perdre ? Que fait-on en effet et comment se conduit-on à l’égard de son âme ?

On la néglige, on la déshonore, on l’expose, on la sacrifie, et en conséquence on la perd. On la néglige : à voir notre négligence, notre indifférence en ce point, ne dirait-on pas que c’est une âme qui nous est étrangère ? On la déshonore en la rendant esclave des sens, en la livrant à l’opprobre de mille honteuses passions. On l’expose, on la sacrifie, et à quoi ? à un vil intérêt, à une indigne satisfaction, à un plaisir

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d'un moment. On la jette imprudemment dans les occasions mille fois éprouvées; on la livre à la séduction des dangers trop souvent reconnus : on la conduit sur le bord de l’abime sans remords et sans crainte; enfin on la perd; en la perdant on sait que tout est perdu, parce que la perte de l'âme est tout à la fois une perte universelle, une perte éternelle, une perte à jamais irréparable, Où est notre raison ? qu’est devenue notre foi ? Un Dieu Sauveur l’a dit et a voulu le faire entendre à tout l’univers, et je ne l’ai pas encore ni médité, ni compris : De quoi sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient malheureusement à perdre son âme ? et que pourra-t-il jamais donner en échange pour cette perte ? quidprodest homini ? si une fois cette âme est perdue, que me restera-t-il et de. quoi pourra me servir tout le reste 3 l’amas des trésors, l’éclat des honneurs , la possession de tous les biens périssables me dédommageront-ils de la perte éternelle de cette âme qui m'était confiée ?

Deux grandes pensées m’'étonnent, me pénètrent, m’alarment, d mon Dieu! c’est de considérer , de voir une âme dans le péché, et une âme dans les enfers ; une âme dans le péché, couverte de la lèpre du péché, objet d’exécration et d'horreur aux yeux de son Dieu, victime dévouée aux supplices éternels si elle vient à quit-

ter son corps dans cet état; mais surtout une âme dans les enfers, à jamais éloignée de Dieu , condamnée à ne jamais voir l’auteur de son être, livrée aux fureurs de la rage, à l’amertume du désespoir, pouvant et devant se dire à jamais : je pouvais me sauver et je suis damnée. Or il y a actuellement un infinité d’âmes dans l’horreur de cet état funeste et dans la profondeur dé cet abime désespérant, Hélas! que serai-je moimême un jour , et quel sera le sort de mon âme dans l'éternité ?

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