DIX-SEPTIÈME LECTURE
Sur la manière de se sanctifier dans son état, et selon son état.
Il faut convenir que c’est une idée bien fausse que celle que le monde se forme de la sainteté , en se la représentant comme quelque chose de dur, d’austère et d’impraticable, où il est à
peine permis d’aspirer, On s’imagine que la viedes
personnes de piété est toujours plongée dans le
sein de la mélancolie, que leur visage est tou-
jours couvert de nuages sombres, que leur cœur
he s'ouvre Jamais à la Joie , que jamais des jours
sereins et tranquilles ne se montrent à eux : idée fausse, injuste, que laraison n’a jamais dictée ;.que la vérité désavoue, que l’amour-propre s’est formée lui-même pour avoir un pré— texte d'abandonner la sainteté , en se la représentant comme au dessus de ses forces, Non, la sainteté n'est point telle qu’on se l’imagine, Rioujours sauvage €êt enfoncée dans les forêts, Aoujours sanglante et hérissée d’épines, toujours Atriste , et couverte de cendres et de cilice; elle se trouve dans les villes comme dans les déserts, sur le trône comme dans l'obscurité et dans la
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poussière ; et souvent elle n’est pas moins cou: verte de pourpre que de haillons.
O Israël ! disait autrefois le Prophète à son peuple , ne pensez pas.-que la loi sainte que Dieu vous impose soit éloignée dé vous, et au dessus de vos forces. Non, pour l’observer , il ne faut ni errer dans les déserts, ni grimper sur les montagnes , ni passer au delà des mers ; vous le pouvezsans sortir dé votre patrie , sans renoncer à vos biens, sans prodiguer et exposer votre vie; Dieu , qui connaît votre faiblesse, l’a mise à vathe portée ; et elle ne se fera jamais chercher longtemps » Si vous la cherchez avec sincé— rité.
Mais enfin , en quoi consiste donc la saintété, et que faut-il faire pour être saint? O hommes formés pour le ciel, voulez-vous apprendre à devenir saints, et connaître la voie qui conduit à la sainteté? Ah ! si on disait aux personnes du monde, voulez-vous apprendre le moyen de devenir riches, de vous rendre heureux sur la terre, avec quelle joie n’apprendrait-on pas cette
nouvelle ? avec quelle avidité ne prêterait-on pas ! une oreille attentive ? J’ai quelque chose de plus |
grand à annoncer , c’est le moyen d’être saints,
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c’est a dire d’être riches , d’être heureux pour À
le ciel ; et ce moyen est d’autant plus consolant
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fin , que faut-il pour être véritablement saint ? Le voici dans deux mots : il ne s’agit que de remplir fidèlement les devoirs de votre état : les connaissez-vous ? vous ‘êtes savants : les rem: plissez-vous ? vous êtes saints : Dieu ne demande que cela de vous. La raison essentielle et fondamentale, c’est qu’en effet tous les états ont été étäblis par la providence ; et la providenee ayant réglé les états , devait donner les moyens de s’y sanctifier : ces moyens de sanctification devaiént être à la portée de tout le monde , dans tous les
états. Or, quel moyen plus assuré , plus à la por:
tée de tout le monde , dans chaque état que laccomplissement des devoirs mêmes de cet état ? donc, l’accomplissement de ces devoirs devait être le moyen infaillible pour y être saint. Ce que je dis, je le dis à tous , s’écrie le Sauveur , omnibus dico; |
Ainsi, grands du monde, voulez-vous être saints ? ne vous enflez pas de votre élévation; elle vous rendrait odieux : images de Dieu sur la terre , ne faites sentir votre grandeur que par vos bienfaits ; vous né serez grands que pour être saints.
Magistrats placés sur les lis, destinés à rendre la justice, et à décider du sort des hommes,
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tenez toujours en main la balance égale ; que jamais l'intérêt ni la prévention ne la fassent pencher. Souvenez-vous que vos arrêts et vos motifs seront pesés un jour dans la balance du sanctuaire.
Négociants occupés de votre commerce, que la probité en soit la base ; le crédit en sera le soutien. N’enviez pas les grandes fortunes , elles sont quelquefois suspectes de grandes prévarications , et toujours sujettes à de grands revers.
Artisans réduits à un travail constant et péni— ble , ne le commencez jamais sans l’offrir à Dieu pour attirer ses bénédictions. Jésus-Christ même travailla sur la terre ; quel modèle pour sanctifier vos actions ! quel motif pour adoucir vos travaux | :
Pères de famille, voulez-vous être saints? élevez vos enfants dans la crainte de Dieu ; laissezleur du moins ce précieux héritage ; il vaut mieux que celui des trésors.
Mères chrétiennes, ne vous faites pas de la sainteté une idée éclatante et extraordinaire : veillez sur votre domestique, ayez l'œil sur le détail d’un ménage et d’une famille; ne croyez pas ces soins indignes de vous : la femme forte n’avait pas d’autres occupations , cependant l Esprit saint en a fait l’éloge , et c’est sous la noble simplicité de ces traits qu'il la représente.
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Enfants , ayez pour vos parents le respect , la soumission , la tendresse ; ce n’est qu’à ces marques qu’on peut vous reconnaitre pour enfants de Dieu.
Filles chrétiennes, voulez-vous être saintes ? conservez les bienséances de votre sexe et de votre état, c'est à dire que la pudeur repose sur votre front , que la discrétion dicte toutes vos paroles, que la retenue dirige tous vos regards, que la modestie soit votre plus bel ornement : tels sont vos véritables avantages selon Dieu et selon le monde.
Domestiques, car la sainteté se communique à tous, souvenez-vous que Jésus-Christ a servi ses
‘apôtres lui-même ; servez donc vos maitres avec exactitude et fidélité sur laterre ; à ce prix vous
régnerez un jour dans le ciel.
Enfin , chrétien , qui que vous soyez, vous ne pouvez être que dans un de ces deux états, ou dans la prospérité , ou dans l’affliction : êtes-vous dans la prospérité ? je n’ai que ce seul mot à vous dire , défieg-vous de votre état ; il est dangereux , parce que d'ordinaire l’état de prospérité n’est pas celui qui formeles saints : pour vous, qui gémissez dans l’affliction , votre état est triste et pénible , il est vrai; mais quand je considère le ciel je vois que tous les saints ont marché dans ce chemin : c’est donc le chemin du ciel: mar
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chez-y avec résignation , baisez la main qui vous frappe , offrez vos peines en esprit de pénitence pour vos péchés ; vous voilà saints ; un jour vous serez heureux.
Puisse donc ce sentiment être éternellement gravé dans nos cœurs. Que faut-il faire pour arriver à la sainteté ? Remplir les devoirs de l’état. Et quand je dis devoirs, j'entends les devoirs même les plus ordinaires et les plus communs, ceux que nous avons tous les jours sous nos yeux et entre nos mains; être bon père, bon ami,
bon citoyen, bon parent ; c’est à dire, que pour
être saint, il ne faudrait souvent faire que ce que nous faisons , mais le faire tout autrement que nous ne le faisous; notre emploi, notre négoce , notre travail , nos prières, nos confessions, nos communions, en un mot, nos actions ordimaires ; mais notre emploi avec plus de fidélité, notre négoce avec plus de probité, notre travail avec plus d’assiduité , nos prières avec plus d’attention , nos confessions avec plus de douleur, nos communions avec plus de ferveur ; toutes nos actions avec plus d'ordre, d’exactitude , de pureté d'intention : voilà ce qui fait les saints, et les grands saints. En quoi nous sommes bien coupables, et bien à plaindre, de ce qu'ayant un moyen si aisé de le devenir, nous le négligeons , c’est à dire qu'ayant des trésors entre
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les mains , nous les laissons échapper , au hasard de les perdre à jamais.
Elevons donc nos vues et nos sentiments; et dans quelque état que nous puissions être , consacrons-nous à la sainteté, et travaillons sans délai à devenir saints,
Mais saints en tout , et dans toutes les circonstances et dans tous les temps.
Saints dans nos pensées, et que notre esprit n’en concoive que de dignes de Dieu.
Saints dans nos affections ; et que notre cœur fait pour Dieu, soit fermé à toute affection trop
humaine.
Saints dans nos actions ; que la grâce en soit le principe, et que la piété en soit l'âme.
Saints dans toutes nos démarches : que toujours elles soient dirigées dans les sentiers de la justice.
Saints dans l’intérieur des maisons, pour y faire régner l’ordre , la concorde et la paix, et saints au dehors , pour y porter l'édification, et le bon exemple.
Saints dans le mariage , et dans le célibat.
Saints dans l'abondance, et dans la disette; saints dans la consolation , et dans les épreuves ; saints dans la maladie, et dans la santé ; saints dans la vie, et saints à la mort; saints dans le temps, et dans l'éternité, C’est l’heureux terme
qui doit tous nous réunir un jour dans la plénitude des saints.
MÉDITATION
Sur la sainteté.
Voici les grandes vérités que la sainteté nous présente : qu’elles sont solides! qu’elles sont sublimes! comment ont-elles échappé à nos esprits? ou si elles s’y sont présentées, comment ont-elles fait si peu d'impression sur nos cœurs ?
Dieu saint et auteur de toute sainteté, vous seul pouvez leur donner l’efficace et la force : gravez-les si profondément dans mon cœur , qu’elles ne s’en effacent jamais, et deviennent la règle de toute ma conduite.
Première vérité, Nous nesommes en ce monde que pour être saints. Voilà la grande affaire qui nous est confiée ; toutes les autres peuvent bien hous amuser, et nous partager ; mais celle-ci doit hous occuper et nous posséder ; toutes les autres peuvent bien être distribuées selon les différents états et conditions de la vie : en sorte que l’une soit l’affaire du négociant, l’autre celle du magistrat, l’autre celle du courtisan , et du souverain : mais celle-ci domine sur toutes les autres,
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et nous intéresse tous tant que nous sommes; c’est celle du négociant dans son commerce , du magistrat sur son tribunal , du riche dans son palais; du roi même élevé sur le trône ; parce qu'avant que d'être tout cela, nous sommes chrétiens ; et que nous ne sommes chrétiens que pour être saints ; non , mon Dieu ! vous ne nous avez point mis en ce monde pour être grands, pour être riches , pour être heureux, mais pour être saints. Toutes les autres affaires , sans cellelà, ou nous sont indifférentes , ou nous sont étrangeres , ou nous sont funestes. Vérité si constante , : que quand nous réussirions dans toutes les autres, si nous échouons en celle-ci , tout est perdu sans ressource : au contraire , quand nous échouerions dans toutes les autres, si nous réussissons dans celle-ci, tout est assuré pour toujours. Ame chrétienne ! Dieu vous voit livrée en proie à l’amertume des afflictions, accablée sous le piods de la calamité ; il voit tombera côté de vous tout ce qui vous intéresse ; il vous voit environnée du débris de vos biens, de votre santé, de votre fortune ; mais au milieu de ce désastre funeste, vous vous soutenez , et sur ces débris épars s’élève l'édifice de votre sainteté ; vous n’avez rien perdu. C'était la seule chose qui vous intéressait véritablement ; elle subsiste, tout est sauvé, parce qu’il en faut toujours revenir à cette grande
maxime, que nous ne sommes au monde que pour être saints.
J'ai été convaincu de cette grande maxime dans la spéculation; l’ai-je bien suivie dans la pratique? je sais que je ne suis au monde que pour être saint ; ai-je travaillé à le devenir? de quoi me servira d’être pénétré des grandes vérités de la Religion , si dans ma conduite elles disparaissent ? Mon Dieu ! je ne veux plus vivre que pour me sanctifier ; c’est l’unique vue que vous vous êtes proposée, c’est l'unique que je veux suivre.
ae Vérité. Rien de si digne de nous que la sainteté : hommes destinés pour le ciel , que faisons-nous sur la terre , et de quoi nous occuponsnous en ce monde ? Accumuler des trésors, établir une fortune, s'élever à un rang distingué ; voilà ce qu’on appelle de grandes affaires! le sont-elles en effet ? Ne consultons pas les idées des hommes, c’est une balance trompeuse ; qu'est-ce que la sainteté dans les vues de Dieu ? C’est le chef-d'œuvre de ses mains, c'est l’objet de ses complaisances : à ce double titre ne mérite-t-elle pas tous nos soins? Quand autrefois il fallut créer ce vaste univers, et letirer du néant , étendre immense capacité des airs, affermir les fondements de la terre, donner des bornes aux flots de la mer , l'Ecriture nous dit
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