ÉLEVÉE A DIEU, VINGT-UNIÈME LECTURE
Sur la passion dominante.
Nous avons tous des passions qui nous dominent et nous tyrannisent. Nos affections dégénèrent souvent en passions. Dieu nous avait donné des sentiments pour en former des vertus et ces sentiments nous les tournons en passions. Chacun de nous a la racine et le germe de toutes les passions dans son cœur.
Parmi ces passions différentes et multipliées, il yen a une qui domine sur toutes les autres, qui plus vive, plus forte, plus violente, plus impérieuse, les agite, les remue, comme autant de ressorts qu’elle fait agir ; et par elles, elle devient dans nous comme l’âme et le mobile de tout.
Cette passion est proprement ce qui forme notre caractère, notre penchant, notre portrait, si la grâce ne vient au secours pour nous réformer.
Cette passion est différente dans les différentes personnes , selon la différence des humeurs, des caractères, des inclinations. On peut dire que les traits du cœur sont différents comme ceux du visage, Les défauts sont partagés comme les talents. Chacun éprouve une différente domination de passions ; mais chacun est dominé par quel-
qu’une, plus où moins forte, plus ou moins violente, mais toujours dominante et toujours passion, Or, parmi toutes ces passions différentes, généralement en tous , quelle est la passion dominante de chacun eu particulier ? Jugez-en par ces différents portraits , auxquels vous por peutêtre reconnaitre la vôtre.
Passion dominante : dans les uns, c’est l’ambition. Uneâme est-elle atteinte de cette passion? elle ne pense qu’à s’avancer, se distinguer, s’élever sur les autres projets de grandeur, d’établissement , de fortune : et de là, dans les ambitieux, cette détestable enflure de cœur et d'esprit, ces airs orgueilleux, ces airs fastueux ; jamais contents de ce qu’ils sont, voulant toujours être et paraitre ce qu’ils ne sont pas.
Passion dominante : dans les autres, c’est la colère qui les transporte ; c’est un feu qui éclate en toute occasion; ce sont de fréquentes et impétueuses saillies d’un naturel ardent et violent; ce sont des emportements qui, comme autant de vives flammes, s'élèvent à chaque instant, et sont prêtes à exciter l'incendie; au moindre sujet, à la moindre parule, l’on entend gronder lafoudre , et l’on voit partir l’éclair,
Passion dominante : dans celui-ci, c’est un penchant funeste à la médisance , à critiquer , à
blâmer , à condamner tous les autres , sans faire
cràce lefiel toyab bruits porter convel douter rien né couleu sous le Pas:
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grâce à personne. Langue de vipère qui répand le fiel et l’amertume à torrents, qui déchire impitoyablement la réputation, qui va recueillir les bruits , les événements d’une ville, pour les porter dans les assemblées, et en assaisonner les conversations ! Le vrai, le faux ; le certain, le douteux ; l’absent , le présent ; l’ami, l’ennemi; rien ne sera couvert, tout sera présenté sous les couleurs malignes de la médisance, peut-être
sous les noirceurs de la calomnie,
Passion dominante : dans celui-ci c’est un fonds d’indolence , de paresse, de négligence, que rien ne saurait animer et tirer de sa léthargie. Plongé dans le sein de cette indolence, on ne fait rien, oa ne s’occupe de rien, on n’est capable de rien ; les jours , les semaines se passent sans qu’on sache à quoi et comment; toujours projetant et jamaisn’exécutant ; toujours commençant sans finir jamais. Cependant on néglige tous les devoirs d’un état ; on laisse des enfants sans éducation, des domestiques sans règle, desaffaires, toute une famille en désordre : est-ce vivre que de vivre aiusi, presque sans action, sans sentiment et sans âme ?
Combien d’autres différentes passions qui dominent les différentes personnes ? Un vil intérèt, qui dégrade le cœur ; un fonds d’amour-propre, qui se cherche dans tout; une funeste
L'AMF
démangeaison de parler, qui ne connait aucun frein ; une sensibilité outrée, qui s’offense, qui se pique de tout; un lâche et indigne res-
pect humain , qui rend un homme esclave des
idées , des caprices des autres hommes, Qu'est-ce
tout cela ? qu’un triste et funeste assemblage de
défauts, de vices, de passions, qui se réunissent et
marchent sous les étendards de la pasion domi-
nante.
Telles et plus multipliées encore sont les différentes passions, qui dominent et tyrannisent le cœur. Rien de si essentiel, et peut-être rien de si difficile que de connaître quelle est en particulier dans chaeun celle qui le domine; parce que cette passion ingénieuse se cache, se déguise en mille manières , et sous mille voiles, quelquefois même sous le voile du bien, et l'apparence de la vertu.
Cette personne vaine, ambitieuse, dominée par un desir secret de paraître se le dissimule, parce qu'elle entre danstoutes les bonnes œuvrés, et ne voit pas qu’elle en nourrit son orgueil et sa vanité, Celle qui entretient des liaisons suspectes et dangereuses ne s’en défiepas, parce que d’ailleurs elle sent son cœur porté au bien, et qu’elle a une inclination comme naturelle à la piété. Celle qui est impatiente ct colère se rassure, parce qu'elle se sent de l’ardeur et du zèle pour le bien, Celle qui est liche et paresseuse, ne se croit pas
coupabl quille, « de tous la passi bien app d’un ma N'arr craint passion sant, de pas de le du visag ceux du sions si pants, ni aux à rien de & et de se Voule ennemi naître ? | desirez : plus ru:
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coupable , parce que d’ailleurs pacifique et tranquille, elle fait du bien à plusieurs, et en dit de tous, Ainsi jette-t-on un voile trompeur sur la passion dominante : ainsi , sous le nuage d’un bien apparent qui séduit , couvre-t-on le danger d’un mal réel qui domine.
N'arrive-t—il pas même que quelquefois on craint de trop s’éclaircir et de connaitre une passion , de peur d’être obligé , en la connaissant, de s’armer contre elle? Non, je ne crains pas de le dire, s’il est difficile de saisir les traits du visage, peut être l’est-il encore plus de saisir ceux du cœur ; et à l’exception de certaines passions si visibles , et marquées à des traits si frap— pants, qu’on ne saurait les dissimuler ni à soi, ni aux autres ; hors de là , dis-je, rien desi aisé, rien de si ordinaireque de se tromper soi-même, et de se déguiser sa passion dominante,
Voulez-vous donc la découvrir, et discerner un ennemi qu’il vous importe tant de ne pas méconnaître ? Ecoutez dit saint Chrysostôme, 6 vous qui desirez vous mettre en garde contre l’ennemi le plus rusé, le plus subtil, le plus dangereux, caché dans votre propre cœur! voici à quelles marques vous pourrez le connaître et le distinguer. La passion dominante est , 1° celle qui est le principe et la source la plus ordinaire de vos fautes et de vos autres péchés,
330 AMF
20 Celle qui trouble davantage la paix de votre âme , et sur laquelle vous avez plus de retours et plus de remords.
30 Celle qui est la matiere la plus ordinaire de vos confessions , et qui y revient plus souvent.
4° Celle qui vous cause plus de combats , et au combat de laquelle vous avez plus de répugnance.
50 Celle qui entre d'ordinaire dans toutes vos actions, vos délibérations |, vos vues , vos projets.
60 Celle, en un mot , qui est plus importune , plus impérieuse , plus intraitable, plus enracinée , le dirai-je ? qui est plus chère à votre cœur ; et si on touche à ce point , on vous touche à l’endroit sensible. Voila la passion dominante.
Considérez donc et voyez ; parmi les passions de votre cœur, yen a-t-il quelqu’une qui ait ces caractères ? Un seul vous l’annonce; mais si toutes ces marques concourent et se réunissent , la connaissance est parfaite : voila l’ennemi , il est connu : maisil ne suffit pas de lecounaitre, il faut le combattre. Armez-vous donc contre lui, et ue différez pas , de peur qu’il ne prenne de nouvelles forces, ct que vous ne soyez plus en état de le dominer , après qu’il vous aura si impéricusement dominé lui-même.
C’est une âme passion une fois sité abso parce qu infaillible des plus £ de péché de réprol
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MÉDITATION Sur le méme sujet.
C’est une grâce bien grande que vous faites à une âme , Ô mon Dieu ! de lui faire connaitre sa passion dominante. Mais la passion dominante une fois connue , c’est pour cette âme une nécessité absolue et indispensable de la combattre ; parce que si on ne la combat pas , elle deviendra infailliblement pour cette âme la source funeste des plus grands malheurs, c’est à dire une source de péché , ‘une source d’aveuglement , une source de réprobation.
Mon Dieu ! armez mon: courage contre un ennemi si dangereux , et contre lequel je ressens toute ma faiblesse, Comme ce n’est que par les lumières de votre grâce que je puis le connaitre , cè n’est aussi que par le secours de votre grâce que je puis le vaincre et en triompher.
SECOND POINT
Passion dominante , source de péchés. La passion dominante se forme par une suite d’actes réitérés , de péchés multipliés, entassés les uns sur les autres ; et une fois formée, elle devient
a son tour une source encore plus funeste de nouveaux péchés, Eh ! qui pourrait exprimer de combien de crimes, de désordres, d’excès, une passion qui domine et qui anime toutes les autres passions, peut devenir, etdevienttoujours le principe et la cause? Péchés dans les pensées qu’elle inspire ; péchés dans les desirs qu’elle conçoit ; péchés dans les projets qu’elle forme ; péchés dans toutes les actions , dans toute la conduite , dans tout le détail de la vie, qu’elle infecte de son funeste poison. Un seul exemple les renferme tous : méditons-le ; et en le méditant , tremblons pour nous-mêmes.
Salomon était sage , et le plus sage de tous les hommes , éclairé au dessus de tous ceux de son siècle, dont il était le modèle , l'admiration , disons mieux , le prodige ; mais a-t-il malheureusement laissé dominer son cœur par une passion ? à quels crimes , à quels excès, à quels désordres ne le conduit-elle pas ? Salomon devenu tout à la fois infidele , ingrat, voluptueux, impie, idolâtre; quelles horreurs ! à mon Dieu ! infidèle , il oublie ses promesses si saintes , si solennelles , si souvent réitérées aux pieds de vos autels ; ingrat , il abuse de tous vos dons, ct les tourne contre son propre bienfaiteur ; voluptueux , il se précipite dans tous les excès d’une passion honteuse , qui ne connait plus , ni bor-
nes ,nif les granc religion vient au dieux , e à l’abomi criléges.
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ÉLEVÉE A DIEU, 333 nes , ni frein ; impie , il semble fouler aux pieds les grandes et sublimes maximes de piété et de religion qu’il avait annoncées ; idolâtre, il en vient au point de se prosterner devant les faux dieux , et de profaner son encens , en l'offrant à l’abomination des idoles , sur leurs autels sacriléges. Quelle a été la cause qui l’a précipité dans tous ces abimes ? Une passion qui le domine , dont il n’a pas arrêté les progrès , dont il n’a pas été assez maître dans les suites. Esclave d’une passion dominante et funeste , faut-il s'étonner qu’il soit esclave de tous les vices , et qu’il se livre à tous leurs excès ?
Qu'est-ce que l’homme , 6 mon Dieu! et l’homme le plus sage , s’il se livre à l'empire , à la tyrannie d’une passion , et surtout d’une passion dominante ? Hélas ! je ne l’ai que trop éprouvé , et où ne m'a pas conduit une malheureuse passion ? Je ne puis y penser sans géinir , sans rougir, Quand on est dans ce triste état, que devient la raison avec toutes ses lumières? que devient la foi avec tous ses sentiments ?
SECOND POINT
Passion dominante , source de péchés ; bien-
tot elle deviendra une source d’aveuglement. En général , point de nuage si épais que celui des
passions ; et parmi ces passions, point de nuage si affreux que celui d’une passion dominante. Tant qu’on est dégagé des passions , on a des yeux, on y voit, mais la passion règne-t-elle dans l’âme ? on ne voit plus , tout est obscurci, on s'aveugle , on s’égare , on se perd. La passion dominante met comme un bandeau sur les yeux ; par mille fausses maximes , mille faux préjugés qu’elle forme , elle jette un voile épais , à la faveur duquel elle se cache ; et dans le fond des ténèbres qu’elle répand , elle devient la source funeste de toutes les erreurs, de toutes les illusions, de tous les égarements de notre raison, de notre conduite, de nos sentiments ; elle égare l’esprit, elle pervertit la volonté, elle séduit le cœur , elle renverse tout ordre dans l’homme ; elle ne lui permet plus de juger que surses fausses lumières , et d'agir que par son impression séduisante; elle ne voit plus qu’à travers l'épaisseur d’une obscurité ténébreuse ; et une fois plongé dans la profondeur et la noirceur de cette obscurité , on ne saurait exprimer à quels excès d’aveuglement on se porte. La passion dominante fait plus encore , Ô mon Dieu ! non seulement elle aveugle dans le crime, mais elle y rassure, elle y autorise. L'homme passionné manque-t-il jamais de prétexte pour s’autoriser dans sa passion ? Le vindicatif manque-t-il de raisons pour se livrer à sa
vEnSeant prétexte:
n'est-il F disances il pas de ou colore d’illusion temps en retours, ( Ce moyer sonavecc Cette froi t-elle rier sont-elles peines et minante , tes ne son fausse dé dement. ( on s'aveu; peut absol quilliser su prit de ce et le ramer cevoir que Dieu ! ains vit-on dan: ir dans l’:
bation,
le nuage minante.
nn a des ue -t-elle bscurci, à passion es yeux ; préjugés is , à la fond des la source s les ilraison, de égare l’esle cœur , elle ne lui lumières , inte; elle une obse dans la rité , on uglement plus enaveugle autorise.
de pré- Le vindirer à Sa
L£LKVÉE A DIEU, 33
vengeance ? L'envicux n'a t-il pas toujours des prétextes pour juslificr son envie? Le médisant n'est-il pas toujours ingénieux à excuser ses médisances ? Tout coupable en un mot, ne jette-til pas des nuages ou des couleurs pour cacher ou colorer sa conduite ? Dans ce fonds d’erreurs, d'illusions , de passions , on a cependant de temps en temps des peines, des doutes et des retours, Ce bien que je possède est-il légitime ? Ce moyen que je prends est-il permis : ? Cette liaison avec cette personne n'est-elle point dangereuse? Cette froideur envers cet homme, ce parent , n’at-elle rien qui blesse la charité ? Ces confessions sont-elles sincères ? Sur mille choses. on a des peines et des retours ; mais bientôt la passion dominante , casuiste aveugle, décide tout : ces doutes ne sont que scrupules, ces peines ne sont que fausse délicatesse, ces retours sont sans fondement. On se rassure, on se calme, c’est à dire on s’aveugle. Que si la passion dominante ne peut absolument décider en sa faveur, et tranquilliser sur les doutss, du moinselle détourne l’esprit de ce qui pourrait l’éclairer sur ses devoirs, et le ramener de ses illusions ; elle ne laisse apercevoir que ce qui peut la favoriser Ainsi, Ô mon Dieu ! ainsi se jette-t-on dans l'illusion ; ainsi vit-on dans l'erreur ; ainsi s’expose-t-on à mourir dans l’aveuglement , et à consommer sa réprobation,
TROISIÈME POINT
C'est ici le comble de tous les malheurs. Séduit , aveuglé , captivé jusqu’au bout pat la passion dominante , ou l’on ne fera point de pénitence, ou l’on ne fera qu’une fausse pénitence. En faut-il davantage pour mourir en impénitent et en réprouvé ? Oui , ilest à craindre qu’on ne fasse point de pénitence, parce que par aveugle- . ment d’esprit , on se flattera jusqu’au bout , on espèrera toujours avoir le temps de se couvrir, on renverra , on différera , on sera surpris et on mourra dans son péché. |
Parce que par attachement de cœur on craindra de rompre les liens funestes qu'on avait formés, on restera comme asservi, enchaîné jusqu'au dernier soupir , et ce dernier soupir même se portera peut-être encore vers le coupable objet de cette malheureuse passion.
Parce que, par un triste mais redoutable jugement de Dieu , la grâce qu’on aura si souvent rejetée, s’éloignera , se retirera ; ce flambeau céleste ne jettera que quelques faibles lueurs, qui alarmeront et ne convertiront pas.
Parce que le démon, par une suite d'illusions et de séductions, continuera à tenter et à assaillir le pécheur , en lui présentant sans cesse les
images OCCupé en mo la dou hors d’ son àâm en luicette d le corp grande lhomm Peut
de puni ment de neste et et quai Dieu il « avoir eu tre. Que réfléchir les excès mes , ot l’aura ca horreurs et, comn non, m trop just perdu , }
urs. Séir la pasde pénitence. En nitent et qu'on ne r aveuglebout , on couvrir , pris et on
on crainavait foraîné juser soupir s le couion.
able jugesi souvent flambeau es lueurs, as.
d'illusions ta assails cesse les
images funcstes des objets coupables qui l'avaient occupé durant la vie , et qui l’occuperont encore en mourant. Peut-être aussi que la violence de la douleur et de la maladie du corps le mettra hors d’état de penser à la déplorable situation de son âme , et qu'incapable de réfléchir, de rentrer en lui-même , il succombera à la violence de cette douleur. Les sens affaiblis, l’esprit accablé, le corps languissant , quel moyen de penser à la graude affaire qui demande tout l’homme, quand l’homme n’est presque plus qu’un cadavre.
Peut-être même , pour comble de malheur et de punition , n’aura-t-il ni le temps, ni le moment de penser à lui ; que quelque accident funeste et imprévu viendra subitement le frapper :
et qu’ainsi frappé tout à coup de la main de
Dieu il sera transporté, enlevé dece monde, sans avoir eu le moyen de penser qu'il y en a un autre. Que s’il a le temps, la liberté depenser et de réfléchir , n’arrivera-t-il pas , à la vue de tous les excès, de tous les désordres, de tous les crimes , oùcette malheureuse passion dominante l'aura conduit , que , frappé de son état et deses horreurs, ilentrera dans quelque funeste désespoir; et, comme un autre Caïn,ilse diraà lui-même : non, mon iniquité est trop grande, et Dieu est trop juste pour m'en accorder le pardon, Je suis
perdu , je suis damné , il n’est plus de miséri-
corde pour moi : major est iniquilus mea :.
Mais, en supposant même qu’il ait le temps , la grâce ; la liberté d'esprit, la pensée de se convertir, de faire pénitence , de revenir à Dieu, cette pénitence sera-t-elle véritable ? ce retour sera-t-il sincère ? et n'arrivera-t-il pas, par un dernier et plus redoutable eflet de la passion qui le domine et qui l’aveugle , qu’il croira l'aire une pénitence sincère ,et qu'il ne fera qu’une pénitence fausse , apparente , défectueuse ? Hélas ! dans ces derniers moments de douléur et d’accablement , est-il si aisé de revenir à vous ; 0 mon Dieu ! de changer tout -à coup la disposition d’un cœur ; de former de nouvelles aflections , après des affections si invétérées , de dominer entièrement une passion, qui jusque alors avait si impérieusement. dominé ? est-il si facile , sur des ruines si affreuses , d'élever un édifice saint et sacré ? n'est-il pas à craindre que cette pénitence ne soit défectueuse , que cette conversion ne soit qu'apparente : que la erainte, la frayeur , le respect humain, la nécessité , la hienséance , les sollicitations extérieures nv aieut plus de part que la grâce et unr véritable douleur ; et qu'enfin ectte pénitence extérieure et édifiante aux yeux des hommes, qui ne
Ft Gen. f.
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ps , la se CON- Dieu , ce reil pas , la pas- | croira ne fera lectueude dou- ‘evenir à coup la ouvelles ées , de i jusque est-il si lever un dre que e celte crainte, ssité , la es ny réritable térieure qui ne
ÉLEVÉF À DIEU, 339
voient que les apparences ne soit qu'une impénitence réelle et consommée à vos yeux, qui sondent le cœur ?
Il était juste , d mon Dieu ! que cette passion qui avait fait le crime de l’homme pécheur durant sa vie , vint encore en terminer le détestable cours, O passion dominante ! que tues funeste ! mais , 0 jugement de Dieu ! que vous êtes redoutable ! et cette passion, je me suis livré à sa tyrannie letce jugement, je me suis exposé à en subir les rigueurs ! O mon Dieu ! quelles larmes assez abondantes pourrai-je jamais verser sur mon crime et sur mon malheur ?
Réflexions et pratiques.
10 Regardez la passion dominante comme le plus grand ennemi que vous ayez en ce monde, et celui qu’il faut combattre avec plus d’ardeur.
20 Quoique vous la combattiez constamment, soyez persuadé qu’elle ne mourra entièrement qu'avec vous.
30 Soyez assuré que si vous venez malheusement à vous damner , ce sera cette funeste passion qui vous damnera. |
4° Faites-vous une loi inviolable de vous faire chaque jour quelque violence sur cette pas-