‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiment pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 62 sur 95 · DETENTE · texte numérisé non relu

DETENTE

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ilest captif; ils ont un cœur , et il est esclave ; ils ont une raison , et elle est avilie , ils ont des lumières, et elles sont étouffées; ils ont une âme , ctelle est rampante. Servitude honteuse , que la raison désapprouve, que le sentiment naturel désavoue, que la loi condamne, que le monde réprouve , que le paganisme même déteste.

Juste jugement de Dieu, qui permet que ces hommes livrés au respect humain se dégradent devant les hommes mêmes , cherchant à attirer leur estime; et qu’en voulant secouer le joug doux et léger du Seigneur , ils tombent sous uñ autre joug mille fois plus pesant et plus accablant !

Sortons enfin d’un pareil esclavage ; rompons ces fers, et brisons ces chaînes. Enfants de Dieu , affranchissons-nous de l'esclavage des hommes : trop longtemps nous avons gémi sous la tyrannie du respect humain ; observons la loi du Seigneur avec la sainte liberté que la religion nous inspire. Que sont et que peuvent les hommes pour nous? quand un jour nous serons devant Dieu , les hommes viendront-ils nous mettre à couvert des rigueurs inexorables de sa justice ? Souvenons-nous que nous ne sommes comptables de notre conscience qu’à Dieu. Que les hommes me condamnent, peu m'importe, pourvu que

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Dieu soit pour moi. Si Deus pro nobis quis contra nos ! ?

MÉDITATION Sur le méme sujet.

Quelle horreur n’aurais-je pas du respect humain , si je le considérais avec les yeux de la foi ? Ne dirais-je pas avec vérité que le respect humain , par les indignes sentiments qu’il inspire, et les funestes effets qu'il produit, est une espèce d’apostasie dans le chrétien , et qu'il devient une sorte de persécution dans le christianisme ! Quelle horreur cette seule idée en doit-elle inspirer ?

O mon Dieu ! éclairez-moi de vos divines lumières pour le connaître , et armez-moi d’un ferme courage pour lui résister.

PREMIER POINT

Le respect humain, par les indignes sentiments qu’il inspire, devient une espèce d’apostasie dans la foi. Donner à Dieu une préférence absolue sur la créature ; élever à Dicu dans son

| Rom, 8,

cœur un trône au dessus de toute créature; sacrifier à Dieu , s’il est nécessaire, tout intérêt, toute considération , tout attachement à la créature; faire une prolession ouverte et déclarée de la religion ; en remplir fidèlement, généreusement les devoirs; c’est l'exercice propre de la religion ; c’est l’acte le plus essentiel à la foi ; c'est même dans la pratique toute la religion et la foi.

Ainsi, par une conduite toute contraire , comparer la créature à Dieu , donner dans la pratique la préférence à la créature sur Dieu ; sacrifier à la créature le service, les intérêts, la gloire de Dieu; c’est à ses yeux une véritable défection , et une indigne apostasie de la foi. Et w'est-ce pas là cependant ce que fait dans une âme le respect humain, à la honte de la réligion ?

D'un coté, mon Dieu ! vous nous faites connaitre vos volontés, vous nous intimez vos ordres : d’un autre côté, le monde, les libertins eu éloignent. D’un côté vous nous promettez votre grâce et votre amitié, si nous obéissons : d’un autre, les hommes, les impies nous menacent de leurs railleries et de leurs cerisures , si nous sommes fideles.

Nous voilà donc dans la nécessité indispen Sable de prendre parti entre l’un et l'autre , de

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nous déclarer ou pour lun ou pour l'autre ; et nous par une lâche complaisance , une fausse honte, une crainte servile, nous préférons la vue des créatures à la vôtre ; nous choisissons de vous déplaire , plutôt que de déplaire aux hommes : nous aimons mieux encourir votre disgrâce et votre colère , que de nous exposer à la censure, aux discours des hommes, N'est-ce pas là donner en effet une préférence indigne aux créatures sur le Créateur? et par là même n'est-ce pas dans la pratique tomber dans une véritable et détestable apostasie de la foi?

Hélas ! pour peu qu’il nous reste de religion , Hous rougissons , nous frémissons, lorsque nous lisons, ou que nous entendons raconter les outrages que faisaient à leur foi ces premiers chrétiens lîches et indignes, qui, à la honte de leur bap— ième, renoncaient à leur religion, pour éviter les tourments, et préféraient une vie périssable à une mort glorieuse. Nous avons raison de les condamner ; leur conduite étaiten effet bien indigne et bien criminelle : mais l’apostasie du respect humain n’est-elle pas, dans un sens , encore plus criminelle et plus détestable à vos yeux, Ô mon Dieu? Ces infortunés déshonoraient leur foi, trahissaient leur religion , il est vrai; mais enfin ils Ja renoncaient au milieu des tourments, dans l'horreur des supplices ; leurs corps étaient

déchirés, leurs membres ensanglantés, et ils pouvaient dire, etils disaient en effet, quand touchés de Dieu ils venaient demander pardon à l'Eglise : Je suis un perfide et un pécheur, je le confesse et je le déplore ; mais l'horreur des tourments ma fait succomber ; la faiblesse de la chair n’a pu seconder l’ardeur du courage : j'ai péché; Je viens solliciter le pardon : sentiments touchants que si, malgré les excuses plausibles que donnaient ces infortunés les larmes aux yeux, l’Eglisenelaissait pas de lestraiter avec tant derigueur parce qu'en effet ils avaient déshonoré leur foi ; de quel œil, à mon Dieu ! devez-vous me regarder, lorsque, par une indigne et funeste complaisance pour les hommes, je renonce aux devoirs de ma religion ? quel opprobre pour elle ! quel scandale pour les fidèles ! Or cet opprobre que j’ai causé, c’est ce scandale que j'ai donné toutes les fois que je me suis laissé dominer par le respect humain, toutes les fois que j’ai rougi du nom de chrétien, toutes les fois que par une lâche complaisance j'ai violé la sainteté de la loi. Puissé-je assez gémir sur moi-même, et devant le Seigneur assez amérement déplorer ma conduite!

SECOND POINT

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peut ajouter qu’il est une vraie et funeste persécution suscitée dans l’Eglise pour sa destruction ; que le respect humain a succédé aux Nérons aux Dioclétiens , et à tous ces monstres suscités par l’enfer contre la religion pour la détruire et lPanéantir.

. Persécution du respecthumain mille fois encore plus terrible, plus funeste et plus dangereuse que ne fut jamais celle de ces premiers tyrans. Ces premières persécutions étaient suscitées par des paiens : celle du respect humain est suscitée par les chrétiens mêmes. Ces premiers persécuteurs ne s’en prenaient qu’au corps, le respecthumainattaque les âmes. Les tyrans faisaient des martyrs ; le respect humain fait des apostats. Funestes effets du respect humain! quels tristes et lamentables exemples n’en avons-nous pas, Ô mon Dieu !et de quelle crainte salutaire ne dois-je pas en être pénétré? Saint Pierre vous aimait comme son divin Maitre, il vous était sincèrement attaché ; mille fois il a protesté qu’il mourrait plutôt que de vous abandonner. Il serait fidele, sile respect humain n’entrait dans son cœur. N’êtes-vous pas disciple de cet homme, lui dit-on? et qui ? une servante! C'en est assez, le respect humain lui ferme la bouche, ou ilne l’ouvre qu’au mensonge, au parjure, au blasphème. Reconnaissance , tendresse conscience, tout est sacrifié.

354 L'AMF.

Hélas! je le vois en frémissant , en tremblant le plus grand, le plus horrible, le plus exécrable des crimes qui jamais ait été commis, qui pourra jamais se commetre, le déicide, la mort d’un Dieu, le respect humain n’en at-il pas été en partie la source et la cause? Pilate

reconnait l'innocence de l’Homme-Dieu; il

déclarequ’il n’a point trouvé en lui de cause de mort : le peuple s’élève en tumuilte, Pilate insiste encoreÿ et dit qu'il ne veut point tremper ses mains dans le sang innocent. Mais le respect humain vient-il au secours, laisse-t-on entrevoir à ce juge inique qu’il va déplaire à César ? Ah ! c'en est fait, à cette parole Pilate se rend; cette crainte l’emporte sur toute considération; le respect humain a dicté la sentence , la haine, la fureur vont l’exécuter. Agneau sans tache, vous êtes immolé , votre sang ruisselle à grands flots sur la terre : l’homicide, le parricide, le déicide ; effets funestes ! suites affreuses ! quelle en est en partie la source ? un lâche , un indigne , un détestable respect humain.

Je frémis, Ô mon Dieu! à quels crimes, à quels excès, à quelles horreurs ne conduit-il pas tous les jours une âme basse qui s’en laisse dominer ? Laisse-t-il quelque sentiment d’honneur, quelque trace de crainte de Dieu, quelque vestige de religion et de foi? et à qui sacrifie-t-on, immole-

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ELEVÉE À DIEU, 355 t-on ainsi son honneur, sa conscience et sa foi ? à une infâme idole du respect humain, qui ne mériterait que mépris et indignation. Mon Dieu ! mon Dieu ! peut-on, sans gémir, sans être affligé, voir tant d’âmes se laisser entrainer ; le monde vous arracher tant de précieuses victimes; le respect humain étoufler tant de bons sentiments, avilir , dégrader le caractère sacré de chrétien ? Et nous, fléchirons-nous toujours les genoux devant cette idole ? et laisserons-nous avilir notre religion , qui devrait mille fois l’avoir brisée et renversée pour s'élever sur ses ruines ?

Mon Dieu! je déplore, je déteste le respect humain dans les autres, et mille fois j'ai eu le malheur de m’y laisser moi-même entrainer ; que n’ai-je pas à me reprocher en ce point? combien dois-je paraître coupable à vos yeux! pour ne pas déplaire ‘aux hommes, je vous ai déjà déplu ; j'ai négligé le bien que j'approuvais; j’ai fait le mal que je détestais; j’ai paru ce que je n'étais pas ; j'ai craint de paraître ce que j'étais; j’ai osé paraître impie, et j'ai rougi de paraître chrétien ; j'ai rendu mes propres sentiments , ma liberté, ma conscience ,ma religion esclaves des sentiments , des idées, des caprices, souvent mème des passions desautres. Je suis chrétien, et je rougis de mon Dieu, et je n’ose paraitre lui appartenir. Quelle indignité! quelle horreur!

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ai-je donc oublié qu’on ne peut servir deux maitres, et que celui qui n’est pas pour Dieu, est contre Dieu?

PRIÈRE

. Ah ! Seigneur, c’en est fait, je vais secouer ce joug indigne et honteux, Assez et trop longtemps j’ai gémi sous l'esclavage du monde, sous la servitude du respect humain; j’en sentais le poids , il me paraissait accablant, et je n'osais m’y soustraire et m'en affranchir. Non, mon Dieu, quoi qu'il m’en puisse arriver, je ne trahirai plus mon devoir et mes sentiments, en vous renoncant devant les hommes. Mais que dis-je ? me suffit-il de ne pas vous renoncer ? Je veux hautement me déclarer pour vous, me faire gloire de votre service. Je le dois pour la juste réparation de mes lâchetés , et peut-être de mes scandales; je le dois pour l'honneur de votre sainte Loi. Il le faut, malgré toutes les considérations humaines, malgré tous les discours, les railleries , les censures du morde ; il le faut aux dépens de ma fortune; de mes intérêts, et même de ma vie. Que les hommes me désapprouvent, peu m'importe, pourvu que je sois à vous. Si le monde me condamne, il vous a condamné : le disciple n'est pas au déssus du maitre. Recevez

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mes regrets; agréez mes résolutions; soutenez mon courage. Je m’arrache au monde pour me jeter entre vos bras : si j’ai tout à craindre de ma faiblesse, je dois tout espérer de votre bonté.

PRATIQUES

10 Se souvenir qu’on porte le signe de chrétien gravé sur le frontet qu’il doit être encore plus gravé dans le cœur.

20 Quand on est en danger d’être entrainé par le respect humain, s’imaginer qu’on est dans l’occasion de faire la profession de sa foi.

30 Penser que ceux qui doivent rougir, ce sont ceux qui font le mal, et non ceux qui pratiquent le bien.

4° Dans les premières occasions qu’on aura, se déclarer ouvertement et sans crainte , on aura plus de force et plus de grâces dans la suite pour les soutenir.

bo Dans les rencontres où l’on serait plus dangereusement tenté par le respect humain, se rappeler la terrible menace de Jésus-Christ : je rougirai devant mon Père de ceux qui auront rougide moi devant les hommes.

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