TRENTE-DEUXIÈME LECTURE
Sur l'amour de Dieu.
O hommes sortis de la main de Dieu, et créés à l'image de Dieu, voici le grand et inviolable précepte que vous impose l’auteur de votre être,
pour vous conduire au terme de votre bonheur. Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur, de tout votre esprit , de toute votre âme et de toutes vos forces: diliges Dominum ex toto corde tuo ‘. Un père veut être aimé en père ; un ami veut être aimé en ami ; un roi veut être aimé en roi ; et Dieu veut être aimé en Dieu, c'est à dire que nous devons l’aimer dans tout, avant tout, par dessus tout , préférablement à tout. L'amour que l’on porte doit être proportionné au bien que l’on aime : si le bien est léger, l'amour sera faible ; si le bien est plus précieux, l’amour sera plus ardent ; si le bien était infini et immense, l’amour , s’il était possible, devrait être immense et infini comme lui, Or, Dieu est infiniment au dessus de tout autre bien ; l'amour que nous lui portons doit donc être au dessus de
ra amour. Nous devons donc l’aimer par dessü#toutes choses, plus que nos biens, parce
" Deut. 6.
qu’ils, sont terrestres ; plus que nos amis, parce
qu’ils sont mortels ; plus que notre vie, parce
qu’elle est périssable ; plus que nous-mêmes parce
qe nous sommes à lui : diliges ; voil quelest cet
ür de préférence si souvent cité, si souvent
cél bré, jamais assez médité, jamais assez pratiqué. Mais cet amour si parfait , en quoi consiste-t-il,
et à quoi nous engage-t-il ? C’estune estime sou-
veraine , qui donne à Dieu la première place dans notre cœur ; c’est un attachement inviolable à la loi, qui nous fait préférer l'amitié de Dieu à tout autre bien qui se trouverait en concurrence avec lui ; c'est une disposition intérieure de cœur, telle que si dansune balance on voyait d’un côté. l’amour de son Dieu, et de l’autre les trônes, les couronnes, les sceptres, tous les biens créés et possibles , on n’hésitérait pas un instant à renoncer, s’il le fallait, à tout autre bien, pour conserver celui de la grâce ; on aimerait mieux re— . noncer à la possession éternelle de milie mondes, que de renoncer un seul instant à l’amitié de sôn Dieu. C’est une résolution généreuse de l’âme, disposée à tout entreprendre, à tout sacrifier , à
tout souffrir plutôt que de blesser, d'intéresser
en rien l’amour de son Dieu, Îles re < les . tourments , lestyrans , la mort, mille morts présentées à ses yeux ne seraient Ps capables de l’ébranler.
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Tel est l'amour de préférence qu’exige la loi ;
à cet amour souverain se rapportent tous les au-
tres amours de Dieu : Amour de complaisance, qui se réjouit des biens essentiels et ineffables que Dieu possède en lui-même, de sa gloire, de ses grandeurs, de ses perfections, de son bonheur ;
Amour de ‘bienveillance; qui souhäite à Dieu l'honneur qu’on peut lui procurer ; qui voudrait le voir adoré, aimé, servi glorifié diisis tout Plunivers, honoré du cœur et de l’hommage de tous les hommes ;
Amour de reconnaissance, qui bénit Dieu des grâces dont il le comble , et dont il poser sa bonté pour principe ; ;
Amour de pénitence, qui gémit séstsiéont;
ou’de ne l’avoir pas aimé, ou de l'avoir offensé ;
tout cela, autant de rejétons sortis de la même tige , autant de ruisseaux émanés de la même source ; c’est à dire autant de.manières d’aimer Dieu renfermées éminemment dans l’amour de préférence qui fait l’objet du précepte, etqui rend le plus digne hommage : diliges.
Mais cet amour souverain si relevé, si parfait, est-il possible en ce monde ; nous sommes si faibles f-imparfaits. On comprend que dans le ciel, où nous verrons Dieu face à face, oùrien ne partagera notre cœur, nous l’aimerons en effet sans partage; mais en ce lieu d’exil, exposés que
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nous sommes à tant d’objets qui nous dissipent , à tant de tentations qui nous attaquent, à tant de passions qui nous tyrannisent, comment aimer Dieu dans cette étendue ?
L'amour de Dieu peut être considéré ou dans sa perfection, ou dans son essence : dans sa perfection, il:consisterait dans le sentiment d’une ferveur continuelle, actuelle, toujours ardente, toujours permanente ; à ne perdre jamais Dieu de vue, à se tenir sans cesse dans sa divine présence. En ce sens et sous ce point de vue, la charité ne peut être parfaite en ce monde : elle ne le sera ‘pleinement que dans le ciel. Partagé entre tant d’occupations et tant de devoirs sur la terre, notre esprit ne saurait être toujours uni à Dieu dans cette ferveur actuelle : mais le précepte daus son essence consistant à donner à Dieu la préférence sur tout , età être prêt à renoncer à tout plutôt qu’à sa grâce ; nonseulement en ce sens le précepte est possible, mais tous les jours il est par les justes réduit en pratique ; des millions de martyrs l'ont signé de leur sang.
Mon Dieu, j je voudrais bien vous aimer ; il me ,
semble que je le desire, que ce serait mon bonheur, ma consolation de vous aimer : mais je ne. sens point cet amour ; mon cœur est souvent dans une sécheresse, une espèce d’indifférence, qui m'afflige, qui m’alarme. Quand je suis devant
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ÉLEVÉE À DIEU. 5o7
vous, mon cœur ne sent rieh, ne dit rien ; je suis pour vous comme sans sentiment et sans âme je crains de ne pas vous aimer.
Pour calmer nos alarmes, distinguons l’amour sensible et de goût , d’avec l’amour solide et de pure foi. L'amour. sensible, on l’éprouve quelquefois dans certains moments de ferveur , de douceur, de consolation ; le cœur se porte à Dieu.avec une sainte ardeur et un doux transport: mais cet amour ne dépend pas de nous ; aussi iest-il point commandé. On peut aimer Dieu sans goûter cet amour sensible ; bien des saints ne l’ont jamais éprouvé. Contentons-nous de l’amour solide, soyons prêts à tout sacrifier, à tout souffrir, à mille fois mourir plutôt que d'offenser Dieu et de perdre son saint amour. Du reste, abandonnons-nous à sa divine bonté.
Mais en aimant Dieu, nous est-il défendu d’aimer autre chose que lui ? Non, Dieu n’a point prétendu étouffer dans nos cœurs tout sentiment, et nous réduire à une indifférence qu’il condamne lui-même par la voix de la nature et de la raison. Il nous défend d'aimer autré chose que lui, d’un amour indépendant qui se borne là, sans s’élever jusqu’à lui ; mais il nous permet d'aimer autre chose d’un amour dépendant et subordonné, qui rapporte à lui comme à sa fin. Ainsi, pères et mères, aimez vos enfants; épouses aimez vos époux;
mais aimez vos amis ; mais aimez-les en Dieu, pour Dieu, et toujours moins que Dieu, ou plutôt aimez Dieu dans eux. L’amour de Dieu, dit saint Augustin , est comme un grand fleuve qui coule dans une vaste plaine ; tous les ruisseaux viennent s’y jeter et s’y rendrè comme tributaires; ce grand fleuve, c'est amour de Dieu qui coule -dans notre cœur, tous les autres-amours bien ré- glés sont comme autant de ruisseaux différents qui viénnent s’y. rendre comme tributaires, et offrir leur hommage à l’amour divin, qui les réunit tous dans l’immense océan des perfections adorables. Ainsi on aime Dieu en tout et tout dans Dieu.
A quelles marques peut-on connaître qué l’on aime Dieu ? Je voudrais vousaimer, mon Dieu!
et pouvoir ! me rendre quelque vo Lt: que je vous aime,
Arrêtons-nous , et gardons-nous de sonder la profondeur des abimes. De marque assurée et infaillible, il n’en est point en ce monde. Personne ne sait s’il est digne d’amour où de haine ; C’est un secret que Dieu s’est réservé. Cependant, âme fidèle , pour donfier quelque chose à votre faiblesse ou à votre empressement, voici quelques marques, sinon assurées, du moins consolantes : 19 Desirez-vous sincèrement, ardemment d’aimer Dieu ? si cela est, rassurez-vous ; le desir ardent d’une chose n’est pas éloigné de sa posses -
sion, rer.
vous rappe Si vo sance vous vous € confi:
aime, vez-vo tâchez agitati dit : C m’aim d’aime quand le ,et mieux l’amot trésor Qu ces gr pouvi acte d à pré vions la be
en Dieu, » Ou plu- Dieu, dit Heuve qui ruisseaux ibutaires; qui coule s bien réérents qui et offrir es réunit ns adoraans Dieu.
que l’on ion Dieu!
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sonder la ée et in- Personne e ; c’est pendant, à votre quelques plantes :
nt d’aile desir à posses -
ÉLEVÉE À DIEU. bog
Le
sion, quand pour la posséder, il suffit de. la desirer. 20 Pensez-vous à Dieu avec plaisir ? êtesvous bien aise d’en entendre. parler, d’en rappeler le souvenir ? Si cela est, consolez-vous. Si vous pensiez souvent au monde avec complaisance , vous auriez tout à craindre. 3° Avezvous une grande horreur du péché ? leregardezvous comme le plus grand des malheurs ? ayez confiance ; point de marque plus sensible qu’on aime. que. la crainte de ne pas aimer, 4° Observez-vous les commandements . du, Seigneur ?
tâchez-vous de remplir sa loi sainte? calinez vos agitations.; c’est Jésus-Christ même qui nous le dit : Celui qui observe ma loi, c'est. celui aui m'aime. Après tout , ce qui vous importe, c’est d’aimer Dieu, et nondeconnaître si vous l’aimez : quand vous le connaitriez, que feriez-vous? faitesle ,et vous aimerez. La pratique du bien vaut mieux que sa connaissance : qui pourrait flatter l’amour-propre , et vous, enlever des, mains. le trésor, si vous. vous croyiez assuré de le posséder,
Que nous serions beureux ,. si réunissant tous ces grands objets sous un seul point de vue, nous pouvions bien comprendre.ce que c’est qu'un acte d'amour de Dieu parfait, pour le : former à présent dans nos cœurs ; si mous pouvions connaitre quelle en est la grandeur , la beauté, la dignité, la sublimité, l’excel-
bro L’AME
lence et le prix ! concevons-le devant Dieu.
C’est la plussainte de toutes les actions de la vie; c’est la disposition la plus parfaite du cœur ; c’est le sentiment le plus héroïque de l'âme, c’est l’exercice le plus digne de la religion ; c’est la pratique la plus sublime du christianisme; c’est l’œuvre la plus sainte que puisse faire une pure créature ; c’est l'hommage le plus glorieux qui puisse être offert a un Dieu; c’est ce qui nous approche de plus près des intelligences célestes; c’est ce qui nous donne entrée dans le cœur de Dieu
même, et qui nous élève déjà en quelque manière.
au ciel, quoique encore habitants de la terre. L'acte d’un amour parfait envers Dieu est quelque chose de si grand et de si sublime, qu’il renferme dans luile prix de toutes les grâces, le mérite de toutes les vertus ; ‘disons plus, ce seul acte: serait capable d’effacer l'horreur de tous les péchés. Oui, sinous formions un acte d’amour parfait avec le desir du Sacrement ; cussions-nous commis les plüs grands crimes, eussions-nous été plongés dans tous ‘les désor-
dre, eussions-nous dôfiné dans tous les excès ; à
Vinstant même tous nos péchés seraient eff cés ; et sien ce moment on venait à mourir
cet acte d'amour pourrait être si parfait, qu’à
linstant même cette âme iraît jouir de la présénce du céleste Époux.
dernie mour
Pros en la | ciel et que je que ce vous m
Je re Je gémi:
ai pas a
J'ai prol de mon
nt Dieu.
de la vie; ur ; C'est est l’exerest la prac’est l’œuune pure rieux qui li NOUS apestes; C’est r de Dieu le manière.
erre.
Dieu est ime, qu'il grâces, le plus, ce orreur de S un acte crement ; s crimes, les désor-
excès ; 5 N
ient effaà mourir
fait, qu'à
e la pré-
rt
O hommes qui que vous soyez ! aimez donc le Seigneur , et ne vivez sur la terre que pour l’aimer et pour vous mettre en état de l’aimer à jamais. A qui prodiguez-vous vos sentiments et vos cœurs ? que vous restera-t-il un jour de toutes les affections terrestres et périssables ? elles auront occupé, troublé, agité vos cœurs ; les auront-elles jamais satisfaits et remplis ? Aimez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur; aimezle jusqu’au dernier soupir de la vie, et que le dernier soupir même de la vie soit un soupir d’amour envers Dieu.