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L'ame élevée a Dieu par les réflexions et les sentiments

Ce petit ouvrage ne donnera rien de nouveau pour le fond; peut être présentera -t -il quelque chose de nouveau pour la forme et dans la pratique. On a mis au jour bien des livres de piété où se trouvent des lectures, des méditations, des sentiments, et divers exercices; mais il n'en est point, ou il en est peu, dans lesquels, sur un même sujet, on ait réuni ces différents objets ; c'est ce qu'on s'est proposé dans celui-ci.

Bien des personnes ont l'usage de faire le matin une pieuse lecture, et dans la journée une courte méditation. Elles trouveront ici tout à la fois cl sur le môme sujel une lecture cl une méditation suivies de réflexions, de pratiques cl d'une courte prière. La lecture présente les pensées et les réflexions ; la méditation l'ail naître les affections cl les sentiments ; les pratiques en sont la suite cl le fruit.

li PRÉFACE

Différents sujets proposés, l'un pour la lecture, l'autre pour la méditation, ne foui pas la même impression qu'un même sujet d'abord proposé en lecture, et ensuite approfondi dans la médi tation. L'un dispose à l'autre. Les réflexions pic parenl les voies aux sentiments,; les sentiments conduisent à la pratique, el la pratique sanctifie toute l.i conduite.

D'autres personnes ont souhaité qu'on leur indiquât la suite des sujets pour une retraite de huit jours. ()n les trouvera marqués à la table, soit ceux des méditations, soit ceux des considérations. Chacun pourra cependant en choisir d'autres, selon qu'il les jugera plus convenables à sou état, à sou attrait el à ses besoins.

Sur le service de Dieu.

C'est une réflexion bien solide et bien consolante pour nous, de penser qu'en servant le Seigneur nous servons tout à la fois le plus grand et le meil leur des maîtres. Quel engagement pour nous à le servir avec une inviolable fidélité et une sainte joie !

Il y a des maîtres dans le monde, des grands, des heureux dans le siècle, des fois, des monarques dans les empires ; ces différents maîtres, on les sert, el ou s'estime heureux de les servir. Leur service a au dehors quelque chose d'appar-enl el de grand; l'éclat qui les environne frappe et peut éblouir. Mais dans le fond, que sont ils en eux-mêmes? (les grands sont ils personnellement leur grandeur ? Ces riches, que sont-ils sans leurs trésors et leur abondance ? Les rois mêmes, qui sont ce qu'il y a de plus grand dans le monde, que ne doivent-ils pas à l'appareil qui les environne? El souvent, à Ira vers leur grandeur appareille, combien nedéeouvret-on pas de faiblesses réelles ? Non, il n'est qu'un seul maître véritablement grand en ce monde, seul digne par lui-même de l'être, seul capable de porter et de soutenir ce grand nom. Tous les autres sont

faibles, défectueux, imparfaits : souvent ils mit eux mêmes des maîtres; el s'ils n'en onl point sur la icnc, ils sont forcés d'en reconnaître un dans le ciel, <|ni règne sur eux, qui les assujettit el qui les domine.

Or voilà le souverain Maître à <|ni nous avons la gloire et l'obligation de consacrer nos services : ce n'est que pour cela qu'il nous ;i mis sur la terre ; et au moment même où il nous créa, il imprima dans la substance de notre âme ces grandes paroles, Dominum Veum tuum adorabis, vous adorerez le Sei gneur, et vous ne servirez que lui seul, et Mi soli servies. En sorte que, dés ce premier instant de notre naissance, Dieu nous a comme scellés de son sceau et consacrés à sa gloire. Celle obligation indispen saldea cru dans nous avec l'âge ; elle nous est aussi propre que notre être, aussi intime que notre vie, aussi ancienne que notre origine.

Et indépendamment même de cette obligation nécessaire que nous avons apportée au monde en naissant, il en est une autre volontaire que nous avons contractée nous mêmes, au moment de notre baptême, par les engagements sacrés que nous avons pris dans cet heureux jour par une bouche étrangère et que nous avons ensuite ratifiés par un consentement libre. Dès lois nous sommes à Dieu, et Dieu peut nous dire plus spécialement que jamais : Vous êtes à moi. Dès lors nous ne portons point de litre dont nous soyons plus obligés de son tenir les droits, de remplir les obligations, de res pecter la dignité, que celui de serviteur de Dieu. Qualité glorieuse qui nous consacre à jamais a l'Etre suprême ; qualité éminente qui nous élève an dessus du monde et de nous-mêmes ; qualité

dominante que nous devons prendre pour L'âme de toutes nos pensées, te mobile de toutes nos actions, la règle de toute noire conduite; parconsé quent, si nous en connaissons toul Le prix, que nous devons avoir toujours sous les yeux, toujours pré sente à L'esprit, toujours gravée dans Le cœur: nous devons la préférer à toutes les autres, la rappeler dans toutes les autres, et sacrifier, s'il le faut, toutes les autres [tour elle.

Tels étaient les sentiments du prophète Jonas. Il entre dans un vaisseau pour faire voile pour Tarse en Cilicie : comme il était inconnu, le pilote lui demande: Qui êtes vous ? quelle est votre proies sion ? d'où venez vous ? où allez-vous? Quod est ôpus luum? quee lerrâ? quo vadis? Je suis serviteur de Dieu, dit Jonas : mon emploi est de l'honorer et de le servir. Dominum cœli timeo. Paroles admirables! s'écrie un saint père. On a t'ait à Jonas quatre demandes, et à ces quatre demandes Jonas ne fait qu'une seule réponse, et par cette seule réponse il croit satisfaire à tout: Je suis serviteur de Dieu, je crains le Seigneur; comme s'il eût dit : Toute ma profession, toutes mes qualités, tous mes litres ne consistent qu'en ce seul point, Dominum timeo. Sentiments nobles! qu'ils conviennent bien à un chrétien qui connaît l'indispensable nécessité où il esl de servir Dieu, et la grandeur de ia gloire qu'il trouve dans son service! Serviteur de Dieu, voilà mon nom, mon surnom, mes litres, mes espérances; je ne suis que cela dans le monde: les autres prendront des noms superbes, des titres pompeux. Parmi les hommes, les uns seronl appelés grands, riches, puissants; parmi les monarques, ceux là prendront le nom de héros, de conquérants, de vainqueurs; je

iif le leur envie pas : pour moi, ions mes titres se réduisent à celui ci : Serviteur de Dieu. Parmi les vues ei les projets qu'on forme, les autres en auront d'élévation, d'ambition, de grandeur, <le fortune; toute ma gloire est de servir Dieu; tonte mon ambition, <le le bien servir.

Telle est la grandeur d'âme où le service de Dieu nous élève, et la noblesse des sentiments qu'il ins pire : et cela dans quelque étal que l'on soit. Dans quelque condition que Ton vive, on peul tenir ce lan gage et s'élever à ces sentiments. Fussent ils dans les étals les pins lias, dans les conditions les moins relevées, tous peuvent aspirer à cette gloire, et consacrer ainsi l'hommage de leur dépendance, en la relevant par leur dépendance envers Dieu : son service sanctifie tout, élève et consacre tout.

l'n chrétien peut servir des maîtres sur la terre, son état l'y engage ; mais la vue de Dieu l'y soutient. In père de famille donnera à ses entants son application, ses soins et sa vigilance ; mais, placé à la tète de Ions, il se souviendra qu'il lient la place de Dieu ; il en prendra les sentiments, il en soutiendra les droits. In lils obéit à son père; mais dans lui il reconnaît la personne du Père céleste, el il se sou vient ipie son premier père c'est Dieu. I ne épouse est soumise à un époux; mais dans cet époux elle

honore, tdle respecte le céleste époux de son à

Un domestique est soumis à son maître, il le doit ; mais dans ce maître terrestre qu'il voit, il honore le maître invisible qu'il sert, el cette vue lui adou cil toutes les peines de son état, cl lui en présente la récompense. Un sujet sert sou roi. son devoir l'y oblige; il sert les hommes sur la terre; mais il sait qu'il doit et qu'il peut régner un jour dans le ciel

avec le Rai môme des rois. Quels sentiments! quelle consolation ! quelle gloire !

Ali! si l'on connaissait bien le Maître qu'on serl en servant le Seigneur, comment le servirait-on ! combien estimerait-on la gloire, de le servir! La langue aurail elle assez d'expressions, le cœur assez de sentiments, la vie assez de durée pour les lui consacrer ? Avec quels soins, quelle fidélité, quel zèle, quel empressement, quelle ardeur, ne lui dévouerait-on pas ses services ! Soin assidu à cou naître ses volontés adorables; fidélité inviolable à les accomplir au moment où elles sont connues ; zèle à s'intéresser à tout ce qui es! de sa gloire ; empressement à aller au-devant même de ses soubails ; ardeur et courage à surmonter toutes les difficultés, à vaincre tous les obstacles, à l'aire tous les sacrifices. Est ce ainsi que nous avons servi le Seigneur? Et, à la place de ce soin, de cette fidélité, t\c cv zèle, de cet empressement, de cette ardeur, de ces généreux sentiments, nous n'avons souvent montré que lâcheté, qu'inconstance, que négligence, ([ne tiédeur, que langueur ! Ne devons nous pas avoir bonté de le servir ainsi ?

O mon Dieu, que vous êtes un bon maître, mais • pie vous avez de méchants serviteurs !

Les grands veulent être servis par des grands, cl Dieu veut être servi par des saints. A ce titre, pou vous nous nous dire ses serviteurs ? Ames lâches, ou quittons en le nom, ou prenons-en les sentiments; rougissons du moinsde notre conduite, et réparons la en rendant à Dieu de plus dignes hommages:

Vous avez encore, ô mon Dieu, des serviteurs fidèles et dignes de vous ; je ne me contenterai pas d'envier leur bonheur, je tâcherai d'imiter leurs exemples.

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MÉDITATION si i; LE MÊME SUJET

Ed vous servant, ô mon Dieu, nous avons le bon beur de servir le meilleur des maîtres; ne devons nous donc pas vous servir avec une sainte joie ? El quoi il<i plus capable de nous engager à vous servir avec cette joie sainte, <|u<' les effusions ineffables de votre bonté pour nous ? Nous les méditerons, nous les admirerons; et si jusqu'à présent elles oui échappé à nos esprits, dans la suite elles seront à jamais gravées dans nos cœurs.

Prosterné en votre présence', ô mon Dieu ! c'est le désir que je conçois en ce moment, el la grâce que je vous demande pour toute ma vie.

1" Bonté de Dieu à nous combler de bienfaits. Dieu semble n'être riche que pour nous enrichir de ses dons. Que de grâces, que de laveurs ne verse t-il pas chaque jour sur nous! Que de lumières pour nous éclairer 1 que de grâces pour nous toucher! que clé secours pour nous sanctifier! V a l-il un moment dans noire vie qui ne soit marqué par quel que bienfait ? Et après toutes les grâces dont il nous a comblés, si ses grâces n'étaient pas inépuisables, y en aurait-il encore dans ses trésors? Ce qu'il y a de plus admirable, ô mon Dieu, c'est que vous nous comblez de bienfaits quoique nous en soyons indignes, quoique nous soyons ingrats, quoique vous prévoyiez que nous en abuserons et que nous les tournerons contre vous. Notre ingratitude ne ferme point voire main libérale, notre cœur ingrat n'épuise point les sentiments de votre cœur tout divin.

1" Bonté de Dieu à supporter nos défauts. Eh ! combien n'en trouve 1 il pas dans nous ! Quel fonds inépuisable de négligences, d'infidélités, de lâchetés,

(le manquements, de misères! Si nous le prions, avec quelle tiédeur! si nous le suivons, avec quelle lenteur! si uous le servons, avec quelle langueur! Il voit, il supporte, il patiente, il attend. Le inonde nous.retienl à son service, nous admei à ses fêtes tandis que nous sommes à la Heur de l'âge; mais, après un temps, sur le retour des années, il nous force à l'abandonner el semble nous méconnaître! Pour vous, ô mon Dieu! toujours bon, vous ne nous abandonnez point que nous ne vous forcions à nous abandonner. Nous vous soin mes aussi chers à la fin de notre course qu'au commencement de notre carrière, sur le déclin de l'âge comme à l'aurore des plus beaux jours. Fussions nous à la dernière heure, vous recevriez encore avec consolation nos derniers soupirs. 0 mon Dieu, coin ment des serviteurs coupables, au moins inutiles, peuvent ils vous être encore chers ? En seriez vous moins heureux, s'ils n'étaient à vous ?

3° Bopté de Dieu à pardonner nos péchés. C'est surloul ici qu'éclate cette bonté ineffable. Lesautres maîtres pourront bien être indulgents à un certain point, pardonner les premières, les secondes taules; mais pardonneront-ils des fautes réitérées? ne se lasseront ils point de se voir mal servis ? Bientôt ils se rebuteront, ils éclateront. Pour vous, ô mon Dieu ! hon el patient comme à l'excès, vous excusez, vous dissimulez, vous pardonnez. Et combien de fois, et jusqu'à quand ■ Toutes les fois que nous revenons. Peut être dans tous les trésors des bontés divines n'y a t il rien de si admirable !

Dans notre conduite, ce n'est souvent que chutes el que rechutes, qu'inconstance el que changement. Dieu ne change jamais. Après lanl d'infidélités à n<>>

Il I. AMI. ELEVEE A Dll.l

promesses, à nos résolutions, nous promettons de nouveau ; Dieu nous écouteencore. Dans mis confes --idiis. qos accusations au sacré tribunal, quel est l'excès de notre misère ? Presque toujours mêmes fautes, mêmes infidélités, mêmes manquements, et dans Dieu toujours même miséricorde, même bonté. Fussions-nous tombés mille fois, mille fois il nous recevra avec tendresse, si nous revenons avec sincérité; et au lien de plaintes el de reproches, jamais il ne nous fera entendre que cette consolante parole : Allez en paix, Vade in pace. 0 mon Dieu, pins voire bonté se manifeste à moi. plus je sens augmenter mes regrets; les reproches que votre cœur paternel vous empêche de me faire, je me les fais à moi-même ; mon âmë n'aura d'autre mesure dans sa douleur que l'excès même de la bonté dont vous usez envers elle.

4° Que si, revenus à Dieu, nous faisons quelque chose pour lui, avec quelle bonté ne la récompenset il pas! Disons donc encore avec transport : Bonté de Dieu à récompenser nos travaux! Dans le service du monde, on s'épuise, on se consume, on se sacrifie. Qu'en revient-il bien souvent ? A combien de personnes, dans le sein de leurs regrets et de leurs larmes, pourrait on dire comme à ces infortunés don I parle l'Esprit Saint : Vous avez beaucoup travaillé el peu recueilli ! Dans le service du monde, coin bien de choses ne sont pas connues ! Parmi celles qui sont connues, combien ne sont pas agréées! Parmi celles qui soûl agréées, combien ne sont pas récompensées, on ne le sont pas selon leur mérite! Dans votre service, ô mon Dieu, il n'en est pas ainsi ; tout est connu, agréé, tout esl récompensé; rien ne se dérobe à VOS veux.

rien n'échappe à voire cœur. Ce ne sont pas seulement les grandes actions, les actions héroïques qui oui leur couronne; les plus petites choses, les sacrifices les plus légers, le <l irai je ? un verre d'eau donné en voire nom, aura sa récompense, cl cela durant une éternité toul entière.

0 mon Dieu ! vous n'êtes point connu surtout à l'égard de votre bonté. On a quelque idée île vos autres perfections, de votre puissance, de votre sagesse, de votre justice; mais votre bonté n'est point connue. Vous êtes bon, et bon dans tous les temps, vous l'avez été dès le commencement, et vous le serez au-delà des siècles ; bon envers tous, vous faites pleuvoir et lever votre soleil sur le juste et sur l'injuste.

Oui, Dieu est bon ; et c'est surtout dans sa bonté qu'il est incompréhensible, plus encore que dans tous les mystères. Quand on vient à penser à toul ce qu'il a fait pour les hommes : un Dieu descendre du ciel sur la terre, se revêtir de leur humanité, se charger de leurs misères, finir sa course sur une croix ; et non content de s'être immolé une l'ois pour eux sur la croix, tous les jours encore renouveler son sacrifice sur les autels ! à la vue de ces grands mystères, nous sommes étonnés et surpris; el c'est notre surprise même sur la boulé de Dieu qui marque que nous ne la connaissons bas; car, pour comprendre toutes ces choses, il suffirait de dire que Dieu est bon; ce seul mot dirait tout. Nous mesurons la bonté de Dieu sur nos faibles lumières ; nous pensons en hommes, il agit en Dieu. Tout est expliqué par ce seul mot : Dieu est bon. Ce n'est p;is même assez dire : il est toul bon, il n'est que boulé, c'est la bonté même.

Tel, H plus grand encore, esl le Maître que nous servons. Mais dès lors quel esl mou bonheur d'être au service d'un Maître si bon, si tendre, -i compatissant, si libéral, si généreux, si parfait? Quel est mon bonheur, el quel- devraient être mes senti ments? Avec quel plaisir, quelle consolation, quelle joie, ne devrais je pas le servir, estimer mon suit. bénir mille l'ois le ciel de mon partage ! Toutes les pensées de mon esprit, toutes les affections de mon cœur, Ions les moments de, ma vie ne devraient ils pas être sans cesse employés à me consacrera son service et à me féliciter de mou bonheur.

Mais, hélas! est ce ainsi que nous vous servons, ô mon Dieu ! avec ces désirs, ces empressements, celle joie ? On vous sert, mais coin ment ?On vous sert avec tiédeur, avec négligence, avec indifférence : est ce là vous servir? On vous sert avec tristesse, avec abattement, avec dégoût ; on porte votre joug avec peine et de mauvaise grâce ; est-ce là vous servir en Dieu? On vous sert, mais avec frayeur, avec crainte, et comme toujours tremblant en esclave : est-ce là vous servir? ou plutôt n'est-ce pas vous déshonorer? Quittons cel esprit de terreurs et d'alarmes, prenons des idées plus dignes de Dieu et de sa bonté. Craignons, mais d'une crainte toute filiale qui dilate le cœur, el non d'une crainte servile qui captive les sentiments.

Servons le Seigneur, ô mon âme! mais servons-le avec joie. Que cette joie sainte se montreel paraisse dans tout : qu'elle respire dans l'air; qu'elle soit peinte sur le visage; qu'elle éclate dans toute !a conduite. S'il y a un sacrifice à taire, faisons le avec générosité; s'il y a une croix à porter, portons la avec joie: -'il y a une peine à essuyer, essuyons la

sjins le témoigner ; faisons aimer, goûter le service de Dieii parla manière dont nous le servons : Servite Domino in lœtitia. Servez le Seigneur avec joie.

Prière. — Vous servir désormais, ô mon Dieu ! c'est le sentiment que je vous consacre en ce moment, et la résolution que je forme pour toule ma vie. Vous servir, c'esl là l'homme, c'est là tout l'homme. Hors de là, qu'y h I il <lc solide eu ce monde? Vous servir, ô vous le plus digne des maîtres, le plus sincère des amis, le plus tendre des pères, le plus fidèle de tous les époux. Vous servir ; mais, hélas! voudriez-vous encore agréer mes services après que je les ai si longtemps profanés au service du monde trompeur? Vous servir ; mais rendu une l'ois avons, vous servir fidèlement, vous servir généreusement, vous servir constamment; c'est là notre gloire et notre bonheur, même dès cette vie; ce sera pour l'autre le gage du bonheur éternel. Voilà mes sentiments et mes résolu! ions, ô mon Dieu ! la triste expérience que j'ai faite si souvenl de mon inconstance dans votre service me l'ait trembler pour l'avenir. Daignez fixer cette légèreté de mon espril et cette instabilité' de mon cœur, et par là in'attacher inviolablement à vous pour toujours. Ainsi soit-il.

Pratiques. -- !" Rappeler souvent l'oracle de Jçsùs- Christ, qu'il est impossible de servir deux maîtres. i" Quand on éprouve quelque chagrin, quelque amertume

au service (\u monde, se dire qu'on a si souvenl el si mal servi le Seigneur.

ii" Considérer que toutes les créatures inanimées servent à la gloire de Dieu selon leur destination ; abuseronsnous de notre raison et de notre liberté- pour nous ('-carier

(le ses volontés el de son service ?

4° Penser souvenl à tout ce qui nous est revenu (le l'attachement que nous avons eu pour le inonde, et aux regrets (pie nous en aurons à la mort.

Sur le monde.

Le monde nous flatte : en nous flattant il nous trompe; en nous trompant il nous perd. Apprenons à le connaître, et nous cesserons de nous y attacher.

I" Le monde nous flatte; c'est par là qu'il nous prend et qu'il nous séduit. Le inonde flatte les passions, et les passions séduisent lecœur, déjà si porté à se prêter à la séduction. Les avenues du monde sont riantes ; il ne présente que jeux, qu'amusements, que festins, qu'assemblées, que spectacles : les yeux sont éblouis, le cœur entraîné. Le monde ne promet que joie, que contentement, que douceurs. Qu'une jeune personne entre dans le inonde, tout lui rit, tout l'enchante, tout semble venir audevant de tous ses désirs : elle ne voit devant elle qu'un chemin parsemé de fleurs ; elle s'imagine que tous les jours qui vont se lever pour elle seront des jours sereins et tranquilles; qu'elle va fournir la carrière la plus heureuse ; toul semble le lui annoncer.

Le monde nous Halle cl nous aimons à être flattés; le penchant naturel au plaisir et à la dissipation empêche le retour cl la réflexion : on n'est occupé que de ce qui plaît et amuse ; et on craint, on éloigne tout ce qui peut inquiéter et troubler. (Test une ivresse, c'est un prestige : quand est ce qu'on en reviendra ? Il faut attendre un revers qui dessille les yeux.

Mon (ils, dit le sage^ si les mondains, dans leurs flatteuses promesses, vous présentenl la douceur du miel, défiez-vous on : c'est un poison trompeur; il Halle le goût, mais un jour il déchirera les entrailles : Fili, si te lactaverint peccatores, ne acquiesças eis ; ipsi te seducunt. Le conseil esl très bon; mais les conseils tiennent-ils contre les exemples? et l'esprit sait-il réfléchir quand le cœur esl séduit?

2° En nous flattant, le monde nous trompe ; le monde promet beaucoup, et il donne peu ; le peu même qu'il donne, loin de contenter, esl souvent une source d'inquiétudes et de chagrins. Depuis six mille ans les mondains cherchent le bonheur, aucun n'a encore pu le trouver: le monde a l'ait mille infortunés, et le monde n'a pas encore l'ait un heureux ; et l'on s'y attache, et l'on ne revient pas de son erreur ; et l'on compte sur lui. Ah! qu'on mérite bien les retours et les chagrins qu'on y essuie !

Le monde nous trompe ; et que trouve ton dans le monde sur quoi on puisse compter? Des cœurs insensibles, des parents indifférents, des amis inconstants, des ennemis cachés, des richesses périssables, des honneurs frivoles, des plaisirs trompeurs, c'est-à-dire des biens apparents et des maux trop réels : voilà le monde; et quand même le monde prodiguerait ses satisfactions, ses don ceurs prétendues, n'arrive l il pas souvent qu'on n'y trouve qu'inquiétudes et qu'amertumes? Combien de lois les parties de plaisir se sont elles changées en jours de tristesse ! Combien de luis, dans le sein de la pompe et des spectacles, a Ion trouvé le dégoûl et l'ennui ! combien de fois la voix des soupirs s'est elle l'ail entendre au milieu des concerts! voilà le monde.

.2i> l'ami, élevée a dieu

Onavail formé un établissement qui unissail deux cœurs faits, ce semble, pour se rendre heureux ; la mort enlève tin «les deux au printemps de ses jours, el fait passera l'autre une vie dans la tristesse.et le deuil. On avait amassé des biens, on s'était élevé à un poste «'(datant ; un reversde fortune vient abattre cel édifice de prospérité et ensevelir le possesseur sous ses ruines : voilà le monde. Tant d'autres ont compté sur lui, et en sont devenus les victimes après en avoir été les idoles.

Monde trompeur! actuellement même tu te formes encore des adorateurs pour les perdre, et de nouvelles victimes pour les immoler; tu les conduis comme sur des prairies fleuries et riantes, et tu creuses sous leurs pieds des abîmes pour les engloutir : mille exemples ont précédé, et mille exemples n'ont pas corrigé. Tel jouit a présent de ses trompeuses faveurs qui servira un jour de monument de ses inconstances; abandonné, méprisé, rejeté du monde; semblable à ces débris de vaisseaux poussés sur les bords de la mer après un funeste naufrage, triste spectacle ou des décadences humaines ou des vengeances divines ; déjà la lem pèle s'élève pour former l'orage qui doit l'engloutir dans le moment où il méditait quelque fête ou quelque festin.

3° Le monde nous perd. Ne suffirait-il pas pour cela de nous flatter et de nous tromper '.' ne sérail ce pas par cela seul nous donner à nous mêmes le moyen de nous perdre en nous donnant celui de nous pervertir ?

Le monde nous perd, parce qu'il est ennemi et maudit de Dieu, parce qu'on ne saurait servir à la fois deux maîtres ; parce que les maximes du monde

sonl tout opposées à celles <le l'Evangile ; parce que le inonde allume el fomente toutes les passions ; parce que tous les objets, tous les attraits que pré sente le inonde, conjurent contre noire salut; parce que ses exemples sont contagieux, ses spectacles sonl séduisants, ses discours sont pervers, ses dangers fréquents, ses revers funestes ; tout est danger et séduction dans le monde.

Le monde nous perd, parce qu'il nous aveugle par le bandeau qu.'il met sur nos yeux, et qu'on craint de tirer; parce qu'il nous entraîne par les liens qu'il forme, et qu'on ne peut rompre, lors même qu'on gémit sous leur poids ; parce qu'il nous subjugue par la domination qu'il exerce, quoiqu'on déteste son esclavage ; parce qu'il nous arrête par les nouveaux pièges qu'il nous tend sans cesse, lorsque nous penserions à secouer son joug. Mille fois on s'est plaint du monde; on en a connu le néant et la vanité, on a formé la résolution de le quitter : Qu'esl ce que le monde ? s'est-on dit en soimême dans ces heureux moments où la grâce ton chait, où la conscience parlait, où Dieu rappelait et tendait les bras : Qu'est-ce que le monde ? el on y est encore, el l'on se débat dans ses liens, pour n'avoir pas le courage de faire un effort généreux qui puisse affranchir pour se rendre à Dieu el à soi.

Après tout, le inonde passe, el nous passons avec lui : les jours s'écoulent, les années avancent, le monde s'enfuit, il nous quittera avant que nous le quittions ; nous déplorerons peut être à jamais tant de travaux stériles, tant de temps perdu, lanl de grâces profanées; nous maudirons un jour ce inonde que nous chérissons ; serai il temps de le faire ?

Quoiqu'il en soit, craignons le monde, parce qu'il nous Halle ; défions nous du inonde, parce qu'il nous trompe; détestons le inonde, parce qu'il nous perd. Malheureux qui le méconnaît ! plus malheureux qui s'y engage! infiniment malheureux qui s'expose à y mourir! Dieu est noire Maître, le monde n'esl qu'un usurpateur ; Dieu esl noire père, le inonde n'est qu'un tyran. Rendons-nous à qui nous nous devons ; aurions-nous jamais dû le quitter? Consacrons lui du moins le peu de jours qui nous restent ; ils peuvent encore nous mériter une éternité de bonheur.

Heureuse la personne à qui Dieu a ouvert de bonne heure les yeux sur le néant et les illusions du monde, ou plutôt sur ses pièges et ses dangers! Pourra-t elle jamais reconnaître la grandeur du bienfait? Aurai elle jamais assez de sentiments de retour ? Ah ! si elle savait les chagrins qu'elle aurait essuyés, les dangers qu'elle aurait courus, les amertumes où elle aurait été plongée! Mais surtout à la mort, quand il faudra sortir de ce monde, quelle consolation pour elle de s'en être éloignée, et d'avoir consacrée Dieu les sentiments de son cœur ! Il lui eu aura coûté quelques peines, quelques privations, quelques sacrifices ; mais peu d'années finiront le cours de ses peines, et l'éternité en sera le prix et la récompense.

Avis salutaire. — I" Quittons le monde avant que le monde nous quitte : faisons à présenl avec mérite ce qu'il faudra faire un jour par nécessité et sans fruit.

2° Les jeunes personnes entrent trop tôt dans le monde; les personnes âgées le quittent trop tard ; tous se repentiront un jour de s'y être engagés.

DEUXIÈME LECTURE 'l'-\

Jeunes personnes, ue vous empressez pas d'y entrer : vous n'en éprouverez que trop loi les revers el 1rs dangers. Personnes avancées en âge, quittez Icsîids délai ; n'attendez pus (pic le inonde vous dise de vous retirer.

.'!" Il y a trois sortes de personnes qui regardenl le monde bien différemment, le pécheur, le sage el le chrétien : le pécheur le regarde comme quelque chose qui dure; le sage, comme quelque chose qui passe; le chrétien, comme quelque chose qui est passé. De quel œil le regardons nous?

Entrons souvenl dans les sentiments que nous aurons à la mort. L'homme vivant aime le monde. t'homme mourant le méprise, l'homme mort le déleste. L'éternité ne suffira pas pour épuiser ses regrets et tarir ses larmes.

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